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Hard Rock

CoreLeoni : core of Rock

Avec un songwriting toujours aussi affûté et une expérience qui a déjà fait ses preuves depuis longtemps, les Suisses entendent bien rassembler les générations autour d’un Hard Rock accrocheur et intemporel. Avec un frontman plus investi que jamais et dont le rôle est devenu essentiel, CORELEONI distille des refrains entêtants sur des guitares scintillantes. « Generection » est la réalisation qui cristallise le mieux le style et le son de la formation avec cet esprit Rock indéfectible.

CORELEONI

« Generection »

(Reigning Phoenix Music)

Le petit monde du Hard Rock helvète peut se targuer s’être plutôt actif sur la scène européenne. Krokus, Shakra et Gotthard en sont les principaux acteurs et c’est d’ailleurs d’un des fondateurs de ce dernier qui est à la tête de CORELEONI depuis 2017. Leo Leoni et son groupe reviennent aujourd’hui avec un quatrième album, qui confirme de plus en plus leur identité musicale. Et on le doit aussi au chanteur Eugent Bushpepa, dont c’est la deuxième participation discographique après « III ». Vocalement puissant, il a définitivement trouvé sa place et s’impose naturellement.

Se chargeant lui-même de la production, le leader de CORELEONI a tenu à revenir à un enregistrement analogique, afin de retrouver une saveur sonore authentique, ce qui se fait aujourd’hui si rare. Intense et percutant, « Generection » fait le pont entre un passé glorieux, mais révolu, et un présent qui regarde vers l’avenir. Classique sans être vintage, ce nouvel opus dispose d’une profondeur supplémentaire au regard de ses prédécesseurs. Grâce à un duo basse/batterie imperturbable, les deux guitaristes laissent exploser leur virtuosité sur des titres taillés sur mesure.

L’entente entre Leo Leoni et Jgor Giano fait des étincelles, enchaînant les riffs entraînants et les solos bien sentis. Avec « Last Goodbye », CORELEONI fait une entame musclée, qui préfigure du meilleur. « Generation Rock », « Howling At The Moon » et « Rock’n’Roll Rebell » entretiennent bien ce rythme soutenu. Et le quintet n’oublie pas autant son penchant (sans doute hérité de Gotthard) pour les ballades et les titres plus posés (« Believe », « Yearning »). Très fédérateur, « Generection » est l’œuvre d’un combo à la fois chevronné et toujours inspiré.

Retrouvez aussi les chroniques des albums précédents :

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Blues

Keb’ Mo’ : un regard inspiré

Très épuré dans la forme, KEB’ MO’ a réduit à l’essentiel son Blues si reconnaissable. Presque seul aux commandes, il nous conduit avec « The Breakdown » dans un écrin d’une grande sérénité. Très lumineux malgré la simplicité affichée, le songwriter se met presque à nu pour présenter sa vérité. Avec sagesse et sérénité, il capte ici l’attention comme rarement avec la classe qu’on lui connaît, et les prises de son et le mix sont d’une sobriété qui les rend étincelants. Les difficultés de la vie mènent parfois à de très belles choses, lorsqu’elles sont si bien mises en musique.

KEB’ MO’

« The Breakdown »

(Concord Records/Universal Music)

On a l’habitude de dire que le Blues est un concentré d’expériences vécues, qu’on y raconte des tranches de vie et des états d’âme et que c’est essentiellement de cela qu’il se nourrit. Avec ce nouvel album de KEB’ MO’ va encore plus loin, puisque les circonstances qui ont vu naître « The Breakdown » sont un peu hors-norme et surtout véridiques. En effet, le bluesman a composé ces nouvelles chansons après une période qui l’a bouleversé intimement. Ayant subi une opération à cœur ouvert qui l’a sauvé, mis fin à 20 ans de mariage et affronté d’autres profondes épreuves, le chanteur aurait pu tirer sa révérence… mais ce serait bien mal le connaître.

Alors, forcément « The Breakdown » a une saveur toute particulière et surtout une atmosphère que l’on a peu souvent l’habitude de rencontrer chez KEB’ MO’. L’ensemble est acoustique, de bout en bout, et seul à la guitare et au chant, il se dégage même à la première écoute une impression d’infinie tristesse. Mais c’est sans compter sur le Californien qui parvient à renverser la vapeur, dès lors qu’on se penche un peu sur les textes. La souffrance et le vague à l’âme ont leur place, bien sûr, mais il émerge également une touche d’espoir et d’envie de poursuivre l’aventure comme si de rien n’était. Extraire la beauté du pire, telle est la mission du Blues.

