Brut et authentique, le Blues que parcourt SHOTGUN SAWYER a beau emprunter les mêmes chemins que la scène plus ‘traditionnelle’, le poids et la lourdeur de sa rythmique notamment, mais aussi de la guitare, viendront heurter, puis assommer les amateurs de l’aspect léger et délicat du genre. Ici, C’est tout de même le Stoner Rock qui domine l’ambiance bluesy et Rock’n’Roll de ce « Shotgun Sawyer » immersif. Entre des lignes de basse bien grasses et une batterie très appuyée, ça frappe et cogne sans retenue… et ça fait du bien !
SHOTGUN SAWYER
« Shotgun Sawyer »
(Ripple Music)
Depuis 2016, SHOTGUN SAWYER livre sa vision du Blues depuis la petite ville d’Auburn en Californie et son premier effort, « Thunderchief », avait d’ailleurs tapé dans l’œil de Ripple Music, qui s’était empressé de le signer. Trois ans plus tard, « Bury The Hatchet » est venu confirmer l’assise et l’originalité du combo. Car si le trio évolue bel et bien dans un registre proche d’un Blues hyper-roots, c’est aussi du côté Stoner qu’il s’illustre tant les riffs épais et fuzz sont légions et traversent des compositions inspirées du Classic et même du Hard Rock.
Par la suite et comme pour beaucoup de groupes, le Covid a mis un coup d’arrêt aux activités de SHOTGUN SAWYER, menant même à une brouille entre le chanteur/guitariste Dylan Jarman et son ami et batteur David Lee. Celui-ci a d’ailleurs mis les voiles et c’est Cody Tardell de Slow Season qui est derrière les fûts depuis ce début d’année. Le power trio est donc de retour avec un troisième opus éponyme, très révélateur de son identité artistique. « Shotgun Sawyer » est toujours aussi rugueux, bluesy et terriblement Rock.
Finalement, ces cinq ans ont peut-être été bénéfiques aux Américains, dont les morceaux n’ont jamais été aussi élaborés et l’émotion aussi présente. En faisant aussi appel à quelques invités à l’harmonica et aux claviers, SHOTGUN SAWYER élargit son spectre musical et le travail de Patrick Hills des Earth Tone Studios à Sacramento y est pour beaucoup. La production est ample, généreuse et organique (« Cock N’ Bulls », « The Sky is Crying », « Tired », « Isildur’s Bane », « Master Nasty », « Hopeless »). Imposant !
Depuis qu’elle mène sa carrière comme bon lui semble, l’artiste helvète va de surprise en surprise. Ayant délaissé le Metal pour un Rock plus mélodique, mais efficace et dynamique, SERAINA TELLI peaufine et approfondi son style. Avec « Black’n’White Sessions », ce sont d’autres nuances de ses deux productions, « Simple Talk » et « Addicted To Color », qu’elle parcourt plus sobrement, mais avec beaucoup de sincérité. Produit avec Rico Horber, ce double-album, où les invités se succèdent, est peut-être le plus abouti depuis ses débuts en solo.
SERAINA TELLI
« Black’n’White Sessions »
(Metalville Records)
Cinq ans plus tard, on en aurait presqu’oublié que SERAINA TELLI fut la frontwoman de Burning Witches, tant elle a réussi à imposer un style très personnel dans un registre plus Rock, mais toujours aussi solide. Resplendissante sur « Addicted To Color » l’année dernière, elle réapparait cette fois avec un troisième album assez spécial et très acoustique où l’on découvre une autre facette de la chanteuse et guitariste. En effet, elle a décidé d’offrir des versions épurées, et pleines d’énergie, de ses chansons.
« Black’n’White Sessions » est constitué des meilleurs morceaux de ses deux premières réalisations, 15 titres au total auxquels SERAINA TELLI a réservé un traitement plus intime. Et la Suissesse ne donne pas pour autant dans une ambiance feu-de-camp. S’accompagnant à la guitare et au piano avec quelques percussions sur certains titres, elle se montre d’une puissance étonnante et confirme, pour ceux qui en douteraient encore, qu’elle est une grande chanteuse. Et le deuxième CD en est d’ailleurs la preuve éclatante.
Car la seconde partie de « Black’n’White Sessions » présente plusieurs duos de haut vol, l’occasion à nouveau pour la multi-instrumentiste de laisser parler sa puissance vocale. Captivante avec Clementine Delaunay de Visions Of Atlantis, Anna Murphy (ex-Eluveitie, Cellar Darling) ou Lee Aaron, SERAINA TELLI joue aussi sur les contrastes avec Chris Boltendahl de Grave Digger, Britta Görtz et John Diva notamment. Très polyvalente, elle s’impose avec force et passion. Un très beau et très positif double-album.
