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Hard Rock International

Teaze : gotta Rock [Interview]

En l’espace de trois ans et quatre albums entre 1977 et 1980, TEAZE est devenu l’un des plus emblématiques groupes de Hard Rock de son pays. Avec un style aussi mélodique que costaud, le quatuor a su fédérer et entraîner dans son sillage des fans, qui ont pourtant vécu 45 ans dans une sorte de nostalgie subie avant un retour flamboyant l’an dernier avec « Live At Liege », un concert immortalisé en Europe pour un retour inespéré. Aujourd’hui, c’est avec « Rev Your Engines » que la formation de l’Ontario surgit de la plus belle des manières. Et surtout, les Canadiens n’ont rien perdu de leur jeu, de leur mordant et encore moins de leur classe, ils les ont juste passé au filtre de notre époque. Le bassiste et chanteur originel Brian Danter est aujourd’hui entouré du batteur Jim Bonventre, du six-cordiste Charlie Lambrick et bien sûr du guitariste et fondateur Mark Pawnman Bradac. Et c’est avec passion et un enthousiasme intact que ce dernier revient sur cette renaissance tellement réjouissante, gravée sur un sixième opus d’une fraîcheur et d’une puissance décuplées.

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne sur votre histoire qui est aussi courte que riche. Vos cinq albums, dont un live au Japon, sont sortis entre 1977 et 1980. Trois années intenses et ensuite, plus rien… Quels sentiments vous animaient à l’époque, car TEAZE avait tout pour réussir sur le long terme ?

J’ai vraiment eu l’impression que c’était la fin de ma vie, François ! (Rires) Dès le début, le groupe était une grosse machine. On a fait beaucoup de choses, mais sans jamais vraiment percer aux Etats-Unis, même si on a signé chez Capitol Records. Et là, en 1980, plusieurs raisons ont fait que j’ai décidé d’arrêter. La première était que la musique commençait à changer avec l’arrivée de la New Wave et du Disco notamment. D’ailleurs, notre dernier album , « Body Shots » sonnait un peu comme ça, il était très New Wave. C’est ce qu’on nous avait demandé, mais ça ne sonnait pas. A ce moment-là, on a perdu notre accord avec Capitol et notre chanteur est également parti. Tout s’est passé très, très vite. Cela a été horrible et tellement rapide. Et c’est quelque chose que je n’ai jamais accepté. J’ai finalement attendu 45 ans pour en arriver là aujourd’hui ! (Rires) Mais, mieux vaut tard que jamais… (Sourires)

– Avec le recul, et sans parler d’éventuels regrets, est-ce que tu t’es déjà projeté sur le parcours qu’aurait pu avoir TEAZE les années qui ont suivi votre séparation ?

L’année de notre séparation, il y a eu l’émergence de Rush et de Triumph, qui sont deux groupes fantastiques. Ils ont joué des années et ils étaient suivis par beaucoup de fans. Il sont devenus les meilleurs au monde pour moi. Je suis persuadé que TEAZE aurait pu faire partie de ce même élan dans cette même catégorie. On avait tout ce qu’il fallait. Je n’ai jamais voulu quitter le groupe, que ça s’arrête… Et c’est d’ailleurs pour ça que nous sommes là tous les deux aujourd’hui pour parler de ce nouvel album que nous sortons ! Mais pendant 45 ans, tous ces groupes ont continué, ont été suivi par leurs fans. Alors maintenant, si nous voulons retrouver notre place, il faut essayer et s’y remettre, même si je n’ai jamais arrêter de la musique, bien sûr.

– D’ailleurs, pour ceux qui aurait raté le train en marche, deux ‘Best Of‘ sont sortis en 1981 et en 1990. Ils auraient pu servir de détonateurs pour une reformation. Vous n’y avez pas pensé du tout ?

Bien sûr que j’y ai pensé, évidemment ! C’est le label Rock Candy Music, qui a réalisé et remasterisé le second ‘Best Of’ en Angleterre à l’époque. Ils ont d’ailleurs fait la même chose avec l’album « One Night Stands » la même année. A ce moment-là, j’en ai parlé avec Brian, notre chanteur, mais il n’était pas prêt à le faire. Il avait sa carrière de son côté. Il ne voulait pas quitter son groupe pour reprendre l’aventure, il y avait eu tellement de désillusions… On sait aussi ce que ça signifie, car le Rock’n’Roll demande beaucoup et il est le plus âgé d’entre-nous. J’ai essayé plusieurs fois en vain, ce n’était pas le bon moment sans doute, même si c’était une belle opportunité, c’est vrai. Mais j’aurais essayé… (Rires)

– J’aimerais qu’on parle de votre musique à l’époque. TEAZE jouait un Hard Rock assez inédit au Canada et aux Etats-Unis, mais également assez différent de ce qui pouvait se faire en Europe. Vous étiez précurseurs dans bien des domaines. C’est d’ailleurs arrivé un peu plus tard dans les années 80. Est-ce que c’est juste une question de timing finalement, selon toi ?

Bien sûr, le timing est une chose essentielle. Si nous n’avions pas perdu Brian, nous aurions continué. On aurait trouvé un accord avec une maison de disques et on aurait sorti d’autres albums. Mais nous n’avions plus notre chanteur et c’était très important. On n’a jamais pensé une seule seconde à le remplacer ! Et c’est vrai que le timing est une clef essentielle. Il faut avoir de bons morceaux, de bons musiciens, une bonne maison de disques, un bon manager et avoir du temps. C’est plus facile d’acheter un ticket de loterie ! (Rires) La chance a aussi sa part dans tout ça finalement. Mais en 1980, le timing n’était pas bon et même si j’ai poussé Brian encore et encore, rien n’y a fait. Et ce nouvel album, je voulais déjà qu’il sorte en 2019… Il arrive aujourd’hui en 2026, et pourtant j’y ai mis du mien toutes ces années.

– Il aura donc fallu ensuite attendre 2018 et ce concert chez vous à Windsor pour voir TEAZER se reformer. Qu’est-ce qui avait fait pencher la balance cette fois ? C’était une décision qui aurait pu intervenir bien avant. Dans quelles conditions cela s’est-il passé et qui en a été à l’initiative ?