Du haut de ses 74 ans, de ses 50 ans de carrière et de ses cinq Grammy Awards, KEB’ MO’ s’offre une belle et touchante perspective sur sa vie, son mouvementé parcours personnel et notre monde actuel. On pénètre dans l’intimité du chanteur avec une douceur extrême et la sensation d’être à ses côtés en studio. Pour accompagner cette voix et ces délicats accords, quelques contributions du Soweto Gospel Choir et du sextet gospel Take 6 sont parsemées sur quelques titres, apportant une profondeur et un relief aussi discret que tout en feeling. « The Breakdown » est un disque particulier dans la discographie de l’artiste et il mérite une attention toute spéciale.

Photo : Rachel Deeb

Retrouvez la chronique de son précédent album, « Good To Be… » :

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Heavy metal Power metal

Pyroclast : imposant

Du côté de Glasgow, on forge le Metal le plus pur dans la grande tradition. Le Heavy de PYROCLAST est de ceux-là et il combine la branche anglaise avec une autre plus germanique pour n’en faire qu’une. Et si l’on n’est pas réellement dans le True Metal, on en est pas bien loin, tant l’authenticité de « Fractured State » dégage une vérité absolue. Sinueuse et véloce, cette nouvelle réalisation a tout d’une résurrection musicale, aussi virtuose que déterminée.

PYROCLAST

« Fractured State »

(Furious Music)

PYROCLAST fait partie de ces groupes qui font franchement plaisir à écouter. Un pied dans l’héritage Old School du genre et l’autre dans un Heavy très contemporain tirant sur le Power Metal, le compromis est parfait et la transition, autant que la jonction, entre les styles et les époques, très bien négociées. Et il n’y a pas que ça qui a été bien négocié par les Ecossais . En effet, ils ont œuvré sous le nom de Tantrum de 2014 à 2025 et sortis trois albums, dont « No Place For The Damned », réédité l’an dernier sous l’actuel patronyme.

Après l’EP « 2112 Days Of Christmas » essentiellement constitué de reprises (Thin Lizzy, Deep Purple, Iron Maiden, Rush et un titre original) sorti en décembre dernier, PYROCLAST est plus que jamais d’attaque pour poursuivre l’aventure. Avec « Fractured State », ses intentions sont claires : allier puissance et mélodie dans un élan imperturbable. Très direct, le combo se montre massif, très technique et tout en maîtrise de bout en bout. Le concentré d’énergie est réel sur les huit titres, par ailleurs très bien produits, et la dynamique est électrisante.

Histoire de mettre les choses au clair, c’est la morceau « Pyroclast » qui ouvre les hostilités et livre sans équivoque l’objectif des Britanniques sous leur nouvelle bannière. Racé et incisif, ce nouvel opus semble fonctionner à l’instinct et pourtant la précision des riffs est chirurgicale, les twin-guitares renvoient à la NWOBHM, les solos sont perçants, la rythmique est galopante et le chant de Mark Reid ne tremble pas un instant. PYROCLAST montre une belle assurance, bien aidé par une solide expérience (« Break The Tide », « Ozymandias », « Erebus And Terror »). Costaud !

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Southern Rock

Sam Morrow : un air de liberté

S’il n’était pas aussi personnel, on pourrait penser que le Texan rend ici hommage aux pionniers du genre que sont le Allman Brothers Band ou Marshall Tucker. Presque hors du temps, l’énergie employée par SAM MORROW avance dans un élan brut, mais d’une grande finesse d’écriture comme d’interprétation. Assurée et pourtant assez discrète, sa voix porte des textes touchants, provocateurs, sans prétention et toujours justes. Enfin, « Southern Boogie » est aussi accrocheur que groovy.

SAM MORROW

« Southern Boogie »

(Copaco Records/Blue Elan Records)

Sorti en début d’été, « Southern Boogie » était passé entre les mailles de mes filet et c’eût été dommage de ne pas se faire l’écho de ce très bon album. Pour rappel, le natif d’Austin a sorti son premier album, « Ephemeral » en 2014, après être allé vivre un temps en Californie. Après ce rapide retour au Texas il y a trois ans, SAM MORROW est parti s’installer à Nashville, où il a clairement électrisé et dynamisé l’Americana Roots de ses débuts. Avec ce sixième opus, il plonge avec délectation dans le Southern Rock le plus authentique.

La fusion du Blues, du rock, de l’Americana et de la Country proposée par le songwriter n’est pas inédite, c’est vrai, mais il en ressort une saveur à la fois originale et familière. Et pour mener à bien son entreprise, SAM MORROW s’est entouré d’un groupe de très haut niveau. Matt Hubbard (claviers), Bryan McGrath (batterie), John Michael Schoepf (basse) et Joseph Wullard (saxophone) apportent toute leur virtuosité à la mise en relief de ce « Southern Boogie » aussi soigné dans le jeu que dans son enregistrement analogique si chaleureux.

