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Americana Dark Folk International Roots Rock

Jay Buchanan : une sérénité rayonnante [Interview]

Incontournable frontman de Rival Sons depuis plus de 15 ans, JAY BUCHANAN a quitté un temps la bruyante civilisation pour s’isoler dans le désert de Mojave pour y trouver l’inspiration dans le calme. Très introspectif, « Weapons Of Beauty » révèle un tout autre visage du Californien, qui nous a habitué à livrer un Rock musclé et sauvage devant des foules denses avec son groupe. Très aéré, ce premier album solo s’aventure dans des sonorités Americana, teinté de Country et puisant ses fondations dans un Roots Rock américain interprété avec une précision d’orfèvre. Le chanteur, guitariste et compositeur est allé chercher ces chansons au plus profond de lui-même pour faire jaillir un disque magistral, délicat et profond. Les émotions, les sentiments et les paysages défilent et nous imprègnent de cette douceur apparente, qui émerge de cet écrin musical rare. Entretien avec un artiste passionné, passionnant et dont la vision de son art sort des carcans d’une industrie artistique qui étouffe.

– Ma première sensation à l’écoute de cet album a été de me dire qu’il te ressemblait beaucoup. « Weapons Of Beauty » est très personnel et on te découvre aussi dans un autre registre. Est-ce un projet que tu avais en tête depuis longtemps ?

Oui, c’est un projet auquel je pense depuis très longtemps. D’ailleurs, depuis ces dix dernières années, c’est même quelque chose à laquelle je pense tous les ans. J’ai cette intention de faire cet album gravé en moi, mais la vie s’est mise en travers à chaque fois. Il y a toujours quelque chose d’autre à faire, même quand tu sais très bien que tu n’as besoin de la faire ! (Rires)

– On est très loin du Rock puissant de Rival Sons et tu évolues cette fois dans un Roots Rock américain, proche de l’Americana et parfois même de la Country. Avais-tu l’envie de montrer une autre facette de te personnalité, ainsi que de ta propre culture musicale ? Ou est-ce plus simplement la musique dont tu rêves depuis longtemps ?

Je pense que c’est tout simplement la musique que je voulais faire. Je n’ai pas regardé les choses en fonction de ce qu’elle reflète de moi, ou pour montrer quelque chose d’autre de bien spécifique en termes de sonorités. La seule chose que je savais à partir du moment où est née l’idée de l’album, c’est que je souhaitais que la musique contienne beaucoup d’espace autour d’une bonne histoire et d’intervalles de vide, en quelque sorte. Je voulais écrire une musique qui évoque la patience. Tu vois, typiquement, le Rock’n’Roll n’a rien de patient, il y est toujours question d’immédiatement. Et il y a beaucoup d’informations dans un disque de Rock, parce qu’il y a aussi énormément de son en termes de volume et c’est précisément ce qu’il représente. C’est son essence. Et c’est aussi quelque chose que je suis habitué à faire. Avec cet album solo, j’ai voulu aller exactement à l’opposé.

– L’ensemble est assez apaisé, introspectif aussi et très serein. A son écoute, on a vraiment envie de grands espaces, tant il y a un aspect cinématographique et narratif qui renvoie à un univers très visuel. Est-ce aussi cette impression que tu as cherché en composant ?

Oui, absolument. C’est d’ailleurs l’environnement dans lequel je me suis mis et où j’ai plongé pour terminer la composition de l’album, au cœur du désert de Mojave. Je pense que cet isolement a été un précieux collaborateur pour moi, une sorte de co-compositeur. Il m’a aidé pour beaucoup de chansons de l’album. Etre isolé dans cet espace si vaste m’a permis de discerner aussi les fréquences que j’étais prêt à utiliser et la ligne instrumentale vers laquelle je voulais me diriger… dans une espèce d’économie de l’attention. Je pense que c’était très important pour moi de ne pas écraser l’auditeur, mais plutôt de lui offrir suffisamment d’espace pour sa propre introspection.

– Si tu ne joues pas sur la puissance comme avec Rival Sons, « Weapons Of Beauty » est d’une grande intensité. Bien sûr, la force de ta voix aide beaucoup, mais tu utilises aussi d’autres leviers. De quelle manière t’y es-tu pris pour faire émerger cette profondeur et cette émotion à travers des chansons apparemment plus calmes ?

