En très, très grande forme, le six-cordiste et chanteur américain SEAN CHAMBERSa bâti un pont plus que solide entre les Etats-Unis et l’Angleterre avec comme ciment un Blues Rock vivifiant, communicatif, brut, parfois marécageux et sans concession. Accompagné par la sémillante et irrésistible Savoy Brown Rythm Section, le power trio est exaltant, tant chacun semble au sommet de son art. Cet instantané live est d’une force et d’une énergie qui ne peuvent laisser les amoureux de Blues Rock, comme les autres, de marbre. Monumental !
SEAN CHAMBERS
« Live From Daryl’s House Club »
(Quarto Valley Records)
Il a du feu dans les mains et une vision globale du Blues Rock, qui fait de lui l’un des meilleurs représentants actuels du genre. Adoubé par l’iconique Hubert Sumlin qui en fait son guitariste principal et son chef d’orchestre pendant cinq ans, SEAN CHAMBERS a ensuite commencé à tracer son chemin en solo et a sorti huit albums. D’ailleurs remarqué et couvert de louanges par le grand Paul Rodgers, il fait connaissance en 2019 avec la fameuse Savoy Brown Rythm Section lors d’un festival. Le lien musical est naturel et immédiat et la suite est tout aussi éclectique et tellement virtuose.
Avant la disparition de Kim Simmonds, guitariste-fondateur de Savoy Brown il y a deux ans, celui-ci a même donné sa bénédiction au trio dans lequel SEAN CHAMBERS croise le fer pour notre plus grand bonheur avec le bassiste Pat De Salvo et le batteur Garnet Grimm, épine dorsale du groupe londonien. Un trio magique anglo-américain qui fait aujourd’hui des étincelles et qui est venu renverser le public du Daryl’s House Club dans l’Etat de New-York, pourtant habitué aux joutes Blues et Rock. Le set enregistré en mai 2024 est tout simplement époustouflant.
Il y a du Hendrix et du SRV chez le Floridien, ce qui rend son jeu particulièrement complet et enveloppant. Porté par un public totalement subjugué, le groupe électrise la salle et distille un Blues Rock endiablé constitué de morceaux de SEAN CHAMBERS bien sûr, mais aussi de titres composés, et savamment choisis, du grand Simmonds. Une sorte d’hommage qui ne dit pas son nom, mais qui est réellement palpable et qui ne manque pas d’audace dans l’interprétation (« Cobra », « Red Hot Mama », « Bullfrog Blues », « You’re Gonna Miss Me », « Louisiana Blues »). Juste exceptionnel !
Tirant son nom d’un morceau de 1975 de Grand Funk Railroad, MEAN MISTREATERannonce à sa manière la couleur concernant, si ce n’est l’époque, du moins ses inspirations concernant le Heavy Metal dans lequel il évolue. Pas complètement proto-Metal non plus, la formation du Sud des Etats-Unis livre un brûlant mix entre des dynamiques très 80’s venant d’Europe et d’autres directement de son pays, et avec la volonté d’afficher le respect d’une tradition toujours aussi passionné. Intense et électrisant, « Do Or Die » avance sur un train d’enfer.
MEAN MISTREATER
« Do Or Die »
(Dying Victims Productions)
Aussi bouillonnante soit-elle, la scène Heavy Metal mondiale ne produit pas forcément des groupes à même de renouveler, ou tout au moins d’apporter une touche originale à un genre né dans les années 80 et qui doit beaucoup à cette légendaire NWOBHM. Mais ils sont quelques uns et c’est de l’autre côté de l’Atlantique, du Texas, que vous vient MEAN MISTREATER. S’il remplit toutes les cases des incontournables atouts à posséder et des codes à respecter, le quintet va au-delà, grâce surtout à une rage et une vraie folie musicale baignant dans un ambiance vintage saillante.
