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Desert Rock Heavy Stoner Psych

Spirit Mother : un espace imposant

Dès son premier album, « Cadets » sorti en 2020, SPIRIT MOTHER s’est distingué de la scène Stoner grâce à une touche singulière. L’année suivante, son « Live In The Mojave Desert » vient confirmer ce bel élan dans un décor où il semble littéralement dans son élément. Après « Trails » en 2024 et un départ de Californie, des touches plus Desert Rock et Americana viennent se greffer à leur univers, qui est aujourd’hui atypique, imprévisible et profondément vivant.

SPIRIT MOTHER

« Thistle »

(Sound Of Liberation Records)

Après avoir quitté Long Beach pour le Haut Désert de l’Oregon, SPIRIT MOTHER a trouvé un nouveau souffle et surtout une source d’inspiration intarissable. Depuis « Trails » sorti il y a deux ans, le groupe a quelque peu remanié son line-up. Le chanteur Armand Lance a laissé la basse à Michael Feuris pour prendre la guitare. SJ Lance est aujourd’hui soutenue par l’autre violoniste Mia Rose et elles assurent également toutes les deux les chœurs. Et enfin, Chase Howard de Kadabra qui œuvre derrière les fûts et livre une prestation de haute volée.

Pour son troisième album, SPIRIT MOTHER est allé puiser au cœur même de ses influences, et elle sont aussi nombreuses que différentes. Et il faut reconnaître aussi qu’il faut vraiment apprivoiser « Thistle », tant il multiplie les atmosphères. Heavy Rock, Stoner Psych, Grunge et Americana cohabitent ici très bien et contribuent, s’il en était encore besoin, à sceller la signature et l’identité du combo. Ecrit, enregistré et autoproduit dans l’ancienne cabane du chanteur, on entre en immersion pour faire corps avec l’aride et sauvage paysage alentour.

SPIRIT MOTHER est également passé maître dans l’art de conjuguer la puissance de son jeu avec une certaine nonchalance, tout en préservant une tension palpable grâce à un Fuzz omniprésent enrobé des deux violons. Ceux-ci sont d’ailleurs parmi les acteurs les plus pertinents de la formation. Derrière les vapeurs psychédéliques, « Thistle » propose un voyage sonore assez inédit et très original. Parfois mélancolique, ce nouvel opus trouve sa force dans un aspect brut et soigné (« Dog Machine », « Good Faith », « Crux », « Odetta »). Captivant !

Retrouvez les dernières chroniques des albums de SPIRIT MOTHER :

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Heavy Stoner Doom Stoner Metal Stoner Rock

Gozu : monumental

Parmi les formations les plus inventives de la scène Stoner de ces dernières années, GOZU repousse toujours ses limites et c’est le cas cette fois encore. Intense et débordant d’énergie, « VI » est d’une grande profondeur et se montre à certains égards encore plus enivrant que son prédécesseur « Remedy » (2023). Parfois Old School, les styles se bousculent pour se fondre dans un même élan et une perspective assez roots, mais très élaborée. Le combo du Massachusetts est aussi frondeur qu’efficace.

GOZU

« VI »

(Metal Blade Records/Blacklight Media Records)

Depuis plus d’une décennie maintenant, le Stoner des Américains est en plein ébullition. Entre Rock et Metal, Psych et Doom et naviguant dans des sphères inspirées des 70’s, GOZU ne cesse de se renouveler sans y perdre son âme, bien au contraire. Entier et sans concession, il a fait du chemin depuis « Locust Season » (2010) et semble même se renforcer au fil des albums. Avec « VI », il atteint un sommet créatif et la phénoménale production du fameux Benny Grotto des studios Mad Oak de Boston le hisse à un niveau quasi-dantesque.

Traversant une période difficile au niveau personnel, Marc Gaffney s’est jeté à corps perdu dans la composition de ce nouvel opus, et le guitariste-chanteur a su trouver les ressources nécessaires en se plongeant pleinement au cœur d’un Stoner aussi lourd et épais qu’aérien et mélodique. GOZU frappe au bon moment, laisse aussi pleinement passer les émotions. Saturé ou limpide, le jeu des Bostoniens reste nerveux, souvent tendu, mais ne tombe jamais dans la facilité. « VI » livre bien des facettes en œuvrant dans des mélanges de genres savoureux.

Le quatuor (oui, il en manque un sur la photo!) propose une incroyable immersion dans un disque qui, malgré sa fluidité, se découvre au fil des écoutes. Heavy et fuzz, les titres s’enchaînent sur un son massif, presque Soul dans l’esprit, toujours accrocheurs voire franchement hypnotiques (« Corinthian Leatherface », « Killer Khan », « Corner Lariot », « Banacek », « They Did Know Karate »). Toujours aussi pimentée, l’approche musicale de GOZU est de plus en plus pertinente et originale et il se démarque vraiment de la scène actuelle avec classe.

