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Blues Rock International

Jennifer Lyn & The Groove Revival : 70’s passion [Interview]

Originaire du Minnesota et dorénavant basée dans le Dakota du Nord, la chanteuse, guitariste et compositrice JENNIFER LYN poursuit son chemin avec sa formation, THE GROOVE REVIVAL, devenue une redoutable machine. Dans un Blues Rock costaud, entraînant et mélodique, elle nous fait part aujourd’hui d’une évolution notable, que ce soit dans son jeu, mais aussi dans cet esprit de groupe, forgé au fil du temps, et que ce troisième album vient véritablement consacrer. Live et organique, « Retrograde » nous plonge dans des atmosphères très 70’s que la production très actuelle parvient à parfaitement conserver. Entretien avec une artiste passionnée et touche-à-tout, qui semble avoir trouvé le parfait équilibre dans sa musique.   

– Je t’avais découvert en 2019 à la sortie de « Badlands », qui faisait suite à ton premier album « I’m All Wrong For You Baby ». Tu as ensuite enchaîné avec les EP « Nothing Holding The Down » et « Gypsy Soul », puis « Live From The Northern Plains ». Alors que sort « Retrograde », quel regard portes-tu sur ton parcours de ces six dernières années ?

Quelle aventure ! Se remémorer les débuts de l’album rend le voyage encore plus surréaliste. Des albums comme « Badlands » et « I’m All Wrong for You Baby » semblent comme des échos d’une autre époque. D’ailleurs, il s’agissait plutôt de démos brutes : je dirigeais alors un trio et je commençais tout juste à façonner ma voix d’auteure-compositrice. Maintenant, avec un groupe de cinq musiciens derrière moi, nous créons enfin le son que j’ai toujours imaginé et nous construisons un répertoire, qui capture exactement ce que nous voulions créer. Ce fut une évolution aussi folle qu’enrichissante.

– Alors que tu ne fait qu’aller de l’avant ces dernières années, ton troisième album s’intitule « Retrograde », ce qui peut surprendre. Tu as souhaité faire un contraste fort entre le titre et le contenu, ou y a-t-il un autre message ?

Mon co-auteur et membre du groupe, Richard Torrance, et moi composons une musique imprégnée de cette ambiance Rock si caractéristique des années 70. C’est cette époque qui a façonné nos goûts et qui alimente encore aujourd’hui tout ce que nous créons. Parce que notre son s’inspire de cet esprit vintage, nous avons intitulé l’album « Retrograde », en clin d’œil à cette tendance à contre-courant. C’est notre façon de prendre le contre-pied et de rendre hommage à la musique qui nous touche le plus.

– Pour te suivre depuis un moment maintenant, je trouve que ton chant a considérablement évolué. Il est nettement plus libre et le registre plus ample aussi. C’est un aspect de ta musique que tu as beaucoup travaillé et sur lequel tu t’es plus concentrée, car il est également plus fluide et varié ?

Merci, j’apprécie que tu me dises cela. Je perfectionne constamment mon jeu. Une routine régulière et ciblée m’a aidé à élargir ma tessiture et ma technique vocales au fil du temps. Chanter est une exploration continue, et j’essaie de l’aborder avec patience et curiosité : il s’agit de découvrir ce qui est possible, une note à la fois.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on dise un mot de ton jeu de guitare. J’ai noté une évolution, pas au sens strictement technique, mais plutôt dans la façon d’aborder les riffs et les mélodies. Qu’est-ce qui a changé, selon toi, dans ton rapport à ton instrument ?

La guitare a toujours été une passion. Je m’y mets dès que j’en ai l’occasion et cette motivation constante m’a permis de progresser. Ecrire avec mon partenaire Richard, qui est un guitariste exceptionnel, me permet d’aller encore plus loin dans cette évolution. C’est lui le maître des riffs, tandis que je me concentre sur la mélodie. Ensemble, c’est un véritable processus collaboratif et créatif.

– Avec toujours cette touche 70’s, ton Blues Rock est toujours aussi percutant et sonne aussi très actuel. Cette dynamique, on la doit aussi aux musiciens qui t’accompagnent. On sent une réelle connexion entre vous. Est-ce qu’ils ont aussi participé à l’écriture de l’album, ou as-tu composé seule les chansons de « Retrograde » ?

