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International Rock Progressif

Marillion : une histoire de famille [Interview]

Devenus inoubliables pour ses fans comme pour le groupe, les désormais fameux ‘Marillion Weekends’ sont des rendez-vous incontournables que les Britanniques aiment immortaliser sur des albums live, qui sont autant de témoignages de la réelle connexion avec leur public. Fidèle à cette tradition, MARILLION sortira dans quelques semaines le concert de l’une des trois soirées données à Port Zelande en Hollande l’an dernier. Steve Hogarth, le chanteur de la formation anglaise, revient sur le choix de l’enregistrement dans son intégralité de « An Hour Before It’s Dark » et ces rencontres que tous affectionnent véritablement.

Photo : Anne-Marie Forker

– Avant de parler de ce nouvel album live, j’aimerais que tu me dises ce que représentent à tes yeux les ‘Marillion Weekends’, qui existent depuis 2002 maintenant ?

A l’origine, c’est une idée du manageur des Stranglers, Sil Willcox. Nous étions dans sa maison dans l’ouest de l’Angleterre, il nous a dit que le groupe faisait un week-end de promotion et nous y sommes allés. On s’est dit aussitôt qu’on pourrait aussi le faire nous-mêmes. C’est ce qu’il s’est passé et c’est devenu de plus en plus important. Alors, on a trouvé un ‘Center Park’, pas très loin de Londres au milieu de nulle part. Comme il n’y avait pas vraiment de lieu dédié, on a installé un grand chapiteau de 2.000 places environ. Tous les fans venaient là et y restaient trois jours. Ensuite, les gens ont carrément planifié leur venue, car il y a un aéroport international pas très loin. Ils venaient des Etats-Unis, du Canada, du Brésil… Dorénavant, c’est quelque chose que nous faisons tous les deux ans. Et c’est très spécial. C’est un peu comme une tournée, mais inversée. On ne parcourt pas le monde, c’est le monde qui vient à nous. C’est devenu une tradition et beaucoup de gens y ont même fait connaissance, et maintenant ils viennent s’y retrouvent autour de la musique.

– A Port Zelande en Hollande l’an dernier, il y avait des fans venus de 45 pays différents. C’est une chose incroyable que l’on ne voit même assez rarement dans les plus gros festivals. J’imagine que c’est une grande fierté et beaucoup d’émotion aussi. Comment expliques-tu cet engouement et cette incroyable fidélité à MARILLION ? Je ne suis pas sûr que beaucoup de groupes aient un tel soutien…

J’ai aussi un peu de mal à comprendre. D’ailleurs, ce n’est pas à moi de l’expliquer, je pense. Il ne faut pas trop y penser, non plus. Sincèrement, je ne comprends pas vraiment. Il se passe quelque chose autour de la musique et les gens entrent vraiment en communion en quelque sorte. Tu sais, même avant moi avec Fish, il se passait un truc spécial. Il était le frontman et le chanteur du groupe et il écrivait lui-même les textes. Il fallait voir le feeling et les sensations qu’il y avait lorsqu’il chantait ! Il chantait des choses vraies, des choses auxquelles il croyait. Et c’est exactement ce que je fais aussi. Mes paroles sont des sortes de confessions, elles viennent du cœur, de mes sentiments les plus profonds et de mes expériences personnelles. Je pense que les gens s’y reconnaissent, peuvent s’identifier et sentir que tout est vrai. Ce ne sont pas juste des mots posés pour obtenir tel ou tel effet sur eux, il n’y a aucun marketing là-dedans. C’est un peu le même processus d’écriture que Joni Mitchell, Paul Simon ou Neil Young… celui d’écrire des choses vraies. Je pense que les artistes sont là pour faire preuve de vérité et c’est vraiment ce que le public attend d’eux. Et une passion se développe ensuite autour de ça.

Steve Hogarth

– Pour rester sur le concept des ‘Marillion Weekends’, quelle est la différence fondamentale par rapport à une tournée plus classique ? Y a-t-il une petite pression supplémentaire à jouer devant les ‘puristes’ du groupe ?

Non, au contraire ! On attend vraiment de jouer devant eux. Il y a un réel et très fort feeling entre eux et le groupe. Nous montons tous sur scène avec beaucoup d’excitation et c’est génial ! C’est incroyable ce que les gens nous renvoient. Quelque part, c’est peut-être aussi pour ce genre de situation que nous le faisons. Ils ont une telle connaissance du groupe et, surtout, ils sont tous de ton côté. Tout ce que tu joues, ce que tu chantes, tes déplacements sur scène sont scrutés. Ces gens-là font partie de la famille. Les sentiments entre-nous sont exceptionnels et merveilleux.  

– L’évènement est aussi marqué par un gros travail sur la configuration des lieux, autour des visuels et avec un jeu de scène exceptionnel, ainsi que des invités. L’an dernier, ce fut June Road, Dilemma, The Dave Foster Band et Pure Reason Revolution. Est-ce que vous vous impliquez aussi directement dans la programmation ?

Oui, nous écoutons tout. On ne fait pas véritablement la programmation, ce serait mentir, mais nous sommes très attentifs à toutes les suggestions. Les gens envoient beaucoup de choses à notre management, qui nous les fait ensuite écouter. On regarde si cela conviendrait et où en sont les groupes dans leur carrière aussi. Il faut aussi que ça leur aille. Et puis, il faut quand même que ça nous plaise. (Sourires)

– L’une des particularités des ‘Marillion Weekends’ est aussi que ce sont les fans qui vous demandent de jouer leurs morceaux préférés. J’imagine que vous devez recevoir des milliers de propositions. Comment procédez-vous ? Vous faites travailler les algorithmes ?

