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Heavy metal

Unchosen Ones : une profonde introspection

C’est avec beaucoup de caractère que les Hispaniques réapparaissent avec un nouvel effort plein de promesses. « Divine Power Flowing » est complet et distille un Heavy Metal qui ne vient pas révolutionner le genre, mais qui lui apporte beaucoup de fraîcheur. Plein de feeling sans être démonstratifs, les solos ponctuent des morceaux bien structurés et emmenés par des riffs entraînants. UNCHOSEN ONES peut paraître assez timoré de prime abord, mais il dévoile des arrangements très soignés et une assurance que l’on retrouve dans des mélodies raffinées.

UNCHOSEN ONES

« Divine Power Flowing »

(Blood Fire Death)

La scène espagnole se porte bien et ce ne sont pas les exemples qui manquent. Et si la plupart des groupes choisissent l’autoproduction, c’est une autre preuve de leur indépendance et c’est plutôt bon signe, compte tenu de l’état de l’industrie musicale actuelle. Originaire de Vigo, UNCHOSEN ONES avait fait irruption il y a trois ans avec « Sorrow Turns To Dust » et avait marqué les esprits grâce à une qualité indéniable, autant dans son contenu que dans sa production. Un son clair, un Heavy Metal classique, mais soutenu, la démarche est aussi simple qu’efficace.

Avec « Divine Power Flowing », le quintet confirme ses ambitions et il faut dire qu’avec de tels musiciens, UNCHOSEN ONES possède de solides atouts. Expérimentés, ils ont composé un deuxième album solide et massif, au point de flirter à l’occasion avec le Power Metal de manière très subtile. Le niveau technique est irréprochable, l’inspiration aussi et l’équilibre de cette nouvelle réalisation est inébranlable. Le duo guitare/claviers offre de belles combinaisons, tout en se répondant sans jamais empiéter sur le territoire de l’autre. Une belle complémentarité.

Au chant, Javier Calderón est à la fois fédérateur et musclé. Son approche personnelle guide UNCHOSEN ONES avec classe. Particulièrement véloce et précise, la rythmique est très en place et provoque des élans costauds, qui mettent parfaitement en relief des titres accrocheurs (« Idols & Kings », « The Void », « Cursed Without A Cause », « Wirlwind Saw », « Bloodborne », « Midnight Mass », « Death And Deliverance »). Ce deuxième opus des Galiciens montre une montée en puissance significative marquée par une profondeur éclatante.

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Hard Rock Hard'n Heavy International

Rave In Fire : combustion rapide [Interview]

Après dix ans d’activité et plusieurs changements de personnels, le désormais quatuor semble avoir trouvé la stabilité. En tout cas, c’est ce que laisse supposer « Square One », le deuxième album de la formation madrilène. Affichant une parfaite parité, elle passe sa première décennie avec sérénité et son Hard Rock, féroce et mélodique, a lui aussi trouvé un bel équilibre. Sur une production actuelle signée par son guitariste, les Espagnols gardent un pied dans un registre 80’s élancé et costaud. Puissant et accrocheur, ce nouvel opus s’offre aussi quelques saveurs Heavy que la polyvalence de sa frontwoman, Sele (Selene Perdiguero – NDR), met brillamment en lumière. Rencontre avec un chanteuse, qui incarne littéralement la force et la confiance qui unit le groupe.

– En 2020, RAVE IN FIRE a négocié un virage important avec les arrivées de Sara à la basse et la tienne, Selene, au chant, ce qui offre au groupe une parité totale. C’est un changement important. Etait-ce voulu, ou ne s’agit-il que d’un simple concours de circonstance ?

RAVE IN FIRE a eu un chanteur et un bassiste masculins par le passé, mais le groupe n’a jamais laissé le genre influencer le choix de ses membres. J’ai auditionné comme tout le monde et j’ai été sélectionnée. La décision reposait uniquement sur nos compétences et notre compatibilité. C’est pourquoi ils nous ont choisi Sara (Carretero, basse – NDR) et moi. Honnêtement, je suis vraiment fière de faire partie du groupe, non pas grâce au genre de qui que ce soit, mais parce que ce sont des musiciens exceptionnels et des personnes formidables.