Chaque chanson de l’album a été co-écrite avec Richard. Ensemble, nous gérons tous les aspects de l’écriture, de la composition aux arrangements jusqu’aux paroles, créant ainsi une structure complète pour chaque morceau. Une fois les chansons écrites, nos compagnons de groupe leur donnent vie en concevant chaque partie dans le respect de ces limites. S’ils ne contribuent pas à l’écriture en elle-même, leur musicalité, leur expérience et leur interprétation ajoutent profondeur et dimension à la performance finale.

– Au niveau du son, « Retrograde » est très bien produit et il offre un relief et un volume irréprochable. Dans quelles conditions l’avez-vous enregistré et as-tu aussi participé à son élaboration ?

Richard et moi coproduisons nos albums et tous nos albums studio sont enregistrés dans mon home-studio, où je m’occupe de l’ingénierie, du mixage et du mastering. Le studio est devenu mon sanctuaire créatif. J’adore le processus du début à la fin. Prendre le contrôle total de l’enregistrement est à la fois un défi et une étape extrêmement enrichissante de notre parcours.

– « Retrograde » a aussi un aspect très live. C’est important pour toi de conserver cette approche directe et toujours très Rock ?

Lors de l’enregistrement, notre objectif est de capturer le plaisir de faire de la musique ensemble. Il ne s’agit pas seulement des morceaux : nous apprécions sincèrement la compagnie des autres et cette connexion nourrit l’énergie créative qui règne dans la pièce. On nous a dit que l’album avait un côté live et nous pensons que cela reflète le plaisir et l’alchimie que nous avons partagés pendant l’enregistrement.

– Ce qui ressort aussi de « Retrograde », c’est cette belle complicité avec Richard Torrance à la guitare. Y a-t-il beaucoup d’échange entre vous sur le jeu et de quelle manière vous répartissez-vous les rôles entre la rythmique et le lead ?

Richard est notre guitariste principal et il a une façon unique de s’exprimer à travers ses solos : ils sont vraiment parlants. Lorsqu’un morceau nécessite deux parties de guitare solo, c’est là que j’interviens. J’aime échanger et superposer des lignes solo avec lui lorsque cela enrichit le morceau. Côté rythmique, nous nous concentrons sur la création de parties complémentaires qui étoffent la gamme de fréquences de la guitare, en utilisant des voicings (la disposition des notes pour réaliser un accord – NDR) et des textures variés qui se complètent et soutiennent le son global.

– L’album fait aussi la part belle aux émotions avec des chansons plus calmes et mid-tempos, et l’orgue apporte aussi beaucoup de chaleur. L’objectif était-il aussi d’être le plus organique possible, de rester connecter au Blues originel, tout en restant très électrique et actuel dans l’ensemble ?

Absolument. La musique que nous aimons créer est profondément ancrée dans le Blues, et puiser dans ces racines apporte richesse et profondeur à tout ce que nous faisons. Barb Jiskra, notre claviériste, apporte ce caractère vintage au mix, ajoutant des sonorités Soul et Old School, qui complètent parfaitement les guitares et le groove de Jim Anderson à la batterie et de Nolyn Falcon à la basse. C’est ce mélange qui donne à notre son sa signature.

– Enfin, ces dernières années, tu as été plusieurs fois nominée aux ‘Independent Blues Music Awards’ et tes trois derniers disques se sont touts classés dans le Top 10 des radios Blues américaines. Malgré toutes ces reconnaissances, tu n’es pas intéressée par une signature sur un label, ou est-ce que tu tiens à garder ta liberté artistique ?

Les labels ont leur place dans l’industrie, mais nous n’avons jamais laissé l’absence de représentation majeure nous freiner. Notre lien avec les fans a toujours été notre principal moteur. Au-delà de la musique elle-même, c’est le fondement de tout ce que nous faisons. Rester indépendant présente de réels avantages. Des artistes comme Joe Bonamassa ont ouvert la voie et cela se produit désormais dans tous les genres. Certes, il faut se démener pour ouvrir des portes qui autrement resteraient fermées sans label, mais elles ne sont pas verrouillées. Il suffit de continuer à frapper.

