En plus de quarante ans de carrière, BRYAN ADAMS a fait bien plus que d’imposer un style très personnel au panthéon du Rock, il est aussi l’un des plus ardents représentants du Canada sur la scène mondiale. S’il a un don pour rendre ses mélodies intemporelles, il sait aussi volontiers se poser en défenseur de valeurs universelles, surtout lorsqu’on vient titiller les libertés profondes et immuables des terres marquées de la feuille d’érable qu’il chérit. Avec « How’s It Goin’ », c’est toute son âme qu’il dépeint en parcourant des paysages sonores à la fois amples, mais aussi plus délicats dans des atmosphères Americana très authentiques.
BRYAN ADAMS
« How’s It Goin’ »
(Bad Records)
En ces lendemains d’élections américaines, ce seizième opus de BRYAN ADAMS a forcément une saveur très particulière et, avouons-le, franchement savoureuse ! Ouvertement moqueur à l’égard de son grand et bruyant voisin, le Canadien revient avec un plaisir communicatif à ses racines musicales à travers un disque où le Rock se mêle à l’Americana et à la Folk dans une ambiance douce et enjouée. Le chanteur aime son pays et le clame haut et fort avec beaucoup de tendresse et de sensibilité, tout en se montrant mordant et impliqué. Un engagement tout en finesse.
Un an tout juste après « Roll With The Punches », on aurait pu penser que l’auteur-compositeur prendrait son temps, mais c’était sans compter sur une inspiration que l’on sent décuplée par l’actualité. Réactif et passionné, BRYAN ADAMS livre peut-être même son disque le plus intime à ce jour. « How’s It Goin’ » s’écoute d’une traite et son ambiance nous invite à le réécouter aussitôt. Typiquement ancré dans la culture nord-américaine, son style comme sa voix paraissent traverser le temps en se bonifiant, avec toute l’élégance qui le caractérise depuis 46 ans maintenant.
Ne plus y trompons pas, en dehors des protest songs « 51st State » et « Lake Ontario », « How’s It Goin’ » n’est pas un album politique, mais plutôt une balade à travers les vastes étendues du Canada. L’approche reste essentiellement acoustique, ce qui n’empêche d’ailleurs pas une belle dynamique de s’installer tout au long des 13 chansons. En tant que chevronné songwriter qu’il est, BRYAN ADAMS nous embarque aussi au Québec (« Heave Away »), dresse de beaux portraits (« The Ballad Of Terry Fox ») et observe (« Diesel And Dirt », « Iron Ribbon »). Une sincérité intacte.
Toujours très libre dans ses choix comme dans son approche de la guitare et du chant, SUE FOLEY n’allait pas tomber dans le panneau de l’album de Noël, si cher aux Américains, sans y aller de son petit pas de côté. Loin des guirlandes, la blueswoman offre un court recueil plutôt destiné aux oubliés dont la solitude serait peut-être un peu plus pesante ce jour-là. « Alone (Together) A Holiday Companion » n’est pas la bande-son d’une soirée festive, mais sa chaleur offre une sorte de voile protecteur et bienveillant avec une classe toujours aussi scintillante.
SUE FOLEY
« Alone (Together) A Holiday Companion »
(FOMZ)
Je n’ai pas pour habitude de chroniquer les albums de Noël en novembre et, quand même ils sortiraient à l’heure, cela ne changerait rien. Cette lubie typiquement américaine a quelque chose de navrant et résonne plutôt du son d’un tiroir-caisse que d’une véritable démarche artistique. Seulement, « Alone (Together) A Holiday Companion » n’a rien de tout ça. Au contraire, c’en serait presque l’antithèse. Et le fait qu’il sorte avec près de deux mois d’avance en fera justement peut-être un bon compagnon le jour J. Car, ici, on est loin de toute mièvrerie et, grâce à SUE FOLEY, l’ambiance est toute autre.
Plutôt que qu’un aller-retour entre le sapin et la cheminée, la Canadienne nous invite au comptoir d’un bar discret et confortable, possible réconfort des âmes solitaires dans cette période d’allégresse et de joie partagée. C’est à elles que la musicienne a pensé et, finalement, l’isolement peut aussi avoir du bon. C’est donc dans les pas des pionniers du Blues que SUE FOLEY se meut, tout en glissant finalement avec un peu de retenue quelques mots rappelant tout de même l’esprit de cette fête. Très délicat et épuré, l’album est assez dépouillé et sobre, entre désillusion et petites phrases acerbes. Un régal.
Raffiné et intimiste, « Alone (Together) A Holiday Companion » pose presque les notes d’un réveillon parfait. SUE FOLEY signe trois des meilleures chansons du disque ( « ‘Tis The Season », « Just Another Day » et le délicieux « Jingle Blues (Cha-Cha) ») et en réinvente d’autres en désacralisant le moment et, surtout, on se les appropriant avec grâce. Cette fois encore, sa voix hypnotise et son jeu de guitare occupe une place centrale entre Blues texan et instants plus suaves (« Christmas Blues »). Et la vraie pépite est sans doute cette reprise majestueuse du « Ride On » d’AC/DC, cinglante de vérité. Un beau cadeau !
Photo : Scott Doubt
Retrouvez l’interview de SUE FOLEY à l’occasion de la sortie de « One Guitar Woman »…
Loin de se reposer sur ses lauriers, la formation d’Alberta est plus solide que jamais et, au regard de ce onzième effort, on pourrait parler d’une grande maturité dans l’approche de son jeu et surtout au niveau de la composition. « Everything Under The Sun » marque même un cap dans le travail accompli jusqu’ici. NICKELBACK percute autant qu’il joue sur les émotions avec talent. Son Alternative Rock est unique en son genre et peu savent aujourd’hui se faire aussi rassembleur. Une démonstration qui ne dit pas son nom.
NICKELBACK
« Everything Under The Sun »
(Virgin Music Group)
En 30 ans d’une carrière menée à bâtons rompus, les Canadiens ont imposé leur style et, mieux encore, parviennent à se renouveler. Encensés depuis leurs débuts, chaque album est scruté de près, mais NICKELBACK semble se nourrir de cette pression avec appétit, tant « Everything Under The Sun » atteint des sommets. Surfant sur une créativité en pleine ébullition depuis « Get Rollin’ » il y a quatre ans, il s’est ouvert de nouveaux horizons sonores. L’influence du son de Nashville plane à nouveau sur ce nouvel opus et il conserve cette imperturbable authenticité.
S’il collabore avec d’autres, NICKELBACK garde aussi la main sur la production et celle-ci est une fois encore imparable. De même, l’essentiel de ce onzième album est composé par son leader, chanteur et guitariste Chad Kroeger. Affûté et terriblement efficace, son songwriting fait encore des étincelles grâce à un relief très maîtrisé et un sens de la mélodie hors-norme. Conjugué à une puissance phénoménale et une précision absolue, « Everything Under The Sun » fait partie de ces disques irréprochables, addictifs et taillés pour la scène.
D’entrée de jeu, NICKELBACK frappe fort avec le terrassant « Rattle The Cage », où s’illustre d’ailleurs John 5. L’explosivité du quatuor se répercute sur « Bones For The Crows » et « Chasin’ Famous ». Ryan Peake (guitare), Daniel Adair (batterie) et la fratrie Kroeger avec Mike à la basse semblent détenir la recette pour capter l’attention et fédérer. Bien sûr, l’aspect plus délicat de leur registre est toujours en bonne place et n’a pas son pareil pour libérer un optimisme sans faille (« If I Don’t Go », « Technicolor Steamboat », « Lift Somebody Up »). Magistral !