C’est moi, car je n’ai jamais arrêté de pousser, pousser ! (Rires) Quand nous avions sorti le live l’an dernier, « Live At Liege », c’était aussi pour relancer la machine. C’était assez marrant d’ailleurs, car nous sommes ensemble depuis si longtemps, alors qu’en Belgique, nous avions vraiment le sentiment d’être un nouveau groupe ! (Rires) Et aujourd’hui, c’est génial de vivre ça ! D’ailleurs, c’est assez étonnant de voir à quel point ce nouvel album sonne européen. Il est plus Heavy, plus costaud ! (Sourires)

– Depuis, vous avez repris les concerts. Est-ce finalement la scène qui vous manquait le plus ?

Tu sais, on a tous continué à faire de la scène durant toutes ces années. Je ne me suis jamais retiré de la musique et j’ai fait énormément de choses depuis 1980, y compris ces dernières années. TEAZE était terminé, mais j’ai joué avec deux/trois groupes un peu partout dans le monde. Il nous aura fallu attendre l’accord de Brian en 2018 pour remettre la machine en route ! (Sourires)

– D’autant que l’an dernier, vous avez sorti le très bon « Live At Liege » où vos morceaux prennent une nouvelle dimension et une autre dynamique aussi. Comment les avez-vous réarrangé et pourquoi cet enregistrement en Belgique plutôt qu’au Canada ?

La première chose, ce sont effectivement les arrangements et le son. Le groupe a aujourd’hui un nouveau guitariste, Charlie Lambrick, qui est également notre producteur. Et ce gars-là est un musicien incroyable. Il a beaucoup aidé dans cette évolution, pas en changeant le son, mais en lui apportant de la fraîcheur. Ça ne sonne pas vintage, au contraire, le son est très actuel. Il a apporté cette touche à TEAZE et beaucoup de gens constatent cette différence et sont même un peu surpris que ça sonne aussi bien. Charlie a vraiment donné un nouvel élan au groupe et nous nous complétons parfaitement. Alors, pourquoi ne l’avions-nous pas enregistré au canada plutôt s’en Europe ? Je pense que c’était important pour nous de le faire là-bas, car nous ne l’avions jamais fait auparavant. C’était prévu en 1980 avec une grande tournée, mais la séparation a eu lieu à ce moment-là. Pourtant, le téléphone avait sonné à l’époque, mais c’était terminé…

– Aujourd’hui, près de 50 ans après votre premier album éponyme, vous revenez avec « Rev Your Engines » et il est encore plus costaud et puissant que les premiers. Est-ce que le « Live At Liege » a été un déclic pour la nouvelle direction artistique, car votre jeu a aussi évolué ?

Oui, je suis d’accord avec toi. C’était mon idée, si nous voulions vraiment revenir et ne pas dénoter de la scène actuelle et sans trahir l’héritage de TEAZE. C’est la condition première à notre retour. Et puis, aujourd’hui, il y a aussi les réseaux sociaux où l’on peut voir si vos fans sont toujours là. Nous avons aussi un nouveau bookeur. Par ailleurs, je savais qu’après 45 ans, beaucoup de gens auraient oublié TEAZE, même s’il en reste encore. Donc, l’idée était d’aller en Europe où nous avons encore une solide réputation et d’y jouer nos meilleurs titres. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Ça faisait partie du plan. Ensuite, cela nous permettait de repartir sur un nouvel album original. Alors, quand on a écouté l’enregistrement à Liège, on s’est dit que c’était carrément bien ! (Rires) Et surtout, on y avait pas vraiment réfléchi, c’était un seul et unique concert ! (Sourires) Quant à la direction artistique, elle a été insufflé dès l’arrivée de Charlie. Je ne saurais pas vraiment l’expliquer, mais cela s’est super bien passé et c’est exactement ce que nous souhaitions faire. Le son est super important en ce sens. On était un peu comme des enfants qui s’amusent ! (Rires) Et notre nouveau batteur est incroyable aussi, il a tellement apporté à cette nouvelle dynamique.

– D’ailleurs, dans quel état d’esprit avez-vous commencé à composer ce nouvel album ? A entendre ce nouvel élan et cette fluidité dans les morceaux, les retrouvailles et l’ambiance au sein du groupe semblent avoir été assez naturelles, non ?

Tu sais, nous connaissons tout de la vie de l’autre, nous sommes très proches. C’est pour cette raison que je n’ai jamais voulu que ça s’arrête. Donc, tout s’est passé de manière très naturelle. En 1975, nous n’étions pas des musiciens très expérimentés, sauf Brian qui était déjà très bon. On était tous très jeunes, mais on savait qu’on valait quelque chose ! (Rires) C’est une chose que tu sens immédiatement, c’est une impression assez étrange. Il y a toujours eu une sorte de magie dans TEAZE ! (Rires)

– Est-ce que tu penses que si TEAZE avait continué toutes ces années, « Rev Your Engines » aurait cette fougue, cette envie et ce son aussi ? Car, on peut presque parler de renaissance et d’un nouveau départ, non ?

Est-ce que tu crois qu’une renaissance est possible, François ? (Sourires)

– Ah oui, bien sûr !

Oui, je crois aussi aux miracles ! (Rires) Mais je pense aussi que c’est très compliqué de faire un retour 45 ans après et que tout se passe bien. Parfois, je me dis que si les gens ne connaissaient pas TEAZE avant, ils écouteraient juste la musique sans se soucier du reste. Mais pour nous, c’est différent. Il faut continuer d’aller de l’avant et c’est vrai que nous sommes très fiers de ce nouvel album. On a beaucoup travaillé sur la production, j’y ai d’ailleurs participé, et il nous a d’abord fallu tout maîtriser et y apporter une certaine modernité. Nous n’avions pas le choix, en fait. Et puis, « Rev Your Engines » est très varié. On y retrouve des sonorités de Detroit, des morceaux plus introspectifs ou plus sombres et même quelques sonorités Pop. C’est un mix de tout ça avec un esprit très Rock’n’Roll. Il peut y avoir un peu de nostalgie, c’est vrai, mais nous sommes d’abord un groupe de Rock du Canada ! Et ce côté revival ne applique pas vraiment à TEAZE aujourd’hui ! (Sourires)

– Enfin, il a quelque chose d’incroyable chez vous. TEAZE est devenu l’un de rares groupes canadiens devenus une icône en quelques albums seulement dans les années 70. Or, « Rev Your Engines » montre que l’aventure est loin d’être terminée. Est-ce que vous vous projetez déjà sur la suite ?