Les albums de JENNIFER LYN & THE GROOVE REVIVAL sont disponibles sur le site de l’artiste : https://jlynandthegrooverevival.com/

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Symphonic Metal

Visionatica : tragic vision 

Avec « Harrowing Insight », les Allemands gagnent en intensité et la chanteuse Tamara Amedov montre la pleine capacité de son chant. Très ferme et jouant sur une diversité qui les guide, le quatuor trouve l’équilibre dans un nouvel opus qui confirme toutes ses aptitudes à produire un Metal Symphonique, qui se détache un peu de la scène actuelle. Les grosses guitares et la massive rythmique montre la voie sur des orchestrations qui servent parfaitement les morceaux. Un beau troisième effort.

VISIONATICA

« Harrowing Insight »

(El Puerto Records)

En une décennie, VISIONATICA s’est imposé comme le groupe incontournable de la scène Metal Symphonique allemande dans un élan qui ne cesse de croître. Le quatuor a patiemment franchi les étapes et avec « Harrowing insight », il s’impose même parmi les plus créatifs d’Europe. Sophistiqué, mais loin d’être pompeux comme c’est si souvent le cas, il laisse une impression de facilité dans un registre qui n’use pas démesurément d’artifices. Pour autant, ce troisième opus brille aussi par des arrangements subtils.

Grâce à une frontwoman qui a pris l’ascendant sur ces nouveaux morceaux à travers une prestation limpide et cristalline, où elle se montre aussi délicate que tranchante, VISIONATICA prend donc une nouvelle dimension. A noter également que c’est dorénavant Martin Kainbacher, qui officiait chez Ardent Spirits et Entera, qui est le nouveau batteur. Avec des parties orchestrales plutôt sobres et efficaces, « Harrowing Insight » affiche une puissance de feu implacable et dense, n’hésitant pas à faire également dans la nuance.

Très bien produit, l’apparition du violon libère également beaucoup de fraîcheur et de respiration au Metal Symphonique de la formation germanique (« Sympathy For The Devil »). S’engouffrant dans des sonorités orientales sur « Scheharazade », VISIONATICA fait preuve d’une belle adaptation, comme avec l’apparition d’Ambre Vourvahis de Xandria sur « Fucking Seducer ». Ici, les riffs sont racés, les solos biens sentis et les mélodies prennent le dessus en restant solides (« Psychopaths », « Paralyzed », « Flashback »). Très réussi !

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Heavy metal Old School

Tower : dark clouds

Séduisants et implacables, les New-Yorkais présentent un double-visage au sein d’un même univers aux contours démoniaques, où cohabitent fées et sorcières, toutes incarnées par sa frontwoman. Enveloppé d’un voile Old School à la fois rassurant et obscur, « Let There Be Dark » fait un retour aux racines d’un Metal très Heavy et parfois même assez Rock. Une belle combinaison, qui promet des rebondissements surprenants et intenses. TOWER impose sa marque avec force et talent avec une troisième réalisation très Dark à la hauteur de ses ambitions.

TOWER

« Let There Be Dark »

(Cruz Del Sur Music)

Fondé il y a une dizaine d’années, TOWER signe avec « Let There Be Dark » son album le plus convaincant que ce soit au niveau de la composition que de la production. Cette dernière est d’ailleurs, tout comme l’enregistrement, l’œuvre d’Arthur Rizk qui a travaillé notamment avec Blood Incantation, Cavalera Conspiracy et King Diamond. Un gage de sérieux et d’expérience qui se ressent sur ce troisième opus distillé dans un Heavy Metal classique et traditionnel, mais non sans originalité et percussion.

Après un changement de batteur il y a trois ans, TOWER semble sur de solides rails et ses intentions sont claires : allier puissance et mélodie. Pari remporté avec « Let There Be Dark » qui affiche de belles capacités et surtout une prédisposition à se projeter avec détermination et beaucoup de finesse. Emmené par Sarabeth Linden qui fait presqu’office de prêtresse, le quintet est plein d’ambition, à commencer par celle de redynamiser et de réhabiliter un Heavy Metal originel un brin occulte et dans des sonorités vintage.

Jouant sur son côté ténébreux et envoûtant, la chanteuse du groupe se meut entre les avalanches de riffs, les solos survoltés et le galopant duo basse/batterie. Et c’est précisément ce qui fait la force des Américains, ainsi que leur identité. TOWER se montre fluide, mystique même et enchaîne les morceaux avec beaucoup de confiance (« Under the Chapel », « Book Of The Hidden », « Iron Clad », « The Hammer »). Epique et accrocheur, « Let The Be Dark » marque le franchissement d’un cap dans le parcours du combo.

