Songwriter affûté et frontman assuré, le musicien de Baton Rouge donne déjà une suite à « Drifter » et fait par la même occasion taire tous ceux qui pensaient qu’il ne s’agissait que d’un feu de paille. Avec un producteur d’exception à ses côtés, JOVIN WEBB libère ses propres sentiments sur un « Son Of A Sinner » qu’il vit sur chaque note. Tout en mouvement, il fait également résonner son harmonica avec justesse et pose ainsi un pied dans la cour des grands.
JOVIN WEBB
« Son Of A Sinner »
(Blind Pig Records)
Tout juste deux ans après être apparu avec « Drifter » où il s’est révélé être un véritable bluesman, JOVIN WEBB nous revient avec la même fraîcheur et la même sincérité. Il avait laissé une forte impression sur un premier album déjà très abouti. Et pour continuer sur sa belle lancée, c’est à nouveau Tom Hambridge qui est aux manettes et derrière les fûts. L’incontournable producteur, connu pour ses collaborations avec Buddy Guy, Joe Bonamassa, Susan Tedeschi, Kingfish, Ally Venable, Devon Allman et tant d’autres, y va même de ses propres compositions.
En effet, ce dernier cosigne avec Richard Fleming le très relevé morceau d’ouverture, « Gunlead & Lead », « Pull’Em In » et « These Boots » rejoint sur cette dernière par un JOVIN WEBB très convaincant. C’est d’ailleurs lui qui signe le reste de « Son Of A Sinner », avant de s’offrir une belle reprise de Gregg Allman pour clore ce deuxième chapitre (« Whipping Post »). Et l’ensemble est d’ailleurs d’une grande variété, car le natif de Louisiane a baigné dans le Blues bien sûr, le Rock, le Gospel, la Soul et le Southern Rock. Un savoureux et très complémentaire mélange.
Très bien entouré par Kenny Greenberg (guitare), Mike Rojas (claviers), Tommy MacDonald (basse) et donc Tom Hambridge (batterie), JOVIN WEBB livre une prestation vocale à la fois puissante et touchante. Porté par des textes sensibles et personnels, le chanteur semble littéralement habité par les chansons de « Son Of A Sinner » auxquelles il apporte beaucoup d’émotion (« Pray For Me », « Every Time I Roll A Dice » composée par Max Barnes et Troy Seals, « When I’m Gone », « It’s Alright »). Une performance de haut vol et la confirmation d’un grand talent.
Intense, fougueuse, mais aussi libre et délicate, « Sandstorm » est exactement la réalisation que l’on attendait d’ERIC STECKEL, six ans après le très bon « Grandview Drive ». Capable d’enchaîner les accords rugueux et les solos cristallins avec une fluidité déconcertante, le compositeur semble à un pic de sa carrière et son jeu, comme sa créativité, pénètre son Blues Rock avec exaltation. Pour autant, on sent une grande sérénité et même de la joie sur ce tumultueux nouvel opus. Renversant à tous points de vue.
ERIC STECKEL
« Sandstorm »
(SPV Recordings)
A seulement 36 ans, ERIC STECKEL a fait un bon bout de chemin et en y mettant la manière. A onze ans, il sortait déjà son premier album, « A Few Degrees Warmer », avant de rejoindre les légendaires Bluesbreakers de John Mayall, qui avait déjà décelé chez lui un talent hors-norme. De la trempe d’un Rory Gallagher ou d’un SRV, l’Américain a affirmé avoir pris beaucoup de plaisir et s’être vraiment amusé lors de l’enregistrement de « Sandstorm ». Et on le croit volontiers, car ce nouvel effort est aussi brut qu’immédiat et d’une profonde respiration.
En revenant à l’essence-même du Blues Rock, ERIC STECKEL et son groupe se sont volontairement privés de pédaliers numériques et autres effets pour revenir à l’essentiel. Et la production de « Sandstorm » y gagne en authenticité. Ample et puissant, le son captive dès les premières notes et il faut reconnaître que l’intro de « When It Rains, It Pours » par son batteur a de quoi faire trembler les murs. Il avait annoncé une tempête, c’est un ouragan de riffs solides et chaleureux, de notes d’orgue envoûtantes et un groove massif qui déferlent ici.
Guitariste virtuose, ERIC STECKEL se montre également redoutable au chant, comme sur cette reprise du classique de Lance Lopez, « El Paso Sugar », qui se fond parfaitement dans l’ambiance survoltée de « Sandstorm ». Entre Heavy Blues, Hard Southern et Blues Rock moderne, ces nouveaux titres montrent toute l’étendue de la gamme de cet artiste débridé (« The Other Guy », « Blues For The Lonely », « What I Wanna Believe », « Axe To Grind », « She’s A Golddinger » et le morceau-titre). Le natif de Pennsylvanie signe tout simplement l’un des disques de l’année !
Très épuré dans la forme, KEB’ MO’ a réduit à l’essentiel son Blues si reconnaissable. Presque seul aux commandes, il nous conduit avec « The Breakdown » dans un écrin d’une grande sérénité. Très lumineux malgré la simplicité affichée, le songwriter se met presque à nu pour présenter sa vérité. Avec sagesse et sérénité, il capte ici l’attention comme rarement avec la classe qu’on lui connaît, et les prises de son et le mix sont d’une sobriété qui les rend étincelants. Les difficultés de la vie mènent parfois à de très belles choses, lorsqu’elles sont si bien mises en musique.
KEB’ MO’
« The Breakdown »
(Concord Records/Universal Music)
On a l’habitude de dire que le Blues est un concentré d’expériences vécues, qu’on y raconte des tranches de vie et des états d’âme et que c’est essentiellement de cela qu’il se nourrit. Avec ce nouvel album de KEB’ MO’ va encore plus loin, puisque les circonstances qui ont vu naître « The Breakdown » sont un peu hors-norme et surtout véridiques. En effet, le bluesman a composé ces nouvelles chansons après une période qui l’a bouleversé intimement. Ayant subi une opération à cœur ouvert qui l’a sauvé, mis fin à 20 ans de mariage et affronté d’autres profondes épreuves, le chanteur aurait pu tirer sa révérence… mais ce serait bien mal le connaître.
