Catégories
Blues R&B Soul / Funk

Marc Broussard : bluesy bayou soul

Du Shuffle Blues en ballade délicate, tout en négociant des virages funky et cuivrés façon big band, le frontman de Louisiane s’est laissé entraîner pour la première fois de sa carrière dans l’aventure d’une réalisation entièrement Blues, ce qui ne lui était encore jamais arrivé. Avec la complicité de Joe Bonamassa notamment et d’un groupe hors-norme, il laisse parler son talent avec beaucoup d’intensité et une précision vocale exceptionnelle. Un chapitre inédit s’ouvre à lui.

MARC BROUSSARD

« Chance Worth Taking »

(KTBA Records)

Ayant déjà sorti une bonne douzaine d’albums, c’est pourtant une première pour le chanteur Soul R&B. Réputé pour la puissance et la chaleur de sa voix, celui qui apporte sa magie au Gospel n’a pu résister à la proposition de Calvin Turner. Ce dernier lui a tout simplement envoyé 15 titres instrumentaux, en lui demandant d’y poser ses mots. Sauf que cette fois, c’est dans un environnement Blues que MARC BROUSSARD navigue et c’est une évolution somme toute très naturelle vu son parcours. Et il est en très bonne compagnie… forcément !

Signé sur le label de Joe Bonamassa, on le retrouve également à ses côtés à la guitare, bien sûr, mais aussi à la production avec Josh Smith et Calvin Turner. Comme souvent, le virtuose livre une prestation exceptionnelle, loin d’être démonstrative et préférant des solos envoûtants, des parties de slide captivantes et des mélodies tout en finesse pour laisser jaillir le talent de MARC BROUSSARD. Accompagné de pointures, il a co-écrit dix chansons de « Chance Worth Taking » avec ses producteurs et Trombone Shorty, une autre légende.

Si les singles déjà sortis ont dévoilé plusieurs aspects de ce nouvel opus (« You’ll Be Sorry », « I’m Going Home », « Trying To Do Right », « Fever », « No More »), le maître de la ‘Bayou Soul’ se montre aussi très à l’aise dans son nouveau rôle de bluesman, même si les styles se rejoignent instinctivement. Poignant, énergique et funky à l’occasion, MARC BROUSSARD brille littéralement sur ce « Chance Worth Taking » aux ambiances variées et attachantes (« Blame », « Let Me Take You Out Tonight », « Sweet Love », « Laissez Les Bons Temps Rouler »). Epoustouflant !

Photo : Jeff Fasano

Catégories
Blues Blues Rock Contemporary Blues

Selwyn Birchwood : passion preacher

Familier des prestations enflammées, SELWYN BIRCHWOOD déclare pourtant avoir longtemps cherché sa voie. En s’émancipant de cette manière sur ce trépidant « Electric Swamp Funkin’ Blues », il rassemble tout ce qui le fait vibrer. De plus, le guitariste et chanteur s’est entouré de cuivres chaleureux, d’un orgue Hammond rassurant et de chœurs scintillants. Le songwriter colle au plus près de ce Blues bigarré et dynamique qu’il affectionne tant pour y plonger profondément. Positif et pointilleux, il libère une énergie communicative.

SELWYN BIRCHWOOD

« Electric Swamp Funkin’ Blues »

(Alligator Records)

Huitième album, cinquième chez Alligator Records et premier en tant que producteur pour SELWYN BIRCHWOOD, qui s’impose de plus en plus comme l’un des meilleurs bluesmen de sa génération. Produit par Tom Hambridge (Buddy Guy, Susan Tedeschi) sur ses deux précédentes réalisations, le Floridien a donc décidé de tout gérer seul et ça commence par l’écriture complète de ce génial « Electric Swamp Funkin’ Blues », dont le titre résume parfaitement l’état d’esprit de l’Américain et le contenu du disque. Entre modernité et un profond respect de la tradition.