Photo : Eva Tusquets

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AOR Hard FM Melodic Rock

Heart Line : masterclass

C’est la passe de trois pour le combo le plus en vue de notre beau pays en termes de Hard FM et d’AOR avec une nouvelle et époustouflante réalisation, qui prend enfin la pleine mesure des grandes prédispositions de ses membres. Sur des lignes de chant entêtantes avec des refrains dévastateurs, des parties de guitares de haut vol et une vélocité globale intense, HEART LINE pousse le plaisir à son paroxysme avec une déconcertante facilité. « Falling Heaven » vient réveiller une scène qui renaît grâce à des formations de son calibre.

HEART LINE

« Falling Heaven »

(Pride & Joy Music)

Avec déjà deux albums à son actif et un EP de reprises en guise de gourmandise, HEART LINE surfe sur une belle dynamique et ce n’est certainement pas la sortie de ce troisième et vivifiant opus qui risque d’y mettre un frein. Bien au contraire, « Falling Heaven » vient solidifier l’assiste prise par les Bretons depuis leurs débuts. En quatre années seulement, ils ont laissé exploser leur talent, leur complémentarité, leur expérience et leur créativité dans un style auquel ils sont totalement dévoués, un Hard FM très fédérateur.

Ce qu’il y a de plus frappant sur « Falling Heaven », c’est cette touche et ce son qui sont aujourd’hui immédiatement identifiables. HEART LINE s’était jusqu’ici contenté de laisser quelques indices sur ses morceaux, et voilà que son identité musicale jaillit comme une évidence. La guitare, bien sûr, en parfait équilibre avec les claviers, le groove d’une paire basse/batterie au diapason et une voix qui porte avec autant de puissance que de mélodie, la recette paraît simple et le résultat est éclatant de vérité.

Et cette fois, l’ensemble est aussi plus musclé et plus compact. HEART LINE joue sur une spontanéité avec un côté rentre-dedans qui lui va si bien. Les riffs accrocheurs s’enchaînent avec un enthousiasme palpable, tout comme les solos qui rivalisent d’ingéniosité sans être trop démonstratifs. Caractérisé par une belle audace, « Falling Heaven » exalte et exulte. Alors, même si le genre reste toujours confidentiel dans l’hexagone, une chose est sûre : si nul n’est prophète en son pays, HEART LINE pourrait bien être notre nouveau messie.

Retrouvez les interviews du groupe…

… Et les chroniques :

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Dark Gothic Doom Heavy metal

Plague Of Stars : un obscur désir

Volontaire et ténébreux, PLAGUE OF STARS s’est sans doute nourri de la période pandémique pour créer son nouvel opus. A la fois très rentre-dedans et jouant sur des instants plus délicats, le groupe livre un disque complet et célèbre du même coup l’arrivée derrière le micro de Liz Ziegler, qui n’a pas mis très longtemps à trouver ses marques. Vocalement captivante, elle mène ces nouveaux morceaux avec aplomb et beaucoup de force. « Extinction » sort déjà du lot grâce un Metal sombre et super-efficace.

PLAGUE OF STARS

« Extinction »

(Wormholedeath Records)

C’est du côté de Minneapolis, Minnesota, que PLAGUE OF STARS a éclot en 2012 et surtout en 2014 avec la sortie de « When Morning Came », un premier opus qui allait lancer une sorte de quête d’un Metal presqu’absolu entre Doom, Gothic et aux saveurs Black et Heavy. Composé de musiciens expérimentés, le quintet sort aujourd’hui son troisième album studio, auquel il faut ajouter un live (« Virtual Live » en 2021) et un single il y a trois ans. Ce dernier marque d’ailleurs l’ultime prestation de son ancienne chanteuse, Melissa Ferlaak.

Car, c’est dorénavant Liz Ziegler qui a pris les rênes du chant chez PLAGUE OF STARS, et qui parvient dès son arrivée à imposer sa patte et un registre clair et puissant. Pas de hurlements, ni de grognements, ce qui rend ce nouvel album sans doute plus percutant, notamment au niveau des textes, qui restent dans une veine très sombre. « Extinction » révèle donc sa nouvelle frontwoman, laquelle offre d’ailleurs un très bon duo avec celle qu’elle remplace désormais sur le morceau-titre, un geste de grande classe pour un titre détonnant.