Alors, forcément « The Breakdown » a une saveur toute particulière et surtout une atmosphère que l’on a peu souvent l’habitude de rencontrer chez KEB’ MO’. L’ensemble est acoustique, de bout en bout, et seul à la guitare et au chant, il se dégage même à la première écoute une impression d’infinie tristesse. Mais c’est sans compter sur le Californien qui parvient à renverser la vapeur, dès lors qu’on se penche un peu sur les textes. La souffrance et le vague à l’âme ont leur place, bien sûr, mais il émerge également une touche d’espoir et d’envie de poursuivre l’aventure comme si de rien n’était. Extraire la beauté du pire, telle est la mission du Blues.
Du haut de ses 74 ans, de ses 50 ans de carrière et de ses cinq Grammy Awards, KEB’ MO’ s’offre une belle et touchante perspective sur sa vie, son mouvementé parcours personnel et notre monde actuel. On pénètre dans l’intimité du chanteur avec une douceur extrême et la sensation d’être à ses côtés en studio. Pour accompagner cette voix et ces délicats accords, quelques contributions du Soweto Gospel Choir et du sextet gospel Take 6 sont parsemées sur quelques titres, apportant une profondeur et un relief aussi discret que tout en feeling. « The Breakdown » est un disque particulier dans la discographie de l’artiste et il mérite une attention toute spéciale.
Photo : Rachel Deeb
Retrouvez la chronique de son précédent album, « Good To Be… » :
Sorti au cœur de l’été, « Grits & Glory » est probablement l’album le plus étonnant du guitariste et chanteur américain. Envoûtant dans le son et les ambiances, percutant comme il sait le faire à travers ses riffs et ses solos, ALBERT CASTIGLIA offre cette fois une saveur très british à son Blues Rock. Enregistré aux célèbres studios Abbey Road de Londres, on se doute bien qu’il s’est laissé porté par des influences anglaises qu’il n’a d’ailleurs jamais reniées. Saisi en formule trio, l’ensemble est direct et dégage une proximité vraiment immédiate. Difficile de lâcher ce treizième opus du bluesman, dont l’univers se dévoile finalement au fil des disques. Rencontre avec un artiste au style très libre et à l’instinct redoutable.
– Tout d’abord, puisque ce nouvel album a été enregistré à Londres, j’aimerais savoir quel impact le Blues britannique a eu sur ton jeu, toi qui as grandi en Floride et à Chicago, où le style est très prononcé et assez unique ?
Le Blues britannique a eu une influence majeure sur moi. Mon oncle possédait de nombreux albums de Led Zeppelin, des Who et des Rolling Stones, et c’est grâce à lui que j’ai découvert leur musique. Eric Clapton a été ma plus grande influence à mes débuts, et c’est lui qui m’a fait découvrir le Blues de Chicago. Ce sont les bluesmen britanniques qui m’ont finalement orienté vers Muddy Waters, Howlin’ Wolf et d’autres.. (Sourires)
– L’idée d’enregistrer un album à Londres, aux studios Abbey Road, t’est venue en parlant avec Olly Overton de Gulf Coast Records. Entre-temps, tu assorti « Righteous Souls » en solo, ainsi que « Live In Canada » et « Help Yourself » de Blood Brothers avec Mike Zito. Avais-tu déjà en tête l’idée d’un album réalisé en Angleterre pendant toutes ces années, et comment envisageais-tu cette future expérience ?
En fait, l’idée d’enregistrer à Londres m’est venue au début de l’année dernière. Olly m’a proposé d’enregistrer au Royaume-Uni et, un peu par plaisanterie, je lui ai suggéré de se renseigner sur Abbey Road. Il a pris la chose au sérieux et a réservé une semaine à Abbey Road en décembre. Je n’aurais jamais imaginé, même en rêve, mettre les pieds à Abbey Road ! (Rires) La vie m’a tellement donné et continue de le faire. J’en suis très reconnaissant ! (Sourires)
– « Grits & Glory » reflète clairement ton style et il reste fidèle à tes albums précédents, avec toutefois quelques touches distinctives. L’idée de faire un album entièrement consacré au Blues britannique t’a-t-elle traversé l’esprit, ou était-ce plutôt l’expérience du lieu qui comptait pour toi ?
L’album, de par son ambiance typiquement britannique, était déjà imprégné de cette identité, ne serait-ce que par le fait d’être enregistré dans ce studio. Nous avons utilisé des amplis Marshall et Vox AC 30 pour l’enregistrement. Mon producteur, grand disciple de George Martin, a employé certaines de ses techniques pour donner à quelques morceaux une sonorité proche des Beatles. Cependant, mes autres influences sont très présentes sur l’album : beaucoup de Southern Rock, de Blues américain, de Funk, de R&B, de Jazz afro-cubain… On y trouve un bel équilibre avec d’autres genres ! (Sourires)
– J’imagine que jouer et enregistrer aux studios Abbey Road est une expérience incroyable pour un artiste, ne serait-ce que pour l’Histoire qui imprègne ces lieux. Pourtant, vous y êtes allés en trio et « Grits & Glory » a également été enregistré en live. Alors, au final, y a-t-il eu plus de joie que d’appréhension ?
Uniquement de la joie ! (Sourires) Le groupe et moi avons savouré chaque instant. Si j’avais eu vingt ans, j’aurais peut-être été nerveux, mais j’ai la cinquantaine maintenant et je n’ai plus vraiment d’appréhension face aux défis, ou aux situations, qui me dépassent ! (Sourires)
– Et puis, tu ouvres l’album avec « In My America », une chanson très forte sur les divisions aux Etats-Unis. L’as-tu finalement composée comme un message aux Anglais, et plus largement aux Européens, parmi lesquels tu séjournais, car le symbolisme pourrait être très pertinent dans la situation actuelle ?