Il y a moins de deux ans, le groupe était apparu avec « Razor Wire », sorte de prémisse à ce qui allait suivre aujourd’hui, « Do Or Die » se veut beaucoup plus abouti, tant dans les compositions à l’écriture chiadée qu’au niveau de la production. Certes, ce deuxième opus n’a rien à voir avec ce qui se fait à l’heure actuelle en termes de sonorités, mais cela ne l’empêche pas d’être parfaitement ancré dans son époque. Brut et incisif, c’est sur la puissance de son jeu que MEAN MISTREATER a misé et il est loin de manquer de ressources et de (très bonnes) idées.
Resserré sur moins d’une demi-heure, le voyage que propose le combo d’Austin n’est pas de tout repos. Très américain dans son approche du Metal, il peut compter sur sa frontwoman, Janiece Gonzalez, qui n’est pas sans rappeler une certaine Leather Leone ou la Doro de Warlock avec cette hargne et ce côté hyper-Rock. La doublette guitaristique se fait aussi plaisir, redoublant d’efforts sur les échanges de solos et de riffs racés. La paire basse/batterie montre les muscles et MEAN MISTREATER laisse clairement apparaître une belle idée d’un collectif percutant.
Les vénérables et valeureux représentants du Heavy Metal originel CHRISTIAN MISSTRESS se sont enfin réunis pour composer et enregistrer un quatrième opus, qui aura mis une décennie à voir le jour. Toujours guidé par sa frontwoman Christine Davis, qui évolue avec puissance et sobriété, le groupe de la côte ouest des Etats-Unis développe beaucoup d’énergie sur ce « Children Of The Earth » très inspiré et aussi solide qu’auparavant. Le genre de disque qui fait vraiment du bien de nos jours… loin des machines !
CHRISTIAN MISTRESS
« Children Of The Earth »
(Cruz Del Sur Music)
Cela faisait dix ans maintenant que CHRISTIAN MISTRESS avait disparu des écrans radars après trois albums qui leur avaient pourtant forgé une solide réputation. Après « To Your Death » (2015), les voici donc de retour avec « Children Of The Earth » sur lequel le combo renoue avec son Heavy Metal vintage et solidement ancré dans les 70’s. Fidèle à un registre traductionnel, et proto-Metal dans l’esprit, le désormais quatuor semble toujours animé par la même passion, malgré une décennie d’absence. Et que les retrouvailles sont belles !
Si le guitariste Oscar Sparbel s’en est allé sous d’autres cieux, Christine Davis tient toujours, et de quelle manière, le micro. De leur côté, Tim Diedrich assure la guitare, Jonny Wulf la basse et quelques parties de guitare aussi et on retrouve Reuben Storey derrière les fûts. Une chose est sûre : CHRISTIAN MISTRESS est en grande forme et n’a rien changé à ses bonnes habitudes pour enregistrer « Children Of The Earth ». Car comme pour chacune de ses réalisations, les Américains ont enregistré l’ensemble en analogique sur bande.
Conçu à l’ancienne au High Command Studio de leur ville d’Olympia dans l’Etat de Washington, ce nouvel opus respire cette authenticité qui le lie au registre. Ils nous entraînent dans un Heavy Metal mélodique et véloce aux références multiples et basé sur des riffs tranchants, des solos relevés, ainsi que des twin-guitares et des chorus bien sentis (« City Of Gold », « Demon’s Night », « Love Of The World, « Death Blade », « Lake Of Memory »). Retour plus que gagnant pour CHRISTIAN MISTRESS, qui reste toujours aussi envoûtant.
La connexion s’est établie il y a deux ans maintenant et depuis, YAWNING BALCH repousse encore et toujours ses propres limites. Tous très prolifiques et très occupés, les membres de cette formation hors-norme présentent le « Volume Three » de leur aventure désertique, où l’improvisation reste le guide, même si les détails et les arrangements pourraient laisser penser le contraire. Nous sommes ici dans une telle maîtrise qu’il est difficile de savoir si l’invitation lancée à Bob Balch par Yawning Man tient franchement du hasard…
YAWNING BALCH
« Volume Three »
(Heavy Psych Sounds)
Presque deux ans après deux premiers volumes envoûtants, YAWNING BALCH livre enfin son « Volume Three ». Enregistré au printemps dernier au Gatos Trail Studio à Joshua Tree, en Californie, il clot (sauf surprise !) une trilogie assez incroyable, aussi épique que spatiale. Car il faut reconnaître que la communion entre les membres de Yawning Man et le guitariste Bob Balch (Fu Manchu, Big Scenic Nowhere) ne manque pas d’audace et encore moins d’inspiration. Cette rencontre entre deux univers, finalement pas si différents, s’ouvre sur un incroyable champ des possibles que le quatuor s’empresse d’explorer. C’est là tout le charme et la force de ces rencontres hallucinatoires, vagabondes et si réjouissantes.