Tu sais, c’est quelque chose d’assez difficile, car il faut faire très attention pour ne pas décevoir les fans. Cela dit, en fin de compte, le plus important est ce que nous nous sentons aussi de les jouer. Avec Steve, Pete, Mark, Ian et moi-même, nous devons être parfaitement en phase avec nos choix et ce qui doit être interprété. Finalement, nous avons le dernier mot, c’est vrai, mais nous avons également un regard sur les emails que nous recevons, ce qui nous fait nous poser d’autres questions. Et puis, il y a aussi des morceaux qu’on ne joue pas beaucoup, ou que nous n’avons pas joués depuis très longtemps. Et il faut ensuite que tout cela fonctionne ensemble ! On écoute tout, bien sûr, mais au final, nous avons le dernier mot… (Sourires)

– Revenons aux setlists de ces trois soirées où vous avez donc décidé de jouer « An Hour Before It’s Dark », votre dernier album studio dans son intégralité, le samedi soir. Là encore, c’est le choix de vos fans, ou juste le vôtre ?

Le jouer entièrement est votre choix. C’est notre dernier album et il a été particulièrement bien accueilli par les fans. D’habitude, on prend des morceaux qui proviennent d’un ou deux albums que nous jouons aussi dans leur entier, parce que ce n’est pas quelque chose que nous pouvons souvent faire en tournée. On prend régulièrement des albums comme « Seasons End » (1989), « Holidays In Eden » (1991) ou « Marbles » (2004) et on joue tous les morceaux au fil du week-end. Cette fois, on a souhaité leur faire plaisir et le jouer en intégralité le même soir. Et puis, « An Hour Before It’s Dark » (2022) est le plus récent et nous en sommes vraiment très fiers. Et nous avons pensé que tout le monde serait content de l’entendre intégralement.

– Vous y avez inclus aussi « Estonia » (1997), « Afraid Of Sunlight » (1995) et « Go ! » (1999), qui se fondent d’ailleurs parfaitement dans l’ensemble. Et ce sont toutes des chansons des années 90. C’est un choix uniquement artistique par rapport l’ambiance générale de ce concert ?

Oui, toujours. Cela dit, nous ne réfléchissons pas pendant des heures pour savoir si tel ou tel morceau conviendrait le mieux et à quel endroit du set le placer. Non. (Sourire) Le choix a été assez évident, car « Afraid Of Sunlight », par exemple, se fond parfaitement dans l’album. « Go ! » est l’une des chansons préférées de nos fans. Quant à « Estonia », c’est un morceau que nous adorons tous jouer. Et finalement le contexte était parfait pour ce concert. Les arrangements avec les cordes sont aussi incroyables. Ils font un peu écho à « With Friends From The Orchestra» (2019) dans l’orchestration. C’est quelque chose que nous trouvons fantastique. En fait, c’était une décision et un choix très naturels par rapport à la set-list.

Photo : Anne-Marie Forker

– Il y a assez peu de groupes qui jouent l’intégralité d’un album sur scène. Chacun parcourt sa discographie et c’est assez normal. Est-ce qu’on se prépare différemment pour ce genre de concert, en s’immergeant notamment dans l’album, par exemple, ou dans les vidéos qui ont accompagné certaines chansons à l’époque ?

Oui, en fait, nous avons créé des montages vidéo spéciaux pour le concert en prenant différents éléments. C’est surtout pour donner une cohérence et un fil rouge à la soirée. Et comme l’album est sorti il y a seulement deux ans, nous avons eu le temps de préparer tout ça. D’habitude, c’est plus court et on ne peut pas réaliser tout ce que l’on voudrait. Nous avons aussi des gens de grands talents qui ont travaillé là-dessus. Ce n’était finalement pas si compliquer à produire et cela n’a pas demandé un budget exorbitant, non plus.

– Si je ne me trompe pas, l’album est déjà disponible sur votre store sur Internet depuis un an. C’est important pour vous de garder la main sur votre musique en marge de votre maison-de-disques ? A moins que ce soit aussi pour satisfaire d’abord vos fans ?

Tu sais, c’est un ‘business-model’ que nous avons inventé. C’est nous qui avons inventé le ‘crowdfunding’ aux environs de 1998. On a été le tout premier groupe dans le monde à procéder ainsi. L’objectif est que l’argent récolté permette à produire le mieux possible nos projets en étant indépendants. On a toujours voulu enregistrer et produire vos albums sans l’apport de notre maison-de-disques. C’est comme ça que nous travaillons depuis très longtemps et d’ailleurs ces dernières années, beaucoup de groupes nous ont imités. C’est devenu très naturel pour nous de procéder ainsi. De plus, nous conservons tous les droits sur notre musique et nous contrôlons l’ensemble jusqu’à la sortie de l’album dans le commerce.  

– Pour conclure, j’ai une petite question assez personnelle. L’album sort le 21 juin, le jour de mon anniversaire et je vous en remercie ! C’est une idée qui vous est venue spontanément et est-ce une décision unanime pour me faire plaisir ?

Bien sûr que c’est pour toi ! (Rires) Comment aurait-il pu en être autrement ? Et nous le referons l’an prochain !!! (Rires)

L’album live de MARILLION, « An Hour Before It’s Dark Live in Port Zelande », sortira le 21 juin prochain chez earMUSIC.

Retrouvez aussi la chronique du dernier album studio du groupe :

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Desert Rock Heavy Psych Rock

Mooch : l’odyssée de l’âme

Entre Heavy Psych et Desert Rock, les Québécois de MOOCH semblent avoir cerné leur terrain de jeu, et les atmosphères présentes sur « Visions », viennent confirmer la belle créativité du combo. Avec un côté brut soigné, on se laisse porter par des morceaux aux climats à la fois apaisants et aussi propres à la réflexion. Costaud ou plus léger, le voyage proposé par la formation de Montréal combine des références évidentes avec une personnalité affirmée.