Mon message s’adresse à tous ceux qui veulent bien l’écouter. J’aurais enregistré cette chanson que je sois aux Etats-Unis, ou non. Quand j’écris une chanson, elle doit être sincère. Mon pays est plus divisé que jamais, au point que le monde entier le sait. Ne pas en parler serait fermer les yeux. Mes albums sont comme des journaux intimes sur disque. Nous avons bien plus de points communs que de différences. C’était le message principal que je voulais transmettre avec « In My America ».
– Comme on l’a dit, tu travailles sur cet album depuis quelques temps déjà. Concernant la composition, tant les paroles que la musique, as–tu défini le son global de l’album au fil du temps, ou tout s’est-il mis en place rapidement avant ton départ pour l’Angleterre ?
La majeure partie était prête. Nous avons peaufiné quelques détails à la dernière minute concernant les paroles et les arrangements, mais l’essentiel a été finalisé aux Etats-Unis.
– D’ailleurs, si on écoute attentivement « The Milk Is Still Good », on peut reconnaître un extrait de la mélodie de « Come Together » des Beatles. Est-ce une sorte d’hommage subtil que tu voulais glisser, puisque tu étais dans le studio où ils enregistraient souvent ?
Le subconscient est une chose merveilleuse ! (Sourires) Tout ce que je compose est une compilation de toutes les musiques qui m’ont influencé, donc cela ne me surprend pas que tu aies repéré « Come Together » dans « The Milk Is Still Good »… (Sourires) Ce n’était pas intentionnel, mais parfois l’univers nous réserve des surprises… (Sourires)
– Etonnamment, « Grits & Glory » dégage une impression assez différente des précédents : celle d’une grande liberté artistique, qui te permet de révéler d’autres facettes de ton jeu. L’idée de départ était-elle de te laisser carte blanche et de développer pleinement les vastes émotions que le Blues évoque, c’est-à-dire sans aucune limite ?
Oui, c’est ainsi que j’aime travailler. Il y a un mouvement dans mon pays, qui veut restreindre les sentiments, les pensées et les opinions et cela se déverse dans la créativité. J’ai toujours été un fervent défenseur de la liberté d’expression et aujourd’hui plus que jamais, les gens ont besoin de créer sans les contraintes extérieures. Je suis très heureux d’être dans un label qui me permet cette liberté. Certains veulent imposer leurs auteurs et leurs idées aux artistes. C’est leur choix, mais pas le mien. Il y a toujours des gens dans l’industrie qui signent un artiste pour en faire leur propre outil de création. Je me suis battu contre ça pendant des années et j’ai parfois perdu cette bataille. Maintenant, j’ai atteint un âge où je ne me soucie plus de ce que pensent les autres et je refuse qu’ils m’imposent leur philosophie créative. Si j’ai de la chance, il me reste encore une trentaine d’années à vivre. Je ne les passerai pas à me soumettre aux désirs de la société… (Sourires)
– J’aimerais parler un peu de la préparation de « Grits & Glory », au-delà de la composition. Quand vous êtes arrivé aux studios Abbey Road, tout était-il déjà bien en place avec ton bassiste Cliff Moore et ton batteur Ray Hangen, avec qui tu tournes également ? Ou vous êtes-vous laissé une certaine marge d’improvisation une fois sur place ?
Il y a toujours de la place pour l’improvisation. On arrive toujours en studio avec un plan de base, mais il est toujours amené à évoluer. C’est un peu comme la constitution d’un pays. Un plan peut et doit toujours légèrement dévier, car on peut trouver une meilleure idée une fois en studio. Il ne faut jamais exclure de petits changements.
– Enfin, cet été, vous étiez en Europe pour quelques concerts avec Blood Brothers, juste au moment où ton album sortait avec une photo de toi en couverture devant le célèbre Big Ben. Prévoies-tu de revenir jouer à Londres dans les prochains mois, et si possible en France également ?
Nous préparons une tournée en Europe et au Royaume-Uni pour mai 2027 environ. La France est définitivement sur ma liste. J’adore la France et cela fait longtemps que je n’y ai pas joué ! (Sourires)
« Grits & Glory » par ALBERT CASTIGLIA est disponible chez Gulf Coast Records.
Photos : Rob Blackham / Blackham Images
Retrouvez quelques chroniques de ses albums précédents, ainsi qu’avec Blood Brothers :
Résolument Rock, l’univers artistique de HANNAH WICKLUND ne semble pourtant pas connaître de frontières. Passant de la Soul et du Gospel à des notes plus funky ou Folk, elle semble pourtant guidée en profondeur par un Blues qui ne dit pas son nom. Originaire de Caroline du Sud, la multi-instrumentiste, compositrice, productrice et même rédactrice en chef d’un magazine qu’elle a créé, sort « War On Women ; Calling All Good Men », son quatrième album et sans doute le plus personnel. Marquée par les luttes qu’elle a mené, elle met sa puissance vocale au service des émotions pour délivrer sa vérité. Lumineuse et envoûtante, la redoutable guitariste se présente comme une militante passionnée au style terriblement addictif. Rencontre avec une artiste hors-norme renforcée par les épreuves et les combats et surtout animée d’une intense liberté .
– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne sur ces deux dernières années, celles qui ont suivi la sortie et l’acclamation de « The Prize ». Malgré cette belle reconnaissance, tu as rencontré de nombreux problèmes, et non des moindres. Pourtant, tu donnes l’impression sur ce nouvel album d’être encore plus forte aujourd’hui. Comment as-tu vécu cette période douloureuse à bien des égards ?
