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Rock/Hard

Mine Road : rockin’ way

Tout en se frottant au Hard Rock et à un Rock un peu plus rugueux, les Irlandais restent très accessibles et mélodiques. Avec ce premier long format qui aura mis plus d’une décennie à voir le jour, MINE ROAD montre beaucoup de maîtrise grâce, notamment, à de bonnes guitares et un chant bien en place. « Tomorrow’s Sky » affiche une diversité un peu déroutante, mais au final très efficace et accrocheuse. Une bonne entrée en matière.

MINE ROAD

« Tomorrow’s Sky »

(Independant)

L’histoire de MINE ROAD n’est vraiment pas banale. Fondé par les frères Cash, Stuart (guitare) et Steve (batterie), avec Ken Carthy (chant) et Dave Flood (guitare), le groupe avait sorti « Satellite », un EP en 2021, avant que la fratrie ne se disperse en Australie pour l’un et à New-York pour l’autre, mettant tout le monde en stand-by. Après un travail de composition à distance, c’est au retour des musiciens dans leur ville de Dublin que les choses se sont accélérées en 2019 avec une série de concerts et l’élaboration de « Tomorrow’s Sky ».

Avec le soutien de Donnacha Neary à la basse sur tout l’album, MINE ROAD livre enfin son premier effort sur la longueur et le résultat est convaincant avec onze titres aux accents Hard Rock et aux teintes Soft Rock typiques de leur île. On peut y déceler quelques influences des Ecossais de Gun, de Def Leppard et de leur compatriotes de feu-Something Happens. Les sonorités de « Tomorrow’s Sky » sont donc résolument britanniques et un brin nostalgiques dans un ensemble costaud et fédérateur.

Ce premier opus est donc l’occasion pour le quatuor de montrer l’étendu de son savoir-faire, tant il se montre varié dans son approche du Rock. Musclé sur « Snowplow », « Tomorrow’s Sky » et « Feeling », plus acoustique sur « I’ll Be Home », mid-tempo sur « American Dream », décalé avec l’interlude au piano « Recall », MINE ROAD révèle une énergie live très positive. On regrettera peut-être une production qui aurait mérité plus de coffre et de relief, mais le job est fait.

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France Neo-Folk Pagan Viking

Hrafngrímr : songes et mythes nordiques [Interview]

Après de nombreux singles et un EP, l’univers pagan de HRAFNGRÍMR (prononcez Ravengrim) se dévoile enfin sur la longueur avec un premier album, « Niflheims Auga », très réussi et captivant. Cette plongée onirique dans l’imaginaire viking et païen se déploie à travers une néo-Folk à la fois intemporelle et d’une modernité bluffante. Entre légendes nordiques et spiritualité, c’est en vieux norois que s’exprime le groupe et l’immersion est garantie. Guidé par son duo vocal composé de Christine Roche et Mattjö Haussy, ils reviennent tous les deux sur les étapes franchies depuis les débuts de la formation à quelques jours d’une prestation très attendue au Hellfest de Clisson. Entretien.

– En l’espace de quatre ans, vous avez été très prolifiques et productifs en sortant, notamment, 14 singles ce qui est assez inhabituel. Ce sont des morceaux plus anciens que vous avez peut-être réarrangés, ou est-ce juste une sorte de frénétique créativité ?


Mattjö : A l’époque, je venais d’être invité à quitter le groupe Skáld (fin décembre 2019). Reconstituteur et amateur d’archéologie vivante, je suis aussi empreint d’une spiritualité et d’une philosophie de vie, qui s’inspire largement des mythes nordiques. J’avais donc comme un sentiment d’inachevé. J’avais besoin de faire quelque chose de plus personnel et de plus authentique tout de suite ! D’où cette frénésie créative. Et puis, on s’est retrouvé plongé dans la pandémie. Il me semblait important d’apporter un peu de divertissement tous les mois à la communauté des mélomanes, un peu de poésie et de résilience. J’ai donc travaillé nuit et jour sur des compos originales. A l’origine, j’avais prévu de sortir tour à tour un titre plutôt Nü-Nordic, puis un titre plus Nü-Metal pour HRAFNGRÍMR. Et l’accueil du public m’a finalement incité à composer davantage de morceaux comme ceux qu’on connaît aujourd’hui. Mais on a des surprises pour bientôt !

– Vous avez aussi sorti un EP, « Hólmganga » il y a deux ans. Avec autant de titres à disposition, vous n’avez pas été tenté de sortir directement un album complet ? A moins que vous ayez choisi cette voie pour alimenter les réseaux comme cela se fait beaucoup aujourd’hui ?

Christine : J’ai intégré le groupe peu de temps avant la sortie d’« Hólmganga ». J’ai une voix assez différente de ce que l’on peut entendre dans ce style de musique. Par conséquent, il fallait dans un premier temps trouver nos marques, ce qui était vrai pour chacun d‘entre nous d’ailleurs. Nous avions depuis longtemps parlé de faire un album, mais il était important de trouver un équilibre, tant sur la sphère artistique que personnelle. 

Mattjö : Alimenter les réseaux oui, c’est sûr qu’on participe à ce jeu dans une certaine mesure, mais il s’agissait plus de la maturité du groupe, de l’implication et de la participation des membres. Et puis, cela aurait fini en recueil de singles. Là, on a un véritable album !

– Entre vos nombreux singles, l’EP et ce premier album « Niflheims Auga », il y a une réelle évolution dans la structure des titres, du son et dans l’inspiration également. Est-ce que cela vient du fait que, dorénavant, vous écrivez des textes originaux ?


Mattjö : Sans doute ! Mais cela vient surtout du fait que tous les membres du groupe participent à la composition et la construction des chansons. On puise donc dans les influences et les émotions de chacun, qui ne sont pas forcément relatives à l’univers néo-Folk, Viking, etc…

Christine : Outre les influences de chacun et de notre implication, il y a aussi la participation de nombreux amis. Anatoly de Nytt Land, Johan de Det Var, Louis Ville, Stan d’Arrün, etc… Cela ressemble beaucoup plus à l’esprit du groupe, celui de jouer de la musique entre amis, de s’amuser, de s’enrichir les uns les autres et de partager cette énergie avec le public !

– En parlant de la production, celle de « Niflheims Auga » est nettement plus élaborée et montre beaucoup plus de brillance également. Il vous aura fallu ce laps de temps pour trouver votre identité artistique et votre son, sachant que sur des thématiques ancestrales, cela peut compliquer aussi les choses ?


Mattjö : On a travaillé avec quelqu’un d’autre tout simplement ! Louis Ville ne vient pas du tout de cette scène. Du coup, il a un regard neuf et a pu mettre sa longue expérience à profit et représenter au mieux la diversité du groupe dans le mixage et la production. Il nous a épaulés également en tant que réalisateur et arrangeur sur certains titres pour leur donner le son qu’ils ont aujourd’hui.

Christine Roche


– Justement, vous avez commencé le groupe en vous inspirant et en puisant dans le ‘Hávamál’, cette œuvre didactique de l’« Edda Poétique », légendaire recueil de poèmes en vieux norrois. A quel moment vous êtes-vous décidés à écrire vos propres textes et quel a été le déclic ?