MOOCH

« Visions »

(Black Throne Productions)

Non seulement MOOCH possède une identité musicale singulière, mais en proposant un regard philosophique très pertinent à travers ses textes,  il parvient à se réinventer à chaque album. Avec « Visions », son troisième, il nous transporte dans un Heavy Psych Rock qui va puiser dans la scène de Seattle de la belle époque, tout comme dans l’univers psychédélique des 70’s. Mais s’il y a une agréable touche vintage dans le jeu des Canadiens, on la doit aussi à l’unité et la complémentarité qui règnent au sein du trio.

Car l’une des forces de MOOCH est d’être composé de trois chanteurs, tous multi-instrumentistes. Les configurations sont donc aussi nombreuses que les paysages sonores explorés. Et « Visions » donne cette fois encore une autre facette que celle perçue sur « Wherever It Goes ». Ben Cornel, Julien Lac et Alex Segreti jouent aussi sur les émotions à travers des plages instrumentales captivantes et si l’ombre des Doors plane sur ce nouvel opus, le groupe s’en détache habillement avec beaucoup d’originalité.

Grâce à une production très organique, probablement analogique, il émane énormément de chaleur de ces nouvelles compositions, où les ambiances acoustiques rayonnent au côté d’autres plus Rock, Desert et Stoner. Vocalement, l’empreinte du grand Jim Morrison habite littéralement « Visions », ce qui le rend très attachant. Non sans d’émotion, MOOCH étend son univers unique avec une profondeur pleine d’optimisme (« Hangtime », « Vision », « Together », « Intention, « Morning Prayer »). L’odyssée est belle et envoûtante.  

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Heavy metal Stoner Doom Stoner Metal

The Watchers : un regard noir

Issu de l’underground Metal de San Francisco, THE WATCHERS se blottit avec une certaine férocité dans l’obscurité et les ténèbres d’un Stoner Metal dont les saveurs très 70’s sont définitivement addictives. Pour autant, il ne risque pas d’échapper très longtemps aux lumières qui devraient le relever à un plus large public. Cette deuxième production est d’une efficacité et d’une virtuosité décapante. « Nyctophilia » est un voyage musical aux atmosphères multiples et singulières qui donne envie de repartir encore et encore.

THE WATCHERS

« Nyctophilia »

(Ripple Music)

Loin des fastes de la scène Thrash Metal qui colle à la peau de la Bay Area, THE WATCHERS a pris une toute autre voie, celle d’un Stoner teinté de Heavy Metal et aux légers accents Doom. Créé en 2016, les membres du groupe ont d’abord fait leurs armes chez Spiral Arms, White Witch Canyon, Black Gates, Systematic et Vicious Rumors. Autant dire que le quatuor est rompu à l’exercice, ce qui lui permet d’évoluer avec une aisance naturelle dans un univers qu’ils s’est façonné minutieusement pour distiller un style très personnel.

Toujours produit et réalisé par Max Norman (Ozzy, Megadeth), « Nyctophilia » marque pourtant un tournant pour THE WATCHERS, qui voit ici ses compositions parfaitement mises en lumière par un son étincelant. Après l’EP « Sabbath Highway » sorti l’année de sa formation, puis le premier album « Black Abyss » et le court « High And Alive » livré en pleine pandémie, les Californiens prennent une nouvelle dimension. Ce deuxième opus avance sur des morceaux variés, très aboutis et originaux malgré d’évidentes références.

Sur une intro acoustique, THE WATCHERS nous guide vers les ténèbres comme écrasés par un soleil de plomb avec « Twilight » et «  I Am The Dark ». Sur des riffs épais et charpentés, le combo nous saisit pour ne plus nous lâcher. Emmené par Tim Narducci (guitare, chant), il déroule sur des mélodies prenantes, parfois bluesy, des solos enivrants et un chant véritablement habité (« Eastward Though The Zodiac », « Haunt You When Im Dead », « Taker »). Et l’ambiance vintage vient accentuer cette sombre et délicieuse emprise.

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AOR Hard FM Melodic Rock

FM : rockin’ birthday

Malgré une récente et bien triste série d’événements, les Anglais ont décidé de célébrer leurs 40 ans de carrière de belle manière. Et plutôt que de sortir un énième et banal Best Of, FM s’est attelé à la composition d’un tout nouvel opus, « Old Habits Die Hard ». Doté d’une énergie contagieuse et d’un sens aigu de la mélodie, cette quatorzième réalisation s’inscrit au sommet de la discographie des vétérans du Hard FM.  

FM

« Old Habits Die Hard »

(Frontiers Music)

Le temps semble n’avoir aucune emprise sur FM, si ce n’est qu’il le bonifie. Pourtant depuis la sortie de « Thirteen » en 2022, les choses n’ont pas été de tout repos. En effet, le claviériste Jem Davis a été diagnostiqué d’un cancer, dont il s’est heureusement remis, et le guitariste et fondateur Chris Overland, frère du chanteur Steve, est quant à lui décédé. Autant de coups durs qui n’ont pourtant pas ébranlé la foi des Britanniques, dont « Old Habits Die Hard » montre encore une fois toute la classe.

Et cette année est aussi spéciale pour le groupe, puisqu’elle marque ses 40 ans de carrière. Il fallait donc aussi fêter cet anniversaire et FM s’est lancé dans l’écriture et l’enregistrement d’un nouvel album. Et c’est durant leur longue tournée que les cinq musiciens ont investi leurs studios Dave View et Electric Pepperland. Le résultat est franchement bluffant. Leur objectif était de rassembler sur « Old Habits Die Hard » le meilleur de leur jeu, de leur style et de leur personnalité artistique, et c’est très réussi.

On retrouve en effet tous les ingrédients qui ont fait de FM une référence mondiale en matière d’AOR et de Hard Rock mélodique : des refrains entêtants, des riffs accrocheurs et des twin-guitares scintillantes, le tout posé sur la voix claire et puissante de son frontman. Classique sur « Whatever It takes » et « No Easy Way Out », plus fédérateur sur « California » et « Blue Sky Mind », puis percutant sur « Lost », « Another Day In My World » et « Leap Of Faith », le quintet se fait même bluesy sur « Black Water ». Une belle célébration !