Oui, c’est ce que je disais aux autres membres du groupe l’autre jour : nous devons penser au disque suivant ! On ne peut pas revenir avec un nouvel album pour mourir à nouveau ensuite. Donc, si nous restons sérieux, il y en aura un autre ! (Sourires) Tout ce qui se passe aujourd’hui a beaucoup de sens pour nous. J’ai envie d’y travailler dès maintenant, car avec Internet, tout va tellement plus vite et les gens oublient aussitôt. Alors, il faut toujours aller de l’avant ! On a hâte de partir en tournée, puis continuer à travailler sur de nouveaux morceaux. C’est tout sauf un one-shot, crois-moi ! (Sourires)

Le nouvel, et excellent, album de TEAZE, « Rev Your Engines », est disponible chez Escape Music/Deko Entertainment.

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Heavy metal International

Iron Kingdom : Metal mission [Interview]

Véloce, racé et mélodique, le Heavy Metal des Canadiens s’inscrit dans une tradition plutôt européenne dans ses références. Tout en gardant une même ligne artistique, IRON KINGDOM conforte et élève aussi son jeu sur un sixième album qu’il a lui-même produit. Avec une solide rythmique, le quatuor s’appuie surtout sur des parties de guitares où son duo de six-cordistes se montre très complémentaire et créatif. « Shadow And Dust » vient également couronner 15 ans d’existence et l’évolution du combo est manifeste, même s’il reste ancré dans un registre Old School qui n’a, a priori, pas encore dit son dernier mot. Fédérateur et acéré, la formation de la côte ouest peut compter sur son guitariste et frontman Chris Osterman pour le guider dans un style parfaitement maîtrisé. Entretien avec son fondateur.

– Ce sixième album coïncide avec vos 15 ans d’existence. Quel regard portez-vous sur votre parcours, sachant qu’il témoigne aussi d’une belle stabilité, puisque le line-up est inchangé depuis quelques années maintenant ? C’est la preuve d’une belle unité…

A vrai dire, même si le groupe existe depuis 15 ans déjà, nous n’avons jamais conservé la même formation. Aujourd’hui, Leighton (Holmes – NDR), notre bassiste, et moi-même sommes les deux seuls membres fondateurs restants. Malgré ces changements de formation au fil des ans, nous sommes convaincus que Megan Merrick, guitariste depuis 2018, et Max Friesen, batteur depuis 2020, se sont parfaitement intégrés et nous ont permis de développer et d’élever notre son à des sommets toujours plus élevés. Pour nous, cette formation actuelle est sans aucun doute la meilleure que nous ayons jamais eue. Notre parcours, bien qu’unis par nos objectifs, a été jalonné de moments difficiles, d’expériences mémorables, d’aventures épiques et de concerts et festivals incroyables, parfois même aux côtés de nos idoles de toujours. C’est une aventure incroyable et nous sommes unis, et au final, si le groupe a tenu aussi longtemps, c’est grâce à notre amour profond pour la musique et nos fans.

– J’ai lu aussi que vous y voyez un rapport avec le 82ème anniversaire du débarquement. Qu’est-ce que cela représente exactement pour IRON KINGDOM ? C’est un sujet qui vous suit dans votre discographie, dans la thématique de vos chansons ?

Nous sommes absolument fascinés par l’Histoire. Nous l’évoquons dans nombre de nos chansons et il nous arrive aussi d’en discuter longuement dans le bus de tournée ! (Rires) Le lien avec le Débarquement, dans notre cas précis, tient au fait que nous avons formé le groupe le jour J, en 2011. C’est donc l’anniversaire du groupe, le jour même où nous avons choisi le nom IRON KINGDOM. Sachant à l’époque quelle date elle représentait, cela nous a semblé presque poétique et nous avons pensé que c’était le signe parfait pour commencer. Le premier single de ce nouvel album a un lien, certes ténu, avec le Débarquement, mais seulement dans le sens où « Defenders » raconte une histoire de la Seconde Guerre mondiale. Elle se déroule en 1939, lors de la bataille de Gdansk en Pologne, et elle évoque les résistants qui ont tenu bon bien plus longtemps que prévu face au blitzkrieg allemand. Ce jour a quelque chose de vraiment spécial, non seulement parce que c’est notre quinzième anniversaire et qu’il est en lien avec le Débarquement, mais aussi parce que c’est la sortie de notre sixième album, coïncidant avec le 6 juin, le sixième mois de l’année, le sixième jour de l’année 2026 ! On pourrait dire que c’est un signe du destin, mais c’est impossible… Ou peut-être que si ? (Rires) Alors, le fait de pouvoir faire coïncider tous ces éléments et de sortir l’album ce jour-là est comme un alignement parfait, la date idéale donc pour la sortie de « Shadows And Dust ».

– « Shadow And Dust » est également le premier album que vous enregistrez et produisez vous-mêmes. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision ? Vous avez acquis l’expérience nécessaire, ou est-ce aussi l’époque qui s’y prête grâce à la technologie et une industrie musicale changeante ?

Pour être tout à fait transparents, nous avons enregistré nos trois derniers albums nous-mêmes et nous n’avons cessé d’améliorer notre matériel et nos connaissances depuis nos débuts. « Shadows And Dust » est plus précisément le premier album où nous avons enregistré tous les instruments dans un seul studio. Pour tous nos albums précédents, nous devions enregistrer la batterie dans un lieu ou un studio spécifique, mais pour celui-ci, c’était la première fois que nous pouvions tout faire dans notre nouveau studio, du début à la fin. Et oui, je suis d’accord avec toi, s’enregistrer soi-même est vraiment révélateur de notre époque. La technologie est toujours à portée de main, mais il faut aussi prendre en compte les coûts liés à la vie d’un groupe de Heavy Metal à une époque où les gens achètent moins d’albums physiques. Il arrive un moment où l’on doit se demander, financièrement parlant, si ce ne serait pas plus réaliste de prendre en charge davantage de choses nous-mêmes. Nous en sommes convaincus et cela présente aussi d’autres avantages, comme plus de temps pour la prise de décision et s’assurer que les morceaux correspondent à notre vision. Bien sûr, faire tout ce travail soi-même a aussi ses inconvénients : c’est un travail colossal, on peut facilement se perdre dans les détails et on a toujours l’impression qu’on aurait pu faire mieux. Malgré tout, nous sommes très contents du résultat et nous espérons que vous le serez aussi ! (Sourires)

– Est-ce que le fait de vous retrouver aux commandes de cet album vous a permis d’expérimenter certaines choses, car le spectre musical de « Shadow And Dust » semble bien plus large que les précédents ?