Après la courte intro (« Akerra »), « Vain »  nous propulse dans un Metal musclé, vif et massif. Tout en restant mélodique, PLAGUE OF STARS frappe fort en distillant une ambiance apocalyptique savamment constituée d’influences diverses qui se retrouvent sans mal. De « False Reality » et son petit côté symphonique au percutant « Sentinels », en passant par le plus éthéré « Shift » et jusqu’à « Akelarre », qui clot ce nouvel effort en réponse à l’intro, les Américains frappent fort, évitent toute répétition et jouent sur une originalité exemplaire.

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Stoner Rock

Dunes : un désert mouvant

La sensation qui émane de cette nouvelle réalisation des Britanniques a quelque chose de surnaturelle, tant elle devient de plus en plus immersive au fil des chansons. Avec « Land Of The Blind », DUNES s’ouvre de nouveaux horizons sur les fondations d’un Stoner Rock audacieux qui mêlent habillement un regard très actuel sur notre société et une vision artistique assurée, portée par un travail acharné sur des compositions rayonnantes. L’approche est solide et originale à bien des égards et elle fait définitivement entrer les Novocastriens dans la cour des grands.

DUNES

« Land Of The Blind »

(Ripple Music)

Face à la Mer du Nord, à Newcastle, DUNES voit le désert. Du moins, c’est ce que laisse penser son Stoner Rock emprunt d’une saveur très 90’s et de brûlantes vibrations. Le trio annonce ainsi son arrivée chez Ripple Music de belle manière avec « Land Of The Blind », son troisième opus, qui marque lui aussi un virage dans son approche. Après « Take Me To The Nasties » (2019) et « Gargoyle » (2022) sortis tous les deux chez Sapien Records, le power trio se fait plus explosif que jamais et le Fuzz à l’œuvre ici est pour le moins dévastateur et massif.

A mi-chemin entre des sonorités américaines façon Clutch et d’autres plus européennes comme Dozer, DUNES trouve sa voie et malgré un propos assez sombre dans les textes, l’ensemble se veut plutôt optimiste. Musicalement en tout cas, les Anglais se montrent très créatifs et « Land Of The Blind » affiche aussi une très bonne production. On la doit d’ailleurs au batteur du groupe, Nikky Watson, qui a su mieux que personne saisir l’essence des morceaux, enregistrés à l’extrême nord du pays aux Old Church Studios de Thropton avec Adam Foster.

Cette traversée existentielle est d’une densité intense. Dès la longue intro de « Cactus », DUNES nous immerge dans un univers assez feutré, mais torturé à l’image des paroles et de cette rythmique très dronique. L’épaisseur des riffs et l’ampleur de la basse rendent les titres très massifs avec également beaucoup d’explosivité et de profondeur, à l’instar de la magistrale intervention de Nick Carter (ex-Crane) sur « Northern Scar » et de Ryan Garney de High Desert Queen sur « Voodoo ». Une grande classe et un impact marquant.

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Heavy Stoner Stoner Doom Stoner Metal

Moon Wizard : une sombre lueur

Soufflant le chaud et le froid sur des morceaux très homogènes, MOON WIZARD présente un Stoner Metal varié, tout en maîtrise, à travers lequel cohabitent des atmosphères Doom, Heavy et même Hard Rock avec une épaisseur enveloppante. Mélodique et massif, « Sirens » impose des refrains entêtants portés par une frontwoman, qui se balade entre Metal et Rock sur des rythmes soutenus et languissants. Une réussite qui montre la vitalité de l’underground yankee.

MOON WIZARD

« Sirens »

(Hammerheart Records)

Troisième album pour Ashton Nelson (batterie), Aaron Brancheau (guitare) et Joseph Fiel (basse, chant) et le deuxième pour Sami Wolf (chant) qui a rejoint les trois amis d’enfance sur « The Night Harvest » sorti en 2020. Depuis cinq ans maintenant, MOON WIZARD peaufine son Stoner Doom Metal du côté de Salt Lake City, Utah, et « Sirens » est un bel aboutissement de ces dernières années de travail. Et cette présence féminine au chant a également ouvert un plus large champ d’action au quatuor.