(Silence)… Je pense qu’écrire depuis un endroit aussi particulier pour moi était la seule chose dont j’étais vraiment sûr dès le début en composant cette musique. Je voulais être sûr que ce que j’écrivais résonnerait très fort. Je pouvais simplement m’asseoir et écrire une chanson. Mais tu sais, François, ce n’est non plus nécessairement lié à un endroit spécifique. A la fin de l’interview, je pourrais très bien sortir de ce lieu qui me rend nerveux et le faire de la même manière. En fait, je devais trouver ces chansons, elles devaient naître et venir à moi d’une façon bien précise. Elles devaient résonner en moi d’une façon très spéciale. Quand j’étais dans le désert, j’ai vraiment écrit beaucoup de musique que personne n’entendra jamais. C’est une sorte d’exercice qui me permet de rester libre et créatif, flexible aussi et suffisamment ouvert pour que des chansons profondes viennent à moi.

– Il y a également une ambiance très romantique et sauvage sur tout l’album, qui se traduit par une sorte d’Americana un peu dark. Est-ce que cela a été un véritable exercice de style pour toi, ou au contraire l’album s’est écrit de manière très naturelle ?

Je n’avais pas d’histoire précise en tête, ni de concept particulier pour l’album. Il n’y avait pas vraiment de ligne directrice. Je pense que toutes ces années à tourner, puis le paysage dans lequel je me suis retrouvé dans le désert de Mojave, ont aidé à ce que les chansons viennent à moi naturellement. En ce qui concerne l’aspect Americana et de ballades Country, cela vient du fait que j’ai écrit une musique plus lente, plus axée sur le songwriting en mettant en avant les paysages sonores et l’histoire. C’est l’une des particularités et des qualités de l’Americana, c’est vrai. Et donc, j’ai voulu me trouver à travers cette écriture et ces récits, qui sont nichés dans cette dialectique. Finalement, tout s’est passé de manière très naturelle. J’ai trouvé tout ça en moi-même, de manière très instinctive. Rien n’était prémédité, ce n’était pas prévu, mais c’est venu de cette façon-là.

– Il est beaucoup question de sentiments et d’une sensation de nature sur l’album avec le désir de se reconnecter à des choses essentielles. Et l’un des thèmes principaux est aussi l’espoir, qui parcourt toutes les chansons. Trouves-tu qu’on en manque aujourd’hui ? D’une manière ou d’une autre ?

Je pense que l’espoir n’arrive jamais sans style et sans action, c’est-à-dire que c’est un outil qui fait partie d’une boîte à outils. Quand à la reconnexion… (Silence)… Je pense que rester calme est très important. Il faut se définir par nos propres actions, prendre le temps de réfléchir à vos propres pensées et se demander pourquoi on ressent tel ou tel sentiment. Et prendre aussi le temps d’examiner tout ça est très important, plutôt que toujours se précipiter et foncer tête baissée. Je pense qu’en se donnant l’opportunité d’avoir cette patience de faire ce travail d’introspection est ce qui peut apporter des réponses à des questions que vous ne seriez même pas prêts à vous poser. Si l’espoir est considéré sous cette forme, je sais que je vis dans l’espoir quotidiennement. Ce n’est pas juste une question d’optimisme, c’est un outil pragmatique, très utile et c’est une solution au final. L’espoir n’est pas seulement de savoir exactement que vous voulez. Le futur est demain, il n’est pas aujourd’hui. Il ne sera peut-être pas comme tu le souhaites, mais ça ne veut pas dire que tu ne l’apprécieras pas. Ça ne veut pas dire que tu seras heureux, non plus, c’est pour ça qu’il faut faire des projets.

– A l’écoute de « Weapons Of Beauty », je n’ai pu m’empêcher de penser au film et à la musique de « Into The Wild », signée Eddie Vedder, Il y a ce côté un peu dépouillé et acoustique, bien sûr, mais aussi une sorte de cri face à une société de plus en plus fragile. Est-ce quelque chose que tu avais aussi en tête en l’écrivant ?

Je pense que lorsque tu es profondément plongé dans une chanson, elle révèle ce pourquoi elle est faite, elle se révèle d’elle-même. Et quand bien même tu aurais un projet quand tu commences à écrire, une idée dans la tête, la chanson te le dira. Elle va révéler ses attentes en te donnant une idée de ce qu’elle va être et devenir. C’est très similaire à un enfant. Quand il naît, les parents pensent qu’elle peuvent façonner une personne. Mais c’est finalement l’enfant qui va vous leur montrer qui ils sont. Il va leur montrer leur vraie nature. Puis, il montrera la personne qu’il est et qu’il est né pour être, malgré tout ce qu’on aura essayé de faire pour le former de telle ou telle façon. L’enfant se développe par lui-même. Je pense que c’est la même chose avec une chanson, pour les meilleures en tout cas. J’en ai fait l’expérience. Une chanson comme « Weapons Of Beauty », par exemple, était là surtout pour exprimer les sentiments qui me submergeaient à une certaine époque, plutôt que de n’être que le calcul de quelque chose d’éloquent.