Entre post-Rock et Desert Rock avec des touches de Space Rock, YAWNING BALCH est un groupe de jam, certes, mais l’élégance avec laquelle il évolue d’un même élan est assez phénoménale et inédite. Si la rythmique composée de Mario Lalli à la basse, qui joue aussi avec Fatso Jetson, et Bill Stinson derrière les fûts se connait par chœur et montre une complicité assez rare à ce niveau, ce sont bel et bien Bob Balch et Gary Arce (également à l’œuvre chez SoftSun) qui font vibrer l’ensemble autour de leur guitare avec un naturel et une fluidité totale. Sans pour autant se montrer rival, chacun prend le lead, tour à tour, avec politesse et beaucoup de respect. Leur entente rayonne et nous emporte.
Bardé d’effets dont ils sont probablement les seuls à détenir les secrets, nos deux six-cordistes jouent crescendo et les descentes dans des sonorités plus ‘reconnaissables’ se font discrètes. Une manière aussi peut-être de se passer le relais pour mieux repartir. Car Bob Balch et Gary Arce tiennent à la fois le lead et la rythmique sur les deux seuls morceaux tout en longueur de ce « Volume Three » (« The Taos Hum » et « Winter Widow »). YAWNING BALCH est de ces rencontres où les frontières sonores et musicales disparaissent au gré des accords et qui survolent un duo basse/batterie tout en rondeur et au feeling tellement évident. Une fois encore, le voyage est magnifique !
Retrouvez les chroniques des deux premiers volumes :
En quelques années seulement et avec un nouvel album qui vient tout juste de sortir, GYASI s’est imposé comme un artiste à la fraîcheur outrancière. Bousculant les codes d’une scène Rock actuelle qui ne cesse de se cloner, l’Américain nous renvoie à une époque créative et insouciante, où la liberté d’explorer de nouveaux univers était presque la norme. Entre Classic Rock et Glam, le chanteur et guitariste se présente avec « Here Comes The Good Part », où il va encore plus loin dans la découverte de son propre monde. Forcément hors-norme, il a pourtant la tête sur les épaules et chaque nouveau disques se veut plus imaginatif que le précédent. L’occasion d’en parler et de revenir sur ce personnage insaisissable qu’il incarne avec beaucoup de classe et sans retenue.
– En mai dernier, tu avais sorti « Rock n’Roll Swordfight », ton premier album live. Lors de notre première interview, on avait justement parlé de cet esprit très ‘live’ qui t’animait. J’ai presque l’impression que cela s’est fait de manière très naturelle pour toi, même s’il arrive vite dans ta discographie. C’est aussi ton sentiment ?
Oui, ça s’est fait très naturellement. Sur scène, la musique devient vraiment quelque chose de vivant, qui respire et où chaque musicien contribue et interagit avec les autres et avec le public. Souvent, les concerts ne sont pas suffisamment bien enregistrés pour être publiés, donc le point de départ pour cet album était que nous ayons trois concerts enregistrés en multipiste, afin de pouvoir leur offrir un bon mix. C’était la condition sine qua none, juste avoir les enregistrements bien réalisés entre les mains. Ce que je voulais montrer, c’était comment beaucoup de chansons avaient changé et s’étaient développées au fur et à mesure que nous les jouions et que nous improvisions chaque soir en tournée. J’ai donc pensé que cela leur offrait une nouvelle perspective et qu’elles méritaient d’être publiées, même si c’était un peu tôt dans la discographie. Nous nous sommes juste dit, pourquoi pas ? Et on l’a fait !