Je dirais que ça nous a surtout permis de faire l’album exactement comme on le souhaitait. Avoir carte blanche en studio offre une bien plus grande liberté artistique. Bien sûr, il faut encore l’interpréter. Il faut encore assurer le coup. Les variations entre les morceaux sont surtout dues à notre façon de composer. Etant un groupe très adepte des improvisations, cette phase pour cet album en particulier nous a pris un peu plus de temps pour tout finaliser. Au fil du temps, différentes idées et différentes ambiances nous sont venues et je pense que c’est de là que viennent les variations. Le studio nous a juste aidés à mieux y parvenir ! (Rires)

– « Shadow And Dust » n’est pas un album concept, et pourtant vous l’avez conçu pour qu’il s’écoute à l’ancienne, c’est-à-dire du début à la fin. C’est vrai que les habitudes des fans ont beaucoup changé. Alors, comment avez-vous aborder la composition ?

Franchement, on ne connaît rien d’autre. Tous nos albums ont été conçus dans cette optique. Pour nous, écouter l’album en entier est la seule option. On ne compose pas de singles juste pour en faire des tubes. On écrit un album, puis on le réécoute et on décide quelles chansons fonctionnent le mieux individuellement. Toute notre approche musicale est basée sur les méthodes traditionnelles. On est peut-être un peu dépassés, mais si nous sommes arrivés jusque-là, il semble que nos fans apprécient notre façon de faire ! (Sourires)

– Une fois encore, il y a un gros travail sur les guitares que ce soit sur les riffs, les solos ou les twin-guitares avec un côté épique dominant. Pourtant, l’équilibre avec la rythmique est parfaitement maintenu. En tant que guitaristes tous les deux, Megan et toi, est-ce une chose sur laquelle vous avez particulièrement veillé au cours de la production ?

On est vraiment un groupe axé sur la guitare. Les riffs sont généralement le point de départ de la composition, ils nous guident tout au long des morceaux et les solos sont au cœur de notre musique. Donc oui, je dirais que tu as tout à fait raison de souligner l’importance des guitares ! (Sourires) Même si tout le reste est très important, on est clairement un groupe où la guitare est primordiale. Côté production, on a passé beaucoup de temps sur les guitares, pour s’assurer que les différentes parties s’accordent bien et que les rythmes et les solos se complètent parfaitement.

– Alors que vous êtes canadiens et donc proches des Etats-Unis, vos influences sont essentiellement issues de la NWOBHM. J’ai l’impression que la différence de style entre l’Europe et le Metal américain est moins palpable et évidente qu’auparavant. Est-ce que vous pensez qu’il y a un rapprochement qui s’est effectué ces dernières années ? Une sorte de fusion, peut-être ?

Je suis d’accord. Internet et la mondialisation ont probablement mélangé certains styles musicaux. Il est certainement beaucoup plus facile d’accéder à la musique du monde entier de nos jours, donc je comprends que les groupes modernes brouillent les frontières. Je pense que dans notre cas particulier, nous avons toujours été beaucoup plus attirés par les sonorités européennes, peut-être est-ce dû à nos origines, ou peut-être est-ce simplement parce qu’en tant que Canadiens, nous aimons généralement faire les choses un peu différemment des Américains ? (Rires)

– Enfin, votre label en France, Steel Shark Records, sort une édition limitée de l’album avec un ‘Best Of’ en second CD. Est-ce que vous avez vous-mêmes choisi les morceaux ? Et quel lien entretenez-vous avec vos fans français, car c’est un beau cadeau que vous leur faites ?

Pour la compilation, on a brièvement discuté de la tracklist entre-nous, puis on a fait notre proposition au label. Je crois qu’il n’y a eu qu’une seule chanson qui a changé par rapport à l’idée de départ. C’était vraiment cool ! (Rires) On était vraiment sur la même longueur d’onde. Steel Shark Records n’est pas un label comme les autres, et pour nous, c’était le choix idéal. On a été quasiment totalement indépendants, à part un peu d’aide pour les vinyles, jusqu’à présent, et c’est vraiment génial de travailler avec quelqu’un qui partage autant notre vision. La France, en particulier, a toujours eu une place spéciale dans notre cœur. On y a joué à chaque tournée européenne jusqu’à présent et on y a donné des concerts mémorables. C’est donc super de renforcer nos liens et de voir ce que l’avenir nous réserve ! (Sourires)

Le nouvel album d’IRON KINGDOM, « Shadow And Dust », est disponible chez Steel Shark Records. 

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Blues Soul

Samantha Martin & Delta Sugar : sunny souls

Rodée depuis plus de vingt dans les clubs de Toronto, SAMANTHA MARTIN s’est essayé à plusieurs formations avant de trouver la bonne formule avec le DELTA SUGAR, où elle manie à la fois l’élégance d’un Blues originel et d’une Soul vibrante dans un mix très contemporain aussi entraînant qu’émouvant. « A Beautiful Buzz » nous replonge dans une soirée, dont on devine aisément la magie et, entre titres originaux et quelques reprises bien senties, la blueswoman navigue entre douceur Southern et rythmiques actuelles, et entre puissance et virtuosité. Et rien ne vaut un témoignage live pour saisir pleinement le talent à l’état pur.

SAMANTHA MARTIN & DELTA SUGAR

« A Beautiful Buzz »

(Gypsy Soul Records/Bertus)

La Canadienne compte déjà cinq albums à son actif que ce soit en solo, avec The Haggard et avec Delta Sugar pour trois d’entre-eux. Le dernier en date, « The Reckless One » est sorti en 2020 et c’est lors de cette tournée, sur la côte ouest du pays, qu’a été capté « A beautiful Buzz ». Le 26 novembre 2022, SAMANTHA MARTIN & DELTA SUGAR a fait monter la température du théâtre Maple Ridge en Colombie Britannique d’un cran. Car, lorsqu’une formation de dix musiciens monte sur scène, ça chauffe et ça groove !

Alors qu’on aurait pu s’attendre à un nouvel effort studio, c’est avec ce live captivant que la chanteuse et son ‘Big Band’ confirment que la scène est leur jardin. Et d’ailleurs, le public ne s’y est pas trompé, se délectant de cette atmosphère bienveillante. Forcément, à l’époque, SAMANTHA MARTIN & DELTA SUGAR avait mis l’accent sur le dernier opus, dont on retrouve pas moins de cinq morceaux, en plus de trois reprises magnifiquement réarrangées de Buddy Miles, The Band et The Rolling Stones. Une setlist savoureuse et Soul à souhait.

