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Anni Piper : croqueuse de notes bleues [Interview]

Venue s’installer à Portland il y a quelques années, la bassiste et chanteuse a quitté son Australie natale, où elle était pourtant considérée comme la ‘First Lady Of The Blues’ de son île. Extravagante et sexy, la musicienne joue de provocation à travers ses chansons et c’est peut-être aussi ce qui la rend si attachante. Sorti il y a quelques semaines, son septième album, « Men Are Like Potato Chips », la dévoile un peu plus, d’autant qu’elle y fait une place à son fils au chant. Irrésistible, ANNI PIPER se montre d’une grande polyvalence, parfaitement à son aise sur un morceau de Blues Rock enflammé que sur des ballades plus langoureuses et sensuelles, ou dans des envolées Rhythm’n Blues ou plus funky. Elle le fait avec la même justesse et une malice jamais bien loin. Particulièrement bien entourée sur ce nouvel opus, son jeu de basse donne le ton et sa voix en profite pour charmer son auditoire. Entretien avec une musicienne qui n’a pas froid aux yeux et qui fait partie des blueswomen qui compte sur la scène Blues actuelle.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne sur ton parcours. Tu t’es faite remarquée dès ton premier album, « Jailbait », et la suite a été une succession de récompenses jusqu’à être considérée comme la ‘First lady Of The Blues’ en Australie. Est-ce que tu t’attendais à une telle consécration en quelques années seulement ?

J’ai commencé la musique très jeune et j’avais donc déjà bien avancé dans mon apprentissage avant de commencer à être reconnue. Bien sûr, un certain talent naturel est nécessaire pour apprendre un instrument, mais il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir de l’effort et du travail acharné. Pendant mes années de lycée, je m’entraînais des heures et des heures chaque jour, puis j’ai étudié la musique à l’université. Comme tout le monde, j’espérais réussir, mais pour la plupart des gens, cela reste un rêve. J’ai eu la chance de découvrir le monde grâce à la musique. L’album « Jailbait » n’était au départ qu’une simple démo de bonne qualité. La plupart de ces morceaux n’avaient même jamais été joués en public, ils avaient seulement été répétés chez moi. Ce fut donc une surprise de signer avec une maison de disques et de remporter un ‘Australian Blues Music Award’ avec ce premier album.

– Pourtant, il y a une douzaine d’année maintenant, tu décides de t’installer aux Etats-Unis, ce qui peut paraître surprenant compte tenu de ta notoriété en Australie. Etait-ce un choix de vie personnel, ou le désir de te connecter au plus près de la patrie du Blues ?

C’était un pari risqué, c’est certain, mais quand j’ai signé un contrat avec Blues Leaf Records dans le New Jersey et que je suis allée enregistrer l’album « Split Second » avec Nicole Hart, j’ai été complètement conquise. J’avais déjà vécu aux Etats-Unis à l’âge de deux et sept ans, en raison du travail de mon père, qui était professeur d’université. Ce séjour en 2011 pour enregistrer cet album était mon premier retour là-bas et, honnêtement, j’étais sous le charme. J’avais l’impression d’être de retour chez moi. Je me réveillais le matin avec un sentiment de possibilités infinies, en me disant : « Je suis en Amérique, je peux tout faire ! » J’ai eu une enfance très malheureuse et une vie personnelle tumultueuse à l’âge adulte. Alors, en partie, j’ai voulu me plonger dans le Blues, et en même temps, c’était une façon de fuir des souvenirs douloureux pour ne jamais avoir à affronter les lieux et les personnes qui m’avaient fait tant souffrir.

– Outre un style et une voix immédiatement identifiable, tu es l’une des rares blueswomen à mettre en avant un côté sexy et plein d’humour dans ton répertoire. Est-ce ta façon de pimenter un Blues souvent trop sérieux et conventionnel ?

J’ai toujours adoré Candye Kane (personnalité haute en couleur et chanteuse de Blues décédée en 2016 – NDR), elle était si talentueuse et drôle et elle n’a jamais nié son sex-appeal évident, ni son passé d’actrice de films pour adultes. Le sexe fait partie du Blues et de la vie. Nous devons nous reproduire, sinon l’espèce humaine disparaît, c’est aussi simple que cela. A ton avis, de quoi parlent les musiciens de Blues lorsqu’ils chantent un ‘petit coq roux’ ? Ou lorsqu’ils évoquent le roi des abeilles bourdonnant autour de sa ruche ? Ou encore lorsqu’ils lancent ce cri encore moins subtil : « Je veux juste faire l’amour avec toi » ? Les Américains peuvent être assez prudes et je pense que le Blues moderne a tendance à éviter les doubles sens, qui étaient si courants dans les premières compositions de Blues. Quant à l’humour, je ne sors jamais sans ! (Rires) Le Blues est né du chagrin, de la tristesse et des regrets. Mais si on ne rit pas, on pleure. Je préfère affronter l’absurdité de l’existence avec le sourire.