Photo : Tony Ayiotou

Retrouvez la chronique du dernier album live :

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Blues Rock Boogie Blues

Canned Heat : alive

Evidemment, le Boogie Blues de CANNED HEAT a pris quelques rides, se montre peut-être moins fougueux et aventureux, mais il demeure toujours aussi enveloppant, chaleureux et surtout on y perçoit sans peine tout le plaisir qu’éprouvent les quatre musiciens à perpétuer un héritage, qui est finalement le leur. Avec « Finyl Vinyl », les Californiens montrent qu’ils sont toujours capables et légitimes à entretenir ce son qui a bercé tant de générations. Et lorsque c’est fait de cette manière, il serait déplacé de cracher sur ces talents si perceptibles.

CANNED HEAT

« Finyl Vinyl »

(Ruf Records)

J’entends déjà les grincheux vociférant au sujet de la chronique d’un nouvel album de CANNED HEAT qui, avant même y avoir posé une oreille, doit forcément être mauvais ou, au mieux, sans intérêt. Et pourquoi ne pas parler d’un nouveau disque des Rolling Stones tant qu’on y est ? Mais il faut bien être un peu taquin au risque de devenir trop consensuel ou carrément chiant, non ? Alors, c’est vrai qu’il n’y a plus aucun membre de la formation originelle fondée à Los Angeles en 1965, car même le batteur Fito de la Parra n’est apparu que sur le légendaire « Boogie With Canned Heat », le seulement deuxième opus du groupe.

Cela dit, Dale Spalding (harmonica, chant), Fito de la Parra (batterie), Jimmy Vivino (guitare, claviers, chant) et Richard Reed (basse) ne sont pas des perdreaux de trois semaines, et autant le dire tout de suite : ça joue et ça joue même très bien. Et la jeune scène actuelle pourrait même prendre quelques notes, tant elle se montre souvent insipide. Mais revenons à CANNED HEAT et ce « Finyl Vinyl », première réalisation depuis une grosse quinzaine d’années. Très bien produit, on retrouve les Américains sur onze morceaux où ils déroulent leur fameux Boogie Blues, guidé par un feeling toujours très présent.   

Sans être transcendant pour autant, on se régale surtout de retrouver cet harmonica envoûtant et tellement identifiable, tant il représente à lui seul le son et la chaleur de la mythique formation. De même que la slide, qui emporte quelques titres, CANNED HEAT n’a rien perdu de son ADN, car il y en a un, malgré la presque cinquantaine d’artistes qui s’y sont succédés. De l’oriental instrumental « East/West Boogie » à « One Last Boogie », « Goin’ To Heaven (In A Pontiac) », « Blind Own » dédié à Alan Wilson ou encore « So Sad (The World’s In A Tangle) », « When You’re 69 » ou « Independence Day, » le moment est agréable… très !

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Death Mélodique Funeral Doom Metal

Angmodnes : les abysses de l’âme

Devenu trio pour cette nouvelle réalisation, les Hollandais continuent l’exploration de leur Doom aux ramifications Funeral, Death et post-Black Metal avec « The Rot Of The Soul ». Très bien produit, ce nouvel album se lance dans une immersion mélancolique au cœur de sentiments qui viennent se heurter sans ménagement. ANGMODNES en fait pourtant découler une certaine élégance, pourtant meurtrie par un sujet difficile à aborder. Techniquement irréprochables, il nous entraîne dans un tourbillon de sensations.

ANGMODNES

« Rot Of The Soul »

(Meuse Music Records/Tragedy Productions)

Pourtant formé en 2013, à Utrecht aux Pays-Bas, il aura fallu attendre neuf longues années avant que ne sorte « The Weight Of Eternity », un EP sur lequel ANGMODNES a bâti les fondations de son Funeral Doom Metal. Composé de M.V. (batterie) et d’Y.S. (guitare, basse, chant), le duo s’est extrait de son groupe Apotelesma pour ce nouveau projet. Cette fois aussi, les Hollandais officialisent l’arrivée de F.S. au chant, qui était d’ailleurs déjà apparue sur le premier effort il y a deux ans. Une présence féminine qui apporte un brin de légèreté avec des choeurs captivants et lumineux dans cet océan de ténèbres.

Car sur « Rot Of The Soul », le propos est forcément sombre et parler de mélancolie est même un doux euphémisme. ANGMODNES, qui tient d’ailleurs son nom de l’anglais ancien signifiant ‘angoisse’ ou ‘chagrin’, nous plonge dans les obscures pensées d’un protagoniste en proie à une profonde dépression. Et au fil de l’écoute et de ses interrogations, c’est assez saisissant de voir de quelle manière le trio aborde le sujet en multipliant les atmosphères, comme les sonorités, se faisant peu à peu envoûtant, tant on passe d’émotion en émotion avec une fluidité et une progression incroyables.

L’utilisation, avec parcimonie, du piano sur certaines intros notamment accentue encore la dramaturgie des morceaux dépassant pour l’essentiel largement les dix minutes, et instaure un climat qui s’assombrit et se durcit méthodiquement. Entre growl et chant clair, passages presque Lo-Fi et fulgurances Black Metal, ANGMODNES se livre à l’envie dans un Death/Doom mélodique, dont les structures témoignent de la mise en place d’une atmosphère très personnelle. Difficile d’en extraire un titre plus qu’un autre, tant « The Rot Of The Soul » se montre inspiré. Un travail d’orfèvre.