Photo : Matt Darcy

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Desert Rock Stoner Rock

Avon : through the clouds

Huit ans après son dernier effort, AVON revient irradier de son Desert Rock la planète Stoner. Toujours aussi californien dans le son comme dans l’esprit, il est plus irrésistible que jamais. Très organique et avec l’instinct du live, le groupe incarne l’essence-même du style avec tout ce qu’il contient d’instantanéité et de vérité dans le jeu. Expressif autant qu’explosif, « Black On Sunshine » fait l’équilibre entre onirisme et mélodies appuyée avec maestria.

AVON

« Black On Sunshine »

(Go Down Records)

Après « Mad Marco » (2016) et « Dave’s Dungeon » (2018), « Black In Sunshine » est donc le troisième album de l’emblématique trio AVON. Enregistré et produit par James Childs lui-même, on retrouve l’esthétisme du Desert/Stoner Rock dans toute sa splendeur . Malgré un nombre conséquent de productions du même genre, et même si ce nouvel opus dépasse tout juste les 30 minutes, les trois musiciens atteignent des sommets et se hissent tranquillement au dessus du lot. Soudés autour du même line-up depuis le début, l’osmose et la complicité sont palpables.

Il faut dire qu’ils ont du métier. Le batteur Alfredo Hernández a œuvré chez Kyuss, QOTSA et Yawning Man, James Childs au chant et à la guitare a pris la lumière avec les Anglais de Airbus notamment et Charles Pasreli fait vibrer sa basse sur la scène de Palm Springs au sein de plusieurs formations. AVON a donc beaucoup de caractère, d’expérience et possède surtout un sens du songwriting, qui semble tellement naturel. Le groove est épais, le Fuzz transcende les riffs et la voix du frontman vient éclairer des morceaux d’une rare efficacité et d’une intensité constante.

Et c’est un souffle chaud qui traverse « Black On Sunshine » dans la plus pure tradition Desert Rock. Rebelle et psychédélique, le Heavy Rock du combo livre aussi quelques clins d’œil bluesy, ou Surf sur l’éponyme titre d’ouverture. AVON vit et respire les sonorités de son désert voisin et atteste que Mojave n’est qu’à deux pas. En exhumant « Super Furry Antidote » et « Doorway », il jette un regard sur un passé pas si lointain, mais continue d’avancer sans nostalgie sur des morceaux percutants (« Awkwardness », « Spacebar », « Never In A Million Years », « Bandits »). Magique !

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Hard 70's Psych Prog

The Neptune Power Federation : crazy world

Les Australiens ne font rien comme les autres et « Mondo Tomorrow » vient confirmer la liberté qui les anime. Toujours aussi inventifs, ils se fondent cette fois dans une ambiance Sci-Fi explosive et déroutante. D’une grande richesse instrumentale et reposant sur des arrangements minutieux, ce septième effort est toujours aussi entraînant, planant et incisif. La maturité artistique de THE NEPTUNE POWER FEDERATION est à son apogée et pourtant un large champ d’instigation lui tend encore les bras.

THE NEPTUNE POWER FEDERATION

« Mondo Tomorrow »

(Cruz Del Sur Music)

Deux ans après « Goodnight My Children », THE NEPTUNE POWER FEDERATION refait surface avec « Mondo Tomorrow », son septième album. Et il est toujours aussi enthousiasmant, tant l’univers du combo semble vaste. Et si sauvage et étrange sont les adjectifs qui reviennent avec évidence à chaque réalisation, on peut affirmer sans mal qu’ils s’appliquent encore une fois à celle-ci. Enregistré dans son antre, le Pet Food Factory de Marrickville à Sydney, ce nouvel opus nous plonge dans une vision rétro-futuriste et très personnelle de nos technologies.

Le Hard 70’s teinté de Psych et nappé d’un voile occulte prend ici une autre dimension, une façon pour le groupe d’explorer toujours plus et de repousser les limites de son registre. Et pour se faire, on peut compter sur la très magnétique ‘Screamin’ Loz Sutch’, dont la voix et la présence sont une composante essentielle de THE NEPTUNE POWER FEDERATION. Pour autant, son très bon duo de guitaristes mènent le jeu, soutenu de main de maître par une rythmique aussi rodée que créative. Quant à la production, elle est délicieusement organique.

Les premiers mots parlés par la ‘Prêtresse Impériale’ sur le morceau-titre qui ouvre « Mondo Tomorrow » donne le ton. Imprévisible et ensorceleur, le quintet reste une machine à riffs imparable, qui libère avec exaltation des mélodies entêtantes. Multipliant des approches musicales différentes à chaque disque, THE NEPTUNE POWER FEDERATION navigue entre Fuzz, Prog et dans une ambiance qui rappelle même à l’occasion Zodiac Mindwarp. Imposant, « Mondo Tomorrow » captive (« The Grip Of Death », « And The Bones Decay », « Cybernetic Times »). Puissant !