– « Square One » est votre deuxième album et il marque aussi le départ de David Insua, votre ancien second guitariste. En évoluant à une seule guitare, l’objectif est-il de rééquilibrer le groupe et de gagner aussi peut-être en efficacité, car vous auriez pu lui trouver un remplaçant ?

Cette opinion est controversée. Mais nous y croyons fermement car, de nos jours, peu de groupes ont réellement besoin de deux guitares. Sur scène, elles passent 80% du temps à faire la même chose, ce qui brouille le son, surtout dans les petites salles. Pour qu’un groupe ait besoin de deux guitares, il faut qu’elles aient un son très clair et se complètent parfaitement. Rares sont les groupes qui y parviennent aujourd’hui. De plus, nous sommes un quatuor d’amis. Certains d’entre nous se connaissent depuis plus de dix ans. Il existe donc un lien fort entre nous et on se comprend très bien. Par ailleurs, le fait que Jonjo (Negrete – NDR) soit le seul guitariste lui a permis, à mon avis, de s’exprimer librement et de révéler sa facette la plus personnelle.

– Si « Square One » s’inscrit dans la continuité de « Sons Of A Lie » sorti en 2022, il est aussi plus mélodique, plus Hard Rock que Heavy Metal, et il distille quelques touches proches de l’AOR. RAVE IN FIRE a également gagné en dynamisme. Est-ce pour être au plus près de ta couleur vocale, ou est-ce quelque chose de mûrement réfléchi ?

Honnêtement, ce n’était pas prévu. On a simplement suivi les idées qui nous venaient. Je pense que « Square One » est le fruit de la passion de quatre mélomanes qui, pendant leur temps libre, aiment écouter toutes sortes de musique et cela se ressent naturellement dans le résultat final.

– Par ailleurs, RAVE IN FIRE affiche toujours une saveur très 80’s et renvoie à des albums de Lita Ford ou de Chastain avec Leather Leone. Ça, c’est l’aspect américain de ce qui ressort, mais vous vous revendiquez aussi légitimement de la scène espagnole. Quelles sont vos principales références, et surtout est-ce que cela se joue surtout dans l’approche plus que dans le son ?

Musicalement, nous nous sommes inspirés de groupes de Heavy Metal espagnols vétérans comme Barón Rojo et Obús, mais aussi de groupes locaux plus récents comme Witchtower, Leather Heart, Steelhorse ou Hitten.

– Il y a aussi quelque chose de sensuel dans la musique de RAVE IN FIRE, et pas seulement dans le chant, qui dénote du Metal Old School et même de certains groupes entièrement féminins. Comment faites-vous cet équilibre et est-ce aussi une façon de vous démarquer ?

Nous faisons de la musique, parce que nous y prenons plaisir et nous essayons de créer quelque chose qui nous touche profondément et qui vient du plus profond de nous-mêmes. Nous cherchons toujours à exprimer nos émotions tout en essayant de créer un lien avec le public. Aujourd’hui, avec la profusion de musique disponible, on ne cherche pas à plaire à tout le monde. Nous le faisons pour le simple plaisir, sans prétention. Et si nous plaisons, le plus important est que ce soit pour ce que nous sommes.

– Ce qu’il y a aussi de remarquable chez RAVE IN FIRE, c’est cette complicité, voire l’osmose, entre la batterie, les riffs et même les solos de guitare. Est-ce parce que ce sont les deux fondateurs du groupe, ou est-ce quelque chose qui est travaillé assidûment ?

Jonjo et Jimi (Jaime Susanna, batterie – NDR) sont sans aucun doute d’excellents musiciens, qui travaillent sans relâche. Mais je crois aussi que leur amitié contribue à créer cette synergie et cette compréhension mutuelle. S’ils n’étaient que musiciens dans le même groupe, ils accompliraient déjà des choses extraordinaires. Mais lorsqu’on se sent à l’aise dans un environnement créatif, on donne naturellement le meilleur de soi-même. Cela dit, rien de tout cela ne serait possible sans technique et professionnalisme. De manière générale, nous nous comprenons tous très bien musicalement.

– Vous avez aussi la particularité de vous occuper vous-mêmes de l’enregistrement et du processus de production et c’est votre guitariste, également principal compositeur, qui gère l’ensemble. En quoi est-ce important pour vous ? C’est une façon de garantir l’identité sonore du groupe ?