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Heavy Stoner Rock Psych

King Of None : irrésistible

Avec un son clair et puissant, KING OF NONE déroule son Stoner Rock avec détermination. « In The Realm », deuxième album des Scandinaves, vient confirmer un travail de longue haleine mené depuis une bonne décennie maintenant. Très varié et parfois même surprenant, on se laisse embarquer dans un univers, où le Metal vient faire cause commune avec des passages très progressifs, le tout dans une harmonie convaincante. Spatial et charnu, le combo ouvre un nouveau chapitre avec brio.

KING OF NONE

« In The Realm »

(Argonauta Records)

Cinq ans après son premier opus, « Weightless Waters », qui faisait lui-même suite à trois EP, la formation d’Helsinki est de retour avec un deuxième effort, qui vient définitivement imposer une touche très personnelle. KING OF NONE avait déjà laissé entrevoir avec les singles « Speeder Approaching », « Lizards For Brains » et « Low’n’Slow » que ce « In The Realm » serait costaud et doté d’une bien belle production. Et c’est le cas, puisque les neuf titres qui s’étalent d’ailleurs sur près d’une heure, montrent autant d’énergie que de diversité et avec un souci de la mélodie omniprésent.

Est-ce parce qu’ils ont gardé le même line-up depuis leur création en 2013, mais KING OF NONE montre une belle unité, qui fait sa force. Derrière son frontman, Miiro Kärki, les deux guitaristes Aleksi Kärkkäinen et Juha Pääkkö et la rythmique gonflée à bloc par Juho Aarnio à la basse et Patrick Enckell derrière les fûts, le quintet a presque fait de son Stoner Rock un laboratoire, où se croisent des ambiances Desert Rock, Psych, Grunge, clairement Hard Rock et Heavy aussi et même alternatives.

Mais loin de se disperser, le groupe se montre au contraire très complet en réussissant à intégrer tous ces éléments dans un même élan, faisant de son Stoner Rock une machine aussi captivante que véloce et percutante. KING OF NONE cultive son art du riff sur des morceaux relevés, où le combo prend soin de ne jamais en faire trop (« DPD », « For The Ride », « Snail Train », « The Man… », « Crab Nebula »). Compacts et efficaces, les Finlandais livrent un très bon album et mettre le doigt dedans, c’est ne plus le lâcher !    

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Blues Blues Rock International Southern Blues

Susan Santos : sunny vibes [Interview]

La guitariste, chanteuse, compositrice et productrice SUSAN SANTOS a livré il y a quelques semaines son nouvel et sixième album, « Sonora ». Elle nous transporte au coeur du desert à travers huit titres à l’atmosphère plutôt Blues Rock, mais pas seulement. Mâtiné de divers courants allant de sonorités hispaniques et Southern, comme Country ou même Western, l’Espagnole fait preuve d’un éclectisme bluffant et d’une maîtrise totale avec une identité marquée. L’occasion de lui poser quelques questions au sujet de ce brûlant nouvel opus…   

Photo : Juan Pérez-Fajardo

– Le moins que l’on puisse dire est que « Sonora » est un album très solaire à de nombreux points de vue. Même s’il ne dénote pas de tes précédentes réalisations, est-ce que faire du désert le point central du disque est une envie que tu as eue avant même le processus de composition ?

C’est quelque chose qui s’est fait petit à petit, en fait. J’ai commencé à écrire des chansons sans intention précise, et au fur et à mesure du choix des morceaux, l’idée a émergé pour devenir finalement le fil rouge de l’album.

– D’ailleurs, tu l’as entièrement composé, paroles et musique, et tu l’as aussi coproduit avec Jose Nortes. Tout a été réalisé aux studios Black Betty à Madrid. C’était important d’être presque seule à chaque étape de « Sonora » pour en quelque sorte ‘centraliser’ les choses ?

Dès le départ, il était clair pour moi que je voulais faire les choses à ma manière, tout décider et participer à tout le processus, y compris le mixage et le mastering. L’enregistrer à Madrid était le plus pratique, puisque j’habite là. L’enregistrement s’est fait en quelques jours, mais avec les concerts, les voyages et les tournées, j’ai du attendre mon retour pour repartir en studio pour le mixage.

Photo : Juan Pérez-Fajardo

– Les morceaux de « Sonora » sont efficaces sans pour autant être épurés, loin de là. On t’entend jouer de la guitare électrique, baryton et acoustique, ainsi que du banjo et du thérémine. L’album est vraiment très riche, ainsi qu’au niveau des arrangements. Est-ce une chose sur laquelle tu t’es longuement penchée ?

Pas vraiment, la vérité est que tout s’est fait un peu à la volée. En fait, j’ai même écrit  des chansons et de nombreux arrangements en studio pendant que nous enregistrions. J’avais une totale liberté de décision et c’était vraiment très amusant ! C’est vrai que tout ça a aussi fait bouger beaucoup de choses pendant les journées d’enregistrement.

– Je disais que « Sonora » était musicalement très solaire dans son ensemble, à travers le thème du désert bien sûr, mais aussi musicalement. C’est la première fois que tu réalises ce qu’on pourra apparenter à un album-concept ?

Oui, c’est la première fois que je fais quelque chose comme ça. Comme je te le disais, je n’y ai pas pensé au début, lorsque je me suis décidée à enregistrer un album. J’ai commencé l’écriture des chansons et dès que j’en ai eu deux ou trois, c’est à ce moment-là que l’idée m’est venue et s’est imposée.

Photo : Juan Pérez-Fajardo

– Evidemment, la thématique et certaines sonorités hispaniques, et parfois Southern aussi, font penser à une bande originale de western. Est-ce un peu de cette manière que tu as conçu « Sonora » ?

Absolument ! J’aime beaucoup être au croisement de tous ces sons entre Rock, Blues, Country, Southern Rock et Western. Et l’environnement du désert est parfait pour encadrer et englober toutes ces ambiances.