Retrouvez la chronique de l’album « Le Démon De L’Amour » :

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International Stoner Rock

Truckfighters : architects of fuzz [Interview]

Depuis le début des années 2000, les Suédois ont amorcé une opération revival du Stoner Rock à l’européenne et n’ont eu de cesse d’élever au rang d’art cette pratique du Fuzz, qui reste toujours aussi énigmatique que savoureuse. A la base de cette belle aventure, on retrouve Ozo (Oskar Cedermalm) à la basse et au chant et Dango (Niklas Källgren) à la guitare, qui ont constitué au fil du temps une belle collection de batteurs pour les accompagner. Une longue décennie de silence discographique après leur dernier album en date, « V », TRUCKFIGHTERS sort enfin « Masterflow ». Sans surprise et avec bonheur, la fraîcheur, la spontanéité et une certaine inconscience sont toujours au rendez-vous sur ce nouvel opus d’une grande richesse musicale et d’un impact fort. Entretien avec deux musiciens libres, adulés par leurs pairs, et dont la légèreté apparente est le fruit d’un réel plaisir de jouer.

– Tout d’abord, quel plaisir de vous retrouver avec un nouvel album ! Dix ans après « V », c’est très long. Pourquoi ce break, même si vous étiez remontés sur scène en 2019 pour une longue tournée ?

Ozo : Oui, on a fait une pause en 2018. Mais après seulement cinq ou six mois sans toucher à un instrument, l’envie de jouer a commencé à revenir ! (Sourires) Je pense que si ça a pris encore des années, c’est en partie à cause du Covid, mais j’étais aussi dans une relation très difficile, du moins pendant les cinq dernières années. Quand on a le cafard, on n’a pas envie de faire de la musique. Je joue de la musique surtout, voire uniquement, parce que j’aime ça…. (Sourires)

Dango : En résumé, on avait perdu le plaisir des tournées et on commençait à se lasser les uns des autres, je crois ! (Rires) On avait donné entre 80 et 110 concerts par an pendant 10 ans d’affilée, alors c’était le bon moment pour faire une vraie pause. J’avais toujours envie de composer, alors j’ai écrit et enregistré un album moi-même sous le nom d’Enigma Experience. Les dernières retouches et la recherche d’un chanteur ont pris un peu de temps, du coup, dès la sortie de l’album, on était déjà de retour sur scène avec les TRUCKFIGHTERS ! (Rires) Mais bon, le Covid nous a aussi forcés à faire une pause. Finalement, c’était peut-être une bonne chose, parce qu’après ça, on a retrouvé le plaisir de jouer sur scène. On donne aussi environ deux fois moins de concerts par an qu’avant. Une autre raison pour expliquer le long intervalle entre les albums, ce sont les enfants. Les petits prennent du temps et de l’énergie… (Sourires) Entre « V » et « Masterflow », Ozo a eu trois enfants et moi deux. La vie, c’est bien plus que la musique.

– Comme vous avez votre propre label, Fuzzorama Records, j’imagine que cette décennie a été consacrée à produire d’autres groupes. Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans cette activité ? C’est la découverte de jeunes talents ou accompagner d’autres plus reconnus ?

Ozo : Dès le départ, il s’agissait surtout d’apprendre le côté commercial de la musique, ce que je trouvais intéressant. Mais avec le temps, je me dis que jouer de la musique est plus amusant aujourd’hui. D’un autre côté, je n’ai plus besoin de travailler 16 heures par jour pour le label, comme je le faisais parfois au début.

Dango : On pensait qu’il était important de diffuser de la bonne musique, de rendre le monde un peu meilleur en sauvant les gens de la daube commerciale ! (Rires) C’est difficile d’expliquer ce qui nous pousse à faire certaines choses. TRUCKFIGHTERS en avaient marre de faire des démos, alors on a créé un label ! Et j’aime aussi découvrir de nouveau groupes qu’on apprécie vraiment. C’est ce que je préfère dans le fait de sortir de la musique que j’aime sincèrement. La plupart des albums sortis sur Fuzzorama sont excellents ! (Sourires)

– J’en termine avec Fuzzorama Records. Est-ce que cela vous a permis de constater une certaine évolution du style ? Certains courants qui se développent plus que d’autres ? Et surtout, est-ce que cela a pu avoir une influence, même inconsciente, sur la tonalité que vous souhaitiez donner à « Masterflow » ? Certains écueils à éviter et peut-être une production à faire évoluer peut-être aussi ?

Ozo : Non, ça peut paraître un peu bizarre, mais on ne se soucie pas vraiment de ce que font les autres groupes, surtout pas pendant les sessions d’enregistrement. On se concentre plutôt sur la création de morceaux qui nous tiennent à cœur, sans trop se préoccuper de l’avis des autres ou des tendances. Et puis, TRUCKFIGHTERS a toujours été TRUCKFIGHTERS : notre son est unique, on évolue et nos albums ne ressemblent pas aux précédents. Ce n’est pas pour suivre la mode, c’est juste la vie qui passe, on vieillit, on change, on a envie d’explorer de nouvelles chansons plutôt que de réécrire les anciennes.