Mattjö : Quand je me suis rendu compte qu’on chantait la même chose que tous nos amis de la même scène et qu’on avait la même source d’inspiration. On s’est dit qu’on manquait d’originalité et d’authenticité. Et puis, quand on écrit les paroles soi-même pour évoquer des émotions ou un regard sur les choses, tout devient vraiment plus personnel.

Christine : D’autant plus que cette culture littéraire et historique fait partie tout particulièrement du bagage de Mattjö, ce qui n’est pas le cas de tout le monde dans le groupe. Il était important pour nous aussi de prendre part à la construction des titres avec nos propres codes et nos émotions et sans dénaturer le projet de départ. L’idée était d’y apporter quelque chose de personnel, et tous ensembles !

– A propos des textes, ils sont donc en vieux norrois et vous faites appel au traducteur Jules Piet pour vous assister. Quel est précisément son rôle et le considérez-vous même indirectement comme un membre de HRAFNGRÍMR ?


Mattjö : Jules participe aussi à l’écriture, autant dans la forme que dans les sonorités. Il n’est pas juste un traducteur, en fait. Il apporte aux textes sa sensibilité et son expérience de cette langue. Il est sans aucun doute un membre du groupe, un acteur de l’ombre. Son travail permet de rendre notre univers musical immersif et épique. 

Mattjö Haussy

– A travers vos chansons, vous combinez textes anciens et modernes dans vos compositions, ainsi que des instruments traditionnels et d’autres actuels. L’idée avec HRAFNGRÍMR est-elle de créer une sorte de passerelle entre ces deux époques éloignées de plusieurs siècles ? Et peut-être aussi d’assurer une continuité ou une espèce de renouveau de ces temps lointains ?

Mattjö : L’idée est de s’inspirer du meilleur du passé comme du présent. Le mot tradition, signifie ‘transmettre’. Ce qu’on appelle la tradition orale pour les peuples anciens était de transmettre la culture, la philosophie et les croyances à travers la musique et les chants. Les notions de ponts, de portails et de liens entre les mondes du présent et du passé sont incontestables dans notre travail, en effet.

Christine : Cela permet aussi à chacun d’entre nous d’apporter son expérience et son savoir-faire avec ses propres outils. Mus se débrouille vraiment bien à la guitare électrique et j’aime pour ma part travailler avec des loopers et des synthés. Ça s’est donc fait naturellement.

– En vous inspirant et en prenant comme référence le Folk Païen, à l’instar de Wardruna notamment, est-ce que vous exprimer en vieux norrois était essentiel et même naturel ? Cela n’aurait pas pu se faire dans une autre langue que celle-ci ? Sans compter que cela vous aurait peut-être aussi éloigné de la culture viking…


Mattjö : Le folk Païen est un de nos nombreux outils parmi le Rock, le Metal, l’Electro et tant d’autres styles, qui nous influencent beaucoup. Les mythes scandinaves et germaniques font partie de mon bagage culturel et artistique. Ils ont été à l’origine de HRAFNGRÍMR, qui propose un voyage musical onirique, une aventure collective, mais aussi personnelle. Cela constitue une excellente base pour explorer d’autres horizons à l’instar de ces voyageurs, marchands, guerriers et poètes. Je veux dire par là que cela ne nous enferme en rien et ne nous empêche pas du tout de faire l’usage d’instruments et de techniques venant des quatre coins du monde. Et de laisser surtout chaque membre du groupe laisser aussi son empreinte, alors qu’ils ne sont pas forcément aussi intimes que moi avec cet univers. Au contraire, cette langue nous permet de nous détacher un court instant du réel et on est là pour ça !

– La musique de HRAFNGRÍMR met en avant la variété des rythmes autour du chant à plusieurs voix essentiellement. C’est un registre qui peut paraître assez épuré de prime abord.  L’authenticité est donc au cœur de votre style. De quelle manière la cultivez-vous et cela passe-t-il aussi par cette immersion que vous transmettez ensuite ?


Mattjö : Ca se fait naturellement, avec le cœur et les tripes ! C’est honnête et sincère !

Christine : Je ne peux pas vivre sans musique, ni sans chanter ! Nous avons très facilement trouvé un équilibre avec Mattjö et le duo vocal s’est imposé de lui-même. Nous sommes en couple et nous avons souvent l’occasion de chanter ensemble. Nous partageons, entre autres, le fait que nous ne pouvons pas chanter sans être authentiques et sincères. C’est une complicité qu’on cultive au quotidien.

– L’aspect théâtral du groupe peut aussi faire penser à certains groupes Metal. D’ailleurs, vous serez au Hellfest dans quelques jours. Pourtant les différences musicales sont flagrantes et même opposées. Comment percevez-vous le fait d’être assimilés à cet univers ?

Mattjö : On vient aussi de la scène Rock/Metal ! Mus avec Arkan, Arnaud avec Othargos, Nesh avec Azziard et Nydvind et moi avec Madonagun, etc… Et Christine avec aussi tous ses projets. On construit nos chansons avec les mêmes codes, les mêmes intentions et sans le faire exprès. On est donc très fiers d’être reconnus comme des métalleux!

Christine: Carrément ! J’ai l’habitude depuis plus de 30 ans de m’amuser dans des styles très crossover! Avec mon premier groupe Westing*House, puis Both et même mon projet solo The Black Lion Theory, qui mélange Pop, Rock, variété et Electro. Il y a aussi mon autre groupe Our Queen Liberty, qui mélange un style Grunge et aussi très Power Rock. Je me rends compte qu’en fait je ne fais que ça : métisser et explorer les choses. C’était donc un défi pour moi d’intégrer HRAFNGRÍMR et d’y apporter ma voix.  

– Enfin, HRAFNGRÍMR fait partie d’une niche musicale même si certains, comme Wardruna surtout, bénéficient d’une plus grande notoriété. L’objectif est-il de faire de plus en plus d’adeptes, ou au contraire de conserver une certaine confidentialité à l’instar du ‘Dungeon Synth’, par exemple ?

Mattjö : Je pense que c’est quelque chose que l’on ne maîtrise pas du tout. On est déjà très heureux de toucher un aussi large public ! C’est minuscule par rapport à d’autres groupes, mais déjà gigantesque pour nous. On ne se rend pas compte de ces choses et on est toujours très surpris d’avoir des fans et de constater leur émotion quand ils viennent nous voir après les concerts. C’est émouvant et irréel à la fois. D’un autre côté, il faut faire preuve d’honnêteté : avoir la chance de jouer sur des scènes comme celles du Hellfest est une expérience unique, pleine d’émotions et de satisfaction. Sans dénigrer les plus petites scènes au contraire, car elles représentent un vrai plaisir aussi. C’est juste une différence d’intensité.

Christine : Tant qu’on s’amuse, qu’on prend du plaisir, qu’on se respecte… Si en plus, on peut partager ça avec un large public, que demander de plus !