Comme toujours, la vie rayonne de gaieté sur ce nouvel opus de ROSALIE CUNNINGHAM. Avec « To Shoot Another Day », la Britannique nous plonge dans les 70’s avec une joie omniprésente. Très riche musicalement et d’une énergie contagieuse, ses chansons ont ce point commun de toutes évoluer dans une ambiance très psychédélique, progressive aussi, avec une liberté éclatante et sans se soucier vraiment d’une certaine nostalgie palpable, mais dont elle joue d’ailleurs avec malice et une désinvolture très élégante.
ROSALIE CUNNINGHAM
« To Shoot Another Day »
(Esoteric Recordings)
Décidemment, depuis le split de son groupe Purson en 2016, celle qui a aussi joué avec Jack White, vit un début de carrière en solo épanouissant. Après un premier album en 2019 suivi de l’excellent « Two Piece Puzzle » (2022), ROSALIE CUNNINGHAM a même sorti le très bon « Live At Capela » dans la foulée et nous revient aujourd’hui avec son troisième effort studio. Une fois encore, la jeune Anglaise se montre aussi surprenante que talentueuse et l’audace musicale dont elle fait preuve est juste incroyable.
La chanteuse, multi-instrumentiste et compositrice fait preuve d’une créativité débordante et « To Shoot Another Day » nous ballade dans des contrées Psych entre Rock, Soul, Funk et Blues avec une saveur vintage aussi délicate qu’authentique. Comme d’habitude, ROSALIE CUNNINGHAM s’est occupée de tout dans son home-studio avec la complicité de son guitariste et compagnon Rosco Wilson, qui a co-écrit quatre morceaux et participé au mix. Et les ambiances sont variées et chaleureuses pour devenir vite addictives.
Cela n’aura échappé à personne, le titre de cette nouvelle réalisation est un clin d’œil au légendaire James Bond, dont le thème de « Die Another Day » est repris dès le premier titre éponyme. Et l’atmosphère très cinématographique que l’on retrouve aussi sur la pochette se propage sur l’ensemble du disque à travers des chansons très soignées, pleines de paillettes sonores scintillantes et parfois dramatiques. Vocalement, ROSALIE CUNNINGHAM fait une véritable démonstration alternant fougue et douceur avec beaucoup de sensibilité.
Italienne et insulaire, EVA CARBONI n’avait, a priori, pas de prédisposition naturelle pour le Blues. Et pourtant, depuis quelques disques maintenant, elle a parfaitement réussi à imposer sa voix, mais aussi un registre qui parcourt sans retenue, et va même parfois au-delà, l’univers des notes bleues. Ce mois-ci est sorti « Blues Siren », un troisième album qui, comme son nom l’indique, est captivant à plus d’un titre et il est même difficile de s’en défaire facilement. Aujourd’hui installée à Londres, la chanteuse multi-culturelle continue de façonner un chant expressif et sincère entourée d’une équipe de haut-vol. L’occasion de revenir avec elle sur son parcours et également sa vision de la musique, de ce qu’elle apporte et aussi ses intentions pour l’avenir.
– Avant de parler de ce nouvel album, « Blues Siren », j’aimerais que l’on revienne sur ton parcours. Tu es née en Sardaigne, qui n’est pas véritablement une terre de Blues. De quelle manière l’as-tu découvert et surtout comment est venue cette envie de le chanter ?
Tout d’abord, je tiens à te dire que mon père est né et a grandi en France. Alors autrefois, je parlais très bien le français. Mais aujourd’hui, je suis très rouillée ! (Sourires) Il chantait beaucoup quand il était jeune, même s’il s’est ensuite consacré à autre chose. Mais enfant, il me faisait chanter des chansons de Gilbert Bécaud et d’Edith Piaf, assise sur la table de la cuisine pendant qu’il faisait la vaisselle. Dans notre maison, on écoutait toujours beaucoup de bonne musique et dans des styles très différents… C’est comme ça que j’ai découvert Janis Joplin. J’ai alors été frappée par la foudre, alors que je n’avais seulement que 11 ou 12 ans.
– Par la suite, tu es partie pour Los Angeles où tu as obtenu ton diplôme de chant à la prestigieuse ‘Vocal Power Academy’ avec la très réputée Elisabeth Howard. En quoi cette école a-t-elle un passage obligé et est-ce là que tu as véritablement trouvé ‘ta voix’ ?