– Restons un moment sur l’entité TRUCKFIGHTERS. Comment expliquez-vous, et le comprenez d’ailleurs vous, que le groupe soit passé au rang de légende du Desert/Stoner en l’espace d’une bonne vingtaine d’années ? C’est assez incroyable compte tenu de la présence antérieure de beaucoup d’autres…

Ozo : Eh bien, c’est difficile à imaginer. Honnêtement, je pense que le secret de notre succès réside dans un travail acharné, la fidélité à nos convictions et le plaisir de jouer. C’est un immense honneur quand les gens nous disent que c’est grâce à nous qu’ils ont commencé la musique. C’est à la fois incroyable et irréel.

Dango : Certaines choses semblent se produire naturellement. « Desert Cruiser » a été notre première composition. J’ai composé le riff principal, une interprétation personnelle du Stoner Rock de l’époque. Le batteur d’origine m’avait prêté tout le catalogue de Kyuss, et on a monté un groupe de Stoner Rock ! (Sourires) C’est fou de repenser à l’impact de ce morceau, qui reste notre plus populaire, et je suppose qu’il le restera toujours, quoi qu’on fasse. Comme tu le dis, une des raisons de notre légende, c’est que le genre était quasiment mort à nos débuts. On fait partie des groupes qui ont contribué à le faire renaître. Au début des années 2000, presque personne ne jouait, ni n’écoutait ce genre de musique. Kyuss s’était séparé, QOTSA avait pris un tournant plus commercial et Fu Manchu n’avait pas tourné en Europe pendant cinq ans. Les quelques autres groupes underground actifs sur la scène ont également disparu, comme Lowrider et Dozer, mais nous, on a continué à faire évoluer le Fuzz.

– Si je m’avançais un peu, je dirai que TRUCKFIGHTERS est peut-être le groupe qui rassemble le mieux toutes les composantes et les sous-courants du style. Et puis, il y a aussi cet humour qui vous caractérise, à travers lequel vous affichez beaucoup de légèreté, là où votre style brille souvent sous par sa complexité. Serait-ce une explication à ce côté rassembleur ?

Ozo : Bon, l’humour est peut-être important. Mais je pense que beaucoup de groupes perdent vite de vue la raison pour laquelle ils ont commencé à jouer : s’amuser. Le succès ou la popularité ne sont pas l’essentiel. L’essentiel, c’est de rester fidèle à soi-même et de jouer pour le plaisir. Si on perd ça et qu’on joue pour l’argent ou le succès, alors autant faire n’importe quel boulot.

– Toujours sur la côté très positif, « Masterflow », outre son titre évocateur, affiche une pochette aussi pleine de bonne humeur. Etait-ce également une façon de désamorcer une certaine pression due à ce retour très attendu ?

Ozo : (Rires) Non… C’était difficile de trouver la bonne pochette. On a eu plein d’idées, dont une ou deux qui me semblaient plutôt intéressantes, mais Dango les a refusées. Du coup, cette canette avec un ingrédient magique « Masterflow », ou je ne sais quoi, était une idée plus amusante et peut-être moins sérieuse, mais j’aimais bien le rendu, et Dango aussi, évidemment. On a peaufiné le design encore et encore. Le fait que Dango et moi soyons sur et autour de la canette a été ajouté à la dernière minute, presque quand le graphiste a abandonné l’idée ! (Rires) Mais c’est sympa, ça montre qu’on est toujours dans le coup, parce qu’on trouve ça toujours aussi fun.

– Sur cette même pochette, vous indiquez « Balance Between Discipline And Freedom », une phrase que l’on retrouve aussi prononcée sur le morceau-titre. Est-ce là la vraie définition de « Masterflow », selon vous ? Un savoir-faire complété par un lâcher-prise ?

Dango : Je pense que oui. Enfin, si on reste trop disciplinés, je suis sûr que cela entraînera une certaine perte de créativité. Mais si on ne fait que s’amuser, se sentir libre et faire ce qu’on veut quand on veut, il y a un grand risque de ne rien accomplir, ou du moins de ne rien terminer.

– Comme les précédents albums, TRUCKFIGHTERS ne s’interdit rien, s’immisce dans le Desert, le Stoner, le Rock comme le Metal avec aussi des passages Doom et Psych. Est-ce que c’est cette appétit pour une grande liberté qui vous nourrit depuis vos débuts, et qui vous permet aujourd’hui de ne connaître aucune frontière artistique ?

Ozo : Difficile à dire. Nous ne nous sommes jamais sentis liés à aucune règle musicale. Nous n’avons jamais eu d’idée précise du résultat final avant même que les morceaux ne soient composés. Pendant un temps, lors de l’écriture de l’album « Universe » (2014 – NDR), nous nous sommes mis la pression pour qu’il soit encore meilleur que « Mania » (2009 – NDR). Résultat : pendant des mois, nous étions incapables de composer un seul riff satisfaisant, une expérience très frustrante. Mis à part cette période, je pense que nous avons toujours eu une grande liberté musicale et fait ce qui nous semblait juste à chaque étape de notre vie. Pour cet album, je me suis beaucoup inspiré de mon complice Dango, et j’ai recueilli ses avis et ses précieux conseils.