– En parlant de film, tu as participé au biopic « Sprinsgteen : Deliver Me From Nowhere ». Tu y joues d’ailleurs un rôle dont tu es proche dans la vraie vie. Comment as-tu vécu cette expérience, et t’a-t-elle donné des envie de cinéma ?

(Rires) Etre acteur ? Soyons sérieux, François ! (Rires) Non, l’expérience a été très, très amusante, mais on ne peut pas parler de performance d’acteur. J’ai été entouré de gens très talentueux comme le réalisateur et producteur Scott Cooper et c’était incroyable de travailler avec eux. Jeremy Allen White a un talent incroyable et c’était vraiment génial d’être à ses côtés, ainsi qu’avec mon frère de cœur Dave Cobb et les autres personnes qui étaient sur scène. C’était vraiment une très, très belle expérience ! Et en ce qui concerne la profession d’acteur, j’ai un agent et je reste ouvert à tout, bien sûr, car c’était vraiment marrant à faire. Mais être comédien, je n’ai pas vraiment eu à l’être sur le film. J’ai juste pris le micro et chanté quelques chansons sur scène. Et c’est quelque chose que je fais habituellement, en fait ! (Rires) Mais, blague à part, j’ai vraiment passé du bon temps.

– Pour en revenir à l’album, un mot tout de même sur le groupe qui t’accompagne et qui est composé du gratin des musiciens de Nashville. Tout d’abord, le lieu t’a-t-il paru évident par rapport au style du disque, de même de la présence de Dave Cobb à la production ?

Chacun d’entre-eux a été un choix naturel, car ce sont tous de très bons amis. Par exemple, pour le batteur et le joueur de pedal steel, nous jouons ensemble depuis que nous sommes enfants, nous avons grandi ensemble. Avec Leroy Powell et Chris Powell, nous avons fait nos premières armes ensemble dans des groupes de Blues, puis dans mon propre groupe quand j’étais beaucoup plus jeune. Donc, jouer avec eux a été quelque chose de très naturel, car ce sont des musiciens phénoménaux. Et puis, à l’autre guitare, il y a aussi JD Simo, qui est un monstre. Et ce qui est intéressant, c’est que je ne lui ai pas demandé de faire des solos incroyables ou des choses complètement folles. Je lui ai simplement demandé de jouer de la guitare acoustique, de nous détendre et de donner beaucoup d’espace aux chansons. Je pense que la virtuosité qui est vraiment à l’œuvre sur ce disque est l’entente que vous pouvez entendre sur l’aspect instrumental. Et c’est valable pour tout le monde, que ce soit Phil Towns au piano et à l’orgue, qui est génial, Brian Allen à la basse et également Dave Cobb qui a aussi joué beaucoup de guitares acoustiques. Mais tout cet aspect instrumental à proprement parler, cette virtuosité qu’on peut entendre et cette qualité dans le jeu viennent de la capacité et de la maturité de ces musiciens à se détendre. Ils ont vraiment été incroyables. Et enfin, nous avons enregistré l’album en Georgie, à Savannah. Ils ont tous fait le chemin depuis le Tennessee, depuis Nashville.

– Enfin, bien sûr, une petite question au sujet de Rival Sons. J’imagine que cet album solo va t’occuper un certain temps. Avez-vous déjà commencé à travailler sur le successeur de «Darkfighter » et « Lightbringer » sortis en 2023, ou pas encore ?

Oh oui, oui ! Tu sais, Rival Sons est supposé être en studio au moment où je te . Mais j’ai du annuler et reporter l’enregistrement, car je dois rester auprès de ma femme. Elle se bat actuellement contre un cancer et je me dois de rester à la maison à ses côtés. Donc, pas d’enregistrement, ni de tournée pour le moment. Je vais juste faire quelques concerts, notamment à Paris bientôt d’ailleurs ! Mais en ce qui concerne le groupe, nous avons composé le nouvel album et nous prévoyons de l’enregistrer dès que possible. Et ensuite, tu sais, nous repartirons en tournée comme nous le faisons toujours ! (Sourires)

L’album solo de JAY BUCHANAN, « Weapons Of Beauty », est disponible chez Thirty Tigers/Sacred Tongue Records et il sera en concert le 25 février aux Etoiles à Paris.