Alors que les groupes de Metal qui chantent dans la langue de Molière se comptent sur les doigts d’une main dans l’hexagone, le sursaut pourrait bien venir d’outre-Atlantique, et plus précisément de la Belle Province. Fondé il y a trois ans par des amis désireux de renouer avec les origines du Heavy Metal, MEURTRIER fera probablement remonter quelques souvenirs chez certains. Epique, mystique et occulte, c’est toute une époque qui renaît avec les Québécois et avec eux cet esprit underground, qui tend malheureusement à disparaître. Fraîchement sorti, leur premier album, « Messe De Fer », rappelle autant une certaine scène française que celle qui a sévit aux Etats-Unis notamment dans les années 80/90. Old School et vigoureux, le Speed Metal du quintet allie la puissance des riffs, un chant ténébreux et des rythmes galopants sur des mélodies qui restent en tête. Acier trempé et ambiances à la sauvage intensité, les Canadiens perpétuent avec authenticité et savoir-faire la tradition d’un Heavy Metal véritable et victorieux. C’est l’un des deux artilleurs, le guitariste William ‘Will’ Verrault, qui revient pour nous sur la création du combo, ses intentions et ce premier opus, qui est une belle déclaration à un Heavy/Speed décidément immortel.
– MEURTRIER est un groupe assez récent, formé en 2023. Malgré tout, vous êtes tous des musiciens chevronnés de la scène québécoise. Quel était l’objectif de départ ? Trouver quelque chose que vous n’aviez pas dans vos précédentes formations respectives ?
Oui, c’était essentiellement ça. On a tous joué dans différents groupes au fil des années, principalement dans des styles plus extrêmes comme le Death, le Thrash ou le Black Metal, mais on a toujours été de gros fans de Heavy et de Speed Metal plus classiques. MEURTRIER est donc né de l’envie d’avoir un exutoire pour tous ces riffs plus mélodiques et accrocheurs qu’on retrouve dans des chansons de groupes comme Accept ou Judas Priest, qui ne trouvaient pas nécessairement leur place dans nos autres groupes. Donc, au départ, l’idée était surtout de se retrouver entre amis et de jouer un genre de Metal qu’on aimait tous depuis longtemps, avec une approche plus classique, plus mélodique et moins extrême.
– La première chose qui surprend, bien sûr, c’est le chant en français et des références assez évidentes à ADX et Sortilège notamment. En dehors de la langue, qu’est-ce qui vous rapproche autant du Metal français, alors que le Canada subit tout de même une forte influence américaine, y compris au Québec ?
Les groupes français des années 80 ont effectivement eu une grosse influence sur nous, et pas seulement à cause de la langue. ADX, Sortilège, Blasphème, H-Bomb pour ne nommer que ceux là, font partie de nos références depuis longtemps. Il y a notamment quelque chose dans leur façon de composer, dans le côté épique et mélodique, mais aussi dans le style vocal et la manière de créer une atmosphère qui nous parle énormément, en tant que francophones, mais aussi en tant qu’amateurs de Metal, tout simplement!
En même temps, on vient aussi d’un environnement très influencé par le Metal nord-américain. Des groupes comme Exciter, Razor, Agent Steel ou Savage Grace font également partie de nos influences majeures. Je pense que MEURTRIER est justement né de ce mélange d’influences : l’agression et la vitesse du Speed Metal nord-américain combinées au côté plus épique, mélodique et théâtral du Heavy Metal européen. On ne cherche pas à reproduire un seul de ces styles, mais plutôt à mélanger tout ça pour obtenir une musique qui nous donne envie de jouer et de l’écouter encore et encore.
– Pour terminer sur ce sujet, choisir le français et afficher un style très européen va vous fermer forcément quelques portes aux Etats-Unis, entre autres, dont vous êtes proches géographiquement. C’est un peu étonnant dans la mesure où d’autres cherchent justement à se développer chez votre voisin. Est-ce un choix qui s’est fait naturellement et facilement ?
Oui, le choix s’est fait assez naturellement. Le français est notre langue maternelle et c’est simplement beaucoup plus facile pour nous d’écrire des textes porteurs de sens dans la langue qu’on utilise tous les jours. On trouve aussi que ça permet à Tony (Verrault, chant – NDR) de transmettre les émotions et l’atmosphère des textes de façon plus sincère lorsqu’on joue en concert. Cependant, on ne pense pas vraiment que ça limite notre capacité à rejoindre un public international. Dans le Metal underground, la musique, les riffs, les mélodies et l’atmosphère comptent énormément, même lorsque les paroles ne sont pas comprises par tout le monde. En tout cas, c’est de cette façon que nous, en tant que québécois et j’imagine aussi pour bon nombre de fans de Metal européens, avons développé une passion pour cette musique même si elle est chantée dans des langues qu’on ne comprend pas forcément. En plus, aujourd’hui, avec Internet et les traducteurs en ligne, c’est très facile de comprendre le sens général d’un texte, si on le souhaite. Alors, le fait qu’on ne soit pas compris par tout le monde ne nous inquiète pas trop à vrai dire. Et puis, chanter en français fait partie de l’identité-même de MEURTRIER. C’est aussi une façon de mettre de l’avant notre identité québécoise et de rendre hommage aux groupes français des années 80, qui ont eux-mêmes choisi de chanter dans leur langue, malgré la domination de l’anglais dans le Metal.
– Revenons à votre musique avec tout d’abord « Le Visage Du Mal », un EP que vous avez sorti en 2024. L’idée était-elle justement de prendre la température et de mesurer l’accueil du groupe avec ce premier format court ?
Je pense qu’en quelque sorte, oui, on peut dire ça. A l’époque, nous voulions surtout sortir quelque chose rapidement, afin de pouvoir faire des concerts et avoir du matériel à présenter aux labels. Nous avions enregistré l’EP nous-mêmes, en courtes sessions, avec assez peu de temps consacré aux arrangements et aux performances. Avec le recul, je pense qu’on aurait pu mettre davantage de temps et d’efforts dans cet enregistrement. Même si les chansons sont représentatives de ce qu’on voulait faire, certaines performances auraient pu être meilleures, et plus de temps aurait pu être consacré aux arrangements. En même temps, ce côté brut, et un peu ‘démo’, lui donne une certaine énergie Old School qu’on aime bien et ça fait le charme de cet EP, selon nous. En fin de compte, les réactions aux premiers concerts et à cet EP ont été super positives et ça nous a encouragés à continuer, à contacter des labels et finalement à travailler sur l’album.
– MEURTRIER affiche un mélange de Speed et de Heavy Metal Old School, et d’ailleurs, on retrouve ce même état d’esprit dans la production de « Messe De Fer », qui sonne assez live et organique. Etait-ce important pour vous d’afficher cette même sincérité jusque dans le son et conserver aussi sa saveur originelle ?
Tout à fait. Ça a toujours été notre souhait d’afficher un certain côté brut et Old School, qui fait partie de l’identité de MEURTRIER. On est évidemment beaucoup plus satisfaits des arrangements et des performances sur « Messe De Fer » que sur l’EP. Mais on ne voulait surtout pas perdre de vue cette sensation agressive et un peu sale qu’on retrouve sur beaucoup de classiques du Heavy et du Speed metal. Pour l’album, on a consacré beaucoup plus de temps aux répétitions, aux arrangements et aux performances que sur le premier EP. La batterie a été enregistrée professionnellement en studio, mais le reste a été fait par nous-mêmes avec de vrais amplis et de vrais cabines, dans un véritable esprit DIY et Old School. Pour le mixage, on voulait également conserver quelque chose de naturel et éviter une production trop propre ou trop moderne. Et je pense que le résultat final est assez proche de ce qu’on s’imaginait au départ. Un point qui était particulièrement important pour nous était de ne pas retoucher excessivement la performance vocale. On voulait que le chant reste humain et spontané, plutôt que de chercher à tout corriger, comme c’est souvent le cas dans les productions modernes. Ça a demandé plus de travail, mais je pense que ça a valu la peine au bout du compte.
– Ce qui ressort aussi de l’écoute de « Messe De Fer », outre sa galopante rythmique et le gros travail effectué sur les guitares, ce sont les textes emprunts d’occulte et de mysticisme. On retrouve ici les fondamentaux du Heavy Metal traditionnel. Remonter aux origines et surtout conserver cet aspect underground comptait-il aussi beaucoup pour vous dès le départ ?