– D’ailleurs, dans cet album live, tu nous avais dévoilé les morceaux « Cheap High », « Baby Blue » et « 23 ». Tout d’abord, aimes-tu tester tes chansons sur scène ? Et ensuite, est-ce que cela veut aussi dire que ce nouvel album était déjà prêt, du moins en partie ?
Oui, je pense que tester les chansons en live peut être utile. Parfois, cela les aide à devenir ce qu’elle doive être. D’ailleurs, nous avions joué une première version de « Sweet Thing » (qui ouvre le nouvel album – NDR) en live et il était évident qu’elle n’était pas encore terminée. Alors je suis allé la réécrire pour qu’elle soit telle qu’elle est sur le disque. Je pense souvent à la façon dont une chanson s’intégrera dans notre set live lorsque j’écris. Donc si elle semble vraiment ajouter au flux du set, alors je la joue parfois en live avant même que nous l’ayons enregistrée. Ces trois chansons ont certainement été les premières écrites pour cet album. Je les avais en tête depuis un moment, et je les ai terminées l’année dernière quand j’ai eu un peu de temps.
– On te retrouve donc avec « Here Comes The Good Part », digne successeur de « Pronounced Jah-See ». Un petit mot sur le titre : est-ce que cela veut dire que le premier était une sorte d’essai ? Un premier jet pas forcément abouti, car ce n’est pas l’impression qu’il donnait ?
Non, je pense que le premier disque était déjà abouti. C’était certainement plus une introduction. Le titre de celui-ci est plus ludique et je voulais qu’il soit ouvert à l’interprétation. Quelle est la bonne partie ? Est-ce qu’on le sait quand on l’a trouvée ? C’est tellement subjectif. Chacun se fera sa propre idée…
– Ce nouvel album est co-produit avec Bobby Holland et ton empreinte musicale semble nettement mieux définie, comme si vous étiez allés dans vos derniers retranchements en explorant beaucoup plus de sonorités. C’est dû à une plus grande maîtrise, ou y avait-il des choses que tu t’étais peut-être interdites ou que tu n’avais pas osées sur le précédent ?
Un peu des deux. Pour moi, c’est la clef pour progresser. C’est le processus que j’aime le plus. Faire mon premier disque tout seul a été le déclic pour pouvoir faire celui-ci. Et faire celui-ci m’a également fait avancer en étant capable de faire ce que j’écris maintenant. J’explore et je me pousse toujours de manière créative. J’ai clairement exploré plus de sons sur celui-ci et Bobby Holland y a joué un rôle énorme. C’est un producteur et un ingénieur incroyablement talentueux qui m’a beaucoup aidé à traduire sur le disque ce que j’entendais dans ma tête. Avec lui, je me suis senti plus en confiance pour explorer des choses que je n’avais pas la capacité de réaliser dans ma chambre sur mon magnétophone huit pistes, comme arranger des cordes ou écrire au piano.
– Bien sûr, jouer du Glam Rock en 2025 renvoie forcément à l’âge d’or du style avec toujours les mêmes noms qui reviennent. Est-ce que ce n’est pas usant parfois d’entendre toujours les mêmes critiques, alors justement que ton jeu apporte vraiment du neuf ?
Oui, c’est fatiguant, mais je pense qu’au fil des albums, ma propre voix se solidifie. Sur chaque disque, je me demande toujours quelle est la partie qui me correspond le plus ou qui est la plus unique et comment je peux amplifier et explorer ça. Comme je suis capable de combiner mes différentes influences et de créer la musique que je veux, je pense que certaines de ces comparaisons vont se dissiper. D’un autre côté, la plupart des artistes qui sont mentionnés sont ceux que je considère comme le summum de la musique et de l’art. Donc, je suis souvent honoré d’être comparé favorablement.