– Un petit mot aussi sur le clip de « Hot Rod Lady », qui a été tourné à Joshua Tree. Pourquoi spécialement là-bas, même si on en a une petite idée ? On aurait aussi pu l’imaginer dans les Bardenas Reales… 

En fait, j’étais en tournée en Californie, lorsque je mixais l’album et on était très proche de Joshua Tree. Ca m’a semblé être l’endroit parfait pour le tournage du clip de la chanson.

– Depuis tes débuts, tu multiplies les styles de Blues et aucun ne te résiste. Y a-t-il cependant un registre qui a ta préférence et qui te ressemble le plus ?

Je suis très curieuse de tous les styles musicaux et beaucoup d’entre eux se marient facilement car, au final, ils ont tous la même source et les mêmes racines. J’aime toujours me renseigner en amont pour ensuite orienter les chansons vers d’autres ambiances. C’est à chaque fois un défi que j’aime beaucoup.

Photo : Juan Pérez-Fajardo

– Depuis quelques années, on voit de plus en plus de blueswomen mises enfin en lumière. Certains découvrent de grands talents, alors que la majorité d’entre-vous êtes là depuis un bon moment. Est-ce que tu penses aussi que cette reconnaissance est souvent un peu tardive ?

Oui, il nous faut se battre et progresser petit à petit. Pour le moment, je continue à faire ce que j’aime le plus, c’est-à-dire composer des chansons et les jouer en concert partout où c’est possible. Et oui, bien sûr que j’aimerais avoir bien plus de reconnaissance, évidemment.

– On l’a dit, tu navigues entre plusieurs styles, tous plus ou moins Rock d’ailleurs. Cela dit, ton propre son est très européen, malgré quelques touches américaines, notamment Southern. Est-ce qu’après toutes ces années et avec six albums à ton actif, il y a un désir en toi de t’imposer au pays du Blues, ou est-ce que les frontières ont déjà été franchies ?

J’ai beaucoup voyagé, mais pour le moment je me sens très bien ici en Espagne. J’y ai de bonnes relations avec beaucoup de monde et de bonnes collaborations également. Mais je n’exclus pas de vivre ailleurs à l’avenir. La vérité est que je joue déjà beaucoup en dehors de l’Espagne, car ici le circuit est assez restreint pour ce style de musique.

Le nouvel album de SUSAN SANTOS, « Sonora », est sorti et est disponible sur le site de l’artiste : https://www.susansantos.info/shop

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Country International

Alyssa Bonagura : riding the emotions [Interview]

Multi-instrumentiste, auteure, compositrice, productrice et bien sûr chanteuse, ALYSSA BONAGURA est une artiste complète et exigeante. Native du Tennessee, c’est assez naturellement qu’elle s’est tournée vers la Country Music, ainsi que la Pop et le Rock et ce dès son plus jeune âge. Avec une discographie devenue conséquente, elle s’apprête dans quelques jours à sortir « Love Wins », un EP de cinq titres réalisé dans des conditions assez particulières et dont l’ensemble se veut toujours aussi sensible et plein d’émotion. Cinq chansons qui restent en tête, avant la sortie d’un album complet dans les mois à venir. Entretien avec une musicienne agréable et abordable, qui voue une véritable passion pour la musique.

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne sur ton parcours. Tu es née à Franklin dans le Tennessee de parents musiciens et tu as donc baigné très jeune dans la Country et la Folk notamment. Finalement, as-tu toujours pensé que ton chemin serait déjà tracé par la musique et à travers celle-ci ? Comme une finalité ou un destin ?

Honnêtement, je ne connais rien d’autre que la musique. J’avais trois semaines dans le bus de tournée avec mes parents. Je les regardais chanter tous les soirs et je voulais être comme eux quand je serai grande. La musique était partout autour de moi. Je suis montée sur scène en courant et j’ai commencé à chanter quand j’avais 2 ans. Donc, je suppose qu’au fond de moi, j’ai toujours su que c’était mon destin.

– Tu es très vite devenue multi-instrumentiste, compositrice et aussi ingénieure du son un peu plus tard. Tu as rapidement senti la nécessité de pouvoir contrôler tout le processus de création ?

J’aime tous les instruments. Je pense que c’est parce que mes parents les laissaient traîner pour que je les récupère et que j’en joue quand j’étais enfant. Je suis enfant unique, donc une grande partie de mon temps libre a été consacrée à essayer d’apprendre à jouer de différents instruments. J’ai commencé le piano et j’ai appris à jouer à l’oreille, puis je suis passé à la guitare et j’ai appris toute seule à jouer avec de nombreux accordages différents. Je trouve beaucoup de liberté à ne pas savoir lire la musique, car cela me fait suivre mon instinct. J’ai tellement de mélodies et d’idées musicales en tête que c’est génial de pouvoir jouer de ces instruments lors de la composition d’une chanson et cela aide beaucoup pendant un enregistrement également.

Photo : Oliver Halfin

– Tu as aussi fait tes études en Angleterre pendant trois ans. Est-ce que cela a eu une influence ou des répercussions sur ta culture musicale initiale, peut-être déjà établie ?

J’ai adoré vivre en Angleterre et y étudier. Le temps que j’ai passé à Liverpool a vraiment façonné ce que je suis aujourd’hui en tant qu’artiste et comme personne. J’avais 18 ans et j’ai déménagé dans un autre pays. Avec le recul, je me rends compte que cela m’a demandé beaucoup de courage ! J’ai appris à sortir des sentiers battus musicalement pendant que j’étais là-bas et j’ai commencé à m’inspirer de tant de styles de musique différents. Être entouré de différentes cultures ma beaucoup inspiré et cela m’a vraiment aidé à grandir en tant que personne et qu’artiste aussi.

– Ensuite, en 2010, tu as signé chez Rondor Music, une division d’Universal Music, où tu as enchainé les succès comme auteure-compositrice et comme productrice aussi. Qu’est-ce qu’il y a de différent, selon toi, à travailler pour les autres ?