Celui qui a remporté en 2013 l’International Blues Challenge et le prix Albert King du meilleur guitariste dans la foulée dévoile ici tout son talent avec sa fraîcheur habituelle et en étant toujours bien accompagné. Et les sept musiciens qui œuvrent à ses côtés sur ce nouvel opus sont aussi chevronnés qu’inspirés. Outre sa grande technicité, SELWYN BIRCHWOOD a particulièrement soigné le songwriting d’« Electric Swamp Funkin’ Blues », tout en s’attardant sur les moindres détails, à savoir des arrangements d’une grande finesse.

L’influence assumée du bayou sur son jeu, comme celle de Jimi Hendrix d’ailleurs, lui donne un aspect sauvage et insaisissable. Grâce à sa voix captivante, sa virtuosité et son incroyable approche de la lap-steel, SELWYN BIRCHWOOD est un artiste vraiment original, dont la touche personnelle est désormais immédiatement identifiable. Très varié dans les atmosphères et les registres empruntés, on se faufile avec délectation dans ces dix chansons qui sont autant de belles surprises (« All That Algorithm », « Talking Heads », « The Church Of Electric Swamp Funkin’ Blues »). Grand !

Photo : Laura Carbone

Retrouvez aussi la chronique de « Living In A Burning House » :

Catégories
Blues Rock Contemporary Blues

Gabe Stillman : l’intensité des grands

Le talent n’attend pas le nombre des années et GABE STILLMAN en est la preuve vivante. Ayant reçu l’Award du meilleur guitariste à l’International Blues Challenge de Memphis en 2019, il poursuit sa progression de scène en scène et son deuxième effort atteste une fois encore de sa virtuosité et de son amour du Blues au sens large. Songwriter affûté, il livre sur « What Happens Next ? » une partition et une prestation remarquables. Un nom qui commence à s’inscrire en lettres capitales.

GABE STILLMAN

« What Happens Next ? »

(Gulf Coast Records)

Etape par étape, le jeune bluesman poursuit son ascension sans la moindre fausse note. Découvert avec l’EP « Flying High » en 2020, il avait confirmé l’année suivante avec « Just Say The Word », un premier album d’une étonnante maturité sur lequel le guitariste et chanteur faisait preuve d’une classe et d’un feeling étourdissants. GABE STILLMAN poursuit donc son chemin avec « What Happens Next ? », un deuxième effort qu’il signe chez Gulf Coast Records avec une belle équipe de production, dont l’icône texane Anson Funderburgh et son expérience, toujours fidèles au poste.

Quoi qu’il en soit, « What Happens Next ? » brille surtout par la qualité des compositions du musicien de Pennsylvanie, qui se montre encore autant en verve qu’inspiré. Entouré d’un groupe solide et des chœurs exceptionnels d’Alice Spencer, GABE STILLMAN montre une incroyable polyvalence, que ce soit au chant ou à la guitare. Aussi assuré dans un Blues Rock appuyé que dans la Soul de Gladys Knight And The Pips sur « I’ve Got To Use My Imagination », ou dans la Folk de John Hartford popularisée par Glen Campbell, « Gentle On My Mind », l’Américain régale de facilité.

Par la finesse de son jeu, parfaitement mise en valeur par des arrangements et un son très soignés, GABE STILLMAN passe ici de révélation à artiste confirmé, et c’est peu de le dire. A la fois raffiné et d’une folle énergie, il offre un deuxième opus concis et rassembleur, n’éludant aucun registre et dévoilant une habilité très créative à passer de l’un à l’autre (« Yesterday’s Donuts », « The Man I Supposed To Be », « Screamin’ », « Living Your Life » et le morceau-titre). Incandescent et doté d’un enthousiasme à toute épreuve, « What Happens Next ? »  est déjà un incontournable de l’année.