Oui, définitivement. Le côté underground fait partie de ce qui nous attire dans le Heavy Metal depuis toujours. On a grandi avec les groupes classiques du genre et on apprécie énormément cette époque, où la musique était encore très liée à une véritable scène underground. L’aspect occulte et mystique vient également de nos influences diverses. Des groupes comme Mercyful Fate, King Diamond, Slayer ou KAT ont beaucoup influencé notre approche, autant musicalement que visuellement et au niveau des textes. Il n’y a pas vraiment d’univers, ou d’histoire unique reliant toutes les chansons, mais les thèmes occultes, épiques ou fantaisistes reviennent constamment. C’est aussi une partie importante de notre identité visuelle et de notre façon d’aborder les concerts. Les croix, les épées, la fumée et tout cet imaginaire font simplement partie de ce qu’on aime dans le Heavy Metal et on tente de l’incarner autant que possible !
– J’aimerais qu’on dise un mot au sujet du morceau « Meurtrier » qui clôt l’album. Ce n’est jamais anodin de composer un titre éponyme. Le voyez-vous dans une certaine mesure comme la signature du groupe ?
Oui et non ! Disons que lorsqu’on a composé la chanson, on ne s’est pas nécessairement dit : ‘Celle-là, ce sera la chanson éponyme !’ Cela étant dit, après avoir enregistré l’album et au moment de choisir un premier single, on s’est bien rendu compte que ce morceau représentait assez bien tout ce qu’on cherche à faire avec MEURTRIER : des passages rapides, des refrains accrocheurs, beaucoup d’atmosphère sombre et un côté très Heavy Metal classique. La fin du morceau rappelle également nos concerts, où on termine souvent avec des solos chaotiques et des cris d’agonie. On trouvait donc que c’était un bon morceau pour donner une idée de ce que nous sommes comme groupe, et de ce que les gens peuvent attendre du reste de l’album et de MEURTRIER en général. Donc en somme, le morceau n’est pas nécessairement un manifeste expliquant toute notre philosophie, mais il rassemble effectivement beaucoup des éléments, qui définissent notre son et notre identité et donc naturellement, le titre de ‘morceau-signature’ lui va très bien !
– Enfin, en vous exprimant en français, j’imagine que vous visez au-delà du Québec. Est-ce que le public français est aussi dans votre ligne de mire avec notamment des concerts à venir ?
C’est un truc qu’on veut faire absolument, probablement dès l’an prochain ! Evidemment, il est encore tôt, l’album est à peine sorti, mais on travaille déjà sur le dossier et on a quelques contacts en France. Donc, je dirais que les chances sont bonnes pour qu’on vienne vous présenter notre « Messer De Fer » très bientôt !
L’album de MEURTRIER, « Messe De Fer », est disponible chez Jawbreaker Records.
Si le nom de son ancien combo résonne toujours aux oreilles de certains, Greg Fraser a définitivement tourné la page depuis un moment mais comme on ne se refait pas, certaines habitudes sont difficiles à perdre. Pour autant, STORM FORCE propose bien autre chose, tout en restant ancré dans un Hard Rock mélodique qui conserve toujours ses adeptes. Avec « Truth », il vient confirmer l’élan pris avec un premier opus sorti en 2020. Grosses guitares et lignes vocales imparables, ce bel héritage des 80’s prolonge le plaisir, l’expérience en plus.
STORM FORCE
« Truth »
(BraveWords Records)
Six ans après « Age Of Fear », les Canadiens remettent le couvert avec « Truth », où le groupe continue d’arborer un Hard Rock mélodique plutôt costaud et en tout cas bien ficelé. A sa tête, on retrouve Greg Fraser, ancien guitariste et compositeur de Brighton Rock qui connut son heure de gloire dans les années 80 et qui avait ensuite continué l’aventure en solo avec Fraze Gang. Avec STORM FORCE, il perpétue un style auquel il a déjà beaucoup apporté et s’il est assez marqué dans le temps, ce deuxième opus dispose d’un production actuelle et d’une belle dynamique.
Loin d’être seul à bord, le six-cordiste peut compter sur son frontman Patrick Gagliardi à la voix chaude et puissante et qui donne sa couleur à « Truth ». D’ailleurs, celui-ci porte bien son nom, car on y retrouve un son authentique, loin de la sophistication des réalisations contemporaines. Sans monopoliser toute l’attention, les guitares trouvent leur équilibre dans des compositions entraînantes et accrocheuses, dont les refrains nous renvoient à une époque où régnait la mélodie. STORM FORCE ne renverse pas la table, mais arpente un chemin qu’il connaît bien.
Avec Mike Berardelli à la basse et Roger Banks à la batterie, la formation de l’Ontario peut aussi s’appuyer sur les notes discrètes, et bien senties, du claviériste Mike Bedrosian. Bien sûr, l’ombre de Brighton Rock n’est pas très loin, quelques sonorités rappelant Dokken, Whitesnake ou même Harem Scarem se font aussi entendre, mais STORM FORCE possède une réelle identité basée sur des gros riffs et une présence vocale forte (« Truth », « Silver Lining »,« Saviour », «Anti Social Media »,« Karma’s A Bitch »). Convaincant et loin de toute nostalgie.
Plus que jamais, la Soul délicate, sensuelle et au fort caractère des Canadiens prend sa pleine dimension. Non pas que BYWATER CALL ait changé quoique ce soit dans sa manière de faire, mais l’expérience accrue de la scène et la liberté totale de création semble lui avoir, sinon donner des ailes, du moins offert une assurance et une exigence dans une écriture qui est aujourd’hui d’une incroyable fluidité. Si « Shepherd » avait consacré la formation de Toronto, ce quatrième album vient conforter un style unique, résolument Southern, mariant très naturellement Americana, Roots Rock et Blues. « Broken Souvenirs » a cette particularité assez rare de nous porter immédiatement vers des cimes et dans des sphères émotionnelles incroyables. Cette passion dans la voix de Meghan Parnell propulse ce nouvel opus dans une douceur doublée d’une intensité enveloppante, actant le franchissement d’un cap et l’arrivée aux côtés des plus grands de ce registre si profond. Une occasion parfaite pour revenir avec la frontwoman sur ces derniers mois, l’évolution du septet et la confection de « Broken Souvenirs ».
– Lors de notre dernière interview à l’occasion de la sortie de « Shepherd », vous veniez de quitter votre label pour vous autoproduire et, en l’espace de deux ans seulement, BYWATER CALL a pris un essor considérable. Aviez-vous besoin de vous libérer de toutes contraintes pour pouvoir vous exprimer pleinement ?
Je pense qu’il était important pour nous d’avoir une liberté créative, mais aussi une liberté quant au calendrier et au processus d’enregistrement de l’album. Pour « Broken Souvenirs », nous avons décidé d’enregistrer l’album au fur et à mesure que les morceaux étaient prêts, plutôt que de tout faire en une seule session, ce qui fait qu’inévitablement le temps finit par manquer. De cette façon, nous avons pu accorder à chaque chanson l’attention qu’elle méritait.
– Ces deux dernières années, vous avez également beaucoup tourné, notamment en Europe où vous étiez encore il y a peu. Se produire devant un public qui n’a pas forcément une culture musicale nord-américaine vous a-t-il ouvert d’autres voies pour la composition de ce nouvel album, ainsi que sur votre communication sur scène ?
Le public européen et britannique nous a réservé un accueil chaleureux et nous a soutenus tout au long de notre parcours. Je pense que ce soutien nous a permis d’oser explorer de nouvelles idées et de nouvelles approches musicales, ce que nous n’aurions peut-être pas fait autrement. Nous nous sommes également sentis suffisamment à l’aise avec ce public pour tester de nouveaux morceaux sur scène… ce qui est toujours un atout considérable pour décider si une chanson est prête pour l’enregistrement en studio. Ce même soutien me donne la confiance nécessaire pour être moi-même sur scène et interagir pleinement avec le public.
– D’ailleurs, pour rester sur les concerts, BYWATER CALL a la particularité d’être une formation de sept musiciens, en studio comme sur scène. Alors que beaucoup misent sur les enregistrements, votre dynamique est donc intacte en live. Est-ce une chose qui est aujourd’hui irréversible et indiscutable pour vous ?