La sortie de mon album « The Prize » a été l’un des plus grands défis de ma vie, un véritable parcours du combattant, marqué par le sabotage et l’oppression. Nombreux sont ceux qui ont œuvré contre sa sortie, et alors même que je m’apprêtais enfin à le sortir selon mes propres conditions, j’ai été contrainte de collaborer avec un label qui, j’en suis convaincue, n’a jamais eu l’intention de s’investir pleinement dans mon projet et qui a, au contraire, semé le chaos. Ce sabotage, lié à cet album, a persisté pendant des années dans ma carrière. J’ai mes théories à ce sujet et une grande partie de ces agissements est liée à la volonté de ceux qui, au sein de l’establishment, ne souhaitent pas que le Rock’n’Roll féministe trouve sa place. J’ai subi de profondes trahisons de la part de nombreux hommes en qui j’avais confiance, et l’année dernière, j’ai finalement découvert une complicité et un complot à grande échelle au sein de ma carrière et de ma vie. J’ai enfin eu la preuve de ce que je pressentais depuis longtemps et cette preuve irréfutable m’a libérée. Je suis plus forte que jamais après cette expérience et je crois que mon nouvel album en est la preuve.
– Malgré cette environnement toxique, tu reviens avec « War On Women ; Calling All Good Men », au titre évocateur, qui est un album engagé et vraiment lumineux. Est-ce qu’il a été pour toi une façon d’inverser les choses et de panser aussi quelques plaies ?
Cet album est sans conteste l’œuvre la plus importante que j’aie jamais créée. J’ai vu le monde à travers le prisme de ma propre vie et vécu des choses absolument incroyables et je crois au pouvoir de la transformation. En tant qu’artiste, notre plus grande force est de transmuter la douleur en vérité, et c’est ce que j’ai entrepris de faire. Quand mon monde s’est obscurci, j’ai dû être ma propre lumière et me guider seule à travers l’abîme. Cet album témoigne de ce processus et j’en suis incroyablement fière.
– Justement, ce quatrième album est autoproduit et tu t’es occupée de tout, de l’écriture jusqu’à l’enregistrement. Etait-ce nécessaire pour toi de gérer entièrement le processus de création pour repartir de de bonnes bases ?
Ma confiance avait été complètement brisée et je savais que je devais mener ce projet à bien seule. Plus important encore, je savais que j’en étais capable. Des visuels au son de la guitare, je savais que je voulais maîtriser le processus et devenir pleinement l’artiste que j’avais toujours su être.
– Tu es compositrice et multi-instrumentiste, et d’ailleurs les parties de guitare et de piano sont assez incroyables. Ta musique est également très riche avec un mélange de Rock, de Soul, de Blues, de Folk et même de Gospel. Pourtant, ton style est limpide, fluide et très identifiable. As-tu aussi le sentiment d’avoir conçu ton album le plus abouti à ce jour avec « War On Women ; Calling All Good Men » ?
Sans conteste, c’est mon plus beau cadeau au monde. J’y ai mis tout mon être, mentalement, spirituellement, émotionnellement et physiquement. C’est un véritable voyage à travers ma vision de la société et je pense qu’il reflète très clairement qui je suis en tant qu’artiste, mais surtout en tant qu’être humain.
– D’ailleurs, j’aimerais qu’on parle aussi du contenu de tes textes, qui sont très revendicatifs, engagés et presque politiques d’une certaine manière. C’est clairement un appel au changement, que ce soir au niveau des relations humaines comme de l’environnement. Est-ce quelque chose que tu portes en toi depuis longtemps, ou est-ce que les évènements actuels dans le monde et dans ta vie ont pu accélérer cette prise de conscience et l’envie d’en parler ?
J’ai toujours été ainsi. J’ai agi avec passion et je me suis toujours considérée comme une militante de la justice sociale. L’art est politique et la vie est politique. Je refuse l’indifférence et d’édulcorer mon expression, même si le monde préférerait que je me taise et que je me contente de mes solos de guitare… Les épreuves de la vie m’ont façonnée et ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui : une personne intrépide, sans complexe et surtout profondément, radicalement moi-même.
– Pour en revenir à ta musique, j’aimerais que l’on parle de « Cowards & Kings » et son monumental solo très hendrixien, qui renvoie d’ailleurs à celui de « Hide And Seek » sur « The Prize ». Malgré une apparence qui paraît sage et douce, tu es une guitariste et une chanteuse fougueuse et redoutable. Est-ce une façon d’exalter certaines émotions, ou plus simplement de te faire plaisir et de dévoiler l’étendue de ton jeu ?
Ce solo en particulier me semble être le morceau de guitare le plus authentique que j’aie jamais enregistré. Pour un musicien, jouer en live est l’apogée. C’est dans cet échange énergétique avec le public que réside la véritable magie. Je me considère comme une musicienne très différente en studio et sur scène, mais cette chanson était différente. J’ai l’impression d’avoir réussi à retranscrire en une seule prise toute la fougue qui m’anime sur scène. J’étais en colère et je venais justement de parler de la trahison et de la connivence entre mon avocat, mon manager et ma maison de disques. J’ai donc enregistré ce morceau avec une rage viscérale. Ce solo de guitare sonne comme le cri guttural d’une femme bafouée. Et c’est exactement ce qu’il est.
– Il y a également une chose remarquable sur ce nouvel album, c’est l’équilibre qu’il présente. Tu joues sur les émotions avec beaucoup de justesse et d’authenticité en passant par plusieurs styles et même des chansons a cappella. Est-ce que tu penses à l’équilibre de l’ensemble au moment de la composition, ou tu crées finalement la tracklist en toute fin, avec un fil narratif précis ?
J’avais une idée précise de la structure de l’album dès le départ. Je savais, par exemple, qu’il s’ouvrirait sur « War On Women ». Mais j’ai laissé les morceaux, dans leur version finale, choisir leur place dans la tracklist. L’agencement des titres est un art et je souhaite que l’auditeur se sente embarqué dans cette aventure épique à mes côtés. Tout a donc été mûrement réfléchi, et les paroles s’enchaînent harmonieusement pour raconter une histoire de prise de conscience, de chagrin, de rage, de compréhension et d’espoir.