Photo : Chris Montgomery

Catégories
Blues Blues Rock International

Neal Black & The Healers : worldwide blues [Interview]

Le plus français des Texans revient avec « Number 3 Monkey », un nouvel album où l’on retrouve l’éclectisme du guitariste, chanteur et songwriter américain. Car ce baroudeur du Blues ne cesse d’évoluer dans son style, dans son regard sur celui-ci et peut-être un peu aussi sur sa façon de jouer et de composer. Au fil des albums, NEAL BLACK & THE HEALERS a vu son approche s’européaniser, s’éloignant de l’aspect roots et un peu rugueux de son Etat natal pour embrasser une version et une vision sans doute plus globales et moins marquées de ce Blues Rock devenu si identifiable. Avec ce nouvel opus, l’Américain continue de se réinventer avec une fraîcheur qui ne le quitte pas et un universalisme du genre qu’il incarne avec talent.

Avant de parler de « Number 3 Monkey », j’aimerais qu’on revienne sur ton étonnant parcours. Tu as plus de 30 ans de carrière et cela fait aussi plus de 20 ans que tu vis en France. Quelle est la raison profonde pour laquelle un bluesman quitte son Texas natal, alors que son style préféré y est omniprésent et très apprécié ?

En réalité, la scène musicale aux Etats-Unis et au Texas, surtout pour ce genre de musique, a commencé à changer et à perdre le soutien et l’intérêt du public vers l’an 2000. Beaucoup de musiciens que je connaissais et avec qui j’ai travaillé ont été contraints de se reconvertir, car ils ne pouvaient plus faire de la musique qu’à temps partiel. C’était inacceptable pour moi, alors je suis parti au Mexique pour tourner dans les Hard Rock Café avec des musiciens mexicains, avant de finalement m’installer en Europe en 2004. Venir en France était un avantage, car ma carrière était déjà bien établie grâce aux disques que j’avais sortis chez Dixiefrog Records, avec un premier album sorti en 1993, et j’avais déjà fait plusieurs tournées et concerts en Europe. La transition s’est donc faite très naturellement et je suis extrêmement heureux en tant que musicien en France. Le public français et européen apprécie toujours la culture, l’art, la musique, etc… Et c’est quelque chose qui s’est perdu aux États-Unis.

– Au lieu d’évoluer sous ton seul nom, tu as créé The Healers. Cela peut paraître surprenant dans la mesure où le groupe a vu passer de nombreux musiciens. Tu avais besoin d’une entité qui te permette de conserver un son et une approche originale, même si tu restes le principal compositeur ?

La composition initiale des Healers a beaucoup changé, principalement en raison de mes nombreux déménagements aux Etats-Unis. J’ai quitté le Texas pour New York en 1989, puis je suis retourné au Texas en 1998. Ensuite, j’ai vécu au Mexique de 2000 à 2004, avant de m’installer en France en 2004. Il était donc impossible de maintenir une équipe stable. Cependant, depuis mon installation en France, les musiciens avec lesquels je travaille sont restés relativement constants. Mike Lattrell (ancien pianiste de Popa Chubby, originaire de New York) collabore avec moi depuis plus de 15 ans, tout comme Abder Benachour (ancien bassiste de Fred Chapellier) depuis 15 ou 16 ans. Nous avons également la chance de travailler avec plusieurs excellents batteurs, tels que Guillaume Destarac, Denis Palatin et Clément Febvre. En tant que principal compositeur du projet, je m’efforce de conserver une identité musicale constante, avec comme influence principal : le Blues, ses racines et sa musique.

– Tu as fait l’essentiel de ta carrière sur le fameux label français Dixiefrog avec une quinzaine d’albums marquants. Pourtant, avec « Number 3 Monkey », on te retrouve sur celui de ton ami Manu Lanvin, Gel Production. C’est un changement de structure qui peut étonner. Il te fallait de nouveaux objectifs, quelques défis pour retrouver un certain élan ?