Issus de la scène Black et Death, les trois musiciens de la formation originelle ont gardé un côté obscur dans leur Stoner et si le Doom domine les débats, les influences Heavy Metal sont très présentes et offrent à MOON WIZARD un aspect très mélodique. Et c’est aussi la voix de sa chanteuse qui distingue le combo avec originalité. On est loin d’un registre plombant et écrasant. Le groupe se veut plutôt accessible et se montre très accrocheur en s’inscrivant dans les pas très sabbathiens et classiques de leurs aînés.

Sur une production soignée, plus solide qu’agressive, MOON WIZARD évite aussi les écueils grâce à une paire basse/batterie en osmose et un guitariste inspiré et efficace qui donne sa ligne directrice à « Sirens ». Avec une mixité vocale utilisée à bon escient, l’ensemble gagne en profondeur et devient vite addictif (« Luminare », « Dessert Procession », « Magnolia », « Sunday », « Epoch »). Avec ce nouvel opus, les Américains franchissent un cap et livrent un disque mature et créatif. Bien structurés, les titres présentent un volume intéressant.

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Stoner Metal

Six Months Of Sun : monsters gallery

Jouer sur l’imaginaire à travers un Stoner Metal instrumental n’est pas forcément le plus évident des exercices. Pourtant, l’univers des Genevois s’y prête et l’interprétation souvent chimérique sur le bien-nommé « Creatures » ne met pas bien longtemps à agir. On visualise sans mal les bêtes sauvages comme l’irlandais Dobhar-chú, le terrifiant islandais Vatnagedda, l’étonnante et aquatique japonaise Ningen ou encore notre bête de Gévaudan nationale. Un effrayant tableau brillamment mis en musique par SIX MONTHS OF SUN.

SIX MONTHS OF SUN

« Creatures »

(Cold Smoke Records/Urgence Disk)

On peut compter sur les doigts d’une main les groupes qui, tout en se faisant rares, parviennent à surgir avec une réalisation encore meilleure que la précédente. C’est le cas de SIX MONTHS OF SUN qui se présente avec « Creatures », son troisième album en l’espace de 15 ans et il permet enfin de mieux cerner les contours du Stoner Metal du power trio. Depuis leurs débuts, Christophe Grasset (guitare), Cyril Chal (basse, synthés) et Daniel Stettler (batterie) ont bâti un registre solide et personnel dans des sphères instrumentales saisissantes, qui laissent place à l’imagination.

L’aventure a débuté en 2013 avec « And Water Flows », puis « Below The Eternal Sky » en 2018 et « Creatures » vient apporter beaucoup de certitudes sur les intentions musicales des Suisses et les contours de leur Stoner Metal se font donc plus précis. Grâce à une vision claire de son jeu, SIX MONTHS OF SUN se montre même assez étonnant. Sans voix, ce nouvel opus est pourtant très narratif dans son déroulé et on le doit sans doute à cet aspect conceptuel développé tout au long des neuf titres et à une production massive et peu commune.

Certes, le combo libère un Stoner épais et aux textures multiples, appuyées par des notes de synthétiseurs discrètes, mais enveloppantes. Mais le travail sur les riffs est assez phénoménal, tout comme les parties de basse rugueuses et c’est la batterie qui vient vraiment distinguer SIX MONTHS OF SUN de la scène du même genre. Loin des rythmiques sourdes et pachydermiques à l’œuvre d’habitude, l’approche est clairement Metal, musclée et véloce. On se laisse littéralement embarquer dans cette odyssée aux atmosphères presqu’oniriques (« Zaratan », « Gevaudan », « Jersey Devil », « Dahu »).

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Americana Blues Rock Country-Rock

Jax Hollow : une voix dans l’Amérique

Si JAX HOLLOW a basé sa réputation grâce à des concerts enflammés et un Blues Rock pied au plancher, la songwriter originaire du Massachussetts a de très nombreuses cordes à son arc. Avec « Come Up Kid », celle qui vit désormais dans la ‘Music City’ du Tennessee, n’a pas mis longtemps à en saisir des codes artistiques aussi riches que nombreux, et nourrit désormais son registre de saveurs Americana, Country et Folk. Porté par une production somptueuse et très organique, elle détonne dans un paysage où elle vient apporter de la fraîcheur et une véritable bouffée d’air frais sur des sonorités Indie et très libres.