– Pour rester sur le Glam Rock, vous êtes assez peu nombreux à en jouer aujourd’hui dans sa forme ‘classique’ en tout cas et en reprenant les codes du genre. Est-ce que tu te sens parfois étranger à la scène Rock actuelle, ou au contraire, cela t’ouvre beaucoup plus de portes que tu ne l’aurais pensé ?
Je me sens un peu étranger à la scène Rock actuelle, c’est vrai. Il y a beaucoup de nostalgie et peu de nouveautés qui semblent vitales et intéressantes au niveau de la création. Honnêtement, je me sens généralement plus connecté à ce que je vois se passer dans d’autres cercles que la scène Rock. Mon espoir est cependant de ramener un peu de cette vitalité créative au Rock et de le rendre passionnant et vital.
– L’impression immédiate que m’a donnée « Here Comes The Good Part » est que ta musique évolue en même temps que toi, ou que ton personnage au sens large à travers ton look notamment, et c’est précisément ce qui donne toute cette fraîcheur au disque. Est-ce que tu travailles, ou explores, ces deux facettes de manière simultanée et est-ce que l’une prend parfois le dessus sur l’autre ? Le look sur la musique, par exemple ?
Je pense qu’ils sont tous les deux en constante évolution. A mon avis, la musique vient en premier et que l’aspect visuel, c’est-à-dire le personnage, s’adapte ensuite à elle. J’élargis simplement mon univers à chaque album et donc il est amené à assumer de nouveaux rôles.
– Revenons à l’album et j’aimerais que l’on parle des arrangements, qui sont aussi nombreux que soignés. On y retrouve du piano et des cuivres, et ta guitare qui donne le ton. Est-ce que c’est un moyen de s’évader d’un Rock souvent brut et direct pour pouvoir exprimer plus d’émotions, notamment à travers des textes qui peuvent peut-être mieux respirer ?
Oui, je pense que la lumière et l’ombre sont nécessaires pour qu’une œuvre paraisse complète. J’aime aussi les surprises et, au fil d’un album, on a la possibilité d’emmener l’auditeur dans des lieux différents et de vivre d’autres émotions. C’est ce que j’aime dans l’expérience de l’album, le voyage que l’on peut faire au fil du disque. Je voulais avoir des couleurs différentes dans les arrangements pour que cela reste intéressant et surprenant et aussi pour lui donner une certaine ampleur émotionnelle.
– J’aimerais qu’on dise encore un mot sur ton look qui te donne beaucoup de relief à travers une personnalité finalement difficile à cerner. Est-ce une manière pour toi de te protéger, ou peut-être de te cacher derrière un personnage presqu’intouchable et qui ose tout ?
Oui, il y a vraiment beaucoup de ça. J’ai toujours aimé les ‘Rock Stars’ plus grandes que nature comme Little Richard, Mick Jagger ou David Bowie. C’est ce que je recherche chez un artiste, c’est pourquoi j’ai créé ce personnage pour cette musique, un personnage qui transmute la musique en un monde unique sur scène. Cela me donne la permission d’aller au-delà de ce que je pourrais être moi-même. Et cela me permet également de me libérer de tous les fardeaux de la réalité et d’entrer dans un nouveau monde avec des règles et des possibilités différentes. Et j’espère que ce monde touchera d’autres personnes et les transportera également ailleurs.
– Enfin, un petit clin d’œil au sujet de Nashville où tu résides depuis un moment déjà. Comment est-ce que cela se passe au milieu des cowboys et des cowgirls ? L’envie d’écrire un album de Country Music ne te titille pas encore ?
(Rires) Non, pas encore ! Et c’est une voie que je ne pense pas emprunter de sitôt. La Folk ou le Blues des origines peut-être, mais la Country n’est pas vraiment dans mes cordes. Et il y en a beaucoup qui le font bien mieux que moi. Mais Nashville est un endroit formidable pour moi. J’ai trouvé tous mes groupes ici et il y a une scène musicale vraiment florissante, qui a un sens de la camaraderie que je n’ai trouvé nulle part ailleurs.
Le nouvel album de Gyasi, « Here Comes The Good Part » est disponible chez Alive Natural Sound.