Le premier album de HRAFNGRÍMR, « Niflheims Auga », est disponible depuis quelques semaines. Retrouvez également l’ensemble des productions du groupe sur son Bandcamp :

https://hrafngrimr.bandcamp.com

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Classic Rock Pop Rock Rock

Trigger King : happy days

Ne vous fiez pas au grand coq de la pochette, le Rock de TRIGGER KING est clairement anglo-saxon avec même une petite touche américaine. Assez imprévisible dans son contenu, « The Giant Rooster EP » est le premier effort des musiciens de l’Est et il se présente comme une sorte de carte de visite. Si on comprend vite l’intention, c’est plus compliqué qu’en saisir le fond, tant l’ensemble s’éparpille sans révéler de véritable identité musicale à travers cinq titres finalement peu homogènes.

TRIGGER KING

« The Giant Rooster EP »

(Independant)

TRIGGER KING est la parfait illustration de ce pourquoi je déteste à ce point les EPs, sorte de format bâtard qui, lorsqu’il est bon, laisse systématiquement sur sa faim. Certes, je suis d’un autre temps où se contenter de singles et d’EP n’était même pas envisageable. Donc il faut reconnaître que « The Giant Rooster EP » a quelque chose de frustrant. Cela dit, c’est aussi une façon comme une autre de mettre le pied à l’étrier, alors prenons ainsi ce premier et encore toujours frais enregistrement du quatuor français.

Trois ans après sa formation et après avoir écumé quelques scènes, le groupe a décidé de franchir les portes du studio White Bat Records en compagnie de Rémi Gettliffe (Dirty Deep, Undervoid) pour y graver cinq de ses compositions. Et le résultat est plutôt bon et aussi surprenant, puisque TRIGGER KING présente un panel musical peu banal. Si les bases sont Rock, légèrement Heavy, bluesy et teintées de Classic Rock, on perçoit aussi quelques notes de Brit Pop pour le moins désarmantes.

Malgré quelques refrains mielleux façon Oasis, le combo de Mulhouse en a sous le pied, comme en témoigne son guitariste, jamais avare d’un bon riff. Cependant, on attend que le groupe décolle, ce qui rendrait son jeu plus ample, pertinent et tranchant… A moins que TRIGGER KING ne garde cet aspect pour ses concerts. Entre des sonorités très Pop (« Take Me By Surprise », Rock vintage (« Riding High », « Season Of The Sun ») et une longue ballade (« Reaching For the Moon »), on peine à trouver une unité dans ce si court format.

Photo : Sébastien Koch
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Hard Rock Hard'n Heavy

Shotgun Mistress : burning Rock

Pas sûr que ce deuxième album de SHOTGUN MISTRESS soit si révolutionnaire que ça, mais en tout cas, il a le mérite de libérer un Hard Rock pur jus et bien rentre-dedans. « Kings Of The Revolution » nous renvoie de belles saveurs 80’s et 90’s savamment actualisées et est surtout remarquablement interprété et très bien produit. Avec un chanteur et un guitariste de ce calibre, le quatuor peut envisager l’avenir avec sérénité et un grand sourire.

SHOTGUN MISTRESS

« Kings Of The Revolution »

(Independant)

Il y a de l’effervescence sur la scène (très) Rock australienne et le nouvel opus de SHOTGUN MISTRESS tombe à point nommé pour entretenir ce bel élan. Depuis 2020 seulement et après le très convaincant album éponyme qui a fait sensation sur leur grande île natale, les quatre rockeurs récidivent de belle manière avec l’électrisant « Kings Of The Revolution ». Avec une sincérité sans faille, ils s’inscrivent dans les pas des Rose Tattoo, Airbourne et The Poor dans l’intension comme dans l’intensité.

Aux côtés de l’excellent Matt Willcock, véritable machine à riffs et délivreur d’implacables solos, on retrouve Dave Lee à la batterie, Ben Curnow à la basse et le survolté frontman Glenn Patric, qui galvanise et magnétise littéralement ces nouveaux titres. SHOTGUN MISTRESS est en ordre de bataille et n’a pas à rougir face aux formations Hard Rock actuelles. Les références fondatrices sont immédiatement perceptibles elle aussi, mais n’enlèvent absolument rien à la pertinence du propos.

Puissant et accrocheur, « Kings Of Revolution » envoie du bois, même si certains hommages, ou clins d’œil, passent aussi pour des clichés. Ainsi, « Welcome To The Fight » rappelle furieusement « Patience » de G N’R et surtout il y a « Mary Jane » de leurs compatriotes d’Electric Mary. Même si la version est meilleure que l’originale et accueille son chanteur Rusty Brown, sa présence est loin d’être indispensable. Cela dit, SHOTGUN MISTRESS nous régale avec « Sweet Woman », « Shot Down », « Jude Judas », « Headspace » et « Down ».  

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Heavy Blues Heavy Rock

Birdstone : impulsions existentielles

Entre mysticisme et atmosphère vintage, le Heavy Blues Rock de BIRDSTONE se déploie avec toujours autant de résolution et de modernité dans le son. Rugueux, mais aussi aérien, le registre de la formation de Poitiers se renouvelle au fil des réalisations et « The Great Anticipation », sa troisième, atteint même des sommets en termes de créativité et de finesse dans l’interprétation. Près d’une décennie après ses débuts, le combo s’est forgé une identité artistique comme nul autre dans l’hexagone.

BIRDSTONE

« The Great Anticipation »

(La Cage)

Le trio approche les dix ans d’existence et livre un troisième album toujours aussi original et personnel dans un registre, qui voit s’entrechoquer un Heavy Rock fiévreux et un Blues très brut dans des couleurs Stoner. Au fil des productions, BIRDSTONE affine son style, ce qui le rend assez unique en son genre. D’ailleurs, c’est dans cet esprit qu’a été conçu « The Great Anticipation » qui vient en quelque sorte compiler les singles sortis depuis « Loss », précédent opus sorti en 2022 et qui était déjà lui aussi particulièrement massif.

Avançant en toute indépendance depuis sa création, BIRDSTONE s’est aussi résolu à fonder sa propre structure, La Cage, titre de son premier EP paru en 2017. Les temps ont changé donc, et les trois musiciens ont décidé de s’adapter à la nouvelle donne pour diffuser leur musique. Une chose ne change cependant pas, c’est le line-up composé d’Edwige Thirion (basse), de Basile Chevalier-Coudrain (guitare, chant) et de Benjamin Rousseau (batterie). Ces deux derniers évoluant également avec The Necromancers.

Etant donné que plusieurs titres ont déjà été dévoilés au fil de ces derniers mois, la surprise n’est donc pas totale concernant le contenu, même s’il reste quelques agréables découvertes. Et ce qui est aussi remarquable, c’est l’homogénéité de « The Great Anticipation », qui n’apparaît pas comme un empilement de morceaux. La cohésion est évidente et BIRDSTONE parvient sans mal à nous imprégner de son univers (« Eyes On The Calling », « Alcyon », « Cinnamon Creek » et « Méandres »).