Je pense que si nous avions dû réduire la formation du groupe en concert, nous l’aurions probablement fait dès nos premières tournées. Tourner à sept, c’est évidemment assez coûteux… et c’était particulièrement vrai pendant les deux premières années. Nous avons intégré la section de cuivres très tôt, sans jamais imaginer que nous parcourrions l’Europe et l’Amérique du Nord, mais une fois notre son live bien défini, nous n’avons plus voulu faire de compromis. D’ailleurs, nous aimerions beaucoup agrandir le groupe pour les tournées ! (Sourires)
– Votre quatrième album, « Broken Souvenirs », vient de sortir et vous aviez déjà présenter quatre singles auparavant, ce qui est presque devenu la norme aujourd’hui avec les plateformes. Est-ce aussi un moyen pour vous de rester connectés avec vos fans, même si vous tournez beaucoup ?
Oui, notre stratégie de sortie repose sur le maintien du contact avec notre public, la création d’un engouement avant les dates de tournée et la possibilité de partager un aperçu de nos projets. Vu la fugacité de l’attention de nos jours, et le nombre de morceaux dont nous sommes fiers sur cet album, il nous a semblé judicieux de mettre en avant plusieurs titres.
– Justement, « Broken Souvenirs » n’a donc pas été enregistré en une seule fois, mais en plusieurs sessions ponctuées par vos concerts. Comment est-ce que vous gérez les tournées, le studio et surtout la composition, d’autant que l’homogénéité sonore et musicale est exemplaire ? N’est-ce pas trop difficile de rester focus sur l’album dans son entier et dans le temps ?
C’’est un équilibre très difficile à trouver et nous cherchons encore à le perfectionner. Composer en tournée peut être compliqué. La fatigue mentale et physique ne laisse parfois que peu de temps et d’énergie créative pour composer. Quand on est bien lancés, on profite souvent des balances pour travailler nos morceaux et les mettre en musique avant la fin de la tournée. Avec « Broken Souvenirs », une fois qu’on avait quelques chansons dont on était satisfaits, on réservait quelques jours de studio pour les enregistrer avant que l’élan ne s’essouffle. Pour Dave (Barnes, guitariste – NDR) et moi, il est essentiel de profiter des temps morts pour peaufiner une ou deux idées pendant la tournée.
– Musicalement, le spectre musical de BYWATER CALL s’est encore élargi et pourtant « Broken Souvenirs » semble être votre album le plus personnel. Est-ce finalement cette multiplicité d’ambiances qui façonne votre identité artistique ?
Nous n’avons jamais vraiment voulu nous enfermer dans une case. Nous aimons intégrer à notre musique les sonorités et les styles qui nous influencent actuellement, comme une capsule temporelle. Nous avons toujours souhaité montrer notre évolution en tant qu’auteurs-compositeurs tout au long de ce parcours. Pour « Broken Souvenirs », un aspect essentiel a été de travailler notre narration… Nous avons toujours constaté que la musique qui nous attire le plus est moins liée à sa technique qu’à la façon dont les paroles et l’instrumentation nous parlent, nous font ressentir quelque chose, nous connectent à elle. Pour y parvenir, nous avons exploré plus profondément nos propres sentiments et nos expériences.
– Non pas que « Broken Souvenirs » soit un album particulièrement mélancolique, mais il est le plus Soul des quatre. Etait-ce le bon moment pour vous d’aller encore plus loin dans l’émotion et surtout dans l’intensité de votre musique ? Une sorte de maturité artistique acquise en quelque sorte avec des certitudes sur vos envies ?
Absolument. Sur cet album, nous avons vraiment mis l’accent sur la dimension Soul du groupe. Encore une fois, pour nous, l’essentiel est de créer un lien émotionnel avec notre public, qu’il s’agisse de joie, de peur, de tristesse, de chagrin, voire d’un peu de colère ou de frustration. Quand on a formé le groupe, Dave et moi étions novices en matière d’écriture de chansons. Alors je pense qu’il nous a fallu un peu de temps pour trouver notre propre approche musicale. On y arrive petit à petit… (Sourires)
– Enfin, on connaît l’attachement de BYWATER CALL pour la Nouvelle-Orléans, ne serait-ce que par votre nom. Est-ce que le fait d’avoir le mot français ‘souvenirs’ dans le titre de ce nouvel album vient encore le renforcer, comme un clin d’œil ? D’autant qu’il a des couleurs qui rappellent beaucoup la Louisiane…
C’est intéressant. J’aimerais pouvoir dire oui, on y avait pensé comme ça… mais non ! (Sourires) C’est un extrait d’une des premières chansons qu’on a écrite pour l’album, « Clutter », qui a vraiment touché le public. On adorait l’image que ce vers véhicule et la façon dont il représente la fragilité de la nature humaine et des relations.
Le nouvel album de BYWATER CALL, « Broken Souvenirs », est disponible sur le site du groupe : www.bywatercall.com
Photos : Ed Rode (1) et Denis Carpentier (2, 3, 4)
Retrouvez aussi l’interview de Meghan à l’occasion de la sortie de « Shepherd »…
En l’espace de trois ans et quatre albums entre 1977 et 1980, TEAZE est devenu l’un des plus emblématiques groupes de Hard Rock de son pays. Avec un style aussi mélodique que costaud, le quatuor a su fédérer et entraîner dans son sillage des fans, qui ont pourtant vécu 45 ans dans une sorte de nostalgie subie avant un retour flamboyant l’an dernier avec « Live At Liege », un concert immortalisé en Europe pour un retour inespéré. Aujourd’hui, c’est avec « Rev Your Engines » que la formation de l’Ontario surgit de la plus belle des manières. Et surtout, les Canadiens n’ont rien perdu de leur jeu, de leur mordant et encore moins de leur classe, ils les ont juste passé au filtre de notre époque. Le bassiste et chanteur originel Brian Danter est aujourd’hui entouré du batteur Jim Bonventre, du six-cordiste Charlie Lambrick et bien sûr du guitariste et fondateur Mark Pawnman Bradac. Et c’est avec passion et un enthousiasme intact que ce dernier revient sur cette renaissance tellement réjouissante, gravée sur un sixième opus d’une fraîcheur et d’une puissance décuplées.
– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne sur votre histoire qui est aussi courte que riche. Vos cinq albums, dont un live au Japon, sont sortis entre 1977 et 1980. Trois années intenses et ensuite, plus rien… Quels sentiments vous animaient à l’époque, car TEAZE avait tout pour réussir sur le long terme ?
J’ai vraiment eu l’impression que c’était la fin de ma vie, François ! (Rires) Dès le début, le groupe était une grosse machine. On a fait beaucoup de choses, mais sans jamais vraiment percer aux Etats-Unis, même si on a signé chez Capitol Records. Et là, en 1980, plusieurs raisons ont fait que j’ai décidé d’arrêter. La première était que la musique commençait à changer avec l’arrivée de la New Wave et du Disco notamment. D’ailleurs, notre dernier album , « Body Shots » sonnait un peu comme ça, il était très New Wave. C’est ce qu’on nous avait demandé, mais ça ne sonnait pas. A ce moment-là, on a perdu notre accord avec Capitol et notre chanteur est également parti. Tout s’est passé très, très vite. Cela a été horrible et tellement rapide. Et c’est quelque chose que je n’ai jamais accepté. J’ai finalement attendu 45 ans pour en arriver là aujourd’hui ! (Rires) Mais, mieux vaut tard que jamais… (Sourires)
– Avec le recul, et sans parler d’éventuels regrets, est-ce que tu t’es déjà projeté sur le parcours qu’aurait pu avoir TEAZE les années qui ont suivi votre séparation ?
L’année de notre séparation, il y a eu l’émergence de Rush et de Triumph, qui sont deux groupes fantastiques. Ils ont joué des années et ils étaient suivis par beaucoup de fans. Il sont devenus les meilleurs au monde pour moi. Je suis persuadé que TEAZE aurait pu faire partie de ce même élan dans cette même catégorie. On avait tout ce qu’il fallait. Je n’ai jamais voulu quitter le groupe, que ça s’arrête… Et c’est d’ailleurs pour ça que nous sommes là tous les deux aujourd’hui pour parler de ce nouvel album que nous sortons ! Mais pendant 45 ans, tous ces groupes ont continué, ont été suivi par leurs fans. Alors maintenant, si nous voulons retrouver notre place, il faut essayer et s’y remettre, même si je n’ai jamais arrêter de la musique, bien sûr.