– Justement à propos du Fuzz dont vous êtes des maîtres en la matière, et avec un label qui s’appelle Fuzzorama, quel est votre définition, à savoir ses caractéristiques, et ce qui le rend si unique à vos yeux ?

Ozo : C’est un son caractéristique, principalement dû à la guitare et à la basse : une sorte de distorsion chaleureuse, agréable et très puissante ! Cela donne aussi un peu l’ambiance et le son de toute la production audio. C’est à l’opposé du son Metal mainstream, où le son des guitares est souvent tellement agressif qu’il en devient insupportable ! (Rires)

– On parle actuellement beaucoup de l’arrivée de l’IA dans la musique. J’ai l’impression que s’il y a un style qui en sera préservé, c’est bien le Desert/Stoner. Ça va être compliquer de reproduire ce son si organique et ce fuzz insaisissable. Est-ce aussi votre sentiment ? Et d’ailleurs, quel est votre regard là-dessus, qui peut apparaître comme une régression qui ne dit pas son nom ?

Ozo : On est bien trop vieux jeu pour même envisager d’utiliser l’IA, et ça gâcherait tout le plaisir de composer de la musique à partir de rien. Ça prend du temps, il faut laisser libre cours à sa créativité et se plonger complètement dans le processus. J’imagine qu’avec l’IA, le plus dur, c’est encore d’appuyer sur le bouton ‘Créer une chanson’ ! (Rires)

– Enfin, un dernier sourire pour conclure. Vu l’importance cruciale de l’écologie et son enjeu mondial, le nom TRUCKFIGHTERS était-il déjà quelque peu prophétique à l’époque, et l’est-il encore plus aujourd’hui ? Était-ce déjà une cause que vous défendiez lorsque vous avez créé le groupe ?

Dango : (Rires) Non, on trouvait juste le nom super cool. De toute façon, impossible de dire ce que ça signifie vraiment. Est-ce qu’on on se bat contre ou pour les camions, pas vrai ? (Rires) Ce que je veux dire, c’est que ‘Fire Fighter’ est évidemment quelqu’un qui lutte contre le feu, alors que ‘Freedom Fighters’, signifie quelqu’un qui se bat pour la liberté. On dirait que la langue anglaise n’arrive pas à se décider et à être très claire là-desssus, alors qui sait ! (Sourires)

Le nouvel, et tant attendu, album de TRUCKFIGHTERS, « Masterflow », est disponible chez Fuzzorama Records/Cargo.

Photos : Andreas Hylthen (1, 2, 4, 6)

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Desert Rock Heavy Psych Rock Stoner Punk

Red Sun Atacama : une chaleur magnétique

Fiévreux et gorgé d’énergie, le power trio basé à Bordeaux maintient la cadence et ne s’interdit rien sur ce « Summerchild » palpitant et virevoltant. Multipliant les tempos et les ambiances tout en édifiant à l’envie des murs de décibels, RED SUN ATACAMA emprunte des chemins sinueux avec vélocité et s’autorise des embardées plus délicates pour explorer des sonorités inattendues et très soignées. Et cette nouvelle réalisation atteste sans aucun doute qu’il a réellement trouvé sa voie dans un registre souvent insaisissable, entre percussion et moments d’accalmie.

RED SUN ATACAMA

« Summerchild »

(Mrs Red Sound)

Il y a des groupes dont on aime vraiment suivre le parcours et c’est le cas avec RED SUN ATACAMA, qui se bonifie et s’affirme au fil des albums dans un style qu’il est à peu près le seul à représenter en France. Quatre ans après « Darwin », son sulfureux Desert Rock dont les contours sont toujours aussi nuancés, fait de nouveau parler la poudre et ce troisième effort semble atteindre les objectifs que le combo s’est fixé. Son Heavy Stoner aux saveurs californiennes s’engouffre dans un fuzz irradiant et des fulgurances Punk que ne renierait pas un certain Nick Oliveri.

Comme pour son deuxième opus, RED SUN ATACAMA a de nouveau confié les rênes de l’enregistrement à Amaury Sauvé au studio The Apiary de Laval, et le résultat est encore plus abouti sur ce « Summerchild ». Et il faut admettre aussi que les nouveaux morceaux ont gagné en subtilité et Clément Márquez (chant, basse), Vincent Hospital (guitare) et Robin Caillon (batterie) se sont vraiment fait plaisir. Ils ont joué et multiplié les effets sur les cordes, ce qui libère beaucoup d’espace et de profondeur en laissant du champ aux parties du cogneur en chef.

L’autre aspect concerne directement la structure des titres et « Summerchild » est tout sauf linéaire. Si la base reste Stoner et Desert Rock, les ruptures ne manquent pas qu’elles soient bluesy, Folk, Country ou tirant sur un Space Rock bien senti. Les touches Punk ajoutent une dynamique légère et insouciante, tandis que les mélodies et l’atmosphère Psych dominent et cadre l’ensemble. Intense et groovy, RED SUN ATACAMA nous fait transpirer autant qu’il fascine et les surprises ne manquent pas tout au long de cette troisième réalisation très personnelle.