– Parallèlement, tu publies « The Strawberry Moon Tribune », qui est un magazine indépendant dédié à l’art et à la culture. Est-ce que tu le considères comme un prolongement de ta musique, ou plutôt comme une activité annexe qui vient en complément ?
En fin de compte, il est les deux à la fois. C’est un prolongement de moi-même et de ma musique, mais c’est aussi un espace où la créativité d’autres artistes côtoie la mienne. Nul n’existe, ni ne crée en vase clos et je souhaitais immortaliser ce moment intense et proposer un projet écrit et ambitieux pour accompagner cet album.
– Par ailleurs, et comme nous sommes sur un site français, tu as aussi une belle histoire avec la France. En effet, la créatrice de mode Deborah Baumgarten t’a conçu plusieurs tenues pour la scène. Est-ce que tu peux nous dire quelques mots au sujet de cette rencontre assez étonnante ?
Deb est un ange, j’en suis convaincue. Elle a partagé son art avec moi pour la première fois à Paris, en jetant sur scène un châle qu’elle avait créé spécialement pour moi après mon concert, puis en me surprenant avec une succession de robes. C’est une créatrice de robes de mariée véganes très talentueuse et recherchée et je ne me suis jamais sentie autant moi-même que dans ses créations. Son travail magnifique me permet d’être avant tout une femme, et ensuite seulement une artiste et une guitariste, ce qui n’a pas toujours été le cas. J’avais si bien joué le rôle de la rockeuse, que mon véritable moi s’était enfoui sous ce déguisement constant de femme rebelle. En réalité, je suis une femme aérienne, presque féerique, qui joue aussi de la guitare et du Rock. La juxtaposition de mes moments plus intenses sur scène avec la fluidité de ses robes est devenue une part essentielle de mon identité d’artiste. Je serai toujours reconnaissante à Deb de m’avoir aidée à devenir une version encore plus authentique de moi-même.
– Enfin, si ton registre est vaste, il conserve une dominante Blues et Soul dans ton Rock. Où est-ce que tu te situes, toi qui est originaire de Caroline du Sud où cette âme Southern possède des racines fortes et que l’on ressent aussi dans ta voix ?
J’ai du mal à me définir autrement que comme une pure rockeuse. La beauté du Rock, c’est qu’il laisse place à toutes les influences. Etant originaire du Sud, je crois qu’il y a un je-ne-sais-quoi dans ma musique, un peu comme un reflet de mes racines. Nous sommes tous influencés par notre environnement et je suis profondément reconnaissante à celui de mes origines.
Le nouvel album de HANNAH WICKLUND, « War On Women; Calling All Good Men » est disponible chez Strawberry Moon Records, directement sur le site de l’artiste : www.hannahwicklund.com/
Photos : Fay/Money Photography (1) et Aliegh Shields (4).
Magnétique et sensuelle, GRACE POTTER conduit sa carrière comme sa chaotique Volkswagen Atlas 2020, c’est-à-dire avec une folle énergie et une liberté totale. Après « Mother Road », elle offre une nouvelle vision, façon carte postale, de son Amérique à elle avec cet envoûtant « Trespasser ». Sans filtre, elle fait le lien entre une Cyndi Lauper survoltée et une Aretha Franklin version Rock’n’Roll et hors de contrôle. D’un naturel assez déconcertant et absolu, elle peint en musique les joies comme les déboires des protagonistes qui jalonnent ce sixième opus solo.
GRACE POTTER
« Trespasser »
(Mother Road Records/Thirty Tigers)
Toujours tellement radieuse, GRACE POTTER livre une très belle suite à « Mother Road » paru en 2023. Ce road-trip très personnel est aussi enivrant que le précédent et ce malgré la teneur de certains textes. D’ailleurs, plutôt que de road-trip, il conviendrait plutôt de parler d’allers-retours. En effet, pour ses deux dernières réalisations, c’est sur la route, la main sur le volant, séparant sa maison de Topanga Canyon en Californie et celle située dans son Vermont natal qu’elle a imaginé et commencé à tisser ce voyage kaléidoscopique et haut en couleur.
A nouveau produit par son mari Eric Valentine (QOTSA, Slash), on retrouve avec délectation le son et atmosphère de « Mother Road », qui illustrent à merveille des paroles qui nous plongent dans l’univers intime de la chanteuse, sous couvert de rencontres improbables dans des endroits qui le sont tout autant. GRACE POTTER joue avec les émotions. Tantôt exaltée, puis touchante l’instant suivant, elle se meut dans des ambiances traversant le Rock américain en titillant le Blues, la Soul et la Country avec beaucoup d’audace et une touche de psychédélisme.
Subtilement vintage, on a parfois l’impression de se promener dans un film de Tarantino avec tout ce que cela suppose d’insouciance et de chaleur humaine. Mais au-delà de ce périple où l’asphalte défile et monte en température au fil des morceaux, c’est la performance vocale de GRACE POTTER qui impressionne. Intense et sensible, rien ne lui résiste et elle électrise « Trespasser » sur chaque refrain et chaque couplet « Main St. USA », le génial « Ride Or Die », « Gazoline, « Love Me Not », « Run Baby Run », « The Voice » et le morceau-titre). Epoustouflant de vérité !
Toujours aussi lumineuse, la chanteuse originaire de Miami se livre pleinement sur ce nouvel opus, dont elle a écrit les textes. Personnelle et positive, elle se montre combative et authentique en décrivant les liens humains, tout en invitant à pleinement vivre sa vie. « Everyday Is Saturday » peut apparaître comme un mantra, dont KAT RIGGINS & HER BLUES REVIVAL se fait sien dans une Soul Blues rythmée à souhait, mélodique et accrocheuse.