Photo : Lise Lefebvre

Retrouvez la chronique de « Loss » :

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France Southern Rock

Gunsmoke Brothers Band : l’esprit de famille [Interview]

Si GUNSMOKE BROTHERS BAND frappe si fort dès son premier album, ce n’est pas vraiment une surprise. Au-delà de la qualité et de la maturité technique du groupe, on doit ce souffle chaud et ces mélodies entêtantes à un style que les Bretons font littéralement rayonner. Et cela fait déjà un moment que l’hexagone attend une formation de Southern Rock capable de tenir la dragée haute à n’importe quelle autre sur la scène actuelle. Avec ses trois guitaristes, une rythmique en béton et un chant qui nous embarque dans des histoires qui parlent à tous, le quintet a vraiment peaufiné « Band Of Brothers », emmené par Xavier Quémet, chanteur, guitariste et compositeur. Déterminé et prolifique, il nous parle de ce projet qu’il porte et de cette musique qu’il a en tête depuis des années et qui se matérialise enfin.

Photo : Véro Pennec

– Tout d’abord, Xavier, GUNSMOKE BROTHERS BAND est ton projet et tu le mûris de longue date. La première question qui me vient à l’esprit, c’est comment est-ce qu’on fait pour rassembler quatre musiciens aguerris, comme c’est le cas et doté d’une solide culture Southern aussi, dans un périmètre aussi restreint que le Finistère en Bretagne ? Ca ne doit pas courir les rues…

Oui, j’ai galéré ! (Rires) J’ai eu la chance que Tony (Vasary, basse – NDR), avec qui je joue dans What A Mess, me suive dans le projet. Ensuite, Niko (Ar Beleg, guitare – NDR) est entré dans le groupe, mais en tant que batteur. Or, je cherchais deux guitaristes en plus. Après quelques essais peu concluants, Thibault (Menut, batterie – NDR) souhaitait revenir en Bretagne. C’est un très, très bon guitariste et il voulait intégrer le projet, mais comme batteur ! Niko a donc repris sa guitare, mais il en manquait toujours un. J’ai donc proposé à Seb (Ar Beleg, guitariste et frère de Niko – NDR) qui ne connaissait pas bien le style, mais qui a tout de suite adoré. Ils ont tous été d’accord pour que je dirige l’ensemble. C’était vraiment la condition sine qua none. L’idée n’était pas d’avoir une attitude autoritaire sur la musique, mais je voulais juste vraiment obtenir le son et la couleur qu’il y a maintenant et à laquelle nous sommes arrivés.

– Certains l’ignorent sans doute, mais il y a quelques décennies, tu avais monté Bounty Hunter, là aussi dans un registre Southern Rock. C’est donc un amour pour cette musique qui ne date pas d’hier. Est-ce que GUNSMOKE BROTHERS BAND est enfin le groupe que tu as en tête depuis toutes ces années ?

Exactement, c’est vraiment un aboutissement. A l’époque avec Bounty Hunter, on était tous fans de Rock Sudiste, mais on n’y arrivait pas vraiment. Ce n’était pas encore abouti. On était peut-être un peu jeunes, on avait tous un boulot et des envies de jeunesse aussi, comme ne pas vouloir forcément prendre la route. On a eu notre petit succès, mais une fois en trio pendant quelques années, il était temps de passer à autre chose. J’ai ensuite fait plusieurs groupes de Hard Rock, de Stoner et encore de Rock Sudiste. Mais j’avais toujours en tête cette musique. Et aujourd’hui, c’est vraiment celle que j’entends.

– Avant de parler de ce très bon premier album, « Band Of Brothers », j’aimerais que tu nous dises un mot du Rock Sudiste, comme on l’appelait naguère, et de sa situation en France où sa présence est quasi-inexistante. Ce n’est pas notre culture, c’est vrai, alors qu’est-ce qui vous pousse à le faire ? Et est-ce que, dans cette perspective, il y a un esprit de conquête, de pédagogie peut-être, ou alors c’est aussi à l’étranger que vous pensez pour le futur ?

Evidemment, on vise à jouer à l’étranger et à s’y faire connaître, car le public y est aussi bien plus connaisseur. Quant au ‘Rock Sudiste’, ce qui m’énerve profondément, c’est que lorsqu’on en parle, on a l’impression qu’on dit un gros mot. C’est comme quand on met un drapeau français au balcon, on est catalogué facho ou de droite. Non ! J’aime cette culture depuis gamin, car j’adore ce son qui est un mélange de Blues, de Gospel, de Rock’n’Roll et de Country. C’est une musique hyper-riche avec des chœurs fantastiques, des échanges de guitares et aussi parce que ça joue super bien ! Alors et pourquoi ‘Rock Sudiste’ ? Juste parce que cette musique-là vient du Sud des Etats-Unis, et c’est tout ! Il n’y a absolument rien de politique quand on en parle entre-nous. Et on ne veut pas de cette étiquette de fachos, car nous ne le sommes pas. Mais en France, on confond tout… et surtout beaucoup de choses ne sont pas comprises, ou très mal.

Xavier Quémet – Photo : Véro Pennec

– J’aimerais qu’on parle du mot « Brothers », qui revient à la fois dans le nom du groupe, dans le titre de l’album et le morceau-titre, mais aussi dans le line-up, puisque ce sont les frères Ar Beleg, Seb et Niko, qui officient à tes côtés aux postes de guitaristes. Que signifie pour vous ce terme de ‘fratrie’, qui est d’ailleurs aussi très présent dans le Southern Rock en général, qui est un style très fédérateur et rassembleur ?

C’est ça, il y a un côté très familial. Déjà, la notion de ‘frangins’ est très forte à mes yeux. Je pense qu’on ne peut pas faire de musique ensemble, si on n’a pas une totale confiance en l’un et l’autre. Si l’un d’entre-nous est dans la merde, on est tous là derrière. Maintenant, au niveau musical, cela se voit aussi sur scène. Il y a des échanges de guitares notamment, qui reflètent ce côté fraternel. Personne n’est meilleur que l’autre, nous sommes tous là pour s’entraider. Et en ce sens, Lynyrd Skynyrd est la référence. Et c’est vraiment ce que je veux laisser paraître avec le groupe. Et même si je suis le ‘frontman’, personne n’est meilleur que l’autre dans GUNSMOKE BROTHERS BAND.

– Parlons maintenant de l’album. Quand la composition a-t-elle commencé, car je sais que certains morceaux sont écrits depuis un bon moment maintenant ?

L’un des morceaux phares, « Song For The Brave », a été composé il y a environ dix ans. Je voulais absolument qu’il se retrouve sur disque un jour ou l’autre. Les gens sont très émus en l’entendant et même Tony en a des frissons en le jouant ! Je l’ai écrit pour tous ceux qui souffrent, ou qui ont souffert et qui luttent contre les agressions, les viols, etc…

– Vous êtes donc trois guitaristes au sein du GUNSMOKE BROTHERS BAND et on vous retrouve tous à la rythmique comme au lead. Et entre les riffs, les chorus, les solos et les twin-guitares, il y a beaucoup de contenu. Comment se répartissent les rôles et est-ce que certains d’entre-vous ont plus d’affinités pour certaines techniques ?