Concernant le mastering et la production, nous avons une confiance absolue en Jonjo. Il a passé de nombreuses années à apprendre non seulement à produire, mais aussi à comprendre le son qu’il recherche et que nous souhaitons tous les quatre obtenir. Cela nous permet de maîtriser notre travail et nous sommes ravis du résultat. Pour moi, c’est inestimable. Quant à la composition, Jonjo est effectivement le compositeur principal. Lors du processus de création, il propose généralement des idées, qui partent souvent de riffs plus ou moins structurés, que nous développons ensuite ensemble. Cela dit, nous restons ouverts à d’autres méthodes. Certaines chansons, par exemple, sont nées de paroles et de mélodies vocales créées par d’autres membres du groupe. J’ai d’ailleurs écrit la plupart des paroles de l’album, à l’exception de la chanson « Square One », écrite par Jimi.

– Enfin, « Square One » marque aussi votre arrivée chez High Roller Records. Est-ce une manière aussi pour vous de vous émanciper de la scène espagnole et de viser des scènes européennes plus importantes ?

Nous n’avons jamais souhaité nous couper de la scène musicale espagnole. Nous adorons jouer dans notre pays et partager ces moments avec nos amis et d’autres musiciens que nos apprécions. Par ailleurs, nous aimerions toucher un public plus large et jouer ailleurs. High Roller Records nous offre l’opportunité de faire connaître notre musique en Europe. Nous souhaitons revivre l’expérience vécue au festival de Trvheim en Allemagne. Voyager et jouer à l’(Negrete, guitare – NDR)étranger serait un véritable rêve, qui se réaliserait pour nous.

Le nouvel album de RAVE IN FIRE, « Square One », est disponible chez High Roller Records.

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Heavy metal International Old School

Wicked Leather : raw, dark & savage [Interview]

Allier puissance et énergie dans un Heavy Metal traditionnel, tout en conférant une approche actuelle, c’est l’objectif atteint par les Barcelonais de WICKED LEATHER. Mené par une frontwoman à la fois magnétique et déterminée, le quintet se présente avec un premier album très convaincant. Entre occultisme, mystère et charges décibéliques concentrées, le groupe a déjà trouvé sa place au sein de l’underground espagnole et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Avec une assurance et une volonté à toutes épreuves, les Catalans s’apprêtent à déferler au-delà de leurs frontières avec le sombre et véloce « Season Of The Witch », une production aboutie, organique et très efficace. Entretien avec Yami, fondatrice et chanteuse du combo qui, à l’image de sa musique, ne manque pas d’audace et ne mâche pas ses mots.

– « Season Of The Witch » est votre premier album et pourtant à vous écouter, vous êtes loin d’être des débutants. Pouvez-vous nous parler de vos parcours respectifs et de la création de WICKED LEATHER ?

Tous les membres du groupe ont une expérience musicale antérieure. Personne n’est novice : on a survécu à des répétitions qui empestaient la sueur, le tabac et la pizza, à des camionnettes en panne au milieu de nulle part et à des idées ‘géniales’ à 3h du matin qui se sont avérées catastrophiques. C’est dans ces moments-là qu’on apprend ce qui fonctionne, ce qui marque et ce qui laisse des traces. Je suis pianiste de formation, j’ai chanté dans des chorales et j’ai joué dans des groupes. Cette expérience influence notre façon de jammer et notre son. WICKED LEATHER est né de notre désir commun : faire un Heavy Metal qui déchire, qui surprend et qui assume pleinement sa nature. Si ça ne fait pas hurler vos voisins, c’est que ça ne marche pas !

– Avant l’album, vous aviez sorti un premier double-single, « Echoes Of The Storm », il y a deux ans. A-t-il été pour vous le déclencheur de ce qui a suivi, dont la signature chez Lost Realm Records ? Et l’aviez-vous considéré comme une carte de visite à l’époque ?

Oui, c’était notre façon de dire ‘bonjour tout le monde, nous existons !’. Honnêtement, on ne s’attendait pas à grand-chose. Avec Lost Realm Records, c’était différent. Ils ont écouté l’album, l’ont aimé et on a commencé à discuter. Pas de magie, juste de la bonne musique qui fait son effet. Parfois, les opportunités se présentent et il faut savoir les saisir…

– D’ailleurs, malgré une bonne visibilité et de bons retours, vous avez quitté Jawbreaker Records, votre label à ce moment-là. Ça peut paraître étonnant, juste après ce bon départ. Que s’est-il passé ?