– On retrouve d’ailleurs cette touche espiègle et très libre jusque dans le titre de ce nouvel album, « Men Are Like Potato Chips ». Une fois encore, le style est très varié et les textes souvent provocants, ironiques et sensuels. Pourtant, tout n’est pas forcément léger et impersonnel. Comment fais-tu l’équilibre dans la teneur, le fond et le ton de tes chansons ?

Les chansons de « Men Are Like Potato Chips » ont été écrites sur une période d’environ quatre ans. A ce moment-là, je vivais à Portland, dans l’Oregon. C’est une ville vraiment unique, dont la devise est ‘Keep Portland Weird’ (« Gardez Portland bizarre » – NDR) et c’est tout à fait le cas. L’expression personnelle y est fortement encouragée et le style vestimentaire est extrêmement varié : vêtements médiévaux, look façon Cyndi Lauper des années 80, costumes écossais, pyjamas en public et même des tenues Star Wars. Et ça, c’est juste au supermarché ! (Rires) Les chansons ont été inspirées par mon environnement. Par exemple, « Match With A Sasquatch » a été écrite en raison de la légende populaire du Bigfoot dans la région. Tout le monde a un autocollant de Sasquatch sur sa voiture et chaque brasserie propose une bière en lien avec ce mythe. « Stalker » a été inspirée par une expérience avec une ancienne partenaire. Tu as d’ailleurs peut-être remarqué la référence à la scène de la douche du film « Psychose » dans l’orgue Hammond après le solo de guitare ? « Cactus Girl » a commencé par la ligne de basse, car je voulais me lancer un défi et jouer quelque chose de très syncopée en contraste avec la mélodie vocale. Il m’a fallu des mois pour la mettre au point, afin de réussir à la chanter et à jouer en même temps. On m’a souvent demandé si c’était un album concept. Ce n’était pas l’intention ! Mais il y a peut-être des thèmes unificateurs, liés à des relations personnelles atypiques, ou tout simplement à d’autres qui dérapent.

– D’ailleurs, en parlant de choses personnelles, c’est ton fils Flynn qui fait les chœurs sur l’album. Est-ce que cela a été facile de le diriger et de passer facilement d’une relation mère/fils à celle de musicienne et leader de groupe ?

C’était très facile ! Flynn et moi n’avions jamais chanté ensemble auparavant, mais il est titulaire d’une licence en comédie musicale, ce qui fait de lui un chanteur formé et expérimenté. Quand j’ai déménagé aux Etats-Unis, Flynn avait douze ans et il a décidé de rester en Australie. C’était le meilleur choix pour lui. Il a reçu une excellente éducation et a bénéficié d’une stabilité que je n’aurais jamais pu lui offrir. Cependant, la séparation prolongée pendant son enfance a été très difficile pour nous deux. Il ne m’a jamais reproché mes choix et je suis tellement chanceuse d’avoir une si belle relation avec un jeune homme aussi formidable. Flynn s’est envolé pour Portland, afin d’être présent en studio pour l’enregistrement d’« Angel From Montgomery ». Il a un studio chez lui, il aurait donc pu le faire à distance, mais il lui fallait une excuse pour emmener sa petite amie à Disneyland ! (Sourires) Il est multi-instrumentiste et il commençait tout juste à se faire un nom comme chanteur quand j’ai déménagé aux Etats-Unis. De temps en temps, il m’envoyait des maquettes et j’étais toujours stupéfaite par l’évolution de sa voix. Quand j’ai entendu l’enregistrement de sa prestation à la remise des diplômes du lycée, je suis restée bouche bée. A l’université, il a été choisi pour chanter lors de la cérémonie de remise des diplômes, et j’en suis restée sans voix. Je n’aurais jamais chanté comme ça à son âge ! Flynn est phénoménal, et ce n’est pas juste sa mère qui parle, c’est mon avis sincère en tant que musicienne et critique. Il n’a quasiment pas eu besoin d’être guidé en studio. Il a un don naturel et nos voix s’harmonisent comme seule une famille peut le faire.

– Alors que « Men Are Like Potato Chips » est ton septième album, qu’est-ce qui a le plus évolué et que tu as le plus amélioré, selon toi, entre ta façon de chanter et ton jeu de basse ? Et d’ailleurs, travailles-tu les deux de la même manière et avec la même intensité ?