JAX HOLLOW

« Come Up Kid »

(Independent)

Elle l’avait révélé il y a quelques semaines ici même, ce nouvel opus serait plus intime, plus personnel et sa direction ne serait peut-être pas non plus celle que l’on attend de la flamboyante guitariste-chanteuse. Il faut reconnaître que de ce côté-là, la surprise est belle et elle est de taille. Car si « Come Up Kid » s’ouvre sur « Changing Suits », suivi de « Easy Or Harder ? », deux morceaux plein d’allant, c’est un aspect plus délicat et aux teintes acoustiques plus présentes que nous présente JAX HOLLOW. Et la jeune Américaine semble aussi plus imprégnée de ce que peut apporter Nashville en termes de couleurs musicales.

Dès « Keeping My hands Busy », c’est cette fibre qui ressort, tout comme sur le single « Don’t Call Me Baby » et ensuite « Fallout » et son violon. La musicienne avait présenté son nouvel effort comme étant une sorte de biographie de ses deux dernières années, faites de hauts et de bas. Et c’est vrai qu’en cela, son Americana se prête beaucoup plus à la narration, ce qui ne l’empêche pas d’assurer de belles envolées guitaristiques, passant de l’acoustique à l’électrique avec la même dextérité. Sorte de catharsis, « Come Up Kid » apparaît presque comme une libération pour JAX HOLLOW qui resplendit littéralement au chant.

Accompagnée par un groupe irréprochable et d’un feeling irrésistible, c’est sans doute la première fois aussi que la voix de la chanteuse prend une telle dimension. Capable d’une extrême sensibilité comme d’une puissance claire (« Corner Store Jay’s », « Blazing Glory », « Stone Cold Sober »), elle se balade d’un style à l’autre, d’une ambiance à une autre en jouant sur les émotions avec beaucoup de sincérité, comme sur la poignante chanson-titre ou la très country « Birds On A Wire ». Enfin, JAX HOLLOW clôt ce très bon disque avec le touchant « Sycamore St » pour un final de toute beauté en guitare et piano. Rayonnante !

Retrouvez son interview accordée au site il y a quelques semaines :

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Thrash Metal

DeadlySins : retour fracassant

L’an dernier, les thrashers rhodaniens avaient mis fin au suspense en actant la venue d’un nouveau cogneur derrière les fûts, même si c’est l’ancien qui officie ici, et surtout la sortie imminente d’une troisième réalisation qui se sera faite attendre… dix longues années précisément. Avec « Age Of Revelation », le quintet vient remettre les pendules à l’heure et confirme qu’il n’a pas grand-chose à envier au reste de la scène européenne. Loin de là ! Très contemporain dans l’approche, DEADLYSINS surfe sur un groove hérité des pionniers du genre et cette touche vintage leur confère une solide posture.

DEADLYSINS

« Age Of Revelation »

(Adipocere Records)

Avec trois albums en 24 ans, on peut dire que DEADLYSINS avance à un train de sénateur. Sauf que lorsque le sénateur se met en marche, le coup d’accélérateur est assez fulgurant. « Age Of Revelation » reprend les choses là où elles en étaient il y a dix ans sur « Anticlockwise » en y ajoutant beaucoup de percussion, ce qui devrait se faire d’ailleurs sentir bientôt sur scène avec le nouveau batteur. Moderne tout en respectant les codes d’un Thrash Metal originel, le combo lyonnais prend ici une nouvelle dimension.

Et cela commence par la production nettement plus massive et puissante. Cela dit, si DEADLYSINS s’est offert un son très actuel, du côté des compositions, c’est plutôt vers le registre Old School qu’il faut lorgner. Comme depuis ses débuts, il fait la jonction entre la scène allemande pour son côté rigoureux et des structures en béton armé, et l’aspect plus fun et débridé américain de la Bay Area avec un zeste de Municipal Waste. On a donc tous les ingrédients d’un Thrash authentique et fédérateur.

Dès l’entame, sur « Reckoning Of The Unholy (Ecclesiasdick) », les deux Laurent aux guitares enchaînent les riffs acérés et promettent une suite qu’on devine savoureuse. Emmené par une rythmique galopante et martelant comme un seul homme, DEADLYSINS montre un visage qui ne trompe pas : les Français sont là pour en découdre et les assauts de leur frontman ne faiblissent pas (« Personal Disaster », « Ashes To Ashes », « Heart Drowned In Sulfur », « Covid 666 »). Une décennie de patience qui vole en éclat avec la manière et la rage ! 

Photo : Virginie Bechet