Ancré dans la tradition et aux saveurs Gospel, le Blues du groupe se diffuse cependant via un spectre moderne que la chaleur des cuivres, les chœurs radieux et ce groove magnétique ne font qu’embellir. A onze à l’œuvre, SAMANTHA MARTIN & DELTA SUGAR ronronne et livre une performance où le moindre détail se fait saisissant. Quant au chant, difficile de ne pas tomber sous le charme d’une frontwoman aux capacités multiples et dont la voix un brin éraillée et puissante est incroyablement solaire. Un disque à écouter dans son entier !

Photo : Renan Yildizdogan

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France Sludge

Seum : une souriante fureur [Interview]

Abrasif et décomplexé, le Sludge de SEUM fait trembler les murs depuis quelques années et aujourd’hui, même le métro de Montréal ou les bretelles d’autoroutes perçoivent ses vibrations. Bien plus qu’une simple rythmique, la batterie et la basse du power trio mènent l’ensemble avec un radicalité musicale dans laquelle le frontman s’engouffre avec hargne et vigueur. Pour son troisième album, « Parking Life » vient bousculer les habitudes frontales du groupe pour une expérience musicale unique, qui fait fi des codes et poursuit une trajectoire sans compromis et dorénavant très expérimentée. Des certitudes sur lesquelles Piotr, bassiste du combo, revient à travers un entretien qui dresse aussi un rapide bilan de l’aventure québécoise de nos trois Français.

– Tout d’abord et comme je vous suis depuis six ans maintenant et la sortie de votre premier EP, « Summer OF Seum », il est temps de faire un petit bilan de votre aventure québécoise. Est-ce que ce que vous vivez aujourd’hui correspond aux attentes que vous aviez en allant créer SEUM à Montréal ?

C’est vrai que ça fait déjà six ans, et merci pour ton soutien durant tout ce temps. Tout ce que nous vivons avec SEUM dépasse de loin toutes nos attentes initiales, car nous n’en avions pas ! (Rires) Lorsque nous avons commencé à jouer ensemble en 2020, l’idée était simplement de refaire de la musique après s’être trop oubliés dans le travail pendant plusieurs années après notre immigration au Canada. Nous n’avions pas vraiment d’attentes, mais nous souhaitions faire les choses bien : prendre notre temps pour écrire de bonnes chansons, collaborer sur des visuels marquants et trouver des manières originales et fun de promouvoir notre musique. Nous voulions avoir du plaisir dans chaque domaine lié au groupe. Nous continuons avec cette approche et nous apprécions chaque moment, que ce soit une interview avec toi, ou une invitation au Hellfest. On a hâte de voir la suite.

– Vous sortez déjà votre troisième album, « Parking Life », après des EPs, des Live, des singles et des splits, et toujours avec le même line-up, bien sûr. Etre aussi soudés montre également votre détermination. Est-ce que c’est le fait d’être aussi prolifiques qui alimente votre créativité ?

Je t’avoue que nous n’y avons jamais vraiment réfléchi, on aime être dans l’action. On a aussi la chance de pouvoir enregistrer et mixer nous-mêmes ce qui nous permet sûrement de sortir des disques plus vites que d’autres groupes. Diffuser de la nouvelle musique relance la machine à chaque fois, car on peut reprendre la route, faire de nouveaux concerts et rencontrer de nouvelles personnes. C’est aussi l’occasion pour nous à chaque fois de nous remettre en cause et d’essayer de modifier un peu la formule pour que chaque sortie ait sa personnalité.

– Depuis vos débuts, vous prônez la culture DIY et vous vous y tenez. Pourtant, pour vos trois albums, vous avez fait appel à de grands noms pour les masteriser. Pour « Winterized », c’était Erwin Hermsen (Trouble, Pestilence, Dead) et pour « Double Double », ce fut John Golden (Melvins, Sleep, Weedeater). Et pour « Parking Life », c’est Chris Fielding (Conan, Electric Wizard), qui réalise le mastering. Es-ce une manière pour vous de valider votre travail en quelque sorte ?

C’est Fred, notre batteur, qui s’occupe presque à chaque fois d’enregistrer, ce qui n’est d’ailleurs pas le cas pour « Parking Life », et de mixer nos projets, il en a aussi masteriser quelques-uns (le split avec Fatima, « Summer of Seum », « Live From The Seum-Cave »). On s’est rendu compte que c’était plus intéressant d’avoir quelqu’un de l’extérieur pour revenir sur notre travail, car écouter les morceaux en boucle impactait notre esprit critique. Faire appel à de grands noms nous permet aussi de réaliser un petit rêve de fan. On est à une poignée de main de groupes légendaires, car John Golden a travaillé avec Nirvana ! (Sourires) On est très contents de ces collaborations et pour « Parking Life », Chris Fielding a fait un travail remarquable. Il a réussi à donner de l’énergie aux morceaux, tout en conservant leur lisibilité.

– D’ailleurs, quel est l’apport principal de ces collaborations extérieures pour finaliser vos albums, selon vous ? Ça se joue sur la garantie d’un bon traitement sonore, car on retrouve toujours le son de SEUM ?

Collaborer avec des gens extérieurs lors du mastering nous permet d’entendre et de gommer certaines erreurs de mix que nous n’aurions pas entendu nous-mêmes. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le processus, c’est un peu comme poser une couche de vernis sur une peinture. Alors, ça nous permet de faire rentrer un peu d’air dans le processus créatif, ça fait du bien… (Sourires)

– Un petit rappel pour ceux qui ne sont pas encore familiers avec SEUM, il n’y pas de guitare dans votre ‘Doom’n Bass’. En six ans, vous n’avez jamais été tenté ? Vous auriez pu croiser un six-cordiste québécois en phase avec votre Sludge, par exemple…

On a déjà rencontré des guitaristes qui se sont proposés, bien sûr ! Mais depuis son origine, le groupe s’est toujours voulu basse/batterie/chant. Ça peut apparaître comme une contrainte, mais c’est ce qui nous a permis de fabriquer notre formule avec le temps, c’est ce qui nous caractérise. Alors, pas de guitares à l’horizon, mais en revanche pourquoi pas un projet composé à deux basses distinctes ? (Sourires) Ça pourrait être une idée pour le prochain projet. A ce sujet, on a eu plaisir à jouer en tournée avec le groupe français Vantre, qui joue à deux basses et la manière de faire de la musique sans guitare est vraiment inspirante. Si vous ne connaissez pas, je vous invite à les écouter !