Je pense que ce qui est différent dans le fait de travailler avec d’autres artistes et auteurs-compositeurs, c’est que vous obtenez une nouvelle perspective sur la chanson que vous créez. Vous apprenez à les aider à raconter leur histoire en y apportant votre propre touche et c’est pourquoi la collaboration est si spéciale. Cela vous aide également à réaliser à quel point les chansons que vous écrivez vous-même sont précieuses, car elles représentent à 100% votre histoire.

Photo : Franklin Lifestyles

– D’ailleurs, presqu’au même moment, tu as sorti ton premier EP, « Before The Breaking » en 2008, puis « The English Diaries » (2021), l’album « Love Hard » en  2012, puis « Road Less Traveled » en 2016. Est-ce que ce sont les années où tu t’es le plus épanouie artistiquement ?

C’est dans ces années-là que j’ai commencé à produire ma propre musique, à la diffuser dans le monde entier et à essayer différentes sonorités. Chacun de ces disques est une capsule temporelle de ma vie à un moment donné et j’ai aussi expérimenté de nombreuses directions musicales différentes. « Before the Breaking », c’était le son des auteurs-compositeurs de Nashville et aussi mes premières chansons co-écrites. « The English Diaries » a été écrit et enregistré dans la chambre de mon appartement à Liverpool et il y a une ambiance un peu plus Indie assez britannique. « Love Hard » était le premier album que j’enregistrais avec de gros moyens et il a été inspiré par mon amour de la musique Pop/Rock, des guitares électriques et des artistes Pop féminines comme Katy Perry et Kelly Clarkson. Et enfin, l’album « Road Less Traveled » est vraiment beaucoup plus dépouillé, avec juste ma voix et ma guitare, le tout jouer et chanter en live.

– Tu as aussi sorti plusieurs singles pendant plus de dix ans et enfin le EP « Flying With Me » l’an dernier. Pourquoi revenir avec un format court, huit ans après ton dernier album ? Tu n’avais pas suffisamment de chansons, ou tu souhaitais quelque chose de plus resserré ?

« Fly With Me » est un EP très spontané et il n’était pas vraiment prévu. Je venais de tomber amoureuse et j’ai eu envie d’écrire cinq chansons en une semaine. Je venais juste de commencer à travailler avec cette incroyable société ‘Extreme Music’, qui fait beaucoup de synchronisation pour le cinéma et la télévision, et ils ont adoré le projet. Alors, nous avons décidé de le sortir sous forme d’EP et je suis très heureuse de l’avoir fait, car j’ai pu les jouer dans de nombreux spectacles l’année dernière comme à ‘Love Is Blind’, ‘Love Island’, etc… Et cela a aidé ma musique à être découverte par des gens du monde entier.

Photo : Ash Newell

– Est-ce que c’est aussi dû à notre époque, où tout le monde sort beaucoup d’EP et de singles, au détriment peut-être d’albums complets pour mieux occuper les réseaux sociaux ?

Je pense que lorsque les gens commencent à vous connaître en tant qu’artiste, aujourd’hui, il est préférable de sortir une chanson à la fois, ou un format court, pour ne pas en faire trop à la fois. Cependant, j’aime vraiment les albums complets et je travaillerai toujours dans ce sens. Je travaille actuellement sur le prochain que je viens de terminer d’enregistrer à Nashville et j’ai hâte que les gens l’entendent. C’est presque un double-album tellement il y a de chansons ! Mon son a vraiment évolué au fil des années et j’ai hâte de partager ce prochain chapitre de mon voyage musical.

– Avec « Flying With Me », tu reviens à une Country plus classique comme sur « Road Less Traveled ». Pourtant, « Love Hard » était un disque très Pop et très produit aussi. A l’époque, c’était pour être aussi en phase avec l’air du temps ?

A l’époque, j’étais obsédé par la chanson « Teenage Dream » de Katy Perry, par l’auteur-compositeur Max Martin et aussi par le premier album de Kelly Clarkson. Je voulais expérimenter ce genre de sonorités. Rondor était basée à Los Angeles, donc j’ai passé beaucoup de temps avec ce genre d’auteurs et j’ai vraiment adoré faire ce disque. Ces chansons sont optimistes et amusantes ! En fait, j’aimerais vraiment réenregistrer certaines d’entre-elles maintenant avec une nouvelle approche, car mon son a tellement évolué.

Photo : Oliver Halfin

– L’image de la Country Music souffre d’un petit côté western assez désuet pour le moment en France, et même en Europe. Tu étais chez nous récemment avant d’entamer une tournée anglaise bientôt. Que penses-tu de cette situation, qui devrait d’ailleurs vite évoluer, je pense ?

J’espère pouvoir montrer aux gens en Europe que la musique Country est bien plus qu’un style occidental. C’est avant tout une question de chansons et d’histoires avec une bonne production. Je pense que les chansons Country peuvent devenir populaires sur les radios Pop et auprès d’un public plus large. C’est ce que je rêve de faire.

– Toi qui a également travaillé avec Joe Bonamassa, Sarah Jarosz et beaucoup d’autres, que penses-tu des artistes comme Taylor Swift qui a laissé la Country pour la Pop et de Beyoncé qui fait le chemin inverse ? Est-ce que cela peut contribuer à la démocratisation du style dans le monde, ou ne va-t-elle pas perdre de son identité et de son ADN ?

Je pense que la musique est un voyage et que chaque artiste a son histoire à raconter. C’est à lui de décider de la façon dont il veut le faire. Cependant lorsqu’il s’agit de ce qu’est la Country Music, la définition concerne encore une fois son histoire et les paroles. Une chanson comme « The House That Built Me » de Miranda Lambert est l’une de mes chansons Country préférées, car le récit vous captive et c’est quelque chose à laquelle vous pouvez vous identifier immédiatement. Il y a des chansons Pop auxquelles je ne peux pas m’identifier de manière aussi profonde. Je pense que c’est ce qui rend la Country Music si spéciale.