Photo : Hugues de Castillo

Retrouvez la chronique de « Darwin » :

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France Stoner Blues Stoner Rock

Voodoo Queen : envoûtement fuzzy [Interview]

Afficher autant de fluidité et d’assurance sur un premier album est plutôt rare et lorsque la production suit avec un tel niveau d’exigence, il ne faut pas longtemps pour comprendre que le quatuor originaire de La Rochelle n’est pas là pour faire de la figuration. Avec « Violet Crow », sorti en indépendant, VOODOO QUEEN se présente avec un Stoner Rock vif et élégant qui n’hésite pas à montrer autant de rugosité que des mélodies entêtantes et bluesy. Guidé par sa chanteuse et guitariste, le quintet est déjà une machine bien huilée, autant sur scène qu’en studio. La sortie de son premier opus est l’occasion justement d’aller à la rencontre d’un combo qui ne compte s’arrêter en si bon chemin. Au contraire, l’avenir lui tend les bras.

– VOODOO QUEEN a un peu plus de trois ans d’existence aujourd’hui et avant ce premier album, il y a eu la scène avec, notamment, une finale du tremplin Hellfest, ‘The Voice Of The Hell’, puis le Cognac Blues Passions. C’est une belle progression. Est-ce que ce sont les débuts que vous imaginiez ?

Fabiola : En tant que groupe, on espère toujours aller le plus loin et le plus vite possible. Et avant même de sortir notre premier album, on a pu ressentir cet engouement autour du projet, et notamment lors de ces évènements-là. On ne s’attendait pas à autant, et ça nous a vraiment encouragé à poursuivre dans cette voie.

– Avant ce premier album, vous avez également sorti un cinq-titres, « Les Répet’s De Lampli (Live at La Poudrière) ». C’était important et intentionnel pour vous de montrer le groupe sur scène, ou est-ce aussi une belle opportunité qui s’est offerte à vous ?

Jim : On a très rapidement eu envie de faire de la scène pour tester nos morceaux. A ce moment-là, on commençait à avoir quelques compos récentes et c’était une envie commune de les présenter au public. L’association de L’Ampli permet justement aux groupes locaux de jouer dans de bonnes conditions, et d’être enregistrés en live. La soirée était top à partager avec le public, et l’opportunité d’avoir un enregistrement et deux clips vidéo nous a permis de partager nos premiers contenus sur les plateformes. On avait tous les quatre très envie que les personnes qui nous suivent puissent enfin avoir accès en ligne à plusieurs de nos titres. C’était aussi une ouverture pour faire un premier pas vers un nouveau public.

– Il y a d’ailleurs deux morceaux (« Free Way Out », et « Between My Troubles ») de ce live présent sur l’album. C’était essentiel pour vous de présenter le plus de morceaux inédits sur « Violet Crown » ?

Jérémie : Il était important pour nous que ce premier album représente le fruit de nos trois premières années. Nous avions en effet le désir de présenter nos derniers morceaux en priorité, mais avant tout des morceaux qui s’intégraient parfaitement à l’esprit que nous imaginions pour cet album. « Free Way Out » et « Between My Troubles », même si ce sont des morceaux plus anciens, marquent de façon significative l’ambiance mélodique du groupe.

– J’aimerais que l’on reste un peu sur cet EP live car, pour ceux qui ne vous ont jamais vu, c’est aussi l’occasion de vous découvrir en concert. Outre une belle puissance de feu, vous communiquez de manière très naturelle avec le public. Est-ce d’abord la scène le poumon de VOODOO QUEEN ?

Jim : C’est exactement ça. On prend plaisir à composer ensemble, et on prend énormément de plaisir à proposer les morceaux lors de nos concerts. Cela permet d’avoir un ressenti supplémentaire sur le morceau, et de voir si l’on est dans le vrai avec l’ensemble de ce que l’on propose.

Fabiola : Nos passés respectifs font qu’on a tous pris goût à être sur scène, jouer et partager avec le public. Cet EP live montre bien l’énergie que l’on aime donner en live.

– Vous sortez donc votre premier album, « Violet Crown », et il montre une évolution du groupe également soutenue par une très bonne production. Dans quelles conditions l’avez-vous enregistré, car vous affichez beaucoup d’assurance ? C’est le résultat de ce que vous aviez en tête dès le départ , car c’est un beau travail de studio ?

Jérémie : Merci pour le compliment ! On est content d’avoir ce genre de retours, surtout après avoir eu la tête dedans pendant des mois et la crainte de ne plus avoir le recul nécessaire sur notre travail. Tout d’abord, nous avons enregistré en plusieurs sessions dans les studios du Quai de La Sirène, avec l’accompagnement de Thibaud Carter. C’est un lieu qu’on connaît bien, pour s’y rendre régulièrement en répète. On s’y sent plutôt comme à la maison. La suite est l’œuvre de personnes qui nous ont été recommandées, et qui ont su comprendre et modeler notre son. Thibaud nous a conseillé Michel Toledo pour le mixage, qui nous a ensuite conseillé Jérémy Henry pour le mastering. On souhaitait garder ce son brut du live, et l’ambiance générale qui en ressort sur l’album est exactement la finalité recherchée.