– L’une des nouveautés de « Parking Life » est l’apparition de voix claires et même de quelques mélodies. Vous avez déclaré avoir traité chaque morceau comme un titre Pop. Que vouliez-vous dire par là, car on en est tout de même très loin ?

La formule est volontairement provocante, car mélanger Sludge et Pop, a priori, n’a aucun sens ! Pour la promo de l’album, on comparait même le disque à la rencontre improbable et alcoolisée de Jimmy Bower d’Eyehategod et de Britney Spears ! (Rires) Ce qu’on a voulu par là, c’est créer des morceaux courts, catchy, ‘fredonnables’ et traitant de sujets que nous sommes nombreux à partager, un peu comme sur des titres de Pop. L’ajout de chant clair sur certains refrains nous permet aussi de jouer avec notre formule et d’ajouter, on espère, un petit côté entêtant aux chansons. On fait de la musique extrême, mais on est pas snobs par rapport à la musique mainstream. « Parking Life » est un album fun sur des sujets qui ne le sont pas comme la vieillesse, les ruptures, l’addiction, le travail abrutissant et ce qui nous attend tous, la mort.

– Derrière ce titre, « Parking Life », il y a aussi toute la philosophie et la démarche de SEUM, qui est résumé. Le voyez-vous comme un simple pied-de-nez à l’industrie musicale, ou est-ce que cela s’étend jusqu’à notre société actuellement en pleine dérive ?

C’est notre manière de nous exprimer sur le monde qui nous entoure. Nous avons commencé initialement comme un groupe de Sludge fumeurs de joints et buveurs de bières, mais nous nous sommes engagés de plus en plus au fur et à mesure du temps,. J’imagine que vivre à notre époque en Amérique du Nord et observer les dégâts du capitalisme de près laisse des traces. Nous essayons d’opérer des changements humblement à notre échelle. Nos disques sont maintenant à participation libre, les concerts que nous faisons aussi. Nous en organisons régulièrement qui sont ouverts aux mineurs, car d’habitude les concerts en Amérique du Nord sont réservés aux plus de 18 ans, voire plus de 21, ou dans des conditions uniques comme sous une bretelle d’autoroute ou dans le métro pour accueillir le plus de gens possible. Le monde actuel est en train de se fissurer, on peut rester dans son coin effrayé par le changement, ou en profiter pour s’insérer dans les brèches à coup de créativité. On a choisi la seconde option !

– Enfin, malgré le fait de donner l’impression d’avoir ‘popisé’ votre Doom’n’ Bass, il y a ce changement de logo qui vient apporter un sacré contraste avec son graphisme emprunté au Black Death. Le moment est bien choisi pour cette transition, alors que vous dites être en quête de plus d’accessibilité. Cela dit, SEUM n’est-il pas plus Sludge que jamais ?

Ce nouveau logo est un vrai coup de cœur! Notre graphiste Clément nous l’a proposé spontanément alors qu’il travaillait sur la mise en page de la pochette. Nous avons décidé de l’utiliser pour l’album d’autant plus qu’il se marie très bien à la photo de la pochette. Tu as raison, ce logo est en décalage avec le côté plus accessible de notre musique, mais le mariage des extrêmes est quand même une caractéristique du Sludge, non ? (Sourires) Melvins, qui ont inventé le genre, ont des albums extrêmement lourds avec des pochettes très douces… Disons que nous avons fait l’opposé ! (Sourires)

Le nouvel album de SEUM, « Parking Life », ainsi que toutes les sorties et le merchandising du groupe sont disponibles sur son Bandcamp : www.seumtheband.bandcamp.com

Retrouvez les différentes chroniques et la dernière interview de SEUM :

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Blues Rock

Philip Sayce : life on stage

Brute et généreuse, on n’en attendait pas moins de la seconde partie de « Scorched Earth », la série de ‘Live’ entamée il y a une décennie déjà par le Britannique et qui avait démarré au Canada, son pays d’adoption. Les concerts de PHILIP SAYCE font le plein à chaque passage et c’est cette intensité mêlée à la fougue du songwriter qui ressurgit sur ce « Volume 2 – Live in LA/London ». Car c’est sur les deux continents qu’il a sélectionné ces huit morceaux, où le six-cordiste fait parler la poudre grâce à une approche fougueuse de son instrument, mais aussi avec une voix qui traverse les émotions avec naturel.

PHILIP SAYCE

« Scorched Earth Volume 2 – Live In L.A./London »

(Atomic Gemini Records)

On n’osait plus y croire ! Dix ans après le ‘Volume 1’, PHILIP SAYCE offre donc une suite à « Scorched Earth » et l’ambiance est toujours aussi électrique. Si le premier volet avait été enregistré à Toronto au Canada où il réside, cette fois le musicien fait le grand écart entre Los Angeles et Londres, plus précisément au club ‘The Baked Potato’ de la Cité des Anges et au ‘Garage’ de la capitale anglaise. Et dans les deux cas, il faut bien avouer que le bluesman a littéralement retourné les lieux et les extraits proposés ici sont de la dynamite.

Avec sept albums au compteur, dont l’excellent « The Wolves Are Coming » sorti il y a deux ans, PHILIP SAYCE mène pourtant une carrière bien trop discrète au regard de son talent. Chanteur et guitariste, il distille un Blues Rock explosif, à la fois massif et virtuose. Et si ses enregistrements studios sont toujours pointilleux et plein de feeling, c’est bel et bien sur scène que sa musique prend tout son sens et que la puissance de son jeu change de dimension. Chargé d’émotion et incendiaire, « Scorched Earth » atteint encore des sommets.

Et pour sublimer le tout, le Gallois a fait appel au réputé Mark Rains pour le mastering, lequel a su révéler tout le relief et l’exceptionnelle prestation du groupe. Car pour l’accompagner, PHILIP SAYCE s’est entouré du bassiste Sam Bolle et du batteur Bryan Head : un power trio relevé qui fait corps et qui a régalé le public. Les versions de « Bitter Monday » et « Once » sont éblouissantes, celles de « Peace Machine » et de « Lady Love Divine » tout aussi incroyables, et le survitaminé « Spanish Castle Magic » de Jimi Hendrix confirme une filiation plus qu’évidente.