Ma voix s’est considérablement améliorée depuis mon premier album. Je n’ai jamais reçu de formation vocale et je n’ai jamais pris de cours de chant, alors que j’ai passé de nombreuses années à prendre des cours de basse. J’entends une différence flagrante entre ma voix aujourd’hui et celle de mon premier album. Ils ont été enregistrés à 22 ans d’intervalle, il est donc normal que ma voix ait mûri avec l’âge. Mais je perçois aussi la différence dans la maîtrise que j’ai de mon interprétation, de mon vibrato, de ma justesse et de mon phrasé.

– Sur ce nouvel album, on retrouve deux guitaristes, Ted Swanson et Tim Langford, ainsi que deux batteurs, Brian Foxworth et Joe Stump et même deux claviéristes, Steve Kerlin et Ted Swanson à nouveau. Est-ce que tu choisis les musiciens selon les morceaux et est-ce que tu as un groupe fixe pour les concerts ?

Non, je n’ai pas de groupe fixe pour mes concerts. Tout dépend des musiciens disponibles le jour de l’enregistrement et aucun membre de mon groupe actuel ne figure d’ailleurs sur l’album. J’ai un répertoire de musiciens que j’utilise habituellement pour mes concerts à Portland. Parfois, je les emmène en tournée, parfois je fais appel à des groupes locaux, ça change constamment. « Men Are Like Potato Chips » n’a vu le jour que grâce à Ted Swanson. C’est un ami de longue date, et je me plaignais auprès de lui de mon envie irrésistible de faire un nouvel album. Six ans se sont écoulés depuis ma dernière sortie, la plus longue pause de ma carrière. Ted venait d’acquérir du nouveau matériel pour son home-studio et m’a proposé de servir de cobaye pour l’aider à se familiariser avec tout ça ! (Sourires) Nous avons passé environ 18 mois à travailler sur les maquettes, qui allaient devenir l’album final.

– L’album a été enregistré chez toi à Portland et coproduit par Jimi Bott et Ted Swanson, qui a donc un rôle très important sur « Men Are Like Potato  Chips », et il y a d’ailleurs des cuivres également sur certaines chansons. Est-ce que tu restes très attentive au son que tu souhaites obtenir car, cette fois encore, l’ensemble est très organique ?

J’aime toujours travailler avec un bon producteur, car je suis trop impliquée émotionnellement dans les chansons pour bien comprendre le traitement dont elles ont réellement besoin en studio. J’ai besoin de quelqu’un capable de prendre du recul et d’écouter le projet avec plus d’objectivité. Jimi Bott était l’ingénieur du son et le producteur principal de l’album, et il a suggéré des choses comme l’ajout d’un tuba sur le morceau-titre, ce qui était tout simplement génial. Par contre, je ne retravaillerai probablement jamais avec un tubiste. Le son était super, mais impossible de faire passer l’instrument par la porte du studio, et en plus, ils laissaient de la salive partout sur la moquette. Beurk ! (Rires) Ted a enregistré la plupart des guitares dans son home-studio, car c’est un perfectionniste. Je trouvais son travail en studio parfait ! Ensuite, il m’envoyait des pistes supplémentaires et je me disais : « Ok, oui, c’est encore mieux ! » (Sourires) Il faut une grande confiance pour confier ces décisions de production et de mixage à quelqu’un d’autre, mais j’ai fait un excellent choix avec cette équipe.

– Et puis, il y a aussi cette cover de John Prine, « Angel From Montgomery », datant de 1971, qui a été d’ailleurs été régulièrement reprise et que tu chantes avec ton fils Flynn. L’idée était-elle de laisser ton empreinte sur cette chanson assez emblématique pour beaucoup ?

Oui, je la chante avec mon fils Flynn et Tim Langford est à la guitare. C’est un musicien très connu sur la scène Blues et Tim, comme moi, penche davantage vers le Blues Rock. J’ai choisi cette chanson, parce que je la joue dans la plupart de mes spectacles et elle semble être l’une des préférées du public et du groupe aussi. C’est une chanson qui parle de nostalgie et de regrets, de la réflexion sur sa vie et de la remise en question de ses choix. Chanter avec mon fils m’a semblé tout naturel. J’essaie de ne pas vivre dans le regret, mais parfois, j’aspire à avoir ma famille autour de moi. J’aime savoir qu’après ma disparition, Flynn aura toujours cet enregistrement à écouter, pour toujours, pour se remémorer un moment précieux passé avec sa mère, qui l’a toujours aimé plus que tout.

– J’aimerais que l’on parle un peu de tes influences. Comme tu es australienne, le British Blues a forcément un léger impact dans le pays, et pourtant ton Blues Rock sonne beaucoup plus américain. Les Etats-Unis restent-t-ils ta plus grande inspiration ?