– Votre style présente un bel équilibre et le fait d’évoluer avec une chanteuse, ce qui est assez rare dans le registre, est un véritable atout, surtout lorsqu’il est aussi prégnant. Est-ce que, justement, cela vous permet d’aborder des thématiques qui sortent de l’univers traditionnel du Stoner ?

Fabiola : Jusqu’à présent, on ne s’est jamais mis de barrière, que ce soit musicalement comme dans nos textes. Nous venons tous les quatre d’univers différents dans le Rock, ce qui nous amène à explorer de nouvelles choses. Nos paroles peuvent faire écho aussi bien à des moments de vie que des sujets plus introspectifs.

– Votre Stoner Rock a aussi la particularité de flirter avec le Classic Rock et il dégage également une ambiance très bluesy. Est-ce pour obtenir plus de profondeur et d’intensité ou, plus simplement, ce sont des références communes fortement ancrées chez chacun d’entre-vous ?

Paul : L’objectif quand on s’est rencontré était de faire du Stoner. Cependant, nos influences sont très variées et ne sont pas forcément communes aux quatre membres du groupe. Par exemple, j’écoute beaucoup de Blues, alors que c’est plutôt différent pour les trois autres. De ce brassage sont nées des premières compositions très éclectiques. Le son de « Violet Crown » s’est ensuite construit à travers un travail de sélection, afin de ne conserver que sept titres cohérents entre eux, représentatifs de ce que nous voulions défendre. Malgré tout (et heureusement !), on retrouve nos différences dans notre musique.

Fabiola : On apporte chacun notre touche aux morceaux, provenant de différents horizons du Rock et du Blues. Les passages qui ont cette ambiance bluesy amènent un côté chaleureux et parfois posé, qui permettent de nuancer avec les passages plus pêchus ou plus sombres.

– Enfin, maintenant que « Violet Crown » est sorti, quelles sont vos perspectives et vos envies ? L’idée est-elle de s’imposer sur la scène Stoner française, d’autant qu’elle a beaucoup évolué ces dernières années et que le style a aussi gagné en visibilité ?

Paul : L’objectif principal reste de faire grandir le groupe et de l’amener le plus haut possible, à notre échelle, dans le milieu du Stoner. L’idée est avant tout de nous ouvrir des portes, que ce soit en termes de scènes ou de projets plus ambitieux. D’ici dix ans, ou peut-être deux, signer avec un label et jouer dans quelques festivals prestigieux représenterait déjà une très belle réussite.

L’album de VOODOO QUEEN, « Violet Crown », est disponible sur le site du groupe :

https://www.voodoo-queen.fr

Photos : Jihem Notteb (2) et yOdOe (5).

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Alternative Metal Alternative Rock

Faith In Agony : so alive

C’est dans un bel élan que FAITH IN AGONY donne une suite à « Drowned & Exalted », sorti en 2021. Très bien produit, « Insight » traduit avec efficacité une intensité introspective entre Rock et Metal. Très solide et tout en contraste, le combo n’élude pas une certaine vulnérabilité, qui se fond dans des morceaux d’une grande sincérité, souvent à fleur de peau. Sous l’impulsion de sa chanteuse, dont la performance surclasse beaucoup d’autres, la fraîcheur de la formation s’exprime dans une mixité très inspirée.

FAITH IN AGONY

« Insight »

(Independant)

Quelle audace ! Loin des productions hexagonales stéréotypées, convenues ou tellement prévisibles, le groupe signe un album intelligent et d’une grande variété. Même si l’on pourrait les ranger dans un style Alternative Metal/Rock, les Grenoblois œuvrent pourtant dans un registre bien plus large, dont les divers courants se conjuguent dans une belle harmonie. Autant que dire qu’avec « Insight », FAITH IN AGONY offre un grand bol d’air frais, et le paritaire combo fait preuve d’un éclectisme de plus en plus rare et très bienvenu.

Côté son, c’est Sébastien Camhi (Acod, Akiavel, Heart Attack, …) qui a enregistré et mixé ce deuxième opus au Studio Artmusic, lui assurant une belle puissance, du relief, ainsi qu’une mise en valeur des nombreux détails qui se nichent dans des arrangements très soignés. FAITH IN AGONY est donc sûr de son jeu et ses nouvelles compositions témoignent d’une maturité acquise et surtout d’une créativité qui ne s’interdit rien. Guidé par sa frontwoman Madie, passée un temps chez Nightmare, il avance avec force, délicatesse et assurance.   