Photo : Robert Sutton

Retrouvez aussi la chronique de « The Wolves Are Coming » :

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Proto-Metal Psychedelic Rock Space Rock

Fangus : un brumeux rituel

Déjantée, débridée mais tout en contrôle, cette première réalisation des Québécois est d’une fraîcheur réjouissante. Evoluant dans un proto-Metal psychédélique sur lequel un léger voile Doom repose, FANGUS passe d’une dimension à l’autre sur des mélodies accrocheuses portées par des riffs massifs et une rythmique tourbillonnante. Omniprésents, les claviers donnent un relief hallucinatoire à « Emerald Dream », dont la proximité sonore et la performance de ses musiciens sont irréprochables.

FANGUS

« Emerald Dream »

(From The Urn Records)

Il y a de la magie et de la sauvagerie dans ce premier album de FANGUS. Fondé du côté de Montréal il y a quelques années seulement, on se doute pourtant que les musiciens à l’œuvre sur « Emerald Dream » sont plus que chevronnés et ce qu’ils nous proposent ici nous propulse plus de 50 ans en arrière avec quelque chose de surréaliste, au sens premier du terme. Faisant la jonction entre proto-Metal, Space Rock et Heavy Psych, il s’en dégage une sensation initiatique et presque mystique dans l’approche comme dans la production, par ailleurs très organique et brute.

L’un des aspects les plus marquants d’« Emerald Dream » sont les parties d’orgue et de synthés, qui alimentent le climat inquiétant de ce premier effort. FANGUS y développe un univers singulier, envoûtant et occulte, qui renvoie autant à Deep Purple, Coven, The Doors et aux plus sombres méfaits de Black Sabbath. Et par dessus tout, l’ensemble est très complet, délicieusement vintage et ce Rock psychédélique qui surfe sur des ambiances un brin rituelles, semble tout droit débarquer du début des années 70, avec tout ce que cela comporte de rageux comme de planant.

Incisif et mené par un frontman habité, le quintet se dévoile au fil des titres dans cet esprit rétro, dont émane une incroyable intensité. De la prise de son jusqu’aux intentions des Canadiens, ce bond dans le temps est fait avec une telle exactitude et tant de précision que l’on croirait « Emerald Dream » issu de cette époque si fertile musicalement (« Howling Hammer », « Pyre Of Love », « Quest Of Fire », « Shapeshifter », « Stardust Regulator » et le morceau-titre). FANGUS fait une entrée fracassante et son Heavy Rock labyrinthique a quelque chose de vraiment obsédant.

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Blues Rock

Garret T. Willie : des épaules de géant

Avec une présence qui en impose et beaucoup de caractère, c’est entouré d’une formation de cadors du Tennessee que GARRET T. WILLIE signe un nouvel album, sur lequel il se montre redoutable. « Bill’s Cafe » est l’œuvre d’un gamin de province inspiré et sûr de lui. Très bon six-cordiste et doté d’un talent vocal naturel, le Canadien affiche déjà un sens du Blues Rock très personnel et déploie son âme avec une grande honnêteté, ce qui le rend souvent poignant. Une sensibilité rugueuse et attachante.

GARRET T. WILLIE

« Bill’s Cafe »

(Gulf Coast Records)

Tirant le titre de son nouvel opus du nom du café-billard de son grand-père, le jeune musicien semble rendre hommage à ses racines. Membre de la nation Kwakwaka’wakw au Canada et originaire d’Alert Bay sur l’île Cormorant en Colombie-Britannique, GARRET T. WILLIE fait pourtant le grand saut en quittant la région de Vancouver pour les studios de Nashville. Un saut dans l’inconnu pour celui qui s’est fait connaître avec « Same Pain » il y a trois ans, mais à qui la présence Tom Hambridge (Buddy Guy, Susan Tedeschi, Christone ‘Kingfish’ Ingram) donne des ailes.

Sous la houlette d’un tel producteur, le talent du guitariste-chanteur prend une réelle ampleur et on le sent totalement libéré sur cet explosif « Bill’s Cafe ». Indomptable et sincère, GARRET T. WILLIE offre la pleine puissance de son jeu. L’aspect brut et direct de son Blues Rock envahit chaque morceau avec un intensité assez rare chez un artiste de seulement 25 ans. Sa voix rauque et grave lui confère une autorité naturelle dans son approche et son côté Rock prend très souvent le dessus, libérant des titres taillés dans la pierre.

Avec déjà des allures de vieux baroudeur, il fait le lien entre ZZ Top et AC/DC en y apportant toute la fougue de sa courte expérience. « Bill’s Cafe » est clairement débridé et GARRET T. WILLIE électrise ses compositions grâce à un style insaisissable et très live. Percutant et incisif dès « Hypnotist » qui ouvre les festivités, cette deuxième réalisation est aussi portée par un groupe de haut vol, qui donne un volume magistral à l’ensemble (« Going To Toronto », « High Beam Blues », « I’m Hate », « Young Country Boy »). un disque solide, complet et déjà incontournable.

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Blues Rock

Spencer Mackenzie : golden Blues

Explosif et d’une incroyable fraîcheur, « Empty Chairs » laisse éclater tout le talent de SPENCER MACKENZIE, dont l’approche est plus assurée que jamais. Audacieux, percutant et surfant sur un belle énergie, le bluesman est à mille lieux du débutant que l’on avait découvert en 2016. Soliste exceptionnel et distillant avec beaucoup de naturel des riffs accrocheurs, il rayonne littéralement dans une atmosphère emprunte de Soul et très personnelle. Il s’impose avec beaucoup de classe et compte parmi les meilleurs de sa génération.

SPENCER MACKENZIE

« Empty Chairs »

(Gypsy Soul Records)

Que l’époque où le chanteur-guitariste faisait son apparition avec « Infected With The Blues » paraît lointaine. C’était il y a dix ans et le jeune Canadien surgit aujourd’hui avec son quatrième album. Du haut de ses 25 ans, SPENCER MACKENZIE reste impressionnant et, loin de faire dans l’exhibition technique comme certains, il laisse surtout parler son feeling et sa créativité. Et avec « Empty Chairs », il touche déjà un sommet de sa courte carrière. Délicat et puissant, son Blues Rock est complet et il atteste de manière flamboyante qu’il a toujours été très prometteur.