S’ils n’ont rien perdu de l’esprit jam qui les anime depuis leurs débuts, les musiciens de WARLUNG semblent être parvenus à peut-être canaliser un peu plus le flux d’énergie qui les dévore. Non pas que cette nouvelle réalisation soit plus tendre, moins grasse, plus polie ou sage, non, mais « The Poison Touch » a un côté tellement plus en contrôle que ses prédécesseurs qu’on ne peut que saluer cette nouvelle mouture. Toujours légèrement Old School, mais les huit pieds dans leur époque, le quatuor s’amuse encore et toujours et fait le bonheur de nos oreilles.
WARLUNG
« The Poison Touch »
(Heavy Psych Sounds)
Quel ravissement de retrouver la formation de Houston, sa magique rythmique composée des frères Tamez, Chris à la basse et Ethan à la batterie, et des deux guitaristes-chanteurs George Baba et Philip Bennet pour ce cinquième effort ! Et une fois encore, WARLUNG réussit à nous surprendre. Peut-être moins axé sur le proto-Metal teinté du Heavy vintage inspiré de la NWOBHM de « Vulture’s Paradise », le groupe se montre tout aussi à son aise dans cette épaisseur musicale, faite des volutes des riffs endiablés du duo de six-cordistes.
Si « The Poison Touch » affiche également plus de rondeur dans le son avec une production peut-être plus équilibrée et massive, le chemin n’en est que plus épique avec des légères effluves de Doom, de Stoner et d’un Blues occulte presqu’obsédant (« Holy Guide »). Une chose est évidente, WARLUNG s’ouvre les voies de tous ces registres pour parvenir à une unité dévastatrice et envoûtante. Les Texans sont toujours aussi cinglants et sauvages, et les mélodies qui façonnent ces nouveaux morceaux sont diaboliquement addictives.
Il émane une véritable plénitude de « The Poison Touch », comme en témoigne « The Sleeping Prophet », superbe ballade mid-tempo qui vient confirmer l’assise du combo. Et que dire de l’intermède « Mourning Devils » qui nous propulse sur orbite avant de se délecter des presque huit minutes de « Spell Speaker » ? Majestueux et sans doute le point de bascule de cet album tellement imprévisible ! WARLUNG reste explosif et ne se ménage toujours pas (« Digital Smoke », « Rat Bastard », « 29th Scroll, 6th Verse »). Renversant !
Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie de « Vulture’s Paradise » :
Le titre de cette nouvelle production de TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS résume à lui seul l’intention du maestro : revenir à l’essence-même du Blues, en parcourant ses différents courants et en s’y collant au plus près. Pari amplement remporté, ce qui n’est pas vraiment une surprise lorsque l’on connaît le sens de la musique qui l’habite. En ne proposant que trois petits inédits, c’est surtout vers des morceaux qui le font vibrer que le musicien s’est penché et « Closer To The Bone » côtoie les sommets.
TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS
« Closer To The Bone »
(Alligator Records)
En un peu plus de trois décennies, TOMMY CASTRO avoisine la vingtaine d’albums, une dizaine de Blues Music Awards et surtout un feeling qui va grandissant. Avec ses PAINKILLERS, c’est un disque un peu spécial que le natif de San José en Californie propose, puisque celui-ci ne comprend que trois chansons originales (« Can’t Catch A Break », « Crazy Woman Blues » et « Ain’t Worth The Heartache »), auxquelles il faut ajouter tout de même onze reprises, et pas n’importe lesquelles. Lui qui a exploré à peu près tous les registres, passant du R’n B à la Soul ou au Rock, s’offre le loisir de se faire plaisir… et nous avec !
TOMMY CASTRO & THE PAINKILLERS n’élude ici aucun d’entre-eux, sachant se faire tendre, délicat ou explosif et pétillant le morceau suivant. « Closer To The Bone » fait un peu le tour des goûts et des préférences du guitariste-chanteur et il faut bien avouer qu’on ne voit pas le temps passer. L’idée est donc de le réécouter dans la foulée avec la même délectation. Avec comme noyau dur Mike Emerson aux claviers, Randy McDonald à la basse et au chant et Bowen Brown à la batterie, l’ensemble sonne comme une ode au Blues sous toutes ses belles coutures et le talent de chacun fait naître une osmose savoureuse.