Absolument ! Comme je te le disais, j’ai passé une partie de mon enfance et de mes études ici. Stevie Ray Vaughan et d’autres bluesmen texans ont été mes principales influences musicales. Et je possède désormais la double nationalité, je suis donc une Américaine d’origine australienne. Mon avenir est ici, aux Etats-Unis, et rien au monde ne pourra m’en arracher ! (Sourires)

– Enfin, tu as tourné dans presque tous les Etats américains et bien sûr beaucoup en Australie, quand est-ce que nous aurons le plaisir de te voir en France ?

Je suis vraiment prête à le faire ! (en français dans le texte – NDR) Il me faut juste un promoteur européen pour me programmer quelques concerts et j’arrive ! (Sourires)

Le nouvel album d’ANNI PIPER, « Men Are Like Potato Chips », est disponible sur les plateformes, notamment Bandcamp, ainsi que sur le site de l’artiste : www.annipiper.com

Photos : Sveinn Kjartansson (1, 2, 4, 5) et Dom M Smith (3).

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Glam Metal Sleaze

Crashdïet : what a mess !

Rare formation européenne à pouvoir tenir tête aux locomotives américaines, en tout cas au souvenir qu’elles ont laissé, CRASHDÏET a pourtant essuyé bien des écueils pour se faire sa place. Pas de quoi saper le moral de nos rockeurs, qui n’en eu de cesse d’aller de l’avant, imposant un Glam Metal, croisé à un Sleaze Rock, qui se veut aussi irrévérencieux qu’appliqué. Chaque album semble un défi et avec « Art Of Chaos », il est à nouveau relevé avec classe et constance. Une persévérance qui rend la formation nordique aussi enthousiasmante que déchaînée.

CRASHDÏET

« Art Of Chaos »

(Ninetone Records)

Septième album en plus de 20 ans de carrière pour les Suédois, dont l’histoire a été pour le moins agitée et même dramatique après le décès de son chanteur et fondateur Dave Lepard en 2006. Pourtant, CRASHDÏET n’a pas baissé les bras et reste aujourd’hui encore l’emblème du Glam Metal et du Sleaze Rock made in Europe. Et si les frontmen s’y sont succédés, quatre au total, John Elliot tient le micro avec brio, livrant ici son premier opus avec le groupe. Et on notera aussi l’absence prolongée du bassiste Peter London.

Et il faut reconnaître que l’arrivée de Chris Young en remplacement fait beaucoup de bien à CRASHDÏET qui trouve dans cet « Art Of Chaos » un second souffle, porté par le groove implacable mis en place avec le batteur Michael Sweet, par ailleurs principal compositeur. Quant au guitariste originel Martin Sweet, frère de Michael, son jeu est toujours aussi accrocheur et incisif : l’essence-même du genre. On sent le quatuor soudé et l’énergie qu’il déploie ici souligne autant sa solidité que sa créativité. Et tous ces éléments assemblés sont explosifs.

L’objectif de CRASHDÏET n’est pas forcément de réhabiliter l’âge d’or du style et de reculer de quelques décennies en y allant sans charisme, ni envie, façon Steel Panther. Au contraire, il impose sa patte, peaufine son identité et donne de l’oxygène à un style qui ne demande que ça, notamment par les temps qui courent. Déterminés et enjoués, les Scandinaves lâchent les chevaux (« Satizfaction », « Chaos Magnetic », « Get Out », « Killing It Now », « Silent Place »). Et sur cette belle dynamique, on ne laisse facilement prendre dans cet esprit délicieusement débridé.

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Hard Rock Stoner Rock

Crobot : certified authentic

Il existe peu de groupes capables de naviguer avec autant d’aisance et de fluidité d’un registre à l’autre, tout en réussissant le tour de force de conserver une identité musicale aussi évidente et reconnaissable. CROBOT fait partie de ceux-là et même si son duo basse/batterie est très changeant, rien ne semble pouvoir perturber Chris Bishop et Brandon Yeagley, intarissable tandem qui se plaît toujours autant à injecter à son Stoner des teintes bluesy, Classic et Hard Rock sur ce « Supermoon » original. L’harmonie et la puissance.

CROBOT

« Supermoon »

(Megaforce Records)

Remis sur de bons rails depuis sa signature chez Megaforce Records et qui avait débouché sur « Obsidian » sorti il y a deux ans, CROBOT a retrouvé toute sa verve et son mordant en renouant avec ce qui a toujours été son ADN : un Stoner Rock musclé teinté de Hard Rock. Et si sa créativité et son plaisir de jouer s’entendent plus que jamais, le chanteur Brandon Yeagley et le guitariste Chris Bishop ont également repris une vielle habitude, celle de changer de rythmique. Dorénavant, la fratrie Janson (Willie et Nico, basse et batterie) donne le tempo sur « Supermoon ».