L’avantage de jouer avec les frangins Ar Beleg, Niko et Seb, c’est qu’ils ont une technique incroyable. Pour ma part, je suis plus Blues dans les riffs et les solos Et c’est finalement assez simpliste ce que je fais. Quant à Niko, c’est un technicien hors-pair, qui me fait penser à Doug Aldrich dans sa façon de jouer et la rapidité. Et Seb est un putain de rockeur ! Il possède un grain très Rock’n’Roll. Il a ça dans le sang ! Alors en général, je viens avec un riff, qui est ensuite jouer avec la batterie, puis avec tous les autres. Après, je leur donne certaines indications sur les solos notamment, tout en sachant ce que je veux entendre à tel et tel moment. Et c’est une chance de travailler avec eux, car il y a une réelle compréhension dans l’écriture des morceaux. On va tous dans le même sens en échangeant des regards et des sourires… et ils sont bourrés de feeling ! (Sourires)

Photo : Véro Pennec

– J’aimerais aussi qu’on dise un mot sur la rythmique emmenée par Tony (Vasary, basse) et Thibault (Menut, batterie), car elle guide et donne aussi le ton grâce à un groove imparable. Là aussi, ça ronronne, puisqu’elle donne souvent l’impulsion aux morceaux. J’ai même l’impression qu’elle est le garant de la structure des titres qui auraient vite fait de s’envoler sur des parties de guitares assez sauvages. C’est le cas ?

En fait, c’est l’assise. Maintenant, mes morceaux sont très structurés et je sais ce qu’il va se passer, tout le temps. Même sur scène, il n’y a pas d’impro. Pour le moment, je pense que les morceaux ne s’y prêtent pas encore. C’est en cela que Thibault et Tony portent vraiment la structure, ce sont les poutres. Dans ce style de groupe, si tu as un bon batteur, pas forcément hyper-technique et qui en met partout, et un super bassiste, le reste ne sont que les cerises que tu poses sur le gâteau. Les fondations doivent être solides, c’est très important.

– Un mot aussi sur la production, dont le mix et le master sont signés Ben Lesous de B-Blast Records. La priorité était d’obtenir ce son très organique et finalement très live ?

Avant d’entrer en studio, on a beaucoup discuté avec Ben, qui est un metalleux et un sacré batteur. Je lui ai dit que je voulais un son qui soit entre Molly Hatchet et The Outlaws, c’est-à-dire une production vintage moderne ! (Rires) Et pas non plus un son ‘frenchy’, notamment dans les voix. Et il m’a répondu qu’il voyait exactement ce que je demandais. Ensuite, je lui ai dit qu’il y avait trois guitaristes qu’il fallait devoir aussi faire ressortir, en plus de la basse. Et c’est vrai qu’il a fait des prises les plus live possible. Il a enregistré la batterie et les voix et, de notre côté, on a enregistré les guitares chez nous. Et pour obtenir ce son, c’est Ben qui a donné toute cette cohésion pour atteindre cet esprit live.

– Pour rester sur le son de l’album, on voit aujourd’hui beaucoup de groupes qui multiplient les pistes de guitares, histoire aussi et surtout de remplir l’espace sonore. Chez vous, c’est très différent, car il faut plutôt se faire une place. Est-ce que l’équilibre s’est fait assez facilement, chacun ayant déjà sa ‘partie’ en quelque sorte ?

Dès le départ, entre guitaristes, on s’est mis d’accord. Lorsque l’un d’entre-nous fait un solo, par exemple, on n’entend pas sa rythmique sur l’album. Elle est assurée par les deux autres, sans la sienne. On voulait que ça sonne vrai et authentique.

Photo : Véro Pennec

– Par ailleurs, et on en revient aussi un peu à cet esprit de fraternité, vous faites tous les chœurs sur l’album. Et au-delà de l’investissement que cela peut demander à chacun, ça sonne très naturel et très spontané. Est-ce que vous placez cette unité artistique au-dessus de tout, comme étant indispensable aux morceaux ?

Oui et on a encore du travail de ce côté-là. D’ailleurs, c’est quelque chose sur laquelle on est très concentré et qu’on veut améliorer. En France, on ne fait absolument pas ça. Les groupes ne s’intéressent pas à cet aspect, en dehors de quelques uns. On met un point d’honneur à travailler les choeurs, parce qu’on est tous persuadé que ça va nous apporter un gros plus. En ce moment, nous sommes vraiment en train de chercher et de trouver nos voix pour les harmoniser toutes ensemble, car nous avons des voix avec des tessitures différentes et complémentaires. J’ai vraiment envie qu’on retrouve un côté Gospel et nous avons la possibilité de le faire.

– Pour les textes, même si certains sont plus graves, l’ensemble se veut très chaleureux et, toute proportion gardée, très festif avec beaucoup d’humour (« My Dog », « Big Tits, Sweet Lips »). C’est pour s’inscrire dans une certaine tradition du Southern Rock aussi, ou plus simplement pour apporter un peu d’évasion et de légèreté ?

En fait, la plupart des morceaux me racontent en quelque sorte, en dehors de certaines, bien sûr. Dans les chansons, je n’ai pas envie de parler de politique, on l’a déjà évoqué, mais on vit une époque de dingues. Tout le monde vit pour soi au lieu d’être fraternel justement. C’est très important et c’est aussi pour ça qu’on a appelé l’album « Band Of Brothers ». Par ailleurs, si tu prends un morceau comme « A Place In The Sun », c’est vraiment mon histoire. Tu comptes sur tes potes et ils te donnent des coups de pied dans le dos, alors que tu ne t’y attends pas. Et ils continuent à te considérer comme un ‘ami’. J’avais vraiment envie d’en parler…

– Et puis, ça aussi c’est une coutume inhérente au style, il y a « Song For The Brave » et ses neuf minutes avec une inspiration assez épique. On peut penser dans la forme et la longueur à « Freebird » de Lynyrd Skynyrd bien sûr, aussi à « Mountain Jam » du Allman Brothers Band ou même à « Silent Reign of Heroes » de Molly Hatchet dans une certaine mesure. C’est presqu’un passage obligé, une sorte de morceau-signature quand on fait du Rock Sudiste ?

Ca vient naturellement, en fait. Mon idée des trois guitaristes solistes est une sorte de revanche. C’est une façon de dire, on vous a raconté une histoire : maintenant, écoutez ce qui s’est passé. Et les duels de guitares sont là pour ça. C’est vraiment ça l’idée première, d’adapter aussi les solos au contexte de la chanson, de ce qu’on vient de dire. Et ce sont les ambiances qui jouent aussi ce rôle. « Song For A Brave », c’est vraiment tout ça à travers un morceau qui parle de la guerre de sécession, de l’esclavage, d’évangélisation et de la souffrance… avec une partie solo qui atteint près de cinq minutes justement.