Derrière une apparente décontraction, « Southern Boogie » se démarque aussi par le nombre imposant de guitaristes qui œuvrent sur ces dix morceaux. Ricky Ray Jackson, Damon Atkins, Eli Wulfmeier et Leroy Powell sont de la partie, et les chœurs de Tameca Jones et de Paice Plaisance offrent toute la lumière nécessaire à l’éclat de ce nouvel effort. SAM MORROW signe probablement son disque le plus abouti et le plus complet (« Cruisin’ », « Lucretia », « South Texas Women », « Saturday Night », « Juanita », « Wedding Ring »). Incontournable.

Photo : Leddo

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Hard'n Heavy International

Tygers Of Pan Tang : un mythe intact [Interview]

Après une activité riche et marquante durant les années 80, il aura fallu attendre le début des années 2000 pour que le fameux tigre de la NWOBHM se mette de nouveau en chasse. Et cette nouvelle ère s’était ouverte avec Jacopo ‘Jack’ Meille au chant. Le frontman italien a immédiatement imposé sa marque et reste depuis plus de 20 ans la voix de TYGERS OF PAN TANG. Plus régulier ses dernières années, les Anglais reviennent aujourd’hui avec « Electrifyed », un quatorzième album qui vient attester de la grande forme du quintet. Vétérans peut-être sur le papier, les cinq musiciens affichent surtout une fougue et une inspiration qui m’ont pas pris la moindre ride. Le quintet rugit encore et toujours, et ne semble pas prêt à passer le relais. Entretien avec le chanteur de l’une des formations les plus marquantes du Hard Rock et du Heavy Metal européen.

– Tout d’abord, Jack, toi qui es dans le groupe depuis plus de 20 ans et donc le chanteur de la ‘seconde vie’ de TYGERS OF THE PAN TANG, j’aimerais savoir ce que tu penses des tous débuts du groupe ? Est-ce que cela reste encore aujourd’hui une inspiration pour toi ?

Oui, j’étais déjà fan des TYGERS dans les années 80 et j’avais d’ailleurs acheté « Spellbound » (1981) et « The Cage » (1982) que j’adorais. Et c’est vrai que faire partie d’un groupe aussi mythique est toujours une source d’inspiration, près de 22 ans après les avoir rejoints ! (Sourires)

– Pour rester un instant sur cette notion d’héritage, TYGERS OF PAN TANG a été de ceux qui ont bâti la fameuse NWOBHM. Aujourd’hui, beaucoup de groupes sont encore en activité, mais est-ce que tu perçois une seconde vague au XXIème siècle ? Je n’en ai pas l’impression, pour ma part…

La NWOBHM était un mouvement unique et exceptionnel. Comment des groupes comme Def Leppard et Venom pouvaient-ils en faire partie ? Et pourtant, c’était le cas. De nos jours, ce serait impensable. A l’époque, chaque groupe possédait un son et une personnalité uniques, et tous ont contribué au succès de la NWOBHM. Aujourd’hui, les groupes suivent une tendance ou s’approprient ce qu’ils considèrent comme le son originel de la NWOBHM. Mais il n’existait pas de ‘son’ codifié à l’époque. C’était un mouvement social : la classe ouvrière anglaise cherchait une musique capable d’exprimer sa colère et sa frustration. Voilà ce qu’est la NWOBHM !

– Pour conclure sur le sujet, les groupes fondateurs de la NWOBHM encore actifs ont tous plus de 40 ans de carrière évidemment. Est-ce que, comme tous les courants finalement, celui -ci est aussi destiné à s’éteindre avec ses créateurs ?

La magie de la musique réside dans son évolution constante, même à notre insu. Les musiciens qui ont façonné la NWOBHM finiront par prendre leur retraite, mais leur musique perdurera et inspirera de nouveaux talents. Cela donnera naissance à un nouveau genre musical, qui puisera dans les sonorités et les expériences du passé.

– Revenons à ce quatorzième album, qui acte aussi l’arrivée de John Foottit en tant que second guitariste aux côtés de Robb Weir. Ils forment à eux deux un duo solide et complémentaire. Sans parler de renouveau, « Electrifyed » donne l’impression d’être plus Heavy que ses prédécesseurs. A-t-il apporté une touche plus actuelle, selon toi, dans le son et l’approche de TYGERS OF PAN TANG ?