Photo : Oliver Halfin

– Enfin, revenons à toi. Quand aurons-nous le plaisir de te retrouver avec un album complet ? Les chansons sont écrites. Où en est la production ?

J’espère sortir mon album complet d’ici la fin de l’année, ou début 2025 ! (Sourires) Mais avant de ça, je sors un autre EP de cinq chansons, qui est à nouveau en partenariat avec ‘Extreme Music’. Elles ont été écrites et enregistrées en une seule journée avec une incroyable équipe d’auteurs et de producteurs. Il s’appelle « Love Wins » et il y a beaucoup d’émotion dans chaque chanson. J’ai hâte que vous l’entendiez !

– Justement, dis-nous quelques mots au sujet de « Love Wins » qui arrive dans quelques jours. A-t-il été réalisé sur un coup de tête, car écrire et enregistrer cinq morceaux dans la même journée est un sacré challenge ?

« Love Wins » est né d’une journée organisée avec la société avec ‘Extreme Music’. C’était une journée de ‘camp’ d’écriture et d’enregistrement avec Hook Haus, un groupe incroyable d’auteurs et de producteurs de Nashville et de Los Angeles. Je n’avais jamais rencontré aucun d’entre eux jusqu’à ce matin-là à 10 heures ! Toute cette journée a été très créative et axée autour de mon travail et ma musique. Il y avait trois producteurs différents dans trois studios différents et je sautais de pièce en pièce. Je commençais et je terminais les chansons, puis nous collaborions tous ensemble. Ce fut une expérience TELLEMENT créative et merveilleuse pour moi. Normalement, c’est moi qui suis derrière la console du studio, donc c’était amusant d’avoir quelqu’un d’autre qui m’aidait à donner vie à mes idées dans ce climat très collaboratif

Photo : Oliver Halfin

– Comment t’es-tu organisée, car j’imagine que tu n’as pas pu travailler et répéter ces chansons-là avant d’entrer en studio ?

Il n’y a pas eu de répétition, car chaque chanson a été écrite sur place. Et tout le monde s’est impliqué dans chaque session pour nourrir et créer les morceaux. Avec Hook Haus, nous avons joué tous les instruments et géré toute la programmation.

– Un mot sur ta prestation vocale sur ce nouvel EP « Love Wins », qui est toujours aussi nuancée et, comme tu le soulignais, on sent beaucoup d’émotion. Tu as écrit toutes les paroles sur place ?

Oui, nous avons tout écrit ce jour-là en studio et nous avons enregistré toutes les parties vocales, ainsi que mes parties de guitare et de piano. Nous avons commencé à 10h le matin pour finir à 23h ! C’était sauvage !

– Enfin, comment tu es également productrice et multi-instrumentiste, quel regard as-tu pu poser sur cette journée un peu spéciale d’enregistrement ? Et as-tu donné la direction que tu souhaitais aux morceaux ?

Oui, j’ai apporté mes idées de production, mais Hook Haus a vraiment réussi à les élever à un autre niveau et assez différemment. C’était vraiment amusant de travailler avec différents producteurs et compositeurs aussi talentueux qu’eux. J’adore les chansons que nous avons écrites ensemble, tout comme le son de « Love Wins » que nous avons conçu ensemble.

Le nouvel EP d’ALYSSA BONAGURA, « Love Wins », sera disponible le 3 mai prochain sur toutes les plateformes et chez Extreme Music.

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Alternative Rock

Thadeus Gonzalez : l’éloquence faite Rock

Tout en émotion, THADEUS GONZALEZ ne ment pas. Depuis ses débuts, c’est à travers un Rock sans frontière, où il se joue des genres, qu’il nous invite à le suivre dans une sorte d’état des lieux ou de constat d’une société dans laquelle ses sentiments surgissent avec une vivacité dont peu de groupes font preuve aujourd’hui. « Street Fights Are Starting Hurt » est assez emblématique de notre époque et musicalement la maîtrise est telle qu’il est impossible de ne pas s’y retrouver.

THADEUS GONZALEZ

« Street Fights Are Starting To Hurt »

(Independant)

Auteur du très bon « Opposite Faces » il y a trois ans, THADEUS GONZALEZ poursuit sa trajectoire à travers un Alternative Rock très personnel mâtiné de sonorités Hard Rock 90’s, de quelques ambiances post-Punk écorchées et surtout autour d’un songwriting toujours aussi authentique. Compositeur et parolier, le Californien peaufine avec « Street Fight Are Starting To Hurt » ce qu’il avait entrepris précédemment et le volume affiché aujourd’hui est très largement à la hauteur des attentes.

Ce qui est remarquable chez THADEUS GONZALEZ, c’est qu’il compose toujours avec une guitare acoustique, ce qui confère à ses chansons une touche très vivante et sincère. Les vibrations qui animent ce quatrième album sont intenses, et il fallait bien ça pour mettre en exergue des textes souvent poignants. Ici, l’énergie est constante, jusqu’à devenir le leitmotiv du chanteur qui ne ménage pas ses efforts et qui nous rend même complice et témoin de ses morceaux (« Street Hurt », « The Aura Of Gospel », « Tussle »).

Attachant au possible, THADEUS GONZALEZ se livre dans une formule finalement assez épurée en guitare/basse/batterie, sans effets de manche, et en restant direct et très efficaces. Il y a beaucoup de vérité dans la musique et dans la voix de l’artiste d’Oakland, ça sent le vécu ! Entraînant (« Super Rough Breakdown »), plus intimiste (« My Friends Are All Crazy », « The Fête One »), sombre (« Black Eye On A Tiger ») et fédérateur (« Tell Me What You Want »), il nous embarque dans un univers sensible. Une belle réussite… encore !  

Retrouvez la chronique de l’album précédent :