Nous n’avons abandonné personne. Nous sommes restés en contact et nous avons tout expliqué. Lost Realm Records nous offrait simplement une voie plus logique pour le groupe. Gustav de Jawbreaker Records est un type super. On continue à boire des bières et à rigoler ensemble. Pas de drame, juste des choix qui renforcent le groupe.

– Revenons à « Season Of The Witch », dont le contenu nous renvoie au Heavy Metal des 80’s. Malgré une production brute et sans fioriture, l’ensemble garde un son assez actuel. C’était important de ne pas sonner complètement vintage et conserver ainsi un pied dans notre époque ?

Beaucoup d’entre nous sont nés dans les années 80, c’est dans nos gènes. Cette décennie nous a façonnés et influence encore aujourd’hui notre rapport à la musique. Le Heavy Metal est une évidence. Si ça ne vous fait pas vibrer, c’est qu’on a raté notre mission !

– Là où beaucoup de groupes de Metal avec une frontwoman présentent souvent un chant plus sensuel et mélodique plutôt que puissant et solide comme vous, WICKED LEATHER ne fait aucune concession en affichant un style direct et incisif. Est-ce aussi une façon de vous démarquer et de sortir du rang ?

Franchement ? Alors, je ne suis pas là pour séduire qui que ce soit. J’adore U.D.O., mais je ne me sens pas séduite par lui. Etre une femme, ce n’est pas adoucir sa voix, ni faire ce que les gens attendent de moi. Je chante du Heavy Metal. Si je voulais charmer, je ferais tout autre chose. Ici, il s’agit de force, d’honnêteté et de conviction. Du Metal qui vous prend aux tripes !

– Cela n’aura échappé à personne, WICKED LEATHER évolue entre l’occultisme et un univers horrifique. Est-ce que les textes viennent justement renforcer l’atmosphère musicale, ou au contraire, c’est elle qui influence la thématique ?

Les paroles naissent souvent d’images, de rêves, de cauchemars récurrents et de souvenirs sombres. Parfois, un riff donne vie à une parole, parfois, c’est l’inverse. C’est un dialogue qui s’écrit de lui-même en musique. L’atmosphère d’horreur et d’occultisme se développe naturellement à partir des histoires, sans être forcée. C’est juste une part d’ombre que chacun porte en soi, la part que nous avons acceptée, filtrée par notre imagination… et peut-être un cri au milieu de la nuit.

– Pour la jeune génération tournée vers un Metal moderne et très souvent aseptisé, cela peut paraître étonnant de poursuivre le bel héritage du Heavy Metal traditionnel. En formant WICKED LEATHER, quelles étaient vos intentions d’une part ? Et d’autre part, que cela représente-t-il aussi pour toi d’être une femme à la tête du groupe, ce qui commence à se démocratiser enfin ?

Que ça plaise ou non, WICKED LEATHER est un groupe fondé par une femme. Non seulement je chante, mais c’est mon groupe. Je ne suis pas là pour faire joli. Je participe activement à la composition. Les paroles sont de moi, elles font partie intégrante de la musique. Quand j’ai fondé WICKED LEATHER, je voulais un groupe qui envoie du lourd et qui décoiffe au passage. Du Heavy Metal traditionnel, mais avec une touche rebelle. De la personnalité, de la puissance, sans compromis. On remet tout en question et on recommence si besoin. Du vrai Heavy Metal, pas de la Pop déguisée en Metal. Le Heavy Metal, c’est de la force et du cran. Trop souvent, les groupes gomment leur identité pour suivre les tendances ou éviter de paraître ridicules. Nous, on préfère prendre des risques, faire des erreurs et garder notre personnalité intacte.

– Enfin, j’aimerais qu’on parle de la scène espagnole qui est plus vivante que jamais, et notamment en ce qui concerne le Heavy Metal Old School. Est-ce que vous sentez aussi un réel revival depuis ses dernières années, et comment l’expliquez-vous ?