Les deux membres fondateurs ont opté pour une approche plus bluesy et funky pour ce septième album, mais, soyons clairs, les riffs épais et massifs qui ont toujours caractérisé CROBOT sont bel et bien présents et surgissent quand on s’y attend le moins. Très varié et lumineux, « Supermoon » atteste la large palette d’ambiances qui rend la formation de Pennsylvanie si familière. De l’harmonica qui habille « Gun To My Head » en ouverture, ou avec le sifflement un rien nostalgique de « Happy Days », le quatuor s’amuse et nous régale.

Cette faculté à opérer les fusions entre Rock et Metal, ainsi qu’entre Stoner et Hard Rock reste la marque de fabrique des Américains. Explosifs ou langoureux, tout en restant entraînants et mélodiques, ils conservent cette approche toujours ludique et souvent joyeuse qui les empêche de rester confiner dans un seul registre. Et finalement, peu importe la rythmique à l’œuvre, CROBOT est unique en son genre et déçoit finalement très rarement (« Girl From Another World », « Me And Your Mother », « Foot Off », « Battle Cry », « Let It Kill Me »). Une véritable masterclass !

Retrouvez aussi les chroniques des deux albums précédents :

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Metal Progressif

Soen : une trajectoire forte

Sur des riffs acérés et des refrains entêtants, les Suédois continuent leur aventure avec une intention forte déjà présente sur « Lotus », un disque qui semble avoir été marquant dans leur parcours. Car c’est cette approche que l’on retrouve depuis sur chaque sortie du quintet, et « Reliance » ouvre un nouveau chapitre de son édifice musical. Sans renier les passages atmosphériques qui font aussi sa touche, SOEN joue avec énormément de précision sur des thématiques ténébreuses et d’autres pleines d’espoir. Intense et fédérateur, ce nouvel opus envoûte autant par sa vélocité, sa technicité que par sa richesse mélodique.

SOEN

« Reliance »

(Silver Lining Music)

Ces quinze dernières années ont démontré de belle manière que Martin Lopez, alors batteur d’Opeth de 1997 jusqu’en 2006, avait bien fait de monter SOEN avec Joel Ekelöf, dont la voix est devenue l’une des identités premières du groupe. Depuis « Cognitive » (2012), les Scandinaves n’ont de cesse de se surpasser. Si « Lotus » (2019) a marqué un véritable tournant dans son évolution, celui-ci a perduré sur « « Imperial » (2021) et « Memorial » (2023), qui s’inscrivent tous les trois dans un belle continuité et un même élan artistique. La construction d’une œuvre totale.

Désireux de maintenir et d’entretenir du mieux possible cet héritage forgé sur ses précédents opus, le quintet se présente avec « Reliance », qui se veut comme une suite logique. Avec le retour à la basse de Stefan Stenberg après un break de cinq ans, la constance et la créativité de Lars Åhlund aux claviers et à la guitare en soutien de Cody Ford qui est littéralement brillant, SOEN offre donc une septième réalisation magistrale, qui conforte sa place au sommet du Metal Progressif européen et qui laisse surtout une marque indélébile sur le registre.

Sombre mais si lumineux, technique mais tellement limpide et évident, « Reliance » doit aussi beaucoup à la production signée Alexander Backlund, qui réalise ici un travail éclatant, que ce soit sur l’enregistrement en lui-même, comme sur les arrangements qui sont d’une extrême finesse. Il est sans conteste l’un des artisans du son de SOEN, de l’aveu-même des ses musiciens. Agressif autant que vulnérable, le combo prend une trajectoire indéfinissable, dont l’originalité se fait dans les nuances (« Primal », « Discordia », « Huntress », « Drifter », « Draconian »). Somptueux !

Photo : Linda Florin

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Hard Rock Heavy metal

Bullet : power injection

Il y a quelque chose de galvanisant chez BULLET, une dynamique qui sent la dynamite et qui foudroie, malgré un registre qui semble ne plus avoir de secrets. Authentique et classique, tout en restant ancré dans son époque, les Suédois imposent leur son et leur style avec assurance et un irréprochable savoir-faire. Cette identité, ils l’ont acquise au fil des réalisations et pourtant « Kickstarter » paraît ouvrir un nouveau et musclé chapitre de leur carrière

BULLET

« Kickstarter »

(Steamhammer)

20 ans exactement après le premier, BULLET sort son septième album et il est un beau condensé d’une carrière de plus de deux décennies dédiée au Hard Rock et au Heavy Metal. Et « Kickstarter » sonne même comme un second souffle, un nouveau départ fondé sur des solides bases forgées il y a des années. L’arrivée de Freddie Johanson en second guitariste apporte aussi beaucoup de fraîcheur et de vélocité au quintet, qui est loin d’avoir dit son dernier mot. Bien au contraire, il semble plus costaud et déterminé que jamais.