Oui, la ‘Vocal Power Academy’ est arrivée plusieurs années après. J’ai un peu vagabondé, puis j’ai rencontré Elisabeth Howard en Italie dans une masterclass, et j’en suis tombée amoureuse. Ensuite, je l’ai rejointe à Los Angeles où j’ai pu approfondir mes connaissances avec sa super méthode. J’ai aussi beaucoup travaillé sur moi et sur ma voix, en revoyant finalement tout ce que j’avais appris auparavant. Je voulais qu’elle résonne librement, sans tension et qu’elle devienne un instrument qui me permette d’exprimer tout ce que je ressentais à l’intérieur de moi. Je l’ai ensuite cultivée et soignée avec amour et curiosité.
– Étonnamment, c’est ensuite en Angleterre aux côtés du guitariste et compositeur Mick Simpson que tu trouves l’association parfaite, puisque vous travaillez toujours ensemble. On aura pu penser que tu serais restée aux USA, berceau du Blues, et pourtant c’est à Londres, où tu vis aujourd’hui d’ailleurs, que tu t’épanouies. Tu as plus d’affinités avec le British Blues, ou c’est juste un concours de circonstance ?
Ma rencontre avec mon ami, le grand guitariste et auteur-compositeur-interprète Mick Simpson, m’a fait entrer dans une famille britannique fantastique et magique. Il m’a présenté à mon producteur Andy Littlewood, qui est aussi musicien, auteur, interprète et un compositeur incroyable avec qui je collabore depuis 2017. J’adore chanter du Blues britannique et aussi made in USA. J’aimerais d’ailleurs faire une tournée aux Etats-Unis bientôt et pouvoir rendre visite à mes amis américains.
– Tu es également compositrice et tu co-signes plusieurs chansons de « Blues Siren ». Dans quel domaine interviens-tu le plus ? On imagine que les paroles ont une place particulière dans ton univers musical…
Quand j’ai l’inspiration pour écrire une chanson, elle me vient comme une histoire à raconter. La musique et les paroles naissent pratiquement ensemble. Pour moi, c’est comme recevoir un cadeau et j’en suis très reconnaissante. Je me laisse guider par ma voix intérieure. « Blues Siren », par exemple, m’est venue alors que je réfléchissais à ma vie et à celle de tous mes merveilleux amis, qui ont rendu ce monde plus beau avec leur voix. Cette chanson, sérieuse et avec une légère ironie, contient un peu de moi, un peu de toutes les grandes reines du Blues et un peu aussi des moins connues, mais qui n’en sont pas moins de grandes chanteuses de Blues. Elles ont toutes ouvert leur cœur pour donner de douces émotions à travers leur chant.
– « Blues Siren » est ton troisième album après « Italia Square » (2019) et « Smoke And Mirrors » (2022), auxquels il faut ajouter quelques singles et l’EP « In The Name Of The Blues ». Je me suis amusé à écouter ta discographie de manière aléatoire et c’est incroyable de voir à quel point il y a une intemporalité dans ta musique au point que c’est difficile de dater tes chansons. Est-ce que c’est ce que tu cherches avant tout à travers tes disques ? Qu’ils soient hors du temps ?
Oui… Avec Andy, on suit le flux du moment. C’est aussi parce que, pour moi, le temps n’existe pas… Mais là, c’est un peu plus compliqué à expliquer ! (Sourires) Et je suis très contente que tu aies écouté toute ma discographie, merci !
– « Blues Siren » vient donc tout juste de sortir, mais il y a quelques mois tu nous as fait patienter avec l’EP « In The Name Of The Blues », qui est d’ailleurs plus Rock et plus rugueux que ton répertoire habituel. Pour quelles raisons as-tu sorti ce format-court ? Ce sont des chansons que tu avais de côté depuis un moment déjà, ou est-ce peut-être parce qu’elles ne s’intégraient pas vraiment dans ce troisième album ? Car il est assez différent, y compris dans le son…
En fait, « In the Name of the Blues » est arrivé comme un double-single avant la sortie de l’album. Et comme nous avions déjà beaucoup de chansons, c’est devenu un EP. Nous avions un tas d’idées et nous y sommes allés doucement ! Cela dit, même sur « Blues Siren », il y a beaucoup de Rock, des chansons comme « Don’t Get In My Way », « Walking A Tightrope », ou « Alive And Breathing » le sont définitivement. L’album alterne avec des morceaux aux saveurs différentes et qui vivent tous ensembles en harmonie.