Absolument. L’énergie est palpable. Les groupes jouent avec passion et le public est au rendez-vous par conviction. On la ressent partout : aux répétitions, sur scène, dans la salle. L’Espagne est une communauté soudée, passionnée et vouée à un véritable amour du Metal. C’est ce qui explique la force de ce renouveau.

L’album de WICKED LEATHER, « Season Of The Witch », est disponible chez Lost Realm Records.

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Hard'n Heavy

Saüc : en les profunditats

Globalement assez sombres, les Catalans n’usent pas pour autant d’une vélocité systématique pour afficher leur puissance. Dans un Hard’n Heavy solide et parfois même rugueux, leur explosivité se déploie essentiellement dans la force des riffs et une polyvalence du chant, qui se montre également plurielle avec quelques guests. « Catarsi », s’il reste contemporain dans le propos, se nourrit aussi de légendes pour intensifier certains titres à travers des atmosphères changeantes, sincères et parfois progressives.

SAÜC

« Catarsi »

(Independant)

Depuis sa création en 2017, SAÜC est devenu un fer de lance de la scène locale de Catalogne et même au-delà. Après un premier effort, « Eterna » en 2021, il vient concrétiser sa position avec « Catarsi » dans un style devenu plus personnel et plus élaboré également. Fort et fier de ses origines, c’est dans sa langue natale qu’il s’exprime et c’est aussi ce qui rend son mélange de Hard Rock et de Heavy Metal si particulier. Cela dit, cette spécificité convient parfaitement à une identité artistique inspirée d’un Metal traditionnelle en version actualisée.

Là où « Eterna » présentait quelques éléments Thrash qui lui confédéraient un côté Old School assez saillant, « Catarsi » prend tout le monde de revers à travers des passages très Alternative Metal, qui expliquent cette sensation plus moderne. SAÜC a aussi travaillé sur l’aspect mélodique de ses nouveaux morceaux, en étant par ailleurs plus progressif et émotionnel. Ces changements notables font apparaître une vision nette de l’évolution de la formation  ibérique. Et comme l’un ne va pas sans l’autre, la production est elle aussi très solide.

Enregistré, mixé et masterisé par Txosse Ruiz, « Catarsi » bénéficie de la présence de la chanteuse barcelonaise Kris Vega (Cobra Spell, Born In Exile) sur « Després Del Silenci » pour une belle dualité vocale, ainsi que Marc Storm, le frontman espagnol de Drakum et Icestorm, sur « Indibil I Mandori ». Outre ces deux très bons featurings qui viennent pimenter le disque, SAÜC livre des titres plus que convaincants (« Nèmesi », « Instinct », « Bestia », « Obstinació » et le plus délicat « Series Tu »). Le quintet prend du volume et s’affirme avec vigueur.

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Blues Rock Classic Rock Hard 70's

Silverflame : ardent Spanish Rock

Entre Rock 70’s, Blues Rock et saveurs Southern, la formation ibérique nous replonge avec talent quelques décennies en arrière pour revenir avec beaucoup de certitudes et de savoir-faire à l’essence-même du genre. Grâce à une frontwoman qui libère une lumière positive sur SILVERFLAME, « Fly On » passe brillamment le cap du deuxième opus avec une forte intensivité et une émotion authentique. Un combo rompu à l’exercice depuis un bon moment déjà et dont l’approche très live respire la sincérité d’un style si fédérateur.

SILVERFLAME

« Fly On »

(Independant)

Né des cendres de La Banda Del Yuyu, qui a œuvré durant une quinzaine d’années du côté de Gérone en Espagne, SILVERFLAME reprend depuis 2017 les choses là où elles en étaient et offre une suite à « First Flight », premier effort sorti il y a sept ans. Plus aguerri encore et plus personnel aussi, le sextet livre son deuxième album, où il fait bien plus que de rendre hommage à un Classic Rock intemporel et teinté de Blues. Et puis, l’arrivée du claviériste Fran Esquiaga l’année dernière lui offre également beaucoup de relief et de chaleur.

Gorgé de soleil et délicat, « Fly On » s’est aussi se faire plus robuste et musclé. Pour se faire, SILVERFLAME tient en Jep Vilaplana et Jordi Turon, deux très bons guitaristes. Et avec une rythmique aussi groovy que celle formée par Javi Galván (basse) et Jordi Vila (batterie), on peut affirmer que ça ronronne tout seul chez les Espagnols. Certes, quelques influences comme celle de Free et d’autres formations plus Southern sont présentes, mais elles sont particulièrement bien assimilées.