– D’ailleurs, pour ceux qui aurait raté le train en marche, deux ‘Best Of‘ sont sortis en 1981 et en 1990. Ils auraient pu servir de détonateurs pour une reformation. Vous n’y avez pas pensé du tout ?
Bien sûr que j’y ai pensé, évidemment ! C’est le label Rock Candy Music, qui a réalisé et remasterisé le second ‘Best Of’ en Angleterre à l’époque. Ils ont d’ailleurs fait la même chose avec l’album « One Night Stands » la même année. A ce moment-là, j’en ai parlé avec Brian, notre chanteur, mais il n’était pas prêt à le faire. Il avait sa carrière de son côté. Il ne voulait pas quitter son groupe pour reprendre l’aventure, il y avait eu tellement de désillusions… On sait aussi ce que ça signifie, car le Rock’n’Roll demande beaucoup et il est le plus âgé d’entre-nous. J’ai essayé plusieurs fois en vain, ce n’était pas le bon moment sans doute, même si c’était une belle opportunité, c’est vrai. Mais j’aurais essayé… (Rires)
– J’aimerais qu’on parle de votre musique à l’époque. TEAZE jouait un Hard Rock assez inédit au Canada et aux Etats-Unis, mais également assez différent de ce qui pouvait se faire en Europe. Vous étiez précurseurs dans bien des domaines. C’est d’ailleurs arrivé un peu plus tard dans les années 80. Est-ce que c’est juste une question de timing finalement, selon toi ?
Bien sûr, le timing est une chose essentielle. Si nous n’avions pas perdu Brian, nous aurions continué. On aurait trouvé un accord avec une maison de disques et on aurait sorti d’autres albums. Mais nous n’avions plus notre chanteur et c’était très important. On n’a jamais pensé une seule seconde à le remplacer ! Et c’est vrai que le timing est une clef essentielle. Il faut avoir de bons morceaux, de bons musiciens, une bonne maison de disques, un bon manager et avoir du temps. C’est plus facile d’acheter un ticket de loterie ! (Rires) La chance a aussi sa part dans tout ça finalement. Mais en 1980, le timing n’était pas bon et même si j’ai poussé Brian encore et encore, rien n’y a fait. Et ce nouvel album, je voulais déjà qu’il sorte en 2019… Il arrive aujourd’hui en 2026, et pourtant j’y ai mis du mien toutes ces années.
– Il aura donc fallu ensuite attendre 2018 et ce concert chez vous à Windsor pour voir TEAZER se reformer. Qu’est-ce qui avait fait pencher la balance cette fois ? C’était une décision qui aurait pu intervenir bien avant. Dans quelles conditions cela s’est-il passé et qui en a été à l’initiative ?
C’est moi, car je n’ai jamais arrêté de pousser, pousser ! (Rires) Quand nous avions sorti le live l’an dernier, « Live At Liege », c’était aussi pour relancer la machine. C’était assez marrant d’ailleurs, car nous sommes ensemble depuis si longtemps, alors qu’en Belgique, nous avions vraiment le sentiment d’être un nouveau groupe ! (Rires) Et aujourd’hui, c’est génial de vivre ça ! D’ailleurs, c’est assez étonnant de voir à quel point ce nouvel album sonne européen. Il est plus Heavy, plus costaud ! (Sourires)
– Depuis, vous avez repris les concerts. Est-ce finalement la scène qui vous manquait le plus ?
Tu sais, on a tous continué à faire de la scène durant toutes ces années. Je ne me suis jamais retiré de la musique et j’ai fait énormément de choses depuis 1980, y compris ces dernières années. TEAZE était terminé, mais j’ai joué avec deux/trois groupes un peu partout dans le monde. Il nous aura fallu attendre l’accord de Brian en 2018 pour remettre la machine en route ! (Sourires)
– D’autant que l’an dernier, vous avez sorti le très bon « Live At Liege » où vos morceaux prennent une nouvelle dimension et une autre dynamique aussi. Comment les avez-vous réarrangé et pourquoi cet enregistrement en Belgique plutôt qu’au Canada ?
La première chose, ce sont effectivement les arrangements et le son. Le groupe a aujourd’hui un nouveau guitariste, Charlie Lambrick, qui est également notre producteur. Et ce gars-là est un musicien incroyable. Il a beaucoup aidé dans cette évolution, pas en changeant le son, mais en lui apportant de la fraîcheur. Ça ne sonne pas vintage, au contraire, le son est très actuel. Il a apporté cette touche à TEAZE et beaucoup de gens constatent cette différence et sont même un peu surpris que ça sonne aussi bien. Charlie a vraiment donné un nouvel élan au groupe et nous nous complétons parfaitement. Alors, pourquoi ne l’avions-nous pas enregistré au canada plutôt s’en Europe ? Je pense que c’était important pour nous de le faire là-bas, car nous ne l’avions jamais fait auparavant. C’était prévu en 1980 avec une grande tournée, mais la séparation a eu lieu à ce moment-là. Pourtant, le téléphone avait sonné à l’époque, mais c’était terminé…
– Aujourd’hui, près de 50 ans après votre premier album éponyme, vous revenez avec « Rev Your Engines » et il est encore plus costaud et puissant que les premiers. Est-ce que le « Live At Liege » a été un déclic pour la nouvelle direction artistique, car votre jeu a aussi évolué ?
Oui, je suis d’accord avec toi. C’était mon idée, si nous voulions vraiment revenir et ne pas dénoter de la scène actuelle et sans trahir l’héritage de TEAZE. C’est la condition première à notre retour. Et puis, aujourd’hui, il y a aussi les réseaux sociaux où l’on peut voir si vos fans sont toujours là. Nous avons aussi un nouveau bookeur. Par ailleurs, je savais qu’après 45 ans, beaucoup de gens auraient oublié TEAZE, même s’il en reste encore. Donc, l’idée était d’aller en Europe où nous avons encore une solide réputation et d’y jouer nos meilleurs titres. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Ça faisait partie du plan. Ensuite, cela nous permettait de repartir sur un nouvel album original. Alors, quand on a écouté l’enregistrement à Liège, on s’est dit que c’était carrément bien ! (Rires) Et surtout, on y avait pas vraiment réfléchi, c’était un seul et unique concert ! (Sourires) Quant à la direction artistique, elle a été insufflé dès l’arrivée de Charlie. Je ne saurais pas vraiment l’expliquer, mais cela s’est super bien passé et c’est exactement ce que nous souhaitions faire. Le son est super important en ce sens. On était un peu comme des enfants qui s’amusent ! (Rires) Et notre nouveau batteur est incroyable aussi, il a tellement apporté à cette nouvelle dynamique.
– D’ailleurs, dans quel état d’esprit avez-vous commencé à composer ce nouvel album ? A entendre ce nouvel élan et cette fluidité dans les morceaux, les retrouvailles et l’ambiance au sein du groupe semblent avoir été assez naturelles, non ?
Tu sais, nous connaissons tout de la vie de l’autre, nous sommes très proches. C’est pour cette raison que je n’ai jamais voulu que ça s’arrête. Donc, tout s’est passé de manière très naturelle. En 1975, nous n’étions pas des musiciens très expérimentés, sauf Brian qui était déjà très bon. On était tous très jeunes, mais on savait qu’on valait quelque chose ! (Rires) C’est une chose que tu sens immédiatement, c’est une impression assez étrange. Il y a toujours eu une sorte de magie dans TEAZE ! (Rires)
– Est-ce que tu penses que si TEAZE avait continué toutes ces années, « Rev Your Engines » aurait cette fougue, cette envie et ce son aussi ? Car, on peut presque parler de renaissance et d’un nouveau départ, non ?
Est-ce que tu crois qu’une renaissance est possible, François ? (Sourires)
– Ah oui, bien sûr !