Malgré son âge, il s’est déjà forgé un style très personnel, faisant la jonction entre le Blues traditionnel et l’aspect très moderne du genre. Et si ses références sont assez évidentes, SPENCER MACKENZIE s’en sert pour mettre en lumière son jeu et surtout une vision bien à lui. En témoigne d’ailleurs la reprise de « Don’t Know Where I’m Going » du grand Rory Gallagher. Acoustique et presque Folk dans sa version originale sortie du « Deuce » en 1971, elle se retrouve ici, sans harmonica, enveloppée d’une chaleur incroyable et d’arrangements très soignés.

Ce qui est également saisissant sur « Empty Chairs », outre la maturité du songwriting, c’est le contraste entre une musique enjouée et dynamique et des textes assez sérieux et souvent sombres (« Frozen Hearts », « Shoot Me Down », « Till I Get To You » et le morceau-titre). Très bien produit par le guitariste de The Commoners, Ross Hayes Citrullo, ce nouvel opus de SPENCER MACKENZIE nous en dit encore un peu plus sur le six-cordiste venu d’Ontario et il s’affiche comme une belle étape dans un parcours sans faute. Magistral et virtuose.

Photo : SG Wills Photography

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Hard Rock Power Rock

Danko Jones : animal

Vigoureux et précis dans son jeu, le groupe de l’Ontario a toujours affiché beaucoup de fraîcheur et de liberté à travers ses disques, et « Leo Rising » ne vient pas trahir l’ADN du combo. Intense et bien charpenté, ce nouvel opus est aussi fougueux que groovy et, comme toujours, DANKO JONES est sûr de sa force, se montre également sleazy à l’occasion et surtout, il semble mettre un point d’honneur à ne pas sombrer dans des sonorités actuelles fadasses et stéréotypées.

DANKO JONES

« Leo Rising »

(Perception)

Après une trentaine d’année de carrière, DANKO JONES fait toujours figure d’électron libre. Un pied dans l’underground malgré une reconnaissance mondiale, il ne dévie pas d’un iota de sa trajectoire musicale. Comme toujours, « Leo Rising » percute d’entrée de jeu et les Canadiens ne lèvent pas le pied un seul instant. Imperturbables, ils balancent leur Hard Rock brut et tendu, délivrant au passage une énergie communicative. A priori franchement rude, ce douzième album est surtout une invitation au partage. En effet, il y a toujours cette envie très perceptible, qui transpire de ses morceaux et leur offre cette vélocité particulière.

Et la première chose que DANKO JONES a à partager, c’est son puissant Rock virevoltant et incisif. Coriace et sans compromis, « Leo Rising » ne manque pourtant pas d’humour et d’ironie, et avance au pas de charge. Le power trio se fait plaisir et la bonne production signée Erik Ratz ferait presque oublier que les chansons ont été enregistrées à distance, le bassiste John Calabrese étant en Finlande. Cependant, il y a une réelle cohésion et un bel esprit de corps, et cela se sent sur ces onze bâtons de dynamite. L’alchimie fait le reste et on peut compter l’implication de chacun d’entre eux pour faire parler la poudre.

Il y a aussi ce côté évident chez les Nord-Américains. L’aspect direct et frontal de leur musique y est pour beaucoup, tant le rythme est effréné et la succession de riffs tranchants efficace (« Diamond In The Rough » avec un solo de Marty Friedman, « Everyday Is Saturday Night », « Hot Fox », « Gotta Let In Go », « I ‘m Going Blind », « Pretty Stuff »). Tout en diffusant des titres costauds, DANKO JONES n’élude pas une certaine légèreté, et reste fidèle à une ligne de conduite très Rock’n’Roll. Taillée pour la scène, cette nouvelle réalisation s’inscrit dans une belle et robuste continuité et sans renier sa ligne de conduite.

Photo : Ole Martin Wold

Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie de « Power Trio » en 2021 et la chronique de l’album :

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Alternative Metal Alternative Rock

Finger Eleven : back on top

L’avantage d’évoluer dans un registre comme l’Alternative Metal/Rock qui n’a pas pris une ride depuis sa création et d’en être l’un des principaux artisans, c’est que l’on peut s’éclipser une décennie durant et revenir au sommet de son art. Fort d’une carrière qui parle pour lui, FINGER ELEVEN fait partie de ces combos jamais en mal d’inspiration. Machine à tubes pour certains, modèle d’authenticité pour d’autres, une chose est sûre : il ne laisse pas grand monde insensible. Ainsi, « Last Night On Earth » et ses accents très Heavy comme acoustiques vient nous rappeler au bon souvenir des incontournables Canadiens.

FINGER ELEVEN

« Last Night On Earth »

(Better Noise Music)

Dix longues années après « Five Crooked Lines » et malgré un Best Of en 2023 suivi de quelques singles, FINGER ELEVEN aura fait patienter ses fans, au point que certains ont peut-être même décroché. Pourtant, le groupe s’est offert une tournée avec Creed cet été, mais « Last Night On Earth » tombe au bon moment pour remettre la machine en route et surtout repartir à la reconquête d’une réputation et d’une présence incontournable, qui auraient pu lui échapper. Mais, ce serait mal connaître le quintet qui, tout en restant fidèle à ses racines musicales, n’a pas encore tout dit, loin de là.

Référence incontestée de la scène canadienne depuis 25 ans et couronné d’un prix Juno, FINGER ELEVEN possède cet ADN Rock propre à son vaste pays, c’est-à-dire une prédisposition à marier puissance et mélodie. Energique, stimulant et entraînant, « Last Night On Earth » est donc très précisément le disque qu’on attend de lui. Le combo a déjà dévoilé le survitaminé « Adrenaline » qui ouvre les festivités, puis le tonitruant « Blue Sky Mystery » où Richard Patrick de Filter livre un featuring relevé dans un duo musclé avec Scott Anderson. Et la suite n’est pas en reste (« The Mountain », « Perfect Effigy »).

Côté production, FINGER ELEVEN a frappé fort avec un gros son signé de son batteur Steve Molella, déjà là depuis une dizaine d’années. Aussi à l’aise des deux côtés de la console, celui-ci offre une brillance particulière et massive à « Last Night On Earth ». Ca cogne, mais sans se noyer dans une surproduction devenue un peu la norme chez certains pour cacher une misère ambiante ! Toujours très précis dans les arrangements, les deux guitaristes, James Black (lead guitare), Rick Jackett (rythmique), soutenus par le groove Sean Anderson (basse), donnent des couleurs scintillantes, tout en diversité. Un retour fracassant !    

Photo : Jesse Milns