– Vocalement, tu t’inscris depuis tes débuts dans la tradition des grandes chanteuses de Blues et de Soul comme Etta James ou Aretha Franklin, grâce à une voix à la fois sensuelle et puissante. Curieusement, tu vas un peu à contre-courant des chanteuses actuelles qui jouent un Blues moderne plus Rock et explosif. Est-ce que, finalement, le secret ne vient-il pas du travail que tu fais sur les atmosphères ?
Comme je te le disais, j’aime beaucoup jouer avec ma voix et c’est souvent la chanson qui m’inspire et m’invite à la suivre. Sur certains titres, je chante ce que je suis, dans d’autres, je raconte une histoire en étant spectatrice. Cela peut se faire de manière plus intime, limpide ou explosive. Dans le monde du Blues, il y a beaucoup de chanteuses et de chanteurs fantastiques et authentiques et chacun suit ce qu’il ressent à ce moment-là. Cette diversité est belle et c’est génial qu’elle existe. Je n’aime pas me coller une étiquette et je ne pense pas que quiconque aime cela d’ailleurs. Beaucoup d’artistes, femmes et hommes, ont toujours aimé parcourir ce style à travers différentes atmosphères et expérimenter en permanence.
– D’ailleurs, si tu évolues dans un registre Blues au sens large du terme, il y a de nombreuses influences Soul et Jazzy avec un côté feutré et une certaine dramaturgie dans ton répertoire. C’est finalement cette chaleur très présente sur tes albums que tu recherches tant dans les textes que musicalement, comme une façon de capter intensément l’attention de l’auditeur ?On a presque le sentiment que tu ne veux rien manquer du vaste monde du Blues. Et en fin de compte, rien ne te résiste, non plus. C’est important pour toi de ne pas te restreindre à un seul courant ?
J’ai eu la chance d’étudier intensément de nombreux styles vocaux et chacun m’a laissé quelque chose. Au départ, le Blues ne nous est pas venu très naturellement, à nous les Européens. C’est une question de culture, bien sûr. Nous ne sommes pas nés noirs, ni en Amérique. Mais nous pouvons nous imprégner, écouter et intégrer en nous ce qui vient de ceux qui ont respiré le Blues depuis leur enfance et nous l’approprier à notre manière. Elisabeth m’avait dit une fois qu’elle avait même dû enseigner le Blues à des élèves noirs, qui avaient été adoptés par des blancs en Amérique.
– Juste avant « Blues Siren », tu as aussi sorti quelques singles comme « Winter Of 51 », « The Magic » et une version étendue incroyable de « Call My Name », toujours avec ton complice Mick Simpson. Ce sont des chansons qui n’étaient pas prévues pour un album, ou est-ce que, dans ce nouveau monde numérique, c’est aussi une façon de rester présente pour tes fans et à travers les réseaux sociaux ?
Parfois, Andy et moi essayons de tenir compagnie à nos amis et aux fans qui nous suivent avec quelques chansons, même en version single ou sur un EP. On le fait en attendant l’arrivée du nouvel album qui, comme tu le sais bien, demande parfois un peu plus de temps que prévu. « Winter Of 51 » et « Call My Name » font toutes deux partie d’un album. Pour « Call My Name », Mick avait joué un très long et très beau solo en studio. C’était si intense et touchant que nous avons décidé de le présenter dans une version augmentée. « The Magic », quant à elle, est une chanson que nous avons sortie à Noël dernier. Elle est pour moi très spéciale et sincère.
– Enfin, 2024 a été une belle et riche année pour toi avec un EP et un album complet. J’imagine que 2025 sera consacrée essentiellement à la scène, à moins que tu ne travailles déjà sur le successeur de « Blues Siren » ?
Oui, je compte désormais me consacrer intensément au live et avec un super groupe anglais. Mais… De nouvelles chansons bourdonnent déjà dans nos têtes. Je vous tiendrai au courant de tout ça plus tard ! (Sourires)
Le nouvel album d’EVA CARBONI, « Blues Siren » est chez Mad Ears Productions et sur le site de l’artiste : https://evacarboni.com/
Chacune de ses réalisations est toujours surprenante et avec « Mother », ZZ WARD ne déroge pas à la règle. Imprévisible, c’est sur le légendaire label Sun Records qu’elle publie cette fois quelques chansons. Avec beaucoup de vitalité, elle témoigne de ses expériences en tant que mère. Vulnérable et forte, elle n’élude aucun passage et aborde plusieurs domaines de la parentalité en jouant aux montagnes russes. Ca sent le vécu et lorsque tout cela est décliné dans un Blues épuré, où se croisent instants Gospel et envolées de cuivres sur des guitares ardentes, on ne peut que tomber sous le charme.