Enfin, l’un des atouts majeurs de SILVERFLAME est sa chanteuse Sheila Endekos, qui apporte une autre dimension dans un registre où les femmes sont finalement assez peu nombreuses. Energique, l’aspect bluesy de sa voix libère un côté très organique et langoureux aux titres de « Fly On ». Et avec un univers où l’esprit jam n’est jamais bien loin, le groupe se fait vraiment plaisir… et nous avec (« Some More Blues », « Here For Nothing », « Echoes Of The Void », « Forbidden Innocence » et le sudiste « Snake »). Une réussite !

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Death Metal Doom

God’s Funeral : blackened procession

Avec « El Despertar Dels Morts », c’est l’extrême douleur et la souffrance déclenchées par la Grand Guerre qu’a voulu dépeindre GOD’S FUNERAL. A travers un Doom Death constitué de riffs tranchants, d’une rythmique en suspension, mais massive, et des parties vocales dévastatrices, les Espagnols s’affirment avec force sur ce premier opus complet, en s’engouffrant à l’occasion dans un Funeral Doom, qui va puiser dans les abysses du Metal pour en extraire ce qu’il y a de plus noir et désespéré.

GODS’ FUNERAL

« El Despertar Dels Morts »

(Meuse Music Records)

Valeur sûre du Doom Death catalan, le trio formé en 2016 a pourtant du faire ses preuves avant de s’imposer d’abord dans l’underground local. Et pour cela, GOD’S FUNERAL a quelque peu modifié son approche, passant d’un mix explosif teinté d’un Black Metal agressif au Death Doom qu’il propose aujourd’hui sur « El Despertar Dels Morts » à travers lequel il se meut dans une approche beaucoup plus lente du Metal. S’il n’était si lourd et pesant, on pourrait presque l’imaginer dans une sorte de ténébreuse apesanteur.         

Après une première démo en 2017 (« El Cristo De La Trincheras »), suivi de cinq splits et d’un EP, GOD’S FUNERAL sort enfin son premier album, reflet d’une expérience patiemment acquise au fil des années. Et pour ce long format, Abel Lara (vocaux, basse), Iban Morales (guitare) et Sergi Laboria (batterie) ont ouvert les portes de leur sombre univers pour laisser y pénétrer un peu de lumière. Rien d’aveuglant pour autant, car les claviers d’Eva Molina et le violon de Núria Luis à l’œuvre ici restent très mélancoliques.

Sur le thème de la première guerre mondiale, les Hispaniques se présentent avec cinq morceaux d’une longueur de sept à treize minutes, de quoi installer une ambiance et gagner en intensité. Le growl profond et menaçant du frontman vient accentuer une atmosphère de souffrance, d’où émanent quelques variations bien senties comme l’orgue d’église sur « Itaca ». Le très martial « La Processó De La Ombres » apporte un peu plus de percussion et « Fossa Comuna » et ses chœurs ferment ce prmier chapitre très prometteur de GOD’S FUNERAL.

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Hard'n Heavy

Ronnie Romero : powerful

Après avoir fait ses preuves dans des formations de renom en se montrant aussi à l’aise dans le registre Hard Rock comme Heavy Metal, RONNIE ROMERO s’est lancé dans le grand bain en solo avec deux réalisations de reprises, puis « Too Many Lies, Too Many Masters » il y a deux ans qu’il a en partie composé. C’est cet album qu’il est venu défendre au ‘Rock Imperium Festival’ devant un public espagnol conquis. En véritable showman, il impressionne de maîtrise accompagné d’un groupe enthousiaste et robuste.

RONNIE ROMERO

« Live At Rock Imperium Festival »

(Frontiers Music)

Que ce moment a dû être savoureux pour RONNIE ROMERO ! En juin dernier, il foulait la scène du ‘Rock Imperium Festival’ à Carthagène en Espagne, et le Chilien avait livré une très belle prestation qu’il a essentiellement bâtie autour de son dernier album solo en date, « Too Many lies, Too Many Masters ». Un disque à la signification particulière, puisque pour la première fois, il était directement impliqué dans son écriture. Une étape importante dans sa carrière et ce concert représente donc un certain aboutissement personnel. 