Huit ans après « Dust To Gold », BULLET n’a rien changé à ses bonnes habitudes et reste fidèle aux fondamentaux. Pas question de renverser la table, mais plutôt d’afficher une certaine fierté à entretenir la flamme, ce qui serait même l’intention première des Scandinaves. Incisifs, racés et affûtés, ils se livrent pleinement sur ce « Kickstarter », certes classique mais terriblement efficace. Et avec une bonne touche de modernité, une énergie folle et un sens instinctif du songwriting, ce nouvel opus possède beaucoup de caractère et d’envie.

Sans détour, le combo attaque avec le morceau-titre et s’impose. Les riffs sont acérés, la rythmique sans équivoque et le frontman harangue avec sa voix si particulière, qui renvoie à UDO, Bon Scott et Rob Halford. Et le mix est savoureux, hyper-Heavy et très Rock. Plus Metal sur la première partie, BULLET fait parler un groove purement Hard Rock sur la suite et se révèle intraitable avec des chansons taillées pour la scène et son urgence (« Caught In The Action », « Open Fire », « Chained By Metal », « Spitfire », « Strike At Night »). Implacable !

Photo : Robin Fritzon

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Alternative Metal Alternative Rock

Finger Eleven : back on top

L’avantage d’évoluer dans un registre comme l’Alternative Metal/Rock qui n’a pas pris une ride depuis sa création et d’en être l’un des principaux artisans, c’est que l’on peut s’éclipser une décennie durant et revenir au sommet de son art. Fort d’une carrière qui parle pour lui, FINGER ELEVEN fait partie de ces combos jamais en mal d’inspiration. Machine à tubes pour certains, modèle d’authenticité pour d’autres, une chose est sûre : il ne laisse pas grand monde insensible. Ainsi, « Last Night On Earth » et ses accents très Heavy comme acoustiques vient nous rappeler au bon souvenir des incontournables Canadiens.

FINGER ELEVEN

« Last Night On Earth »

(Better Noise Music)

Dix longues années après « Five Crooked Lines » et malgré un Best Of en 2023 suivi de quelques singles, FINGER ELEVEN aura fait patienter ses fans, au point que certains ont peut-être même décroché. Pourtant, le groupe s’est offert une tournée avec Creed cet été, mais « Last Night On Earth » tombe au bon moment pour remettre la machine en route et surtout repartir à la reconquête d’une réputation et d’une présence incontournable, qui auraient pu lui échapper. Mais, ce serait mal connaître le quintet qui, tout en restant fidèle à ses racines musicales, n’a pas encore tout dit, loin de là.

Référence incontestée de la scène canadienne depuis 25 ans et couronné d’un prix Juno, FINGER ELEVEN possède cet ADN Rock propre à son vaste pays, c’est-à-dire une prédisposition à marier puissance et mélodie. Energique, stimulant et entraînant, « Last Night On Earth » est donc très précisément le disque qu’on attend de lui. Le combo a déjà dévoilé le survitaminé « Adrenaline » qui ouvre les festivités, puis le tonitruant « Blue Sky Mystery » où Richard Patrick de Filter livre un featuring relevé dans un duo musclé avec Scott Anderson. Et la suite n’est pas en reste (« The Mountain », « Perfect Effigy »).

Côté production, FINGER ELEVEN a frappé fort avec un gros son signé de son batteur Steve Molella, déjà là depuis une dizaine d’années. Aussi à l’aise des deux côtés de la console, celui-ci offre une brillance particulière et massive à « Last Night On Earth ». Ca cogne, mais sans se noyer dans une surproduction devenue un peu la norme chez certains pour cacher une misère ambiante ! Toujours très précis dans les arrangements, les deux guitaristes, James Black (lead guitare), Rick Jackett (rythmique), soutenus par le groove Sean Anderson (basse), donnent des couleurs scintillantes, tout en diversité. Un retour fracassant !    

Photo : Jesse Milns

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Hard Rock

Hell In The Club : wild card

Ce n’est jamais simple pour une formation même chevronnée de changer de frontman, alors quand il s’agit d’accueillir une frontwoman, cela peut même venir bouleverser beaucoup de choses. Pourtant, la Scandinave Terese Persson intègre le combo transalpin le plus naturellement du monde. HELL IN THE CLUB négocie parfaitement le virage et ouvre un nouveau chapitre avec le musclé et mélodique « Joker In The Pack », dans un registre modernisé et explosif. Une belle réussite.