Oui, je crois aussi aux miracles ! (Rires) Mais je pense aussi que c’est très compliqué de faire un retour 45 ans après et que tout se passe bien. Parfois, je me dis que si les gens ne connaissaient pas TEAZE avant, ils écouteraient juste la musique sans se soucier du reste. Mais pour nous, c’est différent. Il faut continuer d’aller de l’avant et c’est vrai que nous sommes très fiers de ce nouvel album. On a beaucoup travaillé sur la production, j’y ai d’ailleurs participé, et il nous a d’abord fallu tout maîtriser et y apporter une certaine modernité. Nous n’avions pas le choix, en fait. Et puis, « Rev Your Engines » est très varié. On y retrouve des sonorités de Detroit, des morceaux plus introspectifs ou plus sombres et même quelques sonorités Pop. C’est un mix de tout ça avec un esprit très Rock’n’Roll. Il peut y avoir un peu de nostalgie, c’est vrai, mais nous sommes d’abord un groupe de Rock du Canada ! Et ce côté revival ne applique pas vraiment à TEAZE aujourd’hui ! (Sourires)
– Enfin, il a quelque chose d’incroyable chez vous. TEAZE est devenu l’un de rares groupes canadiens devenus une icône en quelques albums seulement dans les années 70. Or, « Rev Your Engines » montre que l’aventure est loin d’être terminée. Est-ce que vous vous projetez déjà sur la suite ?
Oui, c’est ce que je disais aux autres membres du groupe l’autre jour : nous devons penser au disque suivant ! On ne peut pas revenir avec un nouvel album pour mourir à nouveau ensuite. Donc, si nous restons sérieux, il y en aura un autre ! (Sourires) Tout ce qui se passe aujourd’hui a beaucoup de sens pour nous. J’ai envie d’y travailler dès maintenant, car avec Internet, tout va tellement plus vite et les gens oublient aussitôt. Alors, il faut toujours aller de l’avant ! On a hâte de partir en tournée, puis continuer à travailler sur de nouveaux morceaux. C’est tout sauf un one-shot, crois-moi ! (Sourires)
Le nouvel, et excellent, album de TEAZE, « Rev Your Engines », est disponible chez Escape Music/Deko Entertainment.
Véloce, racé et mélodique, le Heavy Metal des Canadiens s’inscrit dans une tradition plutôt européenne dans ses références. Tout en gardant une même ligne artistique, IRON KINGDOM conforte et élève aussi son jeu sur un sixième album qu’il a lui-même produit. Avec une solide rythmique, le quatuor s’appuie surtout sur des parties de guitares où son duo de six-cordistes se montre très complémentaire et créatif. « Shadow And Dust » vient également couronner 15 ans d’existence et l’évolution du combo est manifeste, même s’il reste ancré dans un registre Old School qui n’a, a priori, pas encore dit son dernier mot. Fédérateur et acéré, la formation de la côte ouest peut compter sur son guitariste et frontman Chris Osterman pour le guider dans un style parfaitement maîtrisé. Entretien avec son fondateur.
– Ce sixième album coïncide avec vos 15 ans d’existence. Quel regard portez-vous sur votre parcours, sachant qu’il témoigne aussi d’une belle stabilité, puisque le line-up est inchangé depuis quelques années maintenant ? C’est la preuve d’une belle unité…
A vrai dire, même si le groupe existe depuis 15 ans déjà, nous n’avons jamais conservé la même formation. Aujourd’hui, Leighton (Holmes – NDR), notre bassiste, et moi-même sommes les deux seuls membres fondateurs restants. Malgré ces changements de formation au fil des ans, nous sommes convaincus que Megan Merrick, guitariste depuis 2018, et Max Friesen, batteur depuis 2020, se sont parfaitement intégrés et nous ont permis de développer et d’élever notre son à des sommets toujours plus élevés. Pour nous, cette formation actuelle est sans aucun doute la meilleure que nous ayons jamais eue. Notre parcours, bien qu’unis par nos objectifs, a été jalonné de moments difficiles, d’expériences mémorables, d’aventures épiques et de concerts et festivals incroyables, parfois même aux côtés de nos idoles de toujours. C’est une aventure incroyable et nous sommes unis, et au final, si le groupe a tenu aussi longtemps, c’est grâce à notre amour profond pour la musique et nos fans.
– J’ai lu aussi que vous y voyez un rapport avec le 82ème anniversaire du débarquement. Qu’est-ce que cela représente exactement pour IRON KINGDOM ? C’est un sujet qui vous suit dans votre discographie, dans la thématique de vos chansons ?
Nous sommes absolument fascinés par l’Histoire. Nous l’évoquons dans nombre de nos chansons et il nous arrive aussi d’en discuter longuement dans le bus de tournée ! (Rires) Le lien avec le Débarquement, dans notre cas précis, tient au fait que nous avons formé le groupe le jour J, en 2011. C’est donc l’anniversaire du groupe, le jour même où nous avons choisi le nom IRON KINGDOM. Sachant à l’époque quelle date elle représentait, cela nous a semblé presque poétique et nous avons pensé que c’était le signe parfait pour commencer. Le premier single de ce nouvel album a un lien, certes ténu, avec le Débarquement, mais seulement dans le sens où « Defenders » raconte une histoire de la Seconde Guerre mondiale. Elle se déroule en 1939, lors de la bataille de Gdansk en Pologne, et elle évoque les résistants qui ont tenu bon bien plus longtemps que prévu face au blitzkrieg allemand. Ce jour a quelque chose de vraiment spécial, non seulement parce que c’est notre quinzième anniversaire et qu’il est en lien avec le Débarquement, mais aussi parce que c’est la sortie de notre sixième album, coïncidant avec le 6 juin, le sixième mois de l’année, le sixième jour de l’année 2026 ! On pourrait dire que c’est un signe du destin, mais c’est impossible… Ou peut-être que si ? (Rires) Alors, le fait de pouvoir faire coïncider tous ces éléments et de sortir l’album ce jour-là est comme un alignement parfait, la date idéale donc pour la sortie de « Shadows And Dust ».
– « Shadow And Dust » est également le premier album que vous enregistrez et produisez vous-mêmes. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision ? Vous avez acquis l’expérience nécessaire, ou est-ce aussi l’époque qui s’y prête grâce à la technologie et une industrie musicale changeante ?
Pour être tout à fait transparents, nous avons enregistré nos trois derniers albums nous-mêmes et nous n’avons cessé d’améliorer notre matériel et nos connaissances depuis nos débuts. « Shadows And Dust » est plus précisément le premier album où nous avons enregistré tous les instruments dans un seul studio. Pour tous nos albums précédents, nous devions enregistrer la batterie dans un lieu ou un studio spécifique, mais pour celui-ci, c’était la première fois que nous pouvions tout faire dans notre nouveau studio, du début à la fin. Et oui, je suis d’accord avec toi, s’enregistrer soi-même est vraiment révélateur de notre époque. La technologie est toujours à portée de main, mais il faut aussi prendre en compte les coûts liés à la vie d’un groupe de Heavy Metal à une époque où les gens achètent moins d’albums physiques. Il arrive un moment où l’on doit se demander, financièrement parlant, si ce ne serait pas plus réaliste de prendre en charge davantage de choses nous-mêmes. Nous en sommes convaincus et cela présente aussi d’autres avantages, comme plus de temps pour la prise de décision et s’assurer que les morceaux correspondent à notre vision. Bien sûr, faire tout ce travail soi-même a aussi ses inconvénients : c’est un travail colossal, on peut facilement se perdre dans les détails et on a toujours l’impression qu’on aurait pu faire mieux. Malgré tout, nous sommes très contents du résultat et nous espérons que vous le serez aussi ! (Sourires)
– Est-ce que le fait de vous retrouver aux commandes de cet album vous a permis d’expérimenter certaines choses, car le spectre musical de « Shadow And Dust » semble bien plus large que les précédents ?