La sortie de ce nouvel album sur Gel Productions était une suite logique, et je suis ravi de faire partie de l’équipe. Manu et moi avons collaboré sur de nombreux projets et nous partageons un style et une approche musicale similaires. Manu est l’un des musiciens les plus travailleurs que je connaisse, et c’est un autre point commun : nous aimons tous deux œuvrer pour atteindre un objectif commun : créer la meilleure musique possible et satisfaire le public.

– Aujourd’hui, ton nouvel album sort donc sur le label de Manu Lanvin, dont tu as écrit l’essentiel de « Man On A Mission », son dernier disque. Ce n’est pas la première fois que tu collabores avec d’autres artistes, loin de là. Qu’est-ce qui te plaît autant dans cet exercice ? Te permets-tu des choses que tu n’oserais pas en solo avec The Healers ?

J’adore collaborer avec des artistes de tous styles musicaux. Récemment, j’ai travaillé en studio avec Joyce Tape (chanteuse et bassiste africaine), Laly Meignan (actrice française), Enzo Cappadona (jeune guitariste de Blues français), Sand & Folks (musique roots avec Sandy Goube à la guitare et au chant), et bien sûr avec de grands noms du Blues et du Rock : Manu Lanvin, Fred Chapellier, Phil Vermont et bien d’autres musiciens. C’est passionnant et cela me permet d’explorer d’autres horizons, de sortir de ma propre mentalité. Il s’agit avant tout de mettre son ego de côté et de se mettre au service de la chanson et de la musique pour obtenir le meilleur résultat possible pour l’artiste en question.

– On parlait de nouveau challenge avec ce changement de label. Est-ce pour cette raison que « Number 3 Monkey » est aussi électrique ? Est-ce que tu as ressenti le désir d’explorer au maximum la planète Blues ?

Nous essayons toujours d’utiliser un maximum de nuances du genre ‘Blues & Roots’, lorsque nous sommes en studio, afin de proposer une expérience intéressante pour les auditeurs et pour nous aussi ! Ce genre musical offre une grande liberté si l’on comprend ses origines.

– Ce qui est également étonnant dans la conception de ce nouvel album, c’est qu’il a été enregistré en pleine tournée, lors de vos jours de repos, et dans trois studios différents en France et en Belgique. Avais-tu besoin de cette dynamique du live ?

Je pense que c’est simplement l’énergie que nous avions en tournée et en allant en studio les jours de repos. Nous avions une cohésion qui n’est facilement transposée de la scène au studio.

– En plus de tes compositions, tu présentes deux reprises un peu étonnantes sur l’album, puisqu’il s’agit de deux chansons traditionnelles immortalisées par Skip Jones pour « Devil Got My Woman » et Robert Wilkins pour le Gospel « No Way To Get Mad ». Ce sont deux chansons que tu joues depuis longtemps ? Ou es-tu allé fouiller dans l’héritage profond du Blues ?

Ces chansons ont été choisies parce qu’elles sont un peu obscures et que nous essayons de reprendre des morceaux de Blues moins connus du public, mais ce sont des chansons que j’apprécie depuis longtemps et c’était donc un voyage intéressant que d’essayer de les reprendre avec notre propre interprétation.

– Un mot enfin sur les amis que tu as invité à se joindre à toi. On retrouve Nico Wayne Toussaint, Janet Martin et Flo Bauer. C’est important pour toi de les avoir à tes côtés, d’autant que cela s’inscrit aussi dans cette notion de partage, chère au Blues ?

Je travaille avec Nico depuis de nombreuses années, et sur sur différents projets, et il est mon harmoniciste préféré. C’est un musicien exceptionnel, capable de répondre à tous mes besoins musicaux, que ce soit en studio ou en concert. Je suis honoré de l’avoir comme collègue et ami proche depuis tant d’années. Quant à Flo Bauer, il fait partie de la nouvelle génération d’artistes de Blues que je respecte énormément. Extrêmement talentueux comme guitariste, chanteur et compositeur, il est un artiste essentiel pour l’avenir de ce genre musical. Quant à Janet Martin, c’est une bonne amie et nous avons collaboré à de nombreuses reprises lors de tournées en Europe. C’est une excellente guitariste slide et une chanteuse formidable.