Les morceaux que tu entends ont été écrits avant l’arrivée de John dans le groupe. Robb (Weir, guitare – NDR), Craig (Ellis, batterie – NDR), Huw (Holding, basse – NDR) et moi souhaitions composer des titres plus percutants, axés sur les riffs, tout en conservant la touche mélodique que nous avions atteinte sur « Ritual » (2019) et « Bloodlines » (2023). Mon objectif a toujours été de maintenir l’équilibre entre le son brut de « Wild Cat » (1980) et l’approche plus mélodique de « The Cage », en passant par tous les morceaux intermédiaires.

– Pour la composition d’« Electrifyed », vous avez donc dit vouloir renouer avec l’énergie de « Wild Cat » (1980) justement, le premier album du groupe. Qu’y trouvez-vous qui puisse manquer dans le Heavy Metal et le Hard Rock d’aujourd’hui pour vous replonger 46 ans en arrière ? Est-ce finalement plus une question de sensation et d’état d’esprit ?

Chaque groupe a sa propre ‘recette’. La meilleure comparaison est celle d’un cocktail : vous pouvez connaître chaque ingrédient, mais le mélange est totalement unique. Je suppose que si vous demandiez à chaque membre de ce groupe de définir notre son, la réponse serait différente… (Sourires) Ce qui est certain, c’est que nous ne nous inspirons pas des autres groupes. Notre son est la combinaison des contributions des cinq musiciens et de la conscience de ce à quoi une chanson de TYGERS OF PAN TANG doit ressembler. « Electrifyed » représente cela en 2026.

– D’ailleurs, si « Electrifyed » est plus Heavy Metal dans le son, et moins Hard Rock, cette impression de noirceur se retrouve jusque dans la pochette. Avez-vous voulu ce nouvel album plus sombre et plus grave ? Peut-être plus en phase avec une époque mondialement compliquée ?

Nous vivons une époque étrange et sombre, et même si nous voulions éviter d’être influencés par le quotidien, c’est impossible. C’est pourquoi cet album est sans aucun doute plus sombre.

– Justement, sur le morceau-titre, tu fais allusion au système judiciaire américain en introduction de la chanson. Faut-il y voir un écho à l’actuel président et ses frasques, ce qui ne manquerait pas de piquant pour un Italien chantant dans un groupe anglais ?

C’est Craig, notre batteur, qui a écrit les paroles de la chanson. Elle ne parle pas de la peine de mort en tant que telle, mais plutôt des pensées d’une personne coupable qui sait qu’elle va être exécutée. Nous voulions retranscrire en chanson ce moment où la vie et la mort coexistent dans l’esprit d’une même personne.

– Enfin, par rapport à ton chant, est-ce que ton interprétation diffère dans son approche quand tu es avec TYGERS OF PAN TANG, afin d’offrir une continuité dans son identité artistique ? Car, je rappelle que tu fais aussi partie des groupes General Stratocuster And The Marshals, Damn Freaks, Mantra, Norge et plus récemment Sainted Sinners…

Oui, tout à fait. Et pour cet album en particulier, j’ai dû travailler dur pour trouver la bonne interprétation et la bonne intention pour chaque chanson. Je traversais aussi des problèmes familiaux qui n’ont rien arrangé. On a diagnostiqué un cancer à mon père pendant que j’étais en studio. Et il est décédé moins d’un mois après la fin des enregistrements. J’ai dû trouver le moyen de transformer toute cette douleur en quelque chose de créatif. Ce n’était pas facile, mais maintenant, en écoutant l’album, je crois que j’y suis arrivé, car je peux l’écouter sans ressentir de tristesse.

Le nouvel album de TYGERS OF PAN TANG, « Electrifyed », est disponible chez Mighty Music.

Photos : Steven Christie

Retrouvez aussi la chronique de l’album précédent :

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Hard Rock

Ricky Warwick : made in rock

Le plus connu des rockeurs de Belfast ne tient pas en place. Moins de deux ans se sont écoulées et RICKY WARWICK se présente déjà avec un neuvième album solo, qui tient d’ailleurs toutes ses promesses. Musclées et accrocheuses, les nouvelles compositions du guitariste-chanteur semblent immunisées contre toutes les tendances et le courants de la sphère musicale actuelle… et c’est une très bonne nouvelle ! Irrésistiblement Rock et généreusement Hard Rock, « Fire & Vengeance » parle à tout le monde avec une authenticité de chaque instant.