Je dirais que ça nous a surtout permis de faire l’album exactement comme on le souhaitait. Avoir carte blanche en studio offre une bien plus grande liberté artistique. Bien sûr, il faut encore l’interpréter. Il faut encore assurer le coup. Les variations entre les morceaux sont surtout dues à notre façon de composer. Etant un groupe très adepte des improvisations, cette phase pour cet album en particulier nous a pris un peu plus de temps pour tout finaliser. Au fil du temps, différentes idées et différentes ambiances nous sont venues et je pense que c’est de là que viennent les variations. Le studio nous a juste aidés à mieux y parvenir ! (Rires)
– « Shadow And Dust » n’est pas un album concept, et pourtant vous l’avez conçu pour qu’il s’écoute à l’ancienne, c’est-à-dire du début à la fin. C’est vrai que les habitudes des fans ont beaucoup changé. Alors, comment avez-vous aborder la composition ?
Franchement, on ne connaît rien d’autre. Tous nos albums ont été conçus dans cette optique. Pour nous, écouter l’album en entier est la seule option. On ne compose pas de singles juste pour en faire des tubes. On écrit un album, puis on le réécoute et on décide quelles chansons fonctionnent le mieux individuellement. Toute notre approche musicale est basée sur les méthodes traditionnelles. On est peut-être un peu dépassés, mais si nous sommes arrivés jusque-là, il semble que nos fans apprécient notre façon de faire ! (Sourires)
– Une fois encore, il y a un gros travail sur les guitares que ce soit sur les riffs, les solos ou les twin-guitares avec un côté épique dominant. Pourtant, l’équilibre avec la rythmique est parfaitement maintenu. En tant que guitaristes tous les deux, Megan et toi, est-ce une chose sur laquelle vous avez particulièrement veillé au cours de la production ?
On est vraiment un groupe axé sur la guitare. Les riffs sont généralement le point de départ de la composition, ils nous guident tout au long des morceaux et les solos sont au cœur de notre musique. Donc oui, je dirais que tu as tout à fait raison de souligner l’importance des guitares ! (Sourires) Même si tout le reste est très important, on est clairement un groupe où la guitare est primordiale. Côté production, on a passé beaucoup de temps sur les guitares, pour s’assurer que les différentes parties s’accordent bien et que les rythmes et les solos se complètent parfaitement.
– Alors que vous êtes canadiens et donc proches des Etats-Unis, vos influences sont essentiellement issues de la NWOBHM. J’ai l’impression que la différence de style entre l’Europe et le Metal américain est moins palpable et évidente qu’auparavant. Est-ce que vous pensez qu’il y a un rapprochement qui s’est effectué ces dernières années ? Une sorte de fusion, peut-être ?
Je suis d’accord. Internet et la mondialisation ont probablement mélangé certains styles musicaux. Il est certainement beaucoup plus facile d’accéder à la musique du monde entier de nos jours, donc je comprends que les groupes modernes brouillent les frontières. Je pense que dans notre cas particulier, nous avons toujours été beaucoup plus attirés par les sonorités européennes, peut-être est-ce dû à nos origines, ou peut-être est-ce simplement parce qu’en tant que Canadiens, nous aimons généralement faire les choses un peu différemment des Américains ? (Rires)
– Enfin, votre label en France, Steel Shark Records, sort une édition limitée de l’album avec un ‘Best Of’ en second CD. Est-ce que vous avez vous-mêmes choisi les morceaux ? Et quel lien entretenez-vous avec vos fans français, car c’est un beau cadeau que vous leur faites ?
Pour la compilation, on a brièvement discuté de la tracklist entre-nous, puis on a fait notre proposition au label. Je crois qu’il n’y a eu qu’une seule chanson qui a changé par rapport à l’idée de départ. C’était vraiment cool ! (Rires) On était vraiment sur la même longueur d’onde. Steel Shark Records n’est pas un label comme les autres, et pour nous, c’était le choix idéal. On a été quasiment totalement indépendants, à part un peu d’aide pour les vinyles, jusqu’à présent, et c’est vraiment génial de travailler avec quelqu’un qui partage autant notre vision. La France, en particulier, a toujours eu une place spéciale dans notre cœur. On y a joué à chaque tournée européenne jusqu’à présent et on y a donné des concerts mémorables. C’est donc super de renforcer nos liens et de voir ce que l’avenir nous réserve ! (Sourires)
Le nouvel album d’IRON KINGDOM, « Shadow And Dust », est disponible chez Steel Shark Records.
Rodée depuis plus de vingt dans les clubs de Toronto, SAMANTHA MARTIN s’est essayé à plusieurs formations avant de trouver la bonne formule avec le DELTA SUGAR, où elle manie à la fois l’élégance d’un Blues originel et d’une Soul vibrante dans un mix très contemporain aussi entraînant qu’émouvant. « A Beautiful Buzz » nous replonge dans une soirée, dont on devine aisément la magie et, entre titres originaux et quelques reprises bien senties, la blueswoman navigue entre douceur Southern et rythmiques actuelles, et entre puissance et virtuosité. Et rien ne vaut un témoignage live pour saisir pleinement le talent à l’état pur.
SAMANTHA MARTIN & DELTA SUGAR
« A Beautiful Buzz »
(Gypsy Soul Records/Bertus)
La Canadienne compte déjà cinq albums à son actif que ce soit en solo, avec The Haggard et avec Delta Sugar pour trois d’entre-eux. Le dernier en date, « The Reckless One » est sorti en 2020 et c’est lors de cette tournée, sur la côte ouest du pays, qu’a été capté « A beautiful Buzz ». Le 26 novembre 2022, SAMANTHA MARTIN & DELTA SUGAR a fait monter la température du théâtre Maple Ridge en Colombie Britannique d’un cran. Car, lorsqu’une formation de dix musiciens monte sur scène, ça chauffe et ça groove !
Alors qu’on aurait pu s’attendre à un nouvel effort studio, c’est avec ce live captivant que la chanteuse et son ‘Big Band’ confirment que la scène est leur jardin. Et d’ailleurs, le public ne s’y est pas trompé, se délectant de cette atmosphère bienveillante. Forcément, à l’époque, SAMANTHA MARTIN & DELTA SUGAR avait mis l’accent sur le dernier opus, dont on retrouve pas moins de cinq morceaux, en plus de trois reprises magnifiquement réarrangées de Buddy Miles, The Band et The Rolling Stones. Une setlist savoureuse et Soul à souhait.
Ancré dans la tradition et aux saveurs Gospel, le Blues du groupe se diffuse cependant via un spectre moderne que la chaleur des cuivres, les chœurs radieux et ce groove magnétique ne font qu’embellir. A onze à l’œuvre, SAMANTHA MARTIN & DELTA SUGAR ronronne et livre une performance où le moindre détail se fait saisissant. Quant au chant, difficile de ne pas tomber sous le charme d’une frontwoman aux capacités multiples et dont la voix un brin éraillée et puissante est incroyablement solaire. Un disque à écouter dans son entier !
Abrasif et décomplexé, le Sludge de SEUM fait trembler les murs depuis quelques années et aujourd’hui, même le métro de Montréal ou les bretelles d’autoroutes perçoivent ses vibrations. Bien plus qu’une simple rythmique, la batterie et la basse du power trio mènent l’ensemble avec un radicalité musicale dans laquelle le frontman s’engouffre avec hargne et vigueur. Pour son troisième album, « Parking Life » vient bousculer les habitudes frontales du groupe pour une expérience musicale unique, qui fait fi des codes et poursuit une trajectoire sans compromis et dorénavant très expérimentée. Des certitudes sur lesquelles Piotr, bassiste du combo, revient à travers un entretien qui dresse aussi un rapide bilan de l’aventure québécoise de nos trois Français.
– Tout d’abord et comme je vous suis depuis six ans maintenant et la sortie de votre premier EP, « Summer OF Seum », il est temps de faire un petit bilan de votre aventure québécoise. Est-ce que ce que vous vivez aujourd’hui correspond aux attentes que vous aviez en allant créer SEUM à Montréal ?