Car ce qui surprend aussi sur « Closer To The Bone », c’est l’harmonie qui règne au sein de THE PAINKILLERS, qui n’a jamais aussi bien porté son nom, avec aussi un humour omniprésent. Petite cerise sur le gâteau, TOMMY CASTRO a invité quelques amis et non des moindres. On y croise au fil des titres Chris Cain, Rick Estrin, Christoffer ‘Kid’ Andersen et l’incroyable saxophoniste et chanteuse Deana Bogart sur « Some Moves Me » et « Bloodshot Eyes » pour un duo. Electrique et jouant sur une proximité naturelle, l’Américain livre un opus radieux, optimiste et tout simplement irrésistible. Une vraie gourmandise !
Volontaire et ténébreux, PLAGUE OF STARS s’est sans doute nourri de la période pandémique pour créer son nouvel opus. A la fois très rentre-dedans et jouant sur des instants plus délicats, le groupe livre un disque complet et célèbre du même coup l’arrivée derrière le micro de Liz Ziegler, qui n’a pas mis très longtemps à trouver ses marques. Vocalement captivante, elle mène ces nouveaux morceaux avec aplomb et beaucoup de force. « Extinction » sort déjà du lot grâce un Metal sombre et super-efficace.
PLAGUE OF STARS
« Extinction »
(Wormholedeath Records)
C’est du côté de Minneapolis, Minnesota, que PLAGUE OF STARS a éclot en 2012 et surtout en 2014 avec la sortie de « When Morning Came », un premier opus qui allait lancer une sorte de quête d’un Metal presqu’absolu entre Doom, Gothic et aux saveurs Black et Heavy. Composé de musiciens expérimentés, le quintet sort aujourd’hui son troisième album studio, auquel il faut ajouter un live (« Virtual Live » en 2021) et un single il y a trois ans. Ce dernier marque d’ailleurs l’ultime prestation de son ancienne chanteuse, Melissa Ferlaak.
Car, c’est dorénavant Liz Ziegler qui a pris les rênes du chant chez PLAGUE OF STARS, et qui parvient dès son arrivée à imposer sa patte et un registre clair et puissant. Pas de hurlements, ni de grognements, ce qui rend ce nouvel album sans doute plus percutant, notamment au niveau des textes, qui restent dans une veine très sombre. « Extinction » révèle donc sa nouvelle frontwoman, laquelle offre d’ailleurs un très bon duo avec celle qu’elle remplace désormais sur le morceau-titre, un geste de grande classe pour un titre détonnant.
Après la courte intro (« Akerra »), « Vain » nous propulse dans un Metal musclé, vif et massif. Tout en restant mélodique, PLAGUE OF STARS frappe fort en distillant une ambiance apocalyptique savamment constituée d’influences diverses qui se retrouvent sans mal. De « False Reality » et son petit côté symphonique au percutant « Sentinels », en passant par le plus éthéré « Shift » et jusqu’à « Akelarre », qui clot ce nouvel effort en réponse à l’intro, les Américains frappent fort, évitent toute répétition et jouent sur une originalité exemplaire.
Provocateur et explosif, DREW CAGLE & THE REPUTATION donne enfin une suite à un premier essai très concluant sorti il y a quelques années. Cette fois, le musicien de l’Illinois met les petits plats dans les grands avec beaucoup d’audace et surtout dénué de tout complexe. « Bad Attitude » montre une assurance folle et les riffs racés distillés sur des mélodies entêtantes viennent mettre en valeur une performance vocale éclatante. Original et moderne, ce deuxième opus a déjà tout d’un futur classique.