HELL IN THE CLUB

« Joker In The Pack »

(Frontiers Music)

Suite au départ de son chanteur Dave Moras, on aurait pu s’interroger sur l’avenir du groupe sans son fondateur. Même s’il reste toujours très proche humainement et artistiquement de ses anciens camarades de jeu, HELL IN THE CLUB a su trouver la perle rare. Loin d’être une inconnue, Terese ‘Tezzi’ Persson a œuvré au sein de Venus 5 et Infinite & Divine, mais encore fallait-il qu’elle se fonde dans le registre des Italiens. Puissante, la voix de la Suédoise colle parfaitement à leur répertoire et apporte même ici un souffle nouveau.

Après six bons albums, c’était d’ailleurs peut-être aussi le bon moment pour HELL IN THE CLUB de repartir de plus belle avec de fortes intentions et démarrer ainsi un nouveau cycle. En tout cas, rien ne s’y oppose à l’écoute de « Joker In The Pack », qui prolonge avec brio la carrière du quatuor et qui vient également bousculer un peu ses habitudes. La touche féminine libère une belle dynamique, tonique et audacieuse. Si le Hard Rock reste toujours estampillé 80’s/90’s, il a franchement gagné en vigueur et sonne nettement plus actuel.

Costauds et compacts, Andrea Buratto (basse), Andrea Piccardi (guitare) et Marco Lazzarini (batterie) restent des éléments essentiels et assurent l’efficacité du facteur force/mélodie de HELL IN THE CLUB. Très bien produit par Simone Mularoni (Nightmare, Sole Syndicate), ce septième opus combine avec le même talent Hard Rock et Glam Metal. Vocalement, Tezzi s’impose sans mal et fait vibrer ces nouvelles compositions (« The Devil Won’t Forget Me », « New Desire », « Fairytale », « Out Of The Distance »). Une nouvelle ère s’ouvre !

Photo : Manuel Moggio & Heine Otomiya

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Alternative Metal Stoner Rock

Bukowski : éruption spontanée

Volcaniques malgré une certaine mélancolie qui plane sur de ce nouvel opus, les Parisiens renouent avec l’efficacité du live. Percutant, « Cold Lava » frappe sans détour avec conviction, tout en conservant un sens de la mélodie intense. Car c’est bel et bien d’intensité dont il s’agit ici, et le quatuor en affichant un son dense et épais a fait le choix de présenter des compositions presque épurées de prime abord. BUKOWSKI cultive une énergie communicative amplifiée par la proximité du chant et un mur de guitare infranchissable.

BUKOWSKI

« Cold Lava »

(At(h)ome)

Après l’album éponyme sorti il y a trois ans, qui marquait le premier effort du combo après la tragique disparition de son bassiste et principal parolier Julien Bottel, « Cold Lava »  s’impose avec force dans un concentré de puissance brute. Une septième réalisation qui voit aussi BUKOWSKI revenir à l’essence-même de son registre à travers des fondations Metal et Rock, naviguant entre l’Alternative et le Stoner. Une recette parfaitement maîtrisée, originale et identifiable aussi, qui libère avec vigueur de belles sensations sismiques.

Très organique dans sa production, « Cold Lava » entérine donc un nouveau cycle et pour leur quatrième collaboration, Francis Castre a encore fait un beau travail derrière la console. Durant deux mois, BUKOWSKI s’est attelé à l’enregistrement de onze titres aux riffs racés, au groove enivrant et avec la fraîcheur qu’on lui connait. Un bloc uni, massif et renversant, qui avance sans faillir sur des textes sans concession entre colère et émotion. Très accrocheurs, les refrains emportent l’ensemble et viennent facilement se graver en tête.

En pleine confiance, BUKOWSKI ouvre les hostilités avec « Headlight », un premier titre qui en dit déjà long sur ses intentions, autant que sur l’atmosphère qui règne sur « Cold Lava ». Très fluides, les titres s’enchaînent avec beaucoup de nuances et de relief (« Criminals », « Isolation », « Neverending Fall », « Over The Vines »). Sur le morceau-titre, le break a lieu, mais ce n’est que pour mieux repartir jusqu’à atteindre « Communication In Silence » avec la participation de Reuno de Lofofora. Compact et sauvage, le magma se diffuse.