Lui qui a œuvré au sein du Rainbow de Richie Blackmore, MSG, The Ferrymen, (dont il chante un titre), Sunstorm et d’autres, ou plus récemment avec Elegant Weapons monté par l’ex-Judas Priest Richie Faulkner, avec plus ou moins de bonheur, se voit enfin récompensé de l’inscription de son nom sur l’affiche du grand festival hispanique, et devant un public avec lequel il peut s’exprimer dans sa langue maternelle. RONNIE ROMERO est aux anges et cela s’entend. Et si le moment est particulier, sa performance est remarquable et explosive.

Le Sud-Américain coproduit le disque avec son batteur Andy C., et le résultat est très largement à la hauteur. Entouré de musiciens aguerris, il ouvre avec « Cast Away On The Moon », extrait de son véritable premier opus, et le ton est donné. Le frontman s’impose avec puissance et prouve qu’il est l’un des meilleurs chanteurs de sa génération (« Mountain Of Light », « Crossroad », « Too Many Lies, Too Many Masters », « Vengeance »). Puis, RONNIE ROMERO clot son set avec le « Rainbow in The Dark » de Dio. Un sans-faute !

Photo : Mejorado

Retrouvez la chronique de « Too Many Lies, Too Many Masters » :

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Heavy metal Old School

Sinner Rage : des valeurs assumées

Vintage ou Old School, le Heavy Metal des années 80 est, qu’on le veuille ou non, éternel et malgré les décennies qui passent, le style est tout sauf ridé. Au contraire, il retrouve un nouveau souffle depuis quelques temps déjà, près de 50 ans après son éclosion. Les Basques de SINNER RAGE s’inscrivent dans cette énergie-là et, surtout, ne présentent pas la moindre trace de nostalgie. C’est plutôt d’allant et fougue dont il est question sur « Powerstrike », qui vient ouvrir une discographie qu’on espère longue, tant elle est ardente.    

SINNER RAGE

« Powerstrike »

(Dying Victims Productions)

Au coeur du Pays Basque espagnol, SINNER RAGE fait résonner son Heavy Metal depuis à peine deux ans et se présente aujourd’hui avec un premier album, « Powerstrike ». Affichant beaucoup de personnalité et un style qui va puiser autant dans le Metal européen qu’américain, il avait déjà offert un single deux titres début 2024, histoire probablement de signaler sa venue. Une arrivée cette fois avec les formes et un opus qui va réjouir les fans de la NWOBHM comme les nostalgiques de Dokken et de Stryper, voire de Queensrÿche, Accept et Crimson Glory. Un mix savamment dosé et surtout très bien équilibré et solide.

Rangés derrière leur leader et chanteur Aritz Martinez, les musiciens de SINNER RAGE surfent sur une vague 80’s, très en vogue depuis quelques temps et lorsque l’inspiration et le savoir-faire font cause commune, l’ensemble est savoureux et d’une belle fraîcheur. Car il n’est pas question pour la formation ibérique de donner dans le réchauffé et, même si elle s’inscrit dans les pas de leurs glorieux aînés, elle se montre originale, fougueuse et détentrice d’un répertoire personnel où l’on retrouve sa patte au fil des morceaux. « Powerstrike » est très homogène, sauvage et aussi entraînant que mélodique. Et ça cogne comme il faut !

Bien produit, ce premier effort montre de belles combinaisons dans les rythmiques comme sur les solos où le duo mixte composé de Jara Solis et Aritz Yarza prend le soin de ne pas se disperser. Vocalement aussi, si son frontman s’inspire d’un Rob Halford ou d’un Geoff Tate des belles années, l’accent est aussi mis sur les chœurs, rendant les refrains très fédérateurs. SINNER RAGE prête donc allégeance à un style intemporel, qu’il régénère habillement, avec des chorus bien sentis et une belle dynamique (« Highway Nights », « Chained By Night », « Angel Of Combustion », « Dangerous Attraction » et le morceau-titre). Raffiné et costaud !