KAT RIGGINS & HER BLUES REVIVAL
« Everyday Is Saturday »
(House Of Berry Productions)
Un peu plus d’un an après l’excellent « Revival », la Floridienne prolonge le plaisir avec son septième album. Dans la lignée du précédent, la frontwoman continue de parcourir un Blues assez classique dans le fond, mais paré de Rhythm’n Blues, de Rock, de Soul et de Gospel. Comme toujours c’est la voix exceptionnelle de KAT RIGGINS qui envoûte sur « Everyday Is Saturday ». Cela dit, le travail et le feeling de son groupe la font briller avec beaucoup de classe. Accompagnée cette fois encore par le multi-instrumentiste et producteur Tim Mulberry, elle rayonne.
Aux côtés de la famille Mulberry, puisque Shaelyn, Timya et Tamia assurent aussi les chœurs, on retrouve l’excellent Erik Guess à la guitare, qui livre notamment de superbes solos (« Head Are Gonna Roll », « Tears Like Gazoline », « Till The Lights Come On »). KAT RIGGINS & HER REVIVAL a choisi de faire d’« Everyday Is Saturday » un disque festif, mais le Blues ne tarde pas à le rattraper sur des chansons plus sensibles et émouvantes (« Hunger Games », « Live In Peace », où la voix de du père de la chanteuse vient se poser). Mais c’est globalement la joie qui domine ici.
Emprunt de liberté et d’espoir, « Everyday Is Saturday » passe par tous les sentiments et les traverse avec une incroyable sincérité. KAT RIGGINS & HER BLUES REVIVAL lance une invitation à rire et ressentir, le tout avec beaucoup d’énergie. Elle doit aussi son originalité à un style qui puise dans beaucoup d’autres pour obtenir une identité artistique désormais très identifiable (« Do My Thang », « I Say So », « Ain’t Goin’ Down »). Et il y a également un côté très spirituel dans l’univers de l’Américaine, un héritage direct de ses influences Gospel. Le reflet d’une belle âme, en somme.
Retrouvez aussi les chroniques de ses deux albums précédents :
C’est l’immédiateté qui séduit en premier lieu à l’écoute d’« Overdrive ». Ce cinquième effort du songwriter est à son image : authentique et accrocheur. MARC AMACHER est rompu à la scène et cela s’entend. Presque épurés, ses nouveaux morceaux sont sans détour, mais non sans finesse. Chez lui, la frontière entre le Blues et le Rock est mince et c’est précisément ce qui le rend insaisissable et d’une incroyable fraîcheur. Attachant et dynamique, le style du musicien helvète est aussi costaud que mélodique.
MARC AMACHER
« Overdrive »
(Hoboville/Label Pool)
Faisant suite à « Load » paru l’an dernier et qui lui a valu une belle mise en lumière, « Overdrive » se pose comme un concentré de Blues Rock pour le moins percutant. Celui qui avait fait sensation il y a dix ans lors de l’émission ‘Voice Of Germany’ en a parcouru du chemin et ne cesse d’affirmer une identité artistique originale. Avec une voix reconnaissable entre toutes, MARC AMACHER met un coup de boost à la tradition en y insufflant un élan très Rock avec une sincérité brute de décoffrage et une approche sans filtre, qui font franchement plaisir.
Avec « Overdrive », le chanteur et guitariste livre un nouvel album terriblement humain et le traitement de la production y est pour beaucoup. Alors qu’il aurait été enregistré dans un abri anti-aérien, c’est surtout son explosivité qui ressort, même si MARC AMACHER brille aussi sur des titres plus délicats. Très bien accompagné par un groupe direct et efficace, le bluesman déploie une chaleur et une proximité que l’on retrouve assez peu dans les réalisations actuelles. Frôlant souvent la saturation, le groove est épais et les refrains entêtants ne vous lâchent plus.
Dès l’entame avec le turbulent « Hell Yeah (Here I Am) », ses intentions sont claires et la générosité avec laquelle il embrasse et embrase ce nouvel opus est exceptionnelle. Entre slide, dobro et cigarbox, MARC AMACHER montre l’étendue de son jeu avec beaucoup de feeling et d’intensité, sans se perdre dans des démonstrations hasardeuses (« Streets Are Golden », « Dark Knight », « Cash Smash Boogie », « Well »). Et l’un des moments forts d’« Overdrive » est sans conteste l’excellent duo avec la chanteuse Katarina Michel, « Can’t Beat Time », à la fois tendre et puissant.
Avec « Entire State Of Tim Montana «, le songwriter signe probablement sa réalisation la plus personnelle et la plus intime. Des réserves indiennes à Los Angeles, puis Nashville, avant un retour du côté de Yellowstone, TIM MONTANA nous invite à un road-trip hyper-Rock’n’Roll et très sudiste. Son duo avec Royale Lynn vient aussi nous rappeler ses affinités avec la Country, tout en conservant cet état d’esprit libre et indépendant. Ce disque raconte de belles histoires, parfois touchantes, et d’une honnêteté viscérale. Juste monumental.
TIM MONTANA
« Entire State Of Tim Montana »
(BMG)
Le guitariste et chanteur sort son septième album et il vient renforcer cette authenticité et cette sincérité qui le caractérisent depuis ses débuts. Profondément attaché à l’Etat dont il tient son nom et plus largement à l’Ouest américain et à l’Histoire des Amérindiens auprès desquels il a passé une partie de son enfance, TIM MONTANA se singularise par un Hard Rock imprégné de Southern Rock et à la narration très Country. Cultivant l’art du riff massif et grâce à sa voix rauque, il s’est forgé une identité unique, hors des sentiers battus et loin des conventions.
Passé « Courtdown » en introduction, sorte de conversation entre Martin Sheen, Charlie Sheen et l’ancien Terminator Robert Patrick, l’immersion validée par les trois acteurs est immédiate et « Beautiful Hate » ouvre les festivités avec force. Heavy et porté par une mélodie accrocheuse, le premier morceau (il y en a 14 autres !) ne laisse aucun doute quant aux intentions artistiques de TIM MONTANA. Rugueux dans l’approche, mais particulièrement soigné dans sa production, « Entire State Of Tim Montana » s’annonce renversant.