RICKY WARWICK

« Fire & Vengeance »

(Earache Records)

A peine dix-huit mois après « Blood Ties », l’Irlandais fait de nouveau rugir sa guitare au son de ce Rock’n’Roll, version Hard Rock évidemment, qu’il chérit tant et dont il a déjà écrit de bien belles pages. Le leader de Black Star Riders et The Almighty, qui fut également de la résurrection de Thin Lizzy, continue donc de battre le fer tant qu’il est chaud et ce « Fire & Vengeance » est une très bonne cuvée. RICKY WARWICK retrouve cette fois encore l’ex-Buckcherry Keith Nelson, venu co-produire, co-écrire et jouer sur ce nouvel opus.

Cet éternel rebelle ne triche jamais et c’est ce qui le rend si attachant. Et c’est aussi pour cette raison qu’il est encore si bien entouré sur « Fire & Vengeance ». Et ce qui est encore plus remarquable, c’est que l’ensemble reste toujours aussi personnel et tellement distinctif. Sur « Hellbent & Heaven Sent », Doug Aldrich (The Dead Daisies, ex-Whitesnake) se montre toujours aussi brillant, à l’instar de Charlie Starr de Blackberry Smoke sur le très roots « When The King Falls ». Et si les ambiances varient, la touche de RICKY WARWICK reste unique en son genre.

Bien sûr, on retrouve quelques notes celtiques (« Sweet County Down » avec Soren Hold de The High Kings), ainsi que l’ombre de Thin Lizzy (« Last Chance To Dance ») et c’est aussi ce qu’on attend de lui. Parmi les autres invités, Phil Collen de Def Leppard intervient sur « Seek Zen Destroy » et ses deux-là font vraiment des étincelles. S’il a passé 20 ans en Californie, l’Irlande tient une place de choix dans l’atmosphère générale de « Fire & Vengeance » et dans les textes. La voix de RICKY WARWICK mûrit en se bonifiant et son style reste inimitable.

Retrouvez les chroniques des deux précédents albums de RICKY WARWICK :

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Country-Rock Southern Rock

Wood Burnt Red : hot ride

Alors que l’Angleterre a déjà succombé à une vague Americana-Country très inspirée, il semblerait que le Southern Rock commence lui aussi à percer doucement. Ayant bien assimilé cette longue et riche tradition musicale, WOOD BURNT RED fait son apparition avec « Hold On Tight », un opus alliant puissance et mélodie et proposant une fraîcheur très contemporaine, loin de tout aspect consensuel. Les Britanniques jouent leur partition avec beaucoup de personnalité et devrait s’imposer assez naturellement sur la scène actuelle.

WOOD BURNT RED

« Hold On Tight »

(Independant)

Cela fait maintenant un petit moment que WOOD BURNT RED fait parler de lui outre-Manche grâce à des performances scéniques explosives et cela ne saurait plus tarder avant que la déferlante ne nous touche aussi. Originaire des Midlands, c’est pourtant du côté des Etats-Unis qu’il faut lorgner pour mieux saisir les sources d’inspiration des Anglais. Dans la lignée de la nouvelle génération de Rock Sudiste, allant de Blackberry Smoke à Whiskey Myers en passant par Robert Jon & The Wreck, ils s’engouffrent très habillement avec conviction.

Co-produit avec Tyler Spicer, qui a aussi participé à l’écriture des morceaux, « Hold On Tight » fait forte impression pour un premier album. Teinté de Country-Rock, le Southern Rock de WOOD BURNT RED s’inscrit dans son temps et même plus précisément dans la veine des Américains d’Orange County cités plus haut. Il ressort tout de même quelques sonorités européennes, notamment dans le traitement des guitares. Entraînant et sincère, le style du quatuor est d’une joie communicative, bien aidé par un songwriting efficace et rassembleur.

La voix captivante et agréablement éraillée de Tom Franklin, également six-cordiste, guide les chansons avec beaucoup d’entrain et un grain Country authentique. Sur un groove organique, WOOD BURNT RED libère une belle énergie grâce à ses deux guitaristes, tout comme aux indispensables notes de piano, sans doute distillées par son ancien claviériste Mike Mann, et qui renvoient aux belles heures de Lynyrd Skynyrd : le point fort de « Hold On Tight ». Les onze titres naviguent entre tradition et modernité avec beaucoup de doigté.

Photo : Lucy Cave

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Blues Rock International

Albert Castiglia : so british [Interview]

Sorti au cœur de l’été, « Grits & Glory » est probablement l’album le plus étonnant du guitariste et chanteur américain. Envoûtant dans le son et les ambiances, percutant comme il sait le faire à travers ses riffs et ses solos, ALBERT CASTIGLIA offre cette fois une saveur très british à son Blues Rock. Enregistré aux célèbres studios Abbey Road de Londres, on se doute bien qu’il s’est laissé porté par des influences anglaises qu’il n’a d’ailleurs jamais reniées. Saisi en formule trio, l’ensemble est direct et dégage une proximité vraiment immédiate. Difficile de lâcher ce treizième opus du bluesman, dont l’univers se dévoile finalement au fil des disques. Rencontre avec un artiste au style très libre et à l’instinct redoutable.