C’est vrai que ça fait déjà six ans, et merci pour ton soutien durant tout ce temps. Tout ce que nous vivons avec SEUM dépasse de loin toutes nos attentes initiales, car nous n’en avions pas ! (Rires) Lorsque nous avons commencé à jouer ensemble en 2020, l’idée était simplement de refaire de la musique après s’être trop oubliés dans le travail pendant plusieurs années après notre immigration au Canada. Nous n’avions pas vraiment d’attentes, mais nous souhaitions faire les choses bien : prendre notre temps pour écrire de bonnes chansons, collaborer sur des visuels marquants et trouver des manières originales et fun de promouvoir notre musique. Nous voulions avoir du plaisir dans chaque domaine lié au groupe. Nous continuons avec cette approche et nous apprécions chaque moment, que ce soit une interview avec toi, ou une invitation au Hellfest. On a hâte de voir la suite.
– Vous sortez déjà votre troisième album, « Parking Life », après des EPs, des Live, des singles et des splits, et toujours avec le même line-up, bien sûr. Etre aussi soudés montre également votre détermination. Est-ce que c’est le fait d’être aussi prolifiques qui alimente votre créativité ?
Je t’avoue que nous n’y avons jamais vraiment réfléchi, on aime être dans l’action. On a aussi la chance de pouvoir enregistrer et mixer nous-mêmes ce qui nous permet sûrement de sortir des disques plus vites que d’autres groupes. Diffuser de la nouvelle musique relance la machine à chaque fois, car on peut reprendre la route, faire de nouveaux concerts et rencontrer de nouvelles personnes. C’est aussi l’occasion pour nous à chaque fois de nous remettre en cause et d’essayer de modifier un peu la formule pour que chaque sortie ait sa personnalité.
– Depuis vos débuts, vous prônez la culture DIY et vous vous y tenez. Pourtant, pour vos trois albums, vous avez fait appel à de grands noms pour les masteriser. Pour « Winterized », c’était Erwin Hermsen (Trouble, Pestilence, Dead) et pour « Double Double », ce fut John Golden (Melvins, Sleep, Weedeater). Et pour « Parking Life », c’est Chris Fielding (Conan, Electric Wizard), qui réalise le mastering. Es-ce une manière pour vous de valider votre travail en quelque sorte ?
C’est Fred, notre batteur, qui s’occupe presque à chaque fois d’enregistrer, ce qui n’est d’ailleurs pas le cas pour « Parking Life », et de mixer nos projets, il en a aussi masteriser quelques-uns (le split avec Fatima, « Summer of Seum », « Live From The Seum-Cave »). On s’est rendu compte que c’était plus intéressant d’avoir quelqu’un de l’extérieur pour revenir sur notre travail, car écouter les morceaux en boucle impactait notre esprit critique. Faire appel à de grands noms nous permet aussi de réaliser un petit rêve de fan. On est à une poignée de main de groupes légendaires, car John Golden a travaillé avec Nirvana ! (Sourires) On est très contents de ces collaborations et pour « Parking Life », Chris Fielding a fait un travail remarquable. Il a réussi à donner de l’énergie aux morceaux, tout en conservant leur lisibilité.
– D’ailleurs, quel est l’apport principal de ces collaborations extérieures pour finaliser vos albums, selon vous ? Ça se joue sur la garantie d’un bon traitement sonore, car on retrouve toujours le son de SEUM ?
Collaborer avec des gens extérieurs lors du mastering nous permet d’entendre et de gommer certaines erreurs de mix que nous n’aurions pas entendu nous-mêmes. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le processus, c’est un peu comme poser une couche de vernis sur une peinture. Alors, ça nous permet de faire rentrer un peu d’air dans le processus créatif, ça fait du bien… (Sourires)
– Un petit rappel pour ceux qui ne sont pas encore familiers avec SEUM, il n’y pas de guitare dans votre ‘Doom’n Bass’. En six ans, vous n’avez jamais été tenté ? Vous auriez pu croiser un six-cordiste québécois en phase avec votre Sludge, par exemple…
On a déjà rencontré des guitaristes qui se sont proposés, bien sûr ! Mais depuis son origine, le groupe s’est toujours voulu basse/batterie/chant. Ça peut apparaître comme une contrainte, mais c’est ce qui nous a permis de fabriquer notre formule avec le temps, c’est ce qui nous caractérise. Alors, pas de guitares à l’horizon, mais en revanche pourquoi pas un projet composé à deux basses distinctes ? (Sourires) Ça pourrait être une idée pour le prochain projet. A ce sujet, on a eu plaisir à jouer en tournée avec le groupe français Vantre, qui joue à deux basses et la manière de faire de la musique sans guitare est vraiment inspirante. Si vous ne connaissez pas, je vous invite à les écouter !
– L’une des nouveautés de « Parking Life » est l’apparition de voix claires et même de quelques mélodies. Vous avez déclaré avoir traité chaque morceau comme un titre Pop. Que vouliez-vous dire par là, car on en est tout de même très loin ?
La formule est volontairement provocante, car mélanger Sludge et Pop, a priori, n’a aucun sens ! Pour la promo de l’album, on comparait même le disque à la rencontre improbable et alcoolisée de Jimmy Bower d’Eyehategod et de Britney Spears ! (Rires) Ce qu’on a voulu par là, c’est créer des morceaux courts, catchy, ‘fredonnables’ et traitant de sujets que nous sommes nombreux à partager, un peu comme sur des titres de Pop. L’ajout de chant clair sur certains refrains nous permet aussi de jouer avec notre formule et d’ajouter, on espère, un petit côté entêtant aux chansons. On fait de la musique extrême, mais on est pas snobs par rapport à la musique mainstream. « Parking Life » est un album fun sur des sujets qui ne le sont pas comme la vieillesse, les ruptures, l’addiction, le travail abrutissant et ce qui nous attend tous, la mort.
– Derrière ce titre, « Parking Life », il y a aussi toute la philosophie et la démarche de SEUM, qui est résumé. Le voyez-vous comme un simple pied-de-nez à l’industrie musicale, ou est-ce que cela s’étend jusqu’à notre société actuellement en pleine dérive ?
C’est notre manière de nous exprimer sur le monde qui nous entoure. Nous avons commencé initialement comme un groupe de Sludge fumeurs de joints et buveurs de bières, mais nous nous sommes engagés de plus en plus au fur et à mesure du temps,. J’imagine que vivre à notre époque en Amérique du Nord et observer les dégâts du capitalisme de près laisse des traces. Nous essayons d’opérer des changements humblement à notre échelle. Nos disques sont maintenant à participation libre, les concerts que nous faisons aussi. Nous en organisons régulièrement qui sont ouverts aux mineurs, car d’habitude les concerts en Amérique du Nord sont réservés aux plus de 18 ans, voire plus de 21, ou dans des conditions uniques comme sous une bretelle d’autoroute ou dans le métro pour accueillir le plus de gens possible. Le monde actuel est en train de se fissurer, on peut rester dans son coin effrayé par le changement, ou en profiter pour s’insérer dans les brèches à coup de créativité. On a choisi la seconde option !
– Enfin, malgré le fait de donner l’impression d’avoir ‘popisé’ votre Doom’n’ Bass, il y a ce changement de logo qui vient apporter un sacré contraste avec son graphisme emprunté au Black Death. Le moment est bien choisi pour cette transition, alors que vous dites être en quête de plus d’accessibilité. Cela dit, SEUM n’est-il pas plus Sludge que jamais ?
Ce nouveau logo est un vrai coup de cœur! Notre graphiste Clément nous l’a proposé spontanément alors qu’il travaillait sur la mise en page de la pochette. Nous avons décidé de l’utiliser pour l’album d’autant plus qu’il se marie très bien à la photo de la pochette. Tu as raison, ce logo est en décalage avec le côté plus accessible de notre musique, mais le mariage des extrêmes est quand même une caractéristique du Sludge, non ? (Sourires) Melvins, qui ont inventé le genre, ont des albums extrêmement lourds avec des pochettes très douces… Disons que nous avons fait l’opposé ! (Sourires)
Le nouvel album de SEUM, « Parking Life », ainsi que toutes les sorties et le merchandising du groupe sont disponibles sur son Bandcamp : www.seumtheband.bandcamp.com
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