Captivant par son aspect cinématographique, l’ensemble parcourt des atmosphères variées, où il est question d’amitié, de survie et de persévérance. Le musicien rend hommage au peuple de la Nation Crow sur « Watch Me Down » avec Crazy Dog et WolfBear, avant d’accueillir Jerry Cantrell d’Alice In Chains sur « Kinda Like It ». Puis, TIM MONTANA réalise un rêve sur « Brown Sugar » où Billy F Gibbons et Slash se joignent à lui. Très intense et équilibré, ce nouvel opus renferme des trésors de vérité, tout en gardant une attitude sensible, attachante et rebelle. Incontournabale !
En plus de vingt ans et à travers huit albums, la chanteuse et multi-instrumentiste américaine a su non seulement se forger une solide réputation sur disque comme en concert, mais aussi imposer un style enveloppant un Rock vaste et fédérateur, aux frontières du Hard Rock. Tenant aussi la basse sur scène, c’est sur un groove massif et avec une voix puissante qu’elle emmène ses musiciens et son public sur des morceaux aussi mélodiques que percutants, et toujours emprunts de vérité. Authentique et directe, JASMINE CAIN passe une grande partie de sa vie sur la route et cela s’en ressent dans son écriture. Rencontre avec une artiste complète, indépendante, joyeuse et sans fard.
– Tout d’abord, j’aimerais que tu me définisses ton style, car c’est un Rock dans lequel on retrouve beaucoup de choses. Et puis, il y a aussi une forte empreinte féminine. J’ai presque l’impression que c’est même le plus important, non ?
Ma musique est essentiellement du Rock mélodique, porté par des mélodies entraînantes et des histoires authentiques. J’écris à partir de mes expériences de vie, qui capturent les joies, les peines et tout ce qui se trouve entre les deux. Elle est faite pour être ressentie autant qu’écoutée. Personnellement, le fait d’être une femme n’est pas un thème central de mon écriture. Je veux que mes chansons parlent à tout le monde.
– D’ailleurs, ce qui te caractérise aussi, c’est une forte personnalité et une attitude sans compromis. Cela a commencé avec ton arrivée à Nashville en provenance du Dakota du Sud il y a plus de 20 ans et où tu t’es imposée. La ville a aussi beaucoup changé, tout comme l’industrie musicale qui y est très concentrée. Comment y as-tu fait ta place ?
Il y a vingt ans, déménager à Nashville pour poursuivre une carrière dans le Rock paraissait un peu étrange. Mais je suis vraiment contente d’avoir fait ce choix, car cela m’a permis de participer dès le début à la construction de la scène Rock locale et de m’implanter durablement dans la ‘Capitale de la Musique’. Ces dernières années, la ville a beaucoup changé avec l’arrivée de gens venus de partout, qui n’apprécient pas forcément ce qui faisait son charme.
– Et puis, l’une de tes autres particularités est d’être l’une des premières femmes à être coutumière des rassemblements de bikers. En tant que pionnière, comment est née ton attirance pour cette communauté a priori très masculine ?
C’était incroyablement difficile à mes débuts dans les événements de bikers. J’ai dû faire face à beaucoup d’irrespect de la part d’autres groupes qui n’appréciaient pas que j’empiète sur leur territoire, et il était très difficile de gagner le respect du public, car c’était tellement inhabituel. En coulisses, je retrouvais mes affiches profanées et déchirées. J’ai choisi de rester digne et de me concentrer sur l’avenir, car je savais que dans cinq ans, ils seraient toujours sur la même voie et que je serais la tête d’affiche de ces concerts. Ces événements avaient désespérément besoin de quelque chose de nouveau et d’exubérant, et je savais que je pouvais l’apporter… (Sourires)
– Tu as donc ce caractère bien trempé que l’on retrouve jusqu’au titre de ton huitième album, « Attitude Is Everything ». Est-ce que tu te retrouves dans le monde actuel de la musique, qui semble assez loin de tes valeurs ?
Je ne me compare pas à la scène musicale actuelle. Je me compare à ce que j’étais hier pour évaluer mon évolution. Tant que je progresse, je considère cela comme une réussite. Je refuse de suivre les tendances éphémères et de me laisser entraîner dans cette course effrénée. Je veux composer une musique qui a du sens et qui me touche, et si par hasard elle trouve un écho chez d’autres, comme cela semble être le cas, j’en suis ravie ! (Sourires) Mes valeurs sont à la base de ma réussite et de mon activité, et je leur resterai toujours fidèle.
– A ce sujet, tu as sorti le single « Hurt » en mars dernier et il fait suite à une prise de position forte, qui a même créé une polémique en lien avec le magazine « Easyriders ». C’est une chanson très engagée. Que s’est-il passé pour que tu te sois sentie obligée de réagir de cette façon et en musique ?
J’ai été profondément déçue par la position du magazine ‘Easyriders’ concernant un article. Ce n’était un secret pour personne qu’ils avaient lancé ma carrière à mes débuts. John Green, le patron de la partie événementielle, m’avait donné l’opportunité de réaliser de grandes choses que je n’avais pas forcément méritées. Grâce à sa confiance en moi, en ma capacité à assurer un spectacle impeccable jour après jour et à gérer seule le rythme effréné des tournées, j’ai acquis une notoriété nationale et je me suis constituée une solide base de fans en quelques mois, chose qui m’aurait pris des années toute seule. Il était généreux et bienveillant, et je l’admirais beaucoup pour sa bonté envers les autres. Il est décédé il y a plusieurs années.