– Tout d’abord, puisque ce nouvel album a été enregistré à Londres, j’aimerais savoir quel impact le Blues britannique a eu sur ton jeu, toi qui as grandi en Floride et à Chicago, où le style est très prononcé et assez unique ?

Le Blues britannique a eu une influence majeure sur moi. Mon oncle possédait de nombreux albums de Led Zeppelin, des Who et des Rolling Stones, et c’est grâce à lui que j’ai découvert leur musique. Eric Clapton a été ma plus grande influence à mes débuts, et c’est lui qui m’a fait découvrir le Blues de Chicago. Ce sont les bluesmen britanniques qui m’ont finalement orienté vers Muddy Waters, Howlin’ Wolf et d’autres.. (Sourires)

– L’idée d’enregistrer un album à Londres, aux studios Abbey Road, t’est venue en parlant avec Olly Overton de Gulf Coast Records. Entre-temps, tu assorti « Righteous Souls » en solo, ainsi que « Live In Canada » et « Help Yourself » de Blood Brothers avec Mike Zito. Avais-tu déjà en tête l’idée d’un album réalisé en Angleterre pendant toutes ces années, et comment envisageais-tu cette future expérience ?

En fait, l’idée d’enregistrer à Londres m’est venue au début de l’année dernière. Olly m’a proposé d’enregistrer au Royaume-Uni et, un peu par plaisanterie, je lui ai suggéré de se renseigner sur Abbey Road. Il a pris la chose au sérieux et a réservé une semaine à Abbey Road en décembre. Je n’aurais jamais imaginé, même en rêve, mettre les pieds à Abbey Road ! (Rires) La vie m’a tellement donné et continue de le faire. J’en suis très reconnaissant ! (Sourires)

– « Grits & Glory » reflète clairement ton style et il reste fidèle à tes albums précédents, avec toutefois quelques touches distinctives. L’idée de faire un album entièrement consacré au Blues britannique t’a-t-elle traversé l’esprit, ou était-ce plutôt l’expérience du lieu qui comptait pour toi ?

L’album, de par son ambiance typiquement britannique, était déjà imprégné de cette identité, ne serait-ce que par le fait d’être enregistré dans ce studio. Nous avons utilisé des amplis Marshall et Vox AC 30 pour l’enregistrement. Mon producteur, grand disciple de George Martin, a employé certaines de ses techniques pour donner à quelques morceaux une sonorité proche des Beatles. Cependant, mes autres influences sont très présentes sur l’album : beaucoup de Southern Rock, de Blues américain, de Funk, de R&B, de Jazz afro-cubain… On y trouve un bel équilibre avec d’autres genres ! (Sourires)

– J’imagine que jouer et enregistrer aux studios Abbey Road est une expérience incroyable pour un artiste, ne serait-ce que pour l’Histoire qui imprègne ces lieux. Pourtant, vous y êtes allés en trio et « Grits & Glory » a également été enregistré en live. Alors, au final, y a-t-il eu plus de joie que d’appréhension ?

Uniquement de la joie ! (Sourires) Le groupe et moi avons savouré chaque instant. Si j’avais eu vingt ans, j’aurais peut-être été nerveux, mais j’ai la cinquantaine maintenant et je n’ai plus vraiment d’appréhension face aux défis, ou aux situations, qui me dépassent ! (Sourires)

– Et puis, tu ouvres l’album avec « In My America », une chanson très forte sur les divisions aux Etats-Unis. L’as-tu finalement composée comme un message aux Anglais, et plus largement aux Européens, parmi lesquels tu séjournais, car le symbolisme pourrait être très pertinent dans la situation actuelle ?

Mon message s’adresse à tous ceux qui veulent bien l’écouter. J’aurais enregistré cette chanson que je sois aux Etats-Unis, ou non. Quand j’écris une chanson, elle doit être sincère. Mon pays est plus divisé que jamais, au point que le monde entier le sait. Ne pas en parler serait fermer les yeux. Mes albums sont comme des journaux intimes sur disque. Nous avons bien plus de points communs que de différences. C’était le message principal que je voulais transmettre avec « In My America ».

– Comme on l’a dit, tu travailles sur cet album depuis quelques temps déjà. Concernant la composition, tant les paroles que la musique, as–tu défini le son global de l’album au fil du temps, ou tout s’est-il mis en place rapidement avant ton départ pour l’Angleterre ?