ZZ WARD
« Mother »
(Sun Records)
Un an tout juste après l’excellent et très éclectique « Dirty Shine », la néo-Californienne originaire de l’Oregon fait un retour express, mais très qualitatif, avec « Mother ». Composé de six titres, ZZ WARD apparait cette fois sur Sun Records et livre ses sentiments sur les sensations que procure la maternité. Et plutôt que de se disperser, ce qu’elle fait d’ailleurs très bien, c’est dans un registre Blues très roots qu’elle a choisi d’évoluer. Et il faut reconnaitre que l’approche très sincère et authentique du style s’y prête à merveille. Avec une attitude totalement décomplexée, on ne peut que succomber à autant de fougue et de vérité.
C’est une sorte de retour à ses premières amours pour ZZ WARD qui renoue avec ses racines musicales dans une version très brute et profonde. D’ailleurs, ce nouveau format court réserve aussi quelques surprises, la songwriter étant pleine de ressources. L’intensité passionnée et l’énergie sans filtre qui émanent de « Mother » nous rappelle à quel point elle est une incroyable chanteuse et une multi-instrumentiste de haut vol. Elle prend beaucoup de plaisir à explorer ses six chansons en les révélant sous un jour nouveau et un son également différent. Directe et sans détour, on brûle avec elle dans ce (trop !) court moment musical.
L’Américaine ouvre son EP avec le morceau-titre, gorgé de riffs épais et sur un ton puissant, histoire de poser l’ambiance. La production très live et Rock’n’Roll de « Mother » et « My Baby Left Me » accentue cette impression d’urgence et ce dynamisme. Puis, ZZ WARD reprend « Put My Gun Down » et « Lil Darling » de son dernier opus en leur offrant un traitement de choc. « I Have No One » est l’instant le plus tendre et sa voix monte encore d’un cran dans l’émotion. Vocalement irrésistible, elle plonge ensuite dans un Chicago Blues vif sur « Cadillac Man », sorte d’hommage appuyé et généreux à l’esprit agité du Blues. Une tranche vie sans far.
En trois décennies d’activité, « The Warrior Celt » est seulement le troisième opus du sextet nippon et probablement le plus abouti aussi. Fort d’une belle doublette de guitaristes, d’une violoniste et d’une flûtiste virtuoses, BELLFAST enfile les habits de guerrier celte pour distiller un Folk Metal bien ciselé, véloce et puissant. En confiant la production au Finlandais Svante Forsbäck (Ensiferum, Amorphis, Apocalyptica), il se donne de belles garanties et se montre assez convaincant.
BELLFAST
« The Warrior Celt »
(King Records)
De prime abord, cela peut paraître étonnant qu’un groupe japonais s’intéresse de si près à la musique celtique. Pourtant, c’est bel et bien le crédo de BELLFAST et cela fait même plus de 30 ans que ça dure. Lors de sa formation à Tokyo en 1993, il avait porté son dévolu sur un Hard Rock Progressif plus classique, mais déjà Folk. Après l’EP « Faraway Prayers » (2011), puis les albums « Insula Sacra » (2010) et « Triquedraco » (2017) survenus suite à un changement de label, la formation a montré de plus fortes intentions.
Pourtant l’an dernier, BELLFAST aurait pu déposer les armes, tant son line-up a été bouleversé avec surtout le départ de son bassiste et fondateur. Mais avec du sang neuf, il s’est remis à l’ouvrage et est même parvenu à renforcer son jeu et son style. Très irlandais dans les sonorités, « The Warrior Celt » ne manque pas de sel et lorsqu’une culture ancestrale se penche sur une autre, la connexion peut se produire. Bien sûr, il manquera peut-être le côté insaisissable et fougueux européen, mais peu importe finalement.
Techniquement, BELLFAST n’a rien à envier aux combos du même genre. Situé quelque part entre Iron Maiden et Skyclad pour ce qui est des influences, il gagnerait à afficher un caractère plus trempé, histoire de sortir un peu des sentiers balisés empruntés. Pour autant, « The Warrior Celt » présente de bons morceaux avec un côté épique maîtrisé et des twin-guitars bien aiguisées (« Song For Devil », « Morning Dies Away », et le morceau-titre). L’ensemble est très honorable, mais l’absence d’un grain de folie et d’audace se fait sentir.