Le nouvel album de NEAL BLACK & THE HEALERS , « Number 3 Monkey », est disponible chez Gel Production.

Retrouvez aussi la chronique de « Wherever The Road Takes Me », magnifique recueil de 30 ans de carrière :

Catégories
Blues Blues Rock

Lee O’Nell : le feeling pour unique guide

Avec beaucoup d’énergie et de finesse, LEE O’NELL se dévoile sur scène dans un set incandescent, où son Blues Rock donne toute sa puissance. La guitare est affûtée, les claviers scintillants, la rythmique d’un groove hyper-précis et la voix de Gipsy enveloppe de sa belle tessiture. Tout est en parfaite symbiose sur ce « Live », parfaitement capté et restitué sans fioriture avec une authenticité de chaque instant. Léger, jazzy, swing ou plus musclé, le registre du combo hexagonal fait des merveilles et nous emporte avec lui.

LEE O’NELL

« Live »

(Independant)

Après deux albums studio avec son Blues Gang, « Different Shades OF Love » (2020) et « This Is Us… » (2022), c’est avec une réalisation sobrement intitulée « Live » que Lionel Wernert, alias LEE O’NELL, fat son retour de très belle manière. Car le Blues Rock et le Blues plus largement, peut-être plus que d’autres registres qui misent dorénavant sur des shows exubérants plus préoccupés par l’image que la musique, se vit et se ressent en concert et face au public. Et en ce sens, le quintet vosgien ne triche pas et ses morceaux sont d’une sincérité sans faille.

Enregistré en octobre dernier à Vitry-le-François devant des spectateurs attentifs et enthousiastes, « Live » s’étend sur une petite heure, où l’on se délecte des multiples facettes de LEE O’NELL. Avec sa chanteuse Gipsy, ils forment un duo fusionnel, où le chant communique et répond aux assauts guitaristiques du principal compositeur de la formation. Cette dernière est d’ailleurs complétée avec beaucoup de talent par Pierre-Alain Delannoy (batterie), Phil Dandrimont (basse) et François Barisaux (claviers) dans une belle osmose.

Complices et complémentaires, les cinq musiciens manient puissance et délicatesse sur des titres très accrocheurs, dont l’objectif (atteint!) est d’abord de livrer beaucoup d’émotion (« Come What May », « Be A Man », « Different Shades Of Love », « Kiss Me Again », « Never Again », « Paradise Highway »). Et cerise sur le gâteau, on retrouve en toute fin le single « O Gimme Faith » qui, espérons-le, est le présage d’un beau troisième effort à venir. Avec ce « Live », LEE O’NELL est dans son élément, brillamment accompagné et avec une telle frontwoman, l’avenir s’annonce radieux.

Photo : Thierry Wakx

Retrouvez la chronique de « This Is Us… » :

Catégories
Blues Rock Contemporary Blues Southern Blues

Jonathon ‘Boogie’ Long : l’émotion et la passion

Bercé par la Soul, le Southern Rock, le Gospel, le Blues et l’Americana, JONATHAN ‘BOOGIE’ LONG a trouvé sa voie et son style, d’une finesse et d’une délicatesse de chaque instant, qui le guident dans un registre porté par l’espoir. « Courage In The Chaos » parle d’identité avec la sérénité d’un sage. Des chansons très rythmées en passages plus doux, la force de l’Américain prend racine dans un apprentissage effectué auprès des plus grands. Et ce nouvel opus est déjà essentiel.