Photo : François Duffour

Retrouvez l’interview du groupe à l’occasion de la sortie du précédent album :

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Southern Rock

Whiskey Myers : foudroyant de vérité

Pour qui attendrait encore le renouveau d’une classieuse et référentielle vieille garde avec impatience, voire en vain, WHISKEY MYERS vient apporter la plus somptueuse des réponses avec « Whomp Whack Thunder ». Narrative et percutante, sincère et foudroyante, la formation texane est au sommet de son art et s’attèle avec ferveur à perpétuer l’esprit du Southern Rock dans son époque. Sur un groove tourbillonnant, des guitares lourdes et épaisses et un chant habité, le groupe œuvre dans une immédiateté scintillante aux mélodies imparables.

WHISKEY MYERS

« Whomp Whack Thunder »

(Wiggy Thump Records)

Le son est si brut et organique que, pour un peu, on se croirait au beau milieu du studio dans lequel les Texans se sont engouffrés. Alors qu’ils avaient autoproduit leurs derniers albums, dont le génial « Tornillo » il y a trois ans, WHISKEY MYERS a cette fois laissé les manettes au producteur awardisé Jay Joyce (Eric Church, Cage The Elephant) pour faire briller « Whomp Whack Thunder ». Et cette sage décision lui offre une dimension nouvelle, alors même qu’il est devenu incontournable en s’invitant aussi dans des B.O. sur petits et grands écrans.

Mené par son chanteur et compositeur Cody Cannon plus créatif et expressif que jamais, WHISKEY MYERS livre une septième réalisation guidée par le plaisir de jouer et un instinct qui explosent dans une belle débauche d’énergie. Accessible et décomplexé, « Whomp Whack Thunder » incarne l’idée-même du Rock Sudiste, où la Country se joint au Blues et à l’Americana dans une fusion spontanée. Avant tout très Rock’n’Roll, les Américains sont de plus en plus au service de leurs émotions et d’une honnêteté artistique sans faille.

S’il s’est, par le passé, essayé à différentes sonorités Southern, le sextet les englobent toutes sur « Whomp Whack Thunder », révélant ainsi l’audace et l’authenticité de son écriture. Nerveux et entraînant sur « Time Bomb », « Tailspin », « Icarus » ou « Ramblin’ Jones », plus Blues sur « Break These Chains », « Midnight Woman » et profond sur « Born To Do », WHISKEY MYERS fait un pas de côté et se pose en marge d’une industrie musicale, qui renvoie aux stéréotypes. Ce nouvel opus porte généreusement à l’âme et impressionne de volonté.

Retrouvez la chronique de « Tornillo » :

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Groove Metal Heavy metal Thrash Metal

Byzantine : en mode guerrier

Malgré un parcours assez chaotique, les Américains sont bel et bien dans une dynamique franchement explosive et cette nouvelle réalisation est peut-être même leur meilleure. Entre Thrash et Groove Metal, le quintet reste très Heavy et « Harbingers » vient couper court à tous débats concernant ses velléités. A mi-chemin entre Lamb Of God et Testament, BYZANTINE sort l’artillerie lourde et se montre aussi complexe dans la forme qu’efficace dans le fond. Radical !

BYZANTINE

« Harbingers »

(Metal Blade Records)

25 ans de carrière, trois splits et un septième album attendu depuis huit ans pour les vétérans de cette fameuse New Wave Of American Heavy Metal, qui a commencé à faire parler d’elle au début des années 2000 justement. Si BYZANTINE a toujours cultivé son côté underground, il se pourrait bien qu’il passe enfin à la vitesse supérieure, ce qui serait amplement mérité. Il faut dire que « Harbingers » est le concentré parfait de ce que la bande du frontman Chris Ojeda sait faire de mieux.  

Avec Peter Wichers (Soilwork, Nevermore) à la production, le quintet a trouvé l’homme de la situation. Très moderne dans l’approche, le Metal de BYZANTINE est chirurgical et technique, sans renier pour autant l’aspect mélodique qui renforce son côté fédérateur. Teintés de Groove Metal, de Thrash et mâtinés de touches Heavy, les neuf morceaux de « Harbingers » percutent sans détour et s’offrent même quelques tonalités Indus. Et cette férocité se fond dans une irrésistible fluidité.

Profondément sombre, ce nouvel opus de la formation de Charleston est direct, véloce et bien rentre-dedans. Cependant, BYZANTINE a aussi pris soin de laisser respirer ses titres grâce à des passages plus calmes sur des guitares claires. Et puis, son chanteur est d’un impact incroyable. Naviguant entre des riffs menaçants et des solos millimétrés, son spectre vocal s’adapte parfaitement en s’aventurant même sur un terrain plus guttural bien maîtrisé et soutenu par une paire basse/batterie démoniaque. Un sommet du genre !

Photo : Jason Adams