Basé entre le Delaware et Philadelphie, le combo de la côte est américaine poursuit sa déferlante Metal et se montre même infernal dans sa façon de se renouveler depuis sa création. C’est peut-être d’ailleurs la conséquence d’un renouvellement de musiciens régulier. Avec « Renewed By Death », HIGH REEPER prend un tournant Heavy, tout en restant fidèle à un Stoner Metal profond, viscéral et teinté de Doom. Court, mais sulfureux, ce nouvel effort devient réellement addictif au fil des écoutes.
HIGH REEPER
« Renewed By Death »
(Heavy Psych Sounds)
A moins qu’il ne se cherche encore ou que l’expérimentation soit son champ préféré d’investigation musicale, HIGH REEPER parvient une fois encore à surprendre avec ce troisième opus, où il prend une nouvelle direction. Cependant, les Américains n’ont pas pour autant totalement délaissé leur épais Stoner Metal, ils y ont simplement apporté quelques modifications dans son orientation. Moins ancré dans le Doom Old School de leurs débuts, c’est le tranchant d’un Heavy Metal un brin vintage également qu’ils sont allés cueillir.
Après plusieurs changements de line-up depuis 2016, espérons aussi que « Renewed By Death » soit enfin l’album de la stabilité, puisque HIGH REEPER avance à l’unisson dans un Heavy Stoner Metal vigoureux et particulièrement massif. C’est d’ailleurs son lead guitariste, Shane Trimble, qui a enregistré, mixé, masterisé et produit cette nouvelle pépite. La dynamique et l’équilibre sont imparables et offrent une puissance et une robustesse à ces 35 (trop !) petites minutes, qui défilent malheureusement en un éclair.
Plus sombre dans son contenu, « Renewed By Death » reflète l’ambiance de la scène Heavy américaine des 80’s/90’s avec, bien sûr, un regard neuf, moderne et avec une interprétation véloce. Rangé derrière son solide frontman Zach Thomas, HIGH REEPER opère un beau virage, se montre écrasant et musclé (le Doom n’est jamais loin !) et le duo de guitaristes rivalise de riffs racés sur une rythmique bouillonnante (« Alluring Violence », « Broken Upon The Wheel », « Jaws Of Darkness », « Torn From Within » et le morceau-titre). Fulgurant !
Très technique et accrocheur, le style de PYRAH se frotte à un Metal extrême avec beaucoup de percussions, tout en gardant les mélodies très présentes. Le combo souffle le chaud et le froid avec une facilité et une maîtrise assez bluffantes. Aussi brutal qu’il peut être vraiment entraînant, il avance sur un épais groove bardé de passages torturés et effrénés, où sa chanteuse dicte littéralement sa loi et donne la marche à suivre. Grâce à une bonne production, les morceaux de « Veni Vidi Delevi » montrent beaucoup d’agressivité, mais aussi une facette grisante et exacerbée.
PYRAH
« Veni Vidi Delevi »
(Wormholedeath Records)
Composé de Lucie Duval (batterie), Maxime Walchuck (guitare), Clem Artuso (basse) et Ivy Brizard (chant), PYRAH joue la carte de la parité et ça lui franchement très bien. Sur de bons rails depuis une bonne décennie maintenant, le quatuor livre son troisième album et il dépasse de loin ses prédécesseurs en termes d’énergie et d’intensité. Après « Where Am I ? » (2014) et « Part Of The Ghost World » (2019, le style s’est resserré et tendu pour afficher une ligne musicale solide et variée, avec des moments très rapides et extrêmes.
Car, si nos Strasbourgeois évoluent dans un registre que l’on pourrait qualifier de Modern Metal, on est bel et bien sur une crête avec d’un côté un Groove Metal musclé et racé, et de l’autre des aspects tout droit issus du Death Metal mélodique. En effet, PYRAH compte dans ses rangs une frontwoman déterminée et à la dualité vocale, qui n’est donc pas avare de growls puissants et profonds. Pour autant, le chant clair ne manque pas d’intérêt, bien au contraire, et offre même plus de vélocité et d’harmonie aux morceaux.
Sur des riffs aussi acérés que massifs, la rythmique joue sur les variations de tempos avec des accélérations fulgurantes en phase avec des parties vocales très polymorphes. PYRAH surprend, grâce à un style qui oscille entre références actuelles assez dures et d’autres plus classiques et fédératrices. Les Alsaciens nous embraquent dans ce « Veni Vidi Delevi », qui dépasse d’ailleurs les 50 minutes, avec des titres entêtants (« Death From Above », « Mind Reset », « Obey », « Sea Of faces », « Constant Chatter » et le morceau-titre). Du costaud !