Avec treize titres, « Insight » permet aussi au quatuor de multiplier les ambiances, les tempos et de dévoiler l’étendue de son univers. Doté d’une saveur très 90’s, ce deuxième effort complet reste très actuel. Tandis qu’Eva Riché (basse) et son frère Quentin (batterie) assurent un groove accrocheur, Guillaume Poupon distille des parties de guitares massives, percutantes et pleines d’émotion. Sur des sonorités Grunge, Fuzz et même bluesy, FAITH IN AGONY déploie une énergie phénoménale et montre une identité très personnelle. Complet et costaud !

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Heavy Stoner Rock Stoner Doom

Borracho : swampy observation

Véritable concentré d’énergie, le Heavy Stoner Rock de BORRACHO vient frapper de nouveau avec une nouvelle réalisation où le Doom flotte toujours un peu à travers des mélodies tenaces. Avec des touches occultes et des fulgurances Sludge, « Ouroboros » a une teneur très politique et le fait que la formation frappe si fort avec une telle précision explique en partie son contenu. A la fois Rock et Metal, la percussion ne manque ni d’impact, ni de profondeur. Un brûlot électrisant !

BORRACHO

« Ouroboros »

(Ripple Music)

Il y a toujours eu quelque chose de titanesque chez BORRACHO, au sens premier du terme. Plus que jamais, l’appellation power trio prend toute sa mesure, tant ce sixième album atteint une dimension où règne un certain gigantisme qui passe par une attaque en règle des maux de notre société. Et étant basés et originaires de Washington DC, il faut dire que les trois musiciens sont aux premières loges pour constater l’étendu des dégâts à l’œuvre et avoir une vision claire de ceux à venir. Mais attardons-nous sur « Ouroboros »…

Moins Doom que ses prédécesseurs, ce nouvel opus présente une approche plus Rock et presque Hard Rock, tout en percussion malgré quelques passages psychédéliques qui, à l’occasion, offrent des moments de respiration. Il y a aussi une sensation d’odyssée dans ces sept nouveaux morceaux. Le Fuzz est épais à en être parfois étouffant, l’esprit Metal n’est jamais bien loin et BORRACHO montre une incroyable diversité dans les arrangements avec des sonorités Grunge, bluesy et Desert Rock. Et l’harmonie est totale du début à la fin.

Massifs et menaçants, les titres sont suffisamment longs pour laisser s’instaurer un côté jam, où le groupe développe des riffs lourds et entraînants. La pesante rythmique trouve sa place dans des atmosphères ténébreuses, mais libératoires. Si le chant donne des allures dystopiques à « Ouroboros », BORRACHO a bel et bien les pieds sur terre et son propos se veut aussi très actuel (« Vegas Baby », « Lord Of Suffering », « Machine Is The Master », « Broken Man »). Le chevronné combo américain se renouvelle encore une fois avec brio.

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Proto-Metal Stoner Doom Metal

Hebi Katana : samouraï Doom

Si avec un titre comme celui-ci, HEBI KATANA semble jouer la carte de la modestie, le contenu de cette nouvelle réalisation n’a franchement rien de timide ou d’emprunté. Au contraire, « Imperfection », qui marque par ailleurs l’arrivée de la formation nipponne chez Ripple Music, est audacieux, parfois complexe, occulte aussi et d’une intensité brute et organique. Heavy et sombre, la musique des Tokyoïtes prend une forme saisissante.

HEBI KATANA

« Imperfection »

(Ripple Music)

Avec cette pochette qui en rappelle une autre très célèbre, les Japonais donnent quelques indices quant au contenu de leur quatrième album. Mais si l’univers de HEBI KATANA s’inscrit clairement dans un proto-Metal puissant et véloce, il faut aussi y ajouter des notes Doom, Punk et Hard Rock dans une épaisse atmosphère Stoner. Et cette fusion opérée par le power trio révèle encore d’autres surprises qui mènent à des élans très Heavy avec un groove sauvage directement ancré dans les années 70 et 80.

Sur ce nouvel opus, HEBI KATANA conjugue la philosophie traditionnelle wabi-sabi basée sur l’acceptation de l’imperfection et celle de la fugacité avec son ‘samouraï Doom’ aussi riche que varié. En mélangeant ainsi les genres, le groupe s’évertue surtout à rassembler les courants touchant de près ou de loin au Heavy Metal au sens large du terme. On pourrait même imaginer qu’il est en quête d’un style absolu qui touche à l’intemporel. Et c’est vrai qu’en ce sens, « Imperfection » est un modèle du genre, aussi humble que féroce.

Malgré les lourdeurs inhérentes au Doom, HEBI KATANA sait aussi se montrer plus léger et épuré, laissant ainsi apparaître des mélodies soignées. Assez classique dans l’ensemble, la tension est palpable sur des titres comme « Dead Horse Requiem », « Praise The Shadows » ou encore « Echoes From The Old Tree ». Très Fuzz notamment sur les basses, le combo affiche à l’occasion un aspect épique et plus sensible (« Blood Spirit Rising »), démontrant sa faculté à se jouer des étiquettes. « Imperfection » traduit une évidente maturité artistique.

Retrouvez la chronique de leur premier album éponyme :