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Dark Gothic Death Mélodique Doom

Helevorn : une fresque stellaire

Figure incontournable de la scène Doom Metal espagnole et européenne, HELEVORN célèbre son premier quart de siècle avec l’un de ses meilleurs opus. Très éclectique, elle montre un visage polymorphe et actuel, tout en vibrant sur des sonorités très 90’s à l’occasion. Toujours prompt à afficher ses origines, le groupe multiplie les variations musicales selon son humeur et propose sur ce très bon « Espectres » un voyage souvent mélancolique, mais aussi lumineux à travers des mélodies très soignées.

HELEVORN

« Espectres »

(Meuse Music Records)

Les eaux turquoises et le soleil radieux de son archipel n’ont toujours pas d’emprise sur le puissant et élégant Doom Metal du combo originaire des Baléares. Après 25 ans d’existence, HELEVORN, qui a fait appel au batteur Sebastià Barceló pour les sessions studio, sort un cinquième album, « Espectres », avec la régularité métronomique d’une réalisation tous les cinq ans. Enregistré et mixé à Majorque, puis masterisé en Suède par Jens Bogren (Opeth, Katatonia, Paradise Lost), il parvient encore à surprendre grâce à un univers original.

Malgré le contexte, HELEVORN prend avec toujours autant de plaisir le contrepied d’un environnement idyllique pour plonger dans une atmosphère Death/Doom, d’où émanent des effluves gothiques qu’on imagine inspirées de l’imposante cathédrale Sainte-Marie. La parenthèse touristique faite, « Espectres » libère des émotions intenses et profondes, offrant une dramaturgie à un ensemble loin d’être linéaires, et qui est le fruit d’une combinaison maîtrisée entre une puissance brute et une grande délicatesse d’écriture.

Avec un bel équilibre entre des guitares tranchantes et des claviers aux ambiances sombres et pesantes, « Espectres » impressionne par la qualité d’interprétation et de composition. La dualité du chant de Josep Brunet est incroyablement fluide. Le Metal des Ibériques agit avec force, tout en laissant de beaux espaces à des plages plus douces comme sur « L’Endemà », chanté en catalan avec Inès González. HELEVORN est tout sauf uniforme et le prouve avec beaucoup de classe (« Signals », « The Defiant God », « Children Of The Sunrise »).

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Alternative Metal Melodic Rock

Braindrag : Spanish race

Si l’Espagne se fait assez discrète sur la scène Metal européenne, elle n’en demeure pas moins active et inspirée. Et BRAINDRAG fait une belle entrée en matière avec « Coure Roent », un premier opus qui en dit long sur les intentions et la motivation du combo. Avec à sa tête une chanteuse à la voix chaude, puissante et qui chante presqu’intégralement dans sa langue maternelle, le catalan, le quatuor évolue dans un Alternative Metal ancré dans son temps et très percutant.

BRAINDRAG

« Coure Roent »

(Wormholedeath Records)

Fondé il y a un peu moins de dix ans à Barcelone, BRAINDRAG est typiquement de ces groupes dont on apprécie la technique, la persévérance et l’humilité. Créé par le guitariste Enric GS, c’est avec l’arrivée de Mirea Pérez au chant que les choses se sont  accélérées avec l’EP « Atreverme » (2019), reprenant d’anciennes chansons issues de « One » (2017) et « Soñar » (2018), ses deux précédents formats courts. Ce premier album marque donc le franchissement d’un cap et impose le style des Espagnols.  

Dans un Alternative Metal solide (Lorenç Arbonés à la batterie et Gon Tello à la basse y sont aussi pour beaucoup) et également assez sensuel grâce à sa frontwoman, BRAINDRAG présente des morceaux bien structurés, mélodiques et accrocheurs. Et là où il sort son épingle du jeu et se montre original, c’est que l’essentiel de « Coure Roent » est chanté en catalan, une belle preuve d’indépendance au regard d’une industrie musicale dominé par une influence anglophone omniprésente.

Pour autant, BRAINDRAG n’a rien d’exotique et emprunte même de nombreux courants actuels du Metal et du Rock, ce qui rend son jeu très moderne. Des sonorités orientales de  « Pro Human Race » au plus progressif et massif « Rhapsody » qui clôt l’album, le quatuor est très volontaire, vif et créatif en multipliant les atmosphères. Ce mariage entre Melodic Rock et Hard Rock, avec une touche Heavy tranchante, prouve que la formation ibérique en a sous le pied et qu’elle est prête à déferler hors de ses frontières.

(Photo : Raquel Garcia)