La majeure partie était prête. Nous avons peaufiné quelques détails à la dernière minute concernant les paroles et les arrangements, mais l’essentiel a été finalisé aux Etats-Unis.

– D’ailleurs, si on écoute attentivement « The Milk Is Still Good », on peut reconnaître un extrait de la mélodie de « Come Together » des Beatles. Est-ce une sorte d’hommage subtil que tu voulais glisser, puisque tu étais dans le studio où ils enregistraient souvent ?

Le subconscient est une chose merveilleuse ! (Sourires) Tout ce que je compose est une compilation de toutes les musiques qui m’ont influencé, donc cela ne me surprend pas que tu aies repéré « Come Together » dans « The Milk Is Still Good »… (Sourires) Ce n’était pas intentionnel, mais parfois l’univers nous réserve des surprises… (Sourires)

– Etonnamment, « Grits & Glory » dégage une impression assez différente des précédents : celle d’une grande liberté artistique, qui te permet de révéler d’autres facettes de ton jeu. L’idée de départ était-elle de te laisser carte blanche et de développer pleinement les vastes émotions que le Blues évoque, c’est-à-dire sans aucune limite ?

Oui, c’est ainsi que j’aime travailler. Il y a un mouvement dans mon pays, qui veut restreindre les sentiments, les pensées et les opinions et cela se déverse dans la créativité. J’ai toujours été un fervent défenseur de la liberté d’expression et aujourd’hui plus que jamais, les gens ont besoin de créer sans les contraintes extérieures. Je suis très heureux d’être dans un label qui me permet cette liberté. Certains veulent imposer leurs auteurs et leurs idées aux artistes. C’est leur choix, mais pas le mien. Il y a toujours des gens dans l’industrie qui signent un artiste pour en faire leur propre outil de création. Je me suis battu contre ça pendant des années et j’ai parfois perdu cette bataille. Maintenant, j’ai atteint un âge où je ne me soucie plus de ce que pensent les autres et je refuse qu’ils m’imposent leur philosophie créative. Si j’ai de la chance, il me reste encore une trentaine d’années à vivre. Je ne les passerai pas à me soumettre aux désirs de la société… (Sourires)

– J’aimerais parler un peu de la préparation de « Grits & Glory », au-delà de la composition. Quand vous êtes arrivé aux studios Abbey Road, tout était-il déjà bien en place avec ton bassiste Cliff Moore et ton batteur Ray Hangen, avec qui tu tournes également ? Ou vous êtes-vous laissé une certaine marge d’improvisation une fois sur place ?

Il y a toujours de la place pour l’improvisation. On arrive toujours en studio avec un plan de base, mais il est toujours amené à évoluer. C’est un peu comme la constitution d’un pays. Un plan peut et doit toujours légèrement dévier, car on peut trouver une meilleure idée une fois en studio. Il ne faut jamais exclure de petits changements.

– Enfin, cet été, vous étiez en Europe pour quelques concerts avec Blood Brothers, juste au moment où ton album sortait avec une photo de toi en couverture devant le célèbre Big Ben. Prévoies-tu de revenir jouer à Londres dans les prochains mois, et si possible en France également ?

Nous préparons une tournée en Europe et au Royaume-Uni pour mai 2027 environ. La France est définitivement sur ma liste. J’adore la France et cela fait longtemps que je n’y ai pas joué ! (Sourires)

« Grits & Glory » par ALBERT CASTIGLIA est disponible chez Gulf Coast Records.

Photos : Rob Blackham / Blackham Images

Retrouvez quelques chroniques de ses albums précédents, ainsi qu’avec Blood Brothers :

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Desert Rock Heavy Stoner Psych

Spirit Mother : un espace imposant

Dès son premier album, « Cadets » sorti en 2020, SPIRIT MOTHER s’est distingué de la scène Stoner grâce à une touche singulière. L’année suivante, son « Live In The Mojave Desert » vient confirmer ce bel élan dans un décor où il semble littéralement dans son élément. Après « Trails » en 2024 et un départ de Californie, des touches plus Desert Rock et Americana viennent se greffer à leur univers, qui est aujourd’hui atypique, imprévisible et profondément vivant.