Photo : Véro Pennec

– « Band Of Brothers » sort en autoproduction et je sais que vous n’avez même pas cherché de label, que votre désir était de le réaliser vous-mêmes du début à la fin. Si cet esprit d’indépendance et de liberté est très compréhensible, est-ce qu’à l’avenir l’apport d’un label vous paraît, sinon indispensable, du moins très important ?

Absolument ! Si on veut bien faire évoluer les choses, il nous faudra un label, un ingé-son permanent aussi (tiens, ça me rappelle quelque chose ça… – NDR), quelqu’un aux lumières, un manageur… On aurait aussi besoin d’un ‘capitaine’, d’une sorte de dirigeant qui nous dise où aller et quoi et qui éviter. Maintenant, pour trouver un label, je compte plus sur nos confrères américains. Ce ne sera pas en France en tout cas, mais peut-être en Allemagne ou en Hollande, où j’ai de bons contacts.

– D’ailleurs, si mes sources ont bonnes, et elles le sont, vous travaillez déjà sur le deuxième album. L’appétit vient en mangeant, ou est-ce parce que vous aviez l’idée folle de sortir un double-album au départ ?

En fait, c’était une blague et on avait même parlé de sortir un double, voire un triple album ! (Rires) C’est parti là-dessus parce qu’à chaque fois que j’arrivais en répétition, je disais aux gars que j’avais un nouveau morceau. Mais ce qui est drôle, c’est que pour la sortie en vinyle, la boîte qui s’en occupe m’a contacté pour me dire que c’était trop lourd pour un disque unique. Il en fallait clairement deux et ils devraient d’ailleurs sortir d’ici quelques semaines maintenant. Et sur notre lancée, je pense que le deuxième album sera aussi un double-vinyle. Et je vais même te dire un truc : j’ai déjà en tête le début du troisième album ! (Rires) Et puis, pour sortir un double-album, il nous aurait aussi fallu quatre vinyles ! (Rires

– Enfin, on a beaucoup parlé de guitare, puisque GUNSMOKE BROTHERS BAND est particulièrement bien équipé de ce côté-là. Bon, maintenant, tu peux me le dire : qui est le meilleur des trois ?

Le batteur !!! (Rires)

« Band Of Brothers » de GUNSMOKE BROTHERS BAND est disponible sur le Bandcamp du groupe :

https://gunsmokebrothersband.bandcamp.com/album/band-of-brothers

Et retrouvez la chronique de l’album :

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Southern Rock

Gunsmoke Brothers Band : proud legacy

Le Finistère étant en quelque sorte le far-west de notre pays, notre bout du monde, c’est avec un naturel et une facilité évidente que GUNSMOKE BROTHERS BAND aborde le Southern Rock avec un regard neuf et une touche originale. Avec son armada de guitaristes, il distille des chansons qui restent gravées, des parties de guitares forcément de haute volée sur un chant sincère. « Band Of Brothers » est le disque d’un combo attachant et virtuose, qui va vite faire parler de lui. Le Rock Sudiste français a enfin son digne représentant.

GUNSMOKE BROTHERS BAND

« Band Of Brothers »

(Independant)

Malgré une scène hexagonale désertique, les fans de Southern Rock ne manquent pourtant pas, si l’on en croit l’intérêt porté à des groupes mythiques comme Lynyrd Skynyrd, Molly Hatchet ou Allman Brothers Band pour ne citer qu’eux. Au-delà du fait que le style soit assez éloigné de notre culture, le ‘Rock Sudiste’ souffre aussi sûrement d’un déficit d’image lié au drapeau confédéré souvent arboré outre-Atlantique… Et c’est bien dommage. Mais ici, on parle musique, pas politique. Et celle, très fédératrice, du GUNSMOKE BROTHERS BAND vaut bien plus qu’un simple détour, tant elle ne manque ni d’atouts convaincants, ni de chaleur.

A la tête du quintet, on retrouve le chevronné Xavier Quémet, chanteur, guitariste et compositeur de « Band Of Brothers ». Et, car il s’agit réellement d’une fratrie de musiciens œuvrant à l’unisson, il est brillamment accompagné de Tony Vasary (basse), Thibault Menut (batterie) et des frères Ar Beleg, Seb et Niko, aux guitares. Fratrie donc. Et si on fait les comptes, GUNSMOKE BROTHERS BAND se présente bel et bien avec trois six-cordistes, tous en lead comme à la rythmique. Et cette belle tradition Southern se reflète sur 12 morceaux bardés de riffs entêtants, de solos virtuoses et de twin-guitares endiablées.

Loin des caricatures, la formation bretonne distille des compos efficaces, mélodiques et suffisamment percutantes pour obtenir un savoureux mélange de Country-Rock et de Hard Blues dans un vrai moment de partage et d’authenticité. Dès « Liar Pigs », on perçoit l’unité du groupe sur ce chorus majestueux, qui se propage et infuse littéralement la suite de « Band Of Brothers » (« My Dog », « Wild White Wine », « Song for The Brave », « Martin Brown », « Big Tits, Sweet Lips » et le morceau-titre). GUNSMOKE BROTHERS BAND passe haut la main le cap du premier opus et travaille déjà sur le deuxième. Inspiré et prolifique !  

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Blues Blues Rock International Southern Blues

Susan Santos : sunny vibes [Interview]

La guitariste, chanteuse, compositrice et productrice SUSAN SANTOS a livré il y a quelques semaines son nouvel et sixième album, « Sonora ». Elle nous transporte au coeur du desert à travers huit titres à l’atmosphère plutôt Blues Rock, mais pas seulement. Mâtiné de divers courants allant de sonorités hispaniques et Southern, comme Country ou même Western, l’Espagnole fait preuve d’un éclectisme bluffant et d’une maîtrise totale avec une identité marquée. L’occasion de lui poser quelques questions au sujet de ce brûlant nouvel opus…   

Photo : Juan Pérez-Fajardo

– Le moins que l’on puisse dire est que « Sonora » est un album très solaire à de nombreux points de vue. Même s’il ne dénote pas de tes précédentes réalisations, est-ce que faire du désert le point central du disque est une envie que tu as eue avant même le processus de composition ?

C’est quelque chose qui s’est fait petit à petit, en fait. J’ai commencé à écrire des chansons sans intention précise, et au fur et à mesure du choix des morceaux, l’idée a émergé pour devenir finalement le fil rouge de l’album.

– D’ailleurs, tu l’as entièrement composé, paroles et musique, et tu l’as aussi coproduit avec Jose Nortes. Tout a été réalisé aux studios Black Betty à Madrid. C’était important d’être presque seule à chaque étape de « Sonora » pour en quelque sorte ‘centraliser’ les choses ?

Dès le départ, il était clair pour moi que je voulais faire les choses à ma manière, tout décider et participer à tout le processus, y compris le mixage et le mastering. L’enregistrer à Madrid était le plus pratique, puisque j’habite là. L’enregistrement s’est fait en quelques jours, mais avec les concerts, les voyages et les tournées, j’ai du attendre mon retour pour repartir en studio pour le mixage.