A Kansas City, et notamment dans la famille FISH, on en connait un rayon sur le Blues et son univers. Et si le prénom de Samantha est le premier qui vient à l’esprit, la musique de son aînée AMANDA n’a rien à lui envier. Montrant plus de facilité à s’engouffrer dans les racines de la musique roots américaine, elle est aussi créative quand il s’agit d’Americana que d’autres variations plus Rock et Alternative Country. Et avec « Kingdom », elle nous régale de sa voix authentique et sincère sur des textes forts.
AMANDA FISH
« Kingdom »
(VizzTone Label Group)
Nettement moins exposée médiatiquement que sa jeune sœur Samantha, dont le Blues Rock fait des étincelles depuis des années maintenant, AMANDA FISH mène une carrière plus discrète et plus sobre musicalement. Dans un registre qui présente tout de même quelques similitudes, c’est cependant au cœur d’un Americana Roots teinté de Blues qu’évolue cette artiste aux multiples facettes. Et avec ce troisième album, son talent resplendit dans des ambiances très variées et des mélodies soutenues où elle mène le bal.
A la fois bassiste, guitariste, pianiste, chanteuse et bien sûr compositrice, AMANDA FISH joue aussi du ukulele et de la mandoline et cette richesse instrumentale n’a rien d’étonnant lorsqu’on écoute ce délicat et solide « Kingdom ». Cela dit, si elle évolue sous son nom, les musiciens qui l’accompagnent sont nombreux, notamment les guitaristes et dans des approches très différentes. Et puis, on notera aussi la belle participation à l’harmonica de Richard Rosenblatt, le patron de son label, sur « Work ».
Affirmer qu’AMANDA FISH est une grande chanteuse est un doux euphémisme, tant son spectre vocal est puissant et enveloppant, et s’adapte sans mal aux morceaux estampillés Blues, Americana, Country Honkytonk et très roots de ce « Kingdom » d’ailleurs parfaitement produit. A ses côtés, les six-cordistes Terry Midkiff, Billy Evanochoko, Jeremiah Johnson et Dylan Farrell offrent un relief considérable entre slide et riffs appuyés. Et on retiendra aussi le touchant piano-voix « Mother », l’un des moments forts de cet opus.
Si l’univers d’ELLES BAILEY est constitué d’un Americana très roots aux sonorités et au groove bluesy et gospel, ne vous y trompez, la chanteuse, musicienne et compositrice nous vient de Bristol en Angleterre, d’où elle élabore depuis quatre albums maintenant une superbe discographie. Aussi émouvante que terriblement endiablée, elle joue de toutes les sensations, surfant sur toutes les émotions pour en extraire un registre authentique, touchant et positif. Avec « Beneath The Neon Glow », la Britannique nous régale une fois encore. Entretien avec une artiste vraiment attachante avant qu’elle n’entame une tournée automnale.
– Tu avais été contrainte par la pandémie d’enregistrer « Shining In The Half Light » dans les studios Middle Farm dans le Devon, plutôt que dans le Tennessee initialement prévu. Cette fois, c’est un choix délibéré, puisque tu as écrit des chansons de « Beneath The Neon Glow » à Nashville avant de rentrer en Angleterre. Est-ce que, finalement, ce n’est pas le bon compromis pour élaborer ton ‘Americana Britannica’ ?
Oui, j’ai écrit la majeure partie de cet album au Royaume-Uni, à l’exception de « 1972 » et de « Silhouette In A Sunset », qui ont été écrites à Nashville, après ma prestation à l’évènement ‘Americana Fest’ et juste avant de rentrer en studio chez moi en Angleterre. Je serai toujours inspiré par la musique américaine et j’aime à penser qu’il y a un son transatlantique dans ma musique.
– On te retrouve aussi avec la même équipe et notamment Dan Weller à la production. Est-ce que c’est cette complicité artistique qui te pousse à enregistrer tes albums en Angleterre et aussi conserver une certaine continuité musicale peut-être plus britannique ?
Je savais en faisant « Beneath The Neon Glow » que je voulais le faire avec la même équipe que pour « Shining In The Half Light » : le même producteur, le même ingénieur, le même groupe et le même studio. Mais je savais aussi que je ne voulais pas refaire le même disque. Et j’étais sûre que nous pouvions faire quelque chose de génial ensemble, c’est pour cette raison que j’ai choisi ces personnes en particulier. Chacun dans la pièce apporte ses propres influences et les fusionne pour m’aider à raconter mon histoire.