DREW CAGLE & THE REPUTATION
« Bad Attitude »
(Pavement Entertainment)
Cela fait déjà un moment que DREW CAGLE traîne sa réputation et ce serait plutôt une fierté qu’un boulet. Car, trois ans après « Haunted », il semble plus jamais déterminé à livrer au monde entier son savoureux mélange de Hard et de Rock US. Dans la lignée de la scène notamment californienne des années 80/90, le chanteur, guitariste et compositeur tire son épingle du jeu avec beaucoup d’habileté et une énergie débordante. Magistralement conçu, « Bad Attitude » ne souffre d’aucun temps mort, malgré quelques petites accalmies.
Il faut préciser que DREW CAGLE & THE REPUTATION affiche un line-up assez incroyable. Enregistré à Nashville, le frontman s’est entouré des guitaristes Sol Philcox-Littlefield (Luke Combs, Jelly Roll), Sam Hunter (Willie Nelson) et B. James Lowry (Kenny Chesney). Ajoutez-y Shannon Forrest (Toto, Taylor Swift) derrière les fûts et Craig Young (Elton John, Post Malone) à la basse et vous obtenez une véritable dream team. Et « Bad Attitude » transpire un Rock authentique, sleaze et généreux de bout en bout.
Et on prend en compte que Matt Coles (Eagles, Alice Cooper) est à l’enregistrement, au mix et à la production, on tient là un disque de haute volée. Sur huit titres (seulement !), DREW CAGLE & THE REPUTATION se montre très inspiré, que ce soit sur des chansons percutantes comme « All Figured Out », ou encore le morceau-titre où l’Américain accueille Tracii Guns dans une belle complicité. Pour le reste, on passe par toutes les émotions avec une passion sincère (« If It’s Not Love », « So Cold », « Live Right », « Wine Talkin’ »). Une bouffée d’oxygène !
« Parasomnia » est probablement l’album le plus attendu de ce début d’année dans la sphère Metal. 16 ans après son départ, Mike Portnoy fait son retour en patron et DREAM THEATER célèbre comme il se doit les quatre décennies d’une carrière incroyable, faite de quelques turbulences, mais d’une exemplarité remarquable. Ce nouvel opus témoigne du savoir-faire, de la créativité et de la technicité qui rendent unique son Metal Progressif. Et si certains y trouvent déjà redire, quelle importance, finalement…
DREAM THEATER
« Parasomnia »
(InsideOut Music/Sony Music)
Totalement réfrigéré par un « A View From The Top Of The World » ennuyeux et démonstratif, lequel a pourtant reçu toutes les louanges possibles et même un Grammy Award, c’est avec un peu d’appréhension que j’ai glissé « Parasomnia » dans la platine. Cela dit, le retour du grand Mike Portnoy derrière les fûts avait de quoi me rassurer, puisqu’il nous rend le DREAM THEATER dans son line-up originel et inégalable avec James LaBrie au chant, John Petrucci à la guitare, John Myung à la basse et Jordan Rudess aux claviers.
Et c’est sans doute cette alchimie qui manquait depuis « Black Clouds & Silver Linings » sorti il y a déjà plus de 15 ans. Un seul être vous manque… Pour autant, les Américains ont gardé leurs bonnes habitudes, puisqu’on retrouve Petrucci à la production, James ‘Jimmy T’ Meslin à l’enregistrement et Andy Sneap au mix. Et il ne faut pas attendre bien longtemps pour voir DREAM THEATER rayonner de nouveau. D’ailleurs, l’instrumental qui ouvre « Parasomnia », « In The Arms Of Morpheus », donne déjà le ton et l’atmosphère du disque.
Ce seizième album sonne même comme une libération pour le quintet. Comme souvent, il dépasse largement l’heure et il n’est pas lassant un seul instant (sauf pour les grincheux, bien sûr !). L’exigence est toujours au rendez-vous et l’inspiration ne manque pas. Et si l’ensemble est assez sombre et très Heavy, les morceaux sont d’une fluidité absolue, mélangeant à la fois les mélodies et une technique irréprochable (« Night Terror », « Dead Asleep », « Midnight Messiah » et le monumental « The Shadow Man Incident » et ses 19mn). DREAM THEATER renoue littéralement avec son ADN et s’offre un nouveau souffle.