JONATHON ‘BOOGIE’ LONG

« Courage In The Chaos »

(Myrical Records)

Guitariste, chanteur et songwriter, JONATHON ‘BOOGIE’ LONG a toujours baigné dans le Blues. C’est à Baton Rouge qu’il fait ses premières scènes à l’âge de dix ans avant de partir, quatre ans plus tard et donc tout juste adolescent, sur la route avec Henry Turner Jr. Consacré meilleur guitariste de Blues indépendant des Etats-Unis en 2011, le Louisianais possède déjà une longue expérience qui lui a permis de forger un style original et immédiatement identifiable. « Courage In The Chaos », son sixième album, est déjà un sommet dans sa carrière et un incontournable de cette année.

Produit par Samantha Fish sur ses deux précédents disques, « Jonathon Long » (2018) et « Parables Of A Southern Man » (2021), JONATHON ‘BOOGIE’ LONG a aujourd’hui trouvé refuge chez Myrical Records, label fondé par le légendaire Jim Odom, membre du mythique groupe LeRoux et ingénieur du son multi-récompensé. Et cela s’entend sur « Courage In The Chaos », qui est limpide et fluide. Cette nouvelle réalisation défit le temps et entre un Southern Blues Rock teinté d’Americana et une interprétation parfaite, le musicien vient se poser parmi les meilleurs du genre.

JONATHON ‘BOOGIE’ LONG n’est pas qu’un virtuose de plus, ses capacités vocales sont également hors-norme, et la combinaison offre une authenticité rayonnante à son jeu. Très actuel tout en étant inscrit dans une tradition fidèle au Sud des Etats-Unis, le bluesman captive tout au long de « Courage In The Chaos », magnifique recueil d’histoires duquel émane un esprit de liberté apaisant (« Hell Or High Water », « A Fool Can See », « The World Is A Prison », « Drinking Through », « Tomorrow », « Lipstick », « Catfish Blues »). Un tel groove, aussi naturel, est rarissime.

Catégories
Blues Rock

Garret T. Willie : des épaules de géant

Avec une présence qui en impose et beaucoup de caractère, c’est entouré d’une formation de cadors du Tennessee que GARRET T. WILLIE signe un nouvel album, sur lequel il se montre redoutable. « Bill’s Cafe » est l’œuvre d’un gamin de province inspiré et sûr de lui. Très bon six-cordiste et doté d’un talent vocal naturel, le Canadien affiche déjà un sens du Blues Rock très personnel et déploie son âme avec une grande honnêteté, ce qui le rend souvent poignant. Une sensibilité rugueuse et attachante.

GARRET T. WILLIE

« Bill’s Cafe »

(Gulf Coast Records)

Tirant le titre de son nouvel opus du nom du café-billard de son grand-père, le jeune musicien semble rendre hommage à ses racines. Membre de la nation Kwakwaka’wakw au Canada et originaire d’Alert Bay sur l’île Cormorant en Colombie-Britannique, GARRET T. WILLIE fait pourtant le grand saut en quittant la région de Vancouver pour les studios de Nashville. Un saut dans l’inconnu pour celui qui s’est fait connaître avec « Same Pain » il y a trois ans, mais à qui la présence Tom Hambridge (Buddy Guy, Susan Tedeschi, Christone ‘Kingfish’ Ingram) donne des ailes.

Sous la houlette d’un tel producteur, le talent du guitariste-chanteur prend une réelle ampleur et on le sent totalement libéré sur cet explosif « Bill’s Cafe ». Indomptable et sincère, GARRET T. WILLIE offre la pleine puissance de son jeu. L’aspect brut et direct de son Blues Rock envahit chaque morceau avec un intensité assez rare chez un artiste de seulement 25 ans. Sa voix rauque et grave lui confère une autorité naturelle dans son approche et son côté Rock prend très souvent le dessus, libérant des titres taillés dans la pierre.

Avec déjà des allures de vieux baroudeur, il fait le lien entre ZZ Top et AC/DC en y apportant toute la fougue de sa courte expérience. « Bill’s Cafe » est clairement débridé et GARRET T. WILLIE électrise ses compositions grâce à un style insaisissable et très live. Percutant et incisif dès « Hypnotist » qui ouvre les festivités, cette deuxième réalisation est aussi portée par un groupe de haut vol, qui donne un volume magistral à l’ensemble (« Going To Toronto », « High Beam Blues », « I’m Hate », « Young Country Boy »). un disque solide, complet et déjà incontournable.