Le magazine était une entité indépendante et, impressionnés par le succès des spectacles, ils ont décidé de me consacrer un article dans leur numéro de juin 2006. C’était l’une des premières fois qu’un artiste musical apparaissait dans le magazine ‘Easyrider’… Une véritable révolution ! (Sourires) Imaginez donc ma joie lorsque les nouveaux propriétaires ont voulu me consacrer un autre article 20 ans plus tard ! C’était un moment symbolique pour moi et j’étais ravie. L’interview était terminée et il ne manquait plus que la séance photo. J’avais choisi de travailler avec la fabuleuse photographe Allison Lynn à Tampa et de mettre en avant la ‘Triumph’, voiture primée de Jared Weems, sur les photos. Avant même de recevoir les photos, j’ai appris que le nouveau propriétaire, Keith ‘Bandit’ Ball, avait publié une story sur Facebook faisant l’apologie de la pédophilie. J’ai été vérifier l’information moi-même et je l’ai vue. Ensuite, l’un des rédacteurs lui a demandé s’il approuvait cette publication, car si c’était le cas, il ne pouvait plus travailler pour lui. Sa réponse a été : « Au revoir ».
C’était tout ce que j’avais besoin de savoir : je devais m’éloigner le plus possible d’’Easyrider’ avant d’être entraînée dans cette histoire. C’était choquant et très décevant. J’ai sorti « Hurt » quelques semaines plus tard pour boucler la boucle. Ça me brise le cœur de voir cet empire devenir ce qu’il est devenu. John Green aurait été déçu lui aussi. Le magazine ne sera peut-être bientôt plus là, mais cette chanson, elle, restera toujours.
– A ce sujet, « Attitude Is Everything » est sorti en 2024 et l’inédit « Hurt » il y a quelques mois. Est-ce que tu travailles en ce moment sur ton nouvel album ?
Les albums studio se font rares ces temps-ci. Tout le monde veut de la musique tout de suite et la préparation d’un album est très chronophage. Je vais donc privilégier des sorties plus fréquentes, sans forcément construire à un album. Beaucoup de singles et d’EPs aussi. On commence généralement à travailler dessus à l’automne, une fois la tournée d’été terminée. Comme je suis en tournée toute l’année, il faudra donc prévoir des plages horaires dédiées à l’écriture et à l’enregistrement, dès que j’aurais quelques jours de congés… (Sourires)
– Outre tes prises de position, il y a aussi beaucoup d’humour dans ta démarche artistique et je pense notamment à « Evil Disco » et « Stupid Pop Song », deux morceaux assez ironiques de ton dernier album. Est-ce important aussi pour toi d’apporter un peu de légèreté à ton répertoire ?
Je plaisante sur tout. J’essaie de ne rien prendre trop au sérieux dans la vie, car il faut en profiter sinon on devient morose en permanence. J’ai la chance d’être entourée de musiciens formidables, qui rient sans cesse. Ça allège la vie, même dans les moments difficiles. J’adore notre sens de l’humour, il est contagieux ! (Rires) On veut que les gens s’amusent avec nous. On se moque de nous-mêmes sur scène, on dit et on fait des choses ridicules juste pour le plaisir. On a tous commencé la musique par plaisir et on compte bien que ça continue comme ça ! (Sourires)
– Tu es compositrice et aussi multi-instrumentiste. Pourtant, tu as choisi la basse pour la scène. Quel est ton lien et ta relation avec cet instrument ? C’est une histoire de groove ?
Je ne crois pas avoir choisi la basse. C’est plutôt elle qui m’a choisi. En grandissant, je jouais de la guitare rythmique, ou d’autres instruments, dans des groupes et il y avait toujours un imprévu qui empêchait le bassiste de jouer. Du coup, je devais prendre sa place. C’était tellement fréquent que j’ai fini par m’y consacrer pleinement pour ne plus avoir à m’en soucier. Au fil des années, des professeurs m’ont conseillé d’abandonner la basse et de me concentrer sur le chant, mais elle est devenue presque une extension de moi-même. Je l’utilise autant comme un accessoire que comme un instrument. Je ne suis pas une bassiste virtuose, mais mon jeu est solide et c’est ce qui nous unit. J’aime aussi le fait de pouvoir emmener le groupe dans une direction expérimentale en plein morceau, si l’envie me prend d’essayer quelque chose. Avoir un instrument me permet d’improviser sur scène. Et c’est justement ce qui rend les concerts si intéressants : ils ne se ressemblent jamais ! (Sourires)
– Par ailleurs, ton dernier album se conclue avec « The Toast (Pub) », une chanson à l’esprit et aux sonorités Country. Est-ce une sorte d’hommage à Nashville, qui a accueilli et où tu as réellement pris ton envol ?
A l’origine, je rêvais d’être chanteuse de Country. Mes racines sont profondément ancrées dans cette musique. J’ai grandi en chantant des chansons de cow-boy pour mon père et dans le groupe Country de mon frère. Après le lycée, j’ai chanté du Bluegrass dans un spectacle familial pendant un été… j’ai même appris à yodler ! (Rires) J’ai participé à des rodéos et débourré des chevaux durant l’été. Je suis partie à Nashville en pensant devenir la version Rock’n’Roll de Gretchen Wilson, mais le destin en a décidé autrement ! (Sourires) J’écris toujours dans un esprit Country, car il est indéniable que trois accords et la vérité restent les maîtres mots. Je suis une fille simple dans un monde complexe… (Sourires)
– Enfin, tu seras chez toi à Sturgis en ce moins d’août. Est-ce que les concerts dans ta ville d’origine ont une saveur particulière pour toi ?
Oui, c’est vrai ! (Sourires) On a parlé de ce moment symbolique et c’est quelque chose que je ressens chaque année en rentrant chez moi. Je revois les membres de mon groupe avec qui j’ai joué dans ces petits bars enfumés, et ils me regardent comme si j’avais gagné au loto ! (Rires) Je suis vraiment heureuse de les revoir tous. Ils m’ont façonné. Ils n’ont peut-être pas perçu ce dont j’étais capable à l’époque, mais ils me voient maintenant et je leur suis toujours reconnaissante de venir à mes concerts. J’ai travaillé dur pour en arriver là, et cette fierté d’appartenir à ma ville natale est indéniable… (Sourires)
Le dernier album de JASMINE CAIN, « Attitude Is Everything », ainsi que ses autres productions, sont disponibles sur le site de l’artiste :https://jasminecain.com/