SPIRIT MOTHER

« Thistle »

(Sound Of Liberation Records)

Après avoir quitté Long Beach pour le Haut Désert de l’Oregon, SPIRIT MOTHER a trouvé un nouveau souffle et surtout une source d’inspiration intarissable. Depuis « Trails » sorti il y a deux ans, le groupe a quelque peu remanié son line-up. Le chanteur Armand Lance a laissé la basse à Michael Feuris pour prendre la guitare. SJ Lance est aujourd’hui soutenue par l’autre violoniste Mia Rose et elles assurent également toutes les deux les chœurs. Et enfin, Chase Howard de Kadabra qui œuvre derrière les fûts et livre une prestation de haute volée.

Pour son troisième album, SPIRIT MOTHER est allé puiser au cœur même de ses influences, et elle sont aussi nombreuses que différentes. Et il faut reconnaître aussi qu’il faut vraiment apprivoiser « Thistle », tant il multiplie les atmosphères. Heavy Rock, Stoner Psych, Grunge et Americana cohabitent ici très bien et contribuent, s’il en était encore besoin, à sceller la signature et l’identité du combo. Ecrit, enregistré et autoproduit dans l’ancienne cabane du chanteur, on entre en immersion pour faire corps avec l’aride et sauvage paysage alentour.

SPIRIT MOTHER est également passé maître dans l’art de conjuguer la puissance de son jeu avec une certaine nonchalance, tout en préservant une tension palpable grâce à un Fuzz omniprésent enrobé des deux violons. Ceux-ci sont d’ailleurs parmi les acteurs les plus pertinents de la formation. Derrière les vapeurs psychédéliques, « Thistle » propose un voyage sonore assez inédit et très original. Parfois mélancolique, ce nouvel opus trouve sa force dans un aspect brut et soigné (« Dog Machine », « Good Faith », « Crux », « Odetta »). Captivant !

Retrouvez les dernières chroniques des albums de SPIRIT MOTHER :

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Americana Blues Soul Southern Blues Rock

Caitlin Krisko & The Broadcast : une énergie magnétique

Basé à Asheville en Caroline du Nord, décidément creuset de très nombreux talents, CAITLIN KRISKO & THE BROADCAST livre ce très attendu nouvel album. Et « Heirloom » se montre très largement à la hauteur de ce qu’on pouvait légitimement espérer, tant le précédent EP était d’une incroyable luminosité. Certes, la chanteuse de la formation américaine est un atout majeur, mais la qualité d’écriture et de composition est d’un tel feeling et d’une telle précision, qu’il est difficile d’y résister. Le style s’affirme aussi pour être désormais immédiatement identifiable, et ce Blues teinté de Soul, de Rock et d’Americana est aussi entraînant qu’émouvant.

CAITLIN KRISKO & THE BROADCAST

« Heirloom »

(Independant)

Malgré une quinzaine d’années d’existence, c’est avec l’EP « Blueprints », sorti il y a deux ans et qui a vu le nom de sa chanteuse accolé à celui du groupe, que les Américains ont renversé la communauté Blues, et cet engouement a été renforcé grâce à des tournées dont les prestations ont marqué les esprits jusqu’en Angleterre. CAITLIN KRISKO & THE BROADCAST revient avec un long format une fois encore exceptionnel. La tonalité globale est clairement plus sudiste que ce soit dans les envolées Soul, Rock et Blues. Un Roots Rock porté aussi par un son organique à la dynamique actuelle et à la saveur légèrement vintage et savamment dosée.

Dévoilé au fur et à mesure sur les plateformes, « Heirloom » a été enregistré aux studios Blackbird de Nashville et produit par Aaron Austin, guitariste du groupe. Ainsi, grâce à son musicien de mari, CAITLIN KRISKO se trouve portée par un environnement sonore à la hauteur de sa performance vocale. Car le six-cordiste donne une autre dimension à ces nouvelles chansons, grâce à des accords subtils, des riffs délicats et des solos magistraux. D’ailleurs, l’ensemble de THE BROADCAST est sur la même longueur d’onde, à savoir un jeu d’une grande finesse et d’une authenticité rayonnante. Il suffit aussi d’écouter l’orgue Hammond pour s’en convaincre.

Comme pour « Blueprints », il est bien difficile de mettre en avant certaines chansons plutôt que d’autres, tant elles nous racontent des histoires captivantes. Le récit est souvent profond, les refrains deviennent très vite entêtants et donnent la sensation d’une proximité, tout en se faisant très fédérateurs. Un tour de force réellement bluffant. Et si la puissance vocale de CAITLIN KRISKO emporte tout, on se raccroche volontiers à ces notes bleues distillées par THE BROADCAST avec fougue et émotion (« Keep On Trying », « Heart Of Gold », « Homeless », « Hole In My Heart », « Let It Ride », « Something Sweet », « Fuel My Fire »). Renversant !   

Retrouvez la chronique du précédent EP, « Blueprints » :