Photo : Juan Pérez-Fajardo

– Les morceaux de « Sonora » sont efficaces sans pour autant être épurés, loin de là. On t’entend jouer de la guitare électrique, baryton et acoustique, ainsi que du banjo et du thérémine. L’album est vraiment très riche, ainsi qu’au niveau des arrangements. Est-ce une chose sur laquelle tu t’es longuement penchée ?

Pas vraiment, la vérité est que tout s’est fait un peu à la volée. En fait, j’ai même écrit  des chansons et de nombreux arrangements en studio pendant que nous enregistrions. J’avais une totale liberté de décision et c’était vraiment très amusant ! C’est vrai que tout ça a aussi fait bouger beaucoup de choses pendant les journées d’enregistrement.

– Je disais que « Sonora » était musicalement très solaire dans son ensemble, à travers le thème du désert bien sûr, mais aussi musicalement. C’est la première fois que tu réalises ce qu’on pourra apparenter à un album-concept ?

Oui, c’est la première fois que je fais quelque chose comme ça. Comme je te le disais, je n’y ai pas pensé au début, lorsque je me suis décidée à enregistrer un album. J’ai commencé l’écriture des chansons et dès que j’en ai eu deux ou trois, c’est à ce moment-là que l’idée m’est venue et s’est imposée.

Photo : Juan Pérez-Fajardo

– Evidemment, la thématique et certaines sonorités hispaniques, et parfois Southern aussi, font penser à une bande originale de western. Est-ce un peu de cette manière que tu as conçu « Sonora » ?

Absolument ! J’aime beaucoup être au croisement de tous ces sons entre Rock, Blues, Country, Southern Rock et Western. Et l’environnement du désert est parfait pour encadrer et englober toutes ces ambiances.

– Un petit mot aussi sur le clip de « Hot Rod Lady », qui a été tourné à Joshua Tree. Pourquoi spécialement là-bas, même si on en a une petite idée ? On aurait aussi pu l’imaginer dans les Bardenas Reales… 

En fait, j’étais en tournée en Californie, lorsque je mixais l’album et on était très proche de Joshua Tree. Ca m’a semblé être l’endroit parfait pour le tournage du clip de la chanson.

– Depuis tes débuts, tu multiplies les styles de Blues et aucun ne te résiste. Y a-t-il cependant un registre qui a ta préférence et qui te ressemble le plus ?

Je suis très curieuse de tous les styles musicaux et beaucoup d’entre eux se marient facilement car, au final, ils ont tous la même source et les mêmes racines. J’aime toujours me renseigner en amont pour ensuite orienter les chansons vers d’autres ambiances. C’est à chaque fois un défi que j’aime beaucoup.

Photo : Juan Pérez-Fajardo

– Depuis quelques années, on voit de plus en plus de blueswomen mises enfin en lumière. Certains découvrent de grands talents, alors que la majorité d’entre-vous êtes là depuis un bon moment. Est-ce que tu penses aussi que cette reconnaissance est souvent un peu tardive ?

Oui, il nous faut se battre et progresser petit à petit. Pour le moment, je continue à faire ce que j’aime le plus, c’est-à-dire composer des chansons et les jouer en concert partout où c’est possible. Et oui, bien sûr que j’aimerais avoir bien plus de reconnaissance, évidemment.

– On l’a dit, tu navigues entre plusieurs styles, tous plus ou moins Rock d’ailleurs. Cela dit, ton propre son est très européen, malgré quelques touches américaines, notamment Southern. Est-ce qu’après toutes ces années et avec six albums à ton actif, il y a un désir en toi de t’imposer au pays du Blues, ou est-ce que les frontières ont déjà été franchies ?

J’ai beaucoup voyagé, mais pour le moment je me sens très bien ici en Espagne. J’y ai de bonnes relations avec beaucoup de monde et de bonnes collaborations également. Mais je n’exclus pas de vivre ailleurs à l’avenir. La vérité est que je joue déjà beaucoup en dehors de l’Espagne, car ici le circuit est assez restreint pour ce style de musique.

Le nouvel album de SUSAN SANTOS, « Sonora », est sorti et est disponible sur le site de l’artiste : https://www.susansantos.info/shop

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Alternative Rock

Thadeus Gonzalez : l’éloquence faite Rock

Tout en émotion, THADEUS GONZALEZ ne ment pas. Depuis ses débuts, c’est à travers un Rock sans frontière, où il se joue des genres, qu’il nous invite à le suivre dans une sorte d’état des lieux ou de constat d’une société dans laquelle ses sentiments surgissent avec une vivacité dont peu de groupes font preuve aujourd’hui. « Street Fights Are Starting Hurt » est assez emblématique de notre époque et musicalement la maîtrise est telle qu’il est impossible de ne pas s’y retrouver.

THADEUS GONZALEZ

« Street Fights Are Starting To Hurt »

(Independant)

Auteur du très bon « Opposite Faces » il y a trois ans, THADEUS GONZALEZ poursuit sa trajectoire à travers un Alternative Rock très personnel mâtiné de sonorités Hard Rock 90’s, de quelques ambiances post-Punk écorchées et surtout autour d’un songwriting toujours aussi authentique. Compositeur et parolier, le Californien peaufine avec « Street Fight Are Starting To Hurt » ce qu’il avait entrepris précédemment et le volume affiché aujourd’hui est très largement à la hauteur des attentes.

Ce qui est remarquable chez THADEUS GONZALEZ, c’est qu’il compose toujours avec une guitare acoustique, ce qui confère à ses chansons une touche très vivante et sincère. Les vibrations qui animent ce quatrième album sont intenses, et il fallait bien ça pour mettre en exergue des textes souvent poignants. Ici, l’énergie est constante, jusqu’à devenir le leitmotiv du chanteur qui ne ménage pas ses efforts et qui nous rend même complice et témoin de ses morceaux (« Street Hurt », « The Aura Of Gospel », « Tussle »).

Attachant au possible, THADEUS GONZALEZ se livre dans une formule finalement assez épurée en guitare/basse/batterie, sans effets de manche, et en restant direct et très efficaces. Il y a beaucoup de vérité dans la musique et dans la voix de l’artiste d’Oakland, ça sent le vécu ! Entraînant (« Super Rough Breakdown »), plus intimiste (« My Friends Are All Crazy », « The Fête One »), sombre (« Black Eye On A Tiger ») et fédérateur (« Tell Me What You Want »), il nous embarque dans un univers sensible. Une belle réussite… encore !  

Retrouvez la chronique de l’album précédent :

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Heavy metal International Occult Rock Old School

The Wizards : magie et ésotérisme [Interview]

Ancré dans un esprit 70’s, THE WIZARDS se meut dans un concept et des sonorités occultes dilués dans un son organique soigneusement élaboré. Originaires de Bilbao, les Basques combinent Hard Rock, Heavy Metal et Rock et avec « The Exit Garden », le quatrième album du quintet, on plonge dans un univers à l’imagerie sombre et ténébreuse où les longues plages instrumentales souvent épiques font corps avec un chant captivant. Entretien avec Jorge, aka George Dee, lead-guitariste du combo, dont le registre rappelle les belles heures des fondations du genre.