Catégories
Americana Dark Folk Desert Rock

Wildhorse : l’Ouest en grand

Dans un décor de western, le frontman du combo Stoner Rock Appalooza se présente aux commandes d’un projet solo, dans lequel il avance sur des titres plus dépouillés et introspectifs. Avec un fond aux résonances tribales, « Shewolf » développe une partition narrative entre Desert Rock, Americana et Folk. L’imaginaire de WILDHORSE rappelle autant les Appalaches que le désert de Mojave, et il fait le lien avec beaucoup de justesse et de subtilité. Une évasion originale et très convaincante.

WILDHORSE

« Shewolf »

(Independant)

Quelques mois après la sortie de « The Emperor Of Loss », le quatrième album du groupe Appalooza, son chanteur et guitariste s’offre une petite escapade en solitaire. C’est d’ailleurs sous le nom qu’il emprunte aussi avec ses camarades qu’il se présente avec « Shewolf ». Certes, l’approche personnelle de WILDHORSE est bien différente du Heavy Stoner Rock auquel il nous habitué, mais les similitudes sont pourtant nombreuses. Le Breton, natif d’un bout du monde lui aussi, se tourne une fois encore vers le grand Ouest pour prendre sa source au-delà de l’Atlantique.

C’est presque naturellement que le songwriter passe du Stoner au Desert Rock sur « Shewolf ». Avec quelques éléments Dark Country et une base Folk, WILDHORSE dévoile une douceur qu’on ne lui connaissait pas. Dans son imaginaire et dans l’atmosphère aussi, il nous fait parcourir de grands espaces sur des textes intimistes. Dans l’intention, le musicien conserve un fond Rock même s’il s’en détache pour un environnement plus acoustique. La production du disque est également très organique, ce qui lui confère une proximité très immédiate et palpable.

Ici, la voix est plus légère, la guitare plus épurée aussi et quelques percussions discrètes accompagnent les morceaux. L’esprit très amérindien offre une ambiance, qui prend parfois des teintes shamaniques. WILDHORSE est hypnotique et très roots, et les chansons s’enchaînent à la manière d’un road-trip en pleine nature, loin de toute civilisation. Intense et viscéral, « Shewolf » déploie une énergie très sereine (« The Craven », « Fellow Travelers », « Run Baby Run », « The Wolf March », « The Bullet Was Never Used » et le morceau-titre). Une immersion très réussie.

Retrouvez aussi les interviews d’Appalooza…

la chronique de « The Holy Of Holies » et le [Going Faster] du « Live at Smoky Van Sessions » :

Catégories
Blues Rock

Spencer Mackenzie : golden Blues

Explosif et d’une incroyable fraîcheur, « Empty Chairs » laisse éclater tout le talent de SPENCER MACKENZIE, dont l’approche est plus assurée que jamais. Audacieux, percutant et surfant sur un belle énergie, le bluesman est à mille lieux du débutant que l’on avait découvert en 2016. Soliste exceptionnel et distillant avec beaucoup de naturel des riffs accrocheurs, il rayonne littéralement dans une atmosphère emprunte de Soul et très personnelle. Il s’impose avec beaucoup de classe et compte parmi les meilleurs de sa génération.

SPENCER MACKENZIE

« Empty Chairs »

(Gypsy Soul Records)

Que l’époque où le chanteur-guitariste faisait son apparition avec « Infected With The Blues » paraît lointaine. C’était il y a dix ans et le jeune Canadien surgit aujourd’hui avec son quatrième album. Du haut de ses 25 ans, SPENCER MACKENZIE reste impressionnant et, loin de faire dans l’exhibition technique comme certains, il laisse surtout parler son feeling et sa créativité. Et avec « Empty Chairs », il touche déjà un sommet de sa courte carrière. Délicat et puissant, son Blues Rock est complet et il atteste de manière flamboyante qu’il a toujours été très prometteur.