– Dans quel état d’esprit étais-tu au moment de l’écriture de ce nouvel album, car tu passes par toutes les émotions ? Et malgré tout, l’ensemble est très positif et montre aussi beaucoup de sérénité. C’est ça le fameux ‘Enjoy Your Ride’ ?
Je pense que j’ai traversé toutes les émotions en écrivant cet album : l’exaltation comme les sommets de ma carrière mêlés à une profonde dépression. J’ai beaucoup lutté contre le syndrome de l’imposteur. Mais même si ce disque joue les montagnes russes des émotions que j’ai ressenties, il laisse heureusement toujours un sentiment d’élévation… Parce qu’il faut profiter du voyage, non ?!
– Ce quatrième album contient aussi beaucoup d’énergie et, même si tu travailles dorénavant avec Cooking Vinyl Records, est-ce que ton indépendance te donne une volonté supplémentaire pour aller de l’avant, te surpasser à chaque fois et aussi contrôler toutes étapes du processus d’un album ?
Je pense que peu importe avec qui je travaille, que ce soit avec mon label ou un autre, cela restera toujours mon objectif. C’est vraiment génial d’avoir le soutien de Cooking Vinyl derrière moi, une équipe tellement dynamique, mais je reste toujours aux commandes et je prends les décisions, ce que j’apprécie aussi ! (Sourires)
– Justement, tu es une chanteuse, une musicienne et une compositrice accomplie et reconnue dans le monde du Blues et de l’Americana. Par ailleurs, tes prestations live sont aussi très réputées. J’imagine que percer aussi aux USA fait partie de tes projets et de tes ambitions. C’est un marché et un univers plus difficile à conquérir, selon toi, pour une Anglaise dans ce style ?
Je n’ai jamais fait de tournée aux États-Unis et j’adorerais le faire. Cependant, en tant qu’artiste indépendant, je suis pleinement consciente des coûts que cela impliquerait pour percer là-bas, même les visas ont un prix que je ne peux pas me permettre pour le moment. Donc si quelqu’un a envie de m’aider à réaliser ce rêve, je suis toute ouïe ! (Rires)
– Depuis un peu plus de quatre ans maintenant, tu multiplies les récompenses avec un dizaine d’Awards en Angleterre. Comment est-ce tu reçois tout ça ? Fais-tu une différence et une réelle distinction entre la reconnaissance du public et celle de la profession ? Et y en a-t-il une plus importante que l’autre ?
Oh, wow, c’est une question délicate. J’ai eu la chance de recevoir de nombreux prix et ils m’ont ouvert des portes ici au Royaume-Uni et à l’étranger. Et s’il est important d’avoir la reconnaissance de l’industrie, car cela permet de faire connaître votre musique à un public plus large, pour moi, la reconnaissance du public est la plus importante. C’est lui qui écoute, qui vient aux concerts, qui se connecte avec moi en ligne et qui me soutient. Ce sont les vrais, vraiment les vrais, tout le reste n’est que de la poudre aux yeux !
– Un petit mot aussi sur ton émission hebdomadaire sur ‘Planet Rock Radio’. C’est assez rare de voir une artiste en présenter d’autres, surtout dans le même style musical. Quel plaisir prends-tu à faire de la radio ? Il y a l’aspect ‘découverte’ bien sûr, et le vois-tu aussi comme un tremplin pour la musique Roots américaine et britannique en Angleterre ?
C’est l’une de mes activités préférées. J’adore le fait de pouvoir mettre en avant des artistes émergents de l’Americana et du Rock à la radio. C’est une industrie très difficile, donc pouvoir donner aux autres la chance de se faire entendre sur une radio nationale est une immense joie pour moi. J’aime aussi entendre les auditeurs me dire à quel point ils apprécient la nouvelle musique ! Je suis très reconnaissante d’être sur ‘Planet Rock’ ! (Sourires)
– Enfin, tu vas commencer une tournée cet automne. J’imagine qu’aller sur scène à la rencontre de ton public est la plus belle récompense après des mois de travail en studio et de promotion. Est-ce que c’est le véritable poumon de ta vie d’artiste, ce que tu attends avec impatience après chaque sortie d’album ?
Oui, j’ai vraiment hâte de partir sur la route, de rencontrer les fans et de fêter cet album ! Et ça fait longtemps que j’attends ça ! (Sourires)
Le nouvel album d’ELLES BAILEY, « Beneath The Neon Glow », est disponible chez Cooking Vinyl Records.
Retrouvez la chronique de l’album « Shining In The Half Light » :