– Vous avez formé THE WIZARDS il y a un peu plus de dix ans et votre parcours est exemplaire avec ce quatrième album qui vient juste de sortir. Est-ce que c’est ce que vous avez déjà en tête au printemps 2013 quand vous avez publié votre première démo ?

Notre première démo est sortie en janvier ou février 2014 et à l’époque, le groupe s’est formé sans objectif clair en tête. Nous avions tous joué dans d’autres groupes et nous avons commencé ce projet juste pour nous amuser et jouer quelque chose de différent. Nous ne pouvions pas imaginer que THE WIZARDS allait être le tournant Rock’n’Roll de nos vies.

– Avant de parler de « The Exit Garden », j’aimerais qu’on évoque de cette sorte de concept autour de THE WIZARDS. Il règne chez vous une ambiance occulte et une imagerie pleine de mystères. Est-ce que l’objectif est de développer un univers bien spécifique autour de chaque album, ou c’est plus global et cela inclue la démarche complète groupe ?

Le concept derrière le groupe a été clair, dès que nous avons choisi le nom en fait. Il reflète la magie liée à la musique. Nous nous inspirons des connaissances ésotériques, ainsi que des livres, des bandes dessinées, de nos expériences personnelles et bien d’autres choses. Chaque album montre une approche différente et rien n’est vraiment planifié, car les choses se produisent finalement lorsque nous écrivons et composons les chansons.

Photo : Raquel Garcia

– Après votre premier album éponyme en 2015, vous avez enchainé avec « Full Moon In Scorpion » et « Rise Of The Serpent », presque coup sur coup en 2017 et 2018. Que s’est-il passé ? Vous aviez un double-album en tête dès le départ, ou il s’agit juste d’un surplus de créativité ?

En fait, c’est juste quelque chose de normal, car nous avions enregistré « Full Moon in Scorpio » en avril 2016 et il n’est paru qu’en mai 2017. Au début, personne ne voulait le sortir et après quelques mois, nous avons finalement conclu un accord avec Fighter Records. Et puis, il y a eu des critiques et des ventes incroyables, donc nous avons beaucoup joué. Ensuite, en avril 2018, nous avons commencé à enregistrer « Rise of the Serpent ». Finalement, il y a eu une pause de deux ans entre la conception et l’enregistrement des deux disques.

– Puis, il s’est passé six ans entre vos deux derniers albums. C’est long et même s’il y a eu la pandémie, est-ce une période où vous avez aussi plus tourné ?

Malheureusement non, nous n’avons pas pu faire de concert pendant deux ans et demi et ce fut un désastre total pour nous. Mais nous nous en sommes remis en selle et nous sommes revenus il y a deux ans et nous sommes là aujourd’hui : prêts pour l’action et plus forts que jamais.

– A propos de concerts, on entend assez peu parler de la scène Metal espagnole. Est-il facile d’y organiser des tournées et est-ce que votre situation au pays Basque vous offre aussi des opportunités en raison de la proximité avec la France, notamment ?

Il y a une scène intéressante dans notre pays et nous avons joué presque partout. Ce n’est pas difficile pour nous de tourner ici. Et comme nous sommes aussi proches de la France, notre premier concert a eu lieu à Rennes en Bretagne. Nous adorons jouer dans d’autres pays. J’espère que nous pourrons bientôt retourner à Rennes et dans d’autres villes également.

– D’ailleurs, la culture basque est aussi riche en légendes. Est-ce qu’elle vous inspire ?

Pas énormément au niveau des paroles. Je pense que nous sommes peut-être plus davantage liés à cette présence par la seule puissance de son essence-même.

– Il y a trois ans, vous aviez aussi sorti un single, « Sign Of The Wolf (Pentagram) ». C’était une façon de garder le contact avec vos fans, alors que les concerts étaient à l’arrêt ?

Oui, exactement. Nous nous sommes souvenus qu’il y avait cette chanson que nous avions gardée pour une sortie spéciale. Et nous avons pensé que c’était le bon moment. On la jouait d’ailleurs en live depuis longtemps.

– « The Exit Garden » paraît plus sombre que vos albums précédents avec des aspects Doom qui rappellent Skyclad et Trouble. Et puis, vous avez également produit votre album. C’est une manière de gérer entièrement votre musique ou, plus simplement, c’est parce que vous aviez une vision précise et claire du son que vous voulez obtenir ?

Nos deux précédents disques avaient été produits par Dean Rispler et il nous a montré de nombreuses astuces importantes concernant la production. C’était donc le moment idéal pour le faire nous-mêmes. Nous n’avons pas beaucoup réfléchi au son global, mais nous avons beaucoup travaillé sur les arrangements, les structures et le jeu. Je pense que nous avons réalisé ce que nous avions en tête, donc nous sommes vraiment heureux de l’avoir produit nous-mêmes.

– L’une des premières choses qui attire l’attention chez THE WIZARDS est l’énorme travail effectué sur les guitares, entre les riffs, les twin-guitares et les solos. Les morceaux ont structures solides. Vous composez plutôt autour d’un thème de départ, du chant ou des parties de guitares justement ?

Merci, c’est peut-être parce que les principaux auteurs sont Felipe (Phil The Pain – NDR) et moi, les deux guitaristes du groupe. Nous aimons écrire les chansons ensemble, et c’est génial, car nous nous complétons vraiment. Habituellement, nous travaillons sur quelques riffs qui deviennent la structure principale, puis nous ajoutons les paroles et d’autres arrangements. Mais la majeure partie du travail est accomplie lorsque nous répétons tous les cinq ensembles. Cela a d’ailleurs toujours été notre façon de faire depuis le début.

– D’ailleurs, comment se partagent les parties de guitares entre le lead et la rythmique ? Et est-ce que le fait d’avoir le même line-up depuis vos débuts est important pour l’harmonie du groupe et l’équilibre de vos morceaux ?

C’est assez simple, je joue le lead et Felipe joue la rythmique en concert. En studio, nous enregistrons tous les deux les parties rythmiques, et ensuite je fais les solos. C’est vrai que nous sommes ensemble depuis 2013 et c’est véritablement la clé du son serré que nous aimons offrir. Ecrire, répéter et jouer en live avec les mêmes personnes pendant dix ans est quelque chose qui crée une réelle connexion et une belle synchronicité au niveau des guitares dans les morceaux.

– Enfin, THE WIZARDS aurait très bien pu exister et évoluer dans les années 70/80. Comment vous êtes-vous plongé dans ce courant du Heavy Metal, qui rappelle ses belles heures ?

Nous aimons les groupes classiques tels que Judas Priest et Blue Öyster Cult, c’est vrai. Les albums que ces groupes ont réalisés dans les années 70/80 sont de grande classe. Mais nous essayons surtout simplement de créer quelque chose de personnel en s’inspirant de tous ces grands maîtres. Et puis, rien ne nous intéresse plus qu’un ampli Marshall et une guitare Gibson : c’est du Rock’n’Roll et c’est donc toujours très organique.

Le nouvel album de THE WIZARDS, « The Exit Garden », est disponible chez High Roller Records.