Malgré son âge, il s’est déjà forgé un style très personnel, faisant la jonction entre le Blues traditionnel et l’aspect très moderne du genre. Et si ses références sont assez évidentes, SPENCER MACKENZIE s’en sert pour mettre en lumière son jeu et surtout une vision bien à lui. En témoigne d’ailleurs la reprise de « Don’t Know Where I’m Going » du grand Rory Gallagher. Acoustique et presque Folk dans sa version originale sortie du « Deuce » en 1971, elle se retrouve ici, sans harmonica, enveloppée d’une chaleur incroyable et d’arrangements très soignés.

Ce qui est également saisissant sur « Empty Chairs », outre la maturité du songwriting, c’est le contraste entre une musique enjouée et dynamique et des textes assez sérieux et souvent sombres (« Frozen Hearts », « Shoot Me Down », « Till I Get To You » et le morceau-titre). Très bien produit par le guitariste de The Commoners, Ross Hayes Citrullo, ce nouvel opus de SPENCER MACKENZIE nous en dit encore un peu plus sur le six-cordiste venu d’Ontario et il s’affiche comme une belle étape dans un parcours sans faute. Magistral et virtuose.

Photo : SG Wills Photography

Catégories
Modern Rock Rock Hard

Austen Starr : un premier scintillement

Spontanée et rebelle, AUSTEN STARR montre beaucoup d’assurance sur ce « I Am The Enemy » avec lequel elle fait son entrée sur la scène Rock. Originaire du Massachusetts, la frontwoman affiche déjà une forte personnalité. Il faut dire que le groupe taillé sur mesure qui l’accompagne a de quoi rassurer. Mais elle n’a pas froid aux yeux et, dans la veine d’autres consœurs de la même génération, elle se livre avec enthousiasme et sans retenue sur une belle partition.

AUSTEN STARR

« I Am The Enemy »

(Frontiers Music)

Nouvelle venue sur la la scène Rock/Hard Rock, l’Américaine possède déjà de beaux atouts en main, à commencer par la confiance accordée par son label. Celui-ci lui a mis à disposition quelques cadors triés sur le volet pour élaborer « I Am The Enemy ». A ses côtés, Joel Hoekstra (Whitesnake, Revolution saints, …) a co-écrit les chansons, s’est chargé bien sûr des guitares et a même produit l’album. Autant dire qu’avec un partenaire de cette trempe, AUSTEN STARR se donne toutes les chances pour faire des débuts très remarqués.

Et ce n’est pas tout ! Car, si le virtuose a composé les musiques sur les textes de la chanteuse, le reste du combo a de quoi faire quelques envieux. A la basse, à la batterie et au mixage, c’est Chris Collier (Korn, Lita Ford, …) qui assène de belles rythmiques, tandis que Steve Ferlazzo (Avril Lavigne, Hugo’s Voyage) est aux claviers et Chloe Lowery (Trans-Siberian Orchestra) assure les chœurs. AUSTEN STARR ne pouvait rêver mieux pour mettre en lumière et en relief ses premiers morceaux. Alors, bien sûr, « I Am The Enemy » fait plus que tenir la route.

Musicalement, ce premier opus est bâti sur un Modern Rock percutant tirant sur le Hard Rock (Joel Hoekstra n’y est pas pour rien!). L’artiste de Boston affiche une proximité avec Diamante, The Warning, Halestorm par moments, ou encore avec sa collègue Cassidy Paris, également chez Frontiers Music. Même s’il reste encore quelques approximations vocales et un manque d’expérience normal, AUSTEN STARR est solide et audacieuse et son premier effort révèle de bons titres (« Remain Unseen », « Medusa », « Get Out Alive », « Not This Life » et le morceau-titre).

Photo : Anthony Grassetti