Photos : The Cult Of Rifo (1, 3), Matthew Wignall (2, 5).

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums de RIVAL SONS :

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Classic Hard Rock Hard 70's

Bad Company : golden years

Presque aussi éphémère que Free, BAD COMPANY a pourtant sorti quelques albums majeurs jusqu’au départ de son chanteur Paul Rodgers. De cette épopée, il reste des disques qui connurent le succès sur le label de Led Zeppelin, Swan Song. Les années 80 ont eu raison de cette belle aventure, malgré une suite avec un line-up remanié peu convaincant. Mais le Hard Rock très bluesy des Londoniens résonne encore chez quelques un. Ils livrent ici un beau témoignage avec une nouvelle génération, qui semble toujours s’en inspirer.

BAD COMPANY

« Can’t Get Enough : A Tribute To Bad Company »

(Primary Wave Music)

Fondé en 1973 dans la foulée de la séparation de Free par Paul Rodgers (chant) et Simon Kirke (batterie), accompagnes d’Andy Fraser (basse) et Paul Kossoff (guitare), BAD COMPANY est probablement l’un des groupes les plus sous-estimés de la scène Rock britannique. Avec le succès sous l’ère Rodgers, il en a inspiré beaucoup. Aujourd’hui, seuls le frontman et le batteur sont toujours en vie et ils peuvent se réjouir de ce bel hommage rendu par une dizaine de groupes et d’artistes, d’ailleurs étonnamment presque tous américains.

Nul n’est prophète en son pays, donc, puisque BAD COMPANY semble avoir laissé bien plus de traces outre-Atlantique que sur son île. Sur l’album, on retrouve seulement le jeune combo The Struts, originaire du nord de l’Angleterre, pour une version explosive de « Rock’n’Roll Fantasy » et Joe Elliot et Phil Collen de Def Leppard sur « Seagull ». Et le morceau est d’autant plus réussi qu’on se régale de la présence des rescapés Paul Rodgers et Simon Kirke, qui en font un moment tout en émotion et d’une réelle authenticité.

Direction les Etats-Unis pour la suite avec huit formations parmi les plus emblématiques du Hard Rock, du Southern Rock et même de la Country avec Hardy et Charley Crockett. Après la jeune garde menée par Dirty Honey et The Pretty Reckless avec une étonnante reprise de ces derniers de « All Right Now » de Free, l’artillerie lourde fait ensuite parler la poudre avec Halestorm, Black Stone Cherry, Slash avec Myles Kennedy & The Conspirators et Blackberry Smoke accompagné de Brann Dailor de Mastodon. Beaucoup d’énergie et de sincérité.

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Americana Blues International Soul / Funk

Laura Evans : le scintillement d’une étoile [Interview]   

« Out Of The Dark » est un album qui emporte par ses mélodies soignées, cette voix aussi proche qu’attachante et une osmose de chaque instant sur des compositions aux arrangements très soignés. Entre Americana et Blues Rock, LAURA EVANS glisse quelques touches vocales Pop malicieuses et sensuelles. L’univers de la Galloise est aussi vaste qu’authentique et si ce n’est pas la précision et le feeling des guitares qui vous saisissent, ce sera à coup sûr ce chant aussi puissant que familier et troublant. La frontwoman et compositrice affiche aujourd’hui un style très personnel, qui vient se nourrir de vécu et de musiques aux horizons variés. Entretient avec une artiste, qui a façonné un disque où elle va à l’essentiel dans une liberté totale.

– Beaucoup de gens vont te découvrir avec ce nouvel album, « Out Of The Dark », dont tu as déjà sorti quelques singles. Pourtant, l’aventure a commencé en 2014 avec ton premier EP « Remember When ». Le style était plus épuré et très acoustique. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur tes débuts ?

Je repense à cette époque avec beaucoup d’émotion. « Remember When » a été mon premier véritable pas dans le partage de ma musique avec les gens. A l’époque, le son acoustique et épuré me semblait la manière la plus authentique de m’exprimer. Je n’avais ni de grande équipe, ni une production élaborée. J’étais seule avec les histoires que je voulais raconter. Ces débuts étaient purs et bruts, et ils ont véritablement posé les bases de tout ce que j’ai fait depuis.

– Tu as ensuite sorti deux singles en 2020 avant ton premier album « State Of Mind » deux ans plus tard. C’est à ce moment que tu as rencontré le producteur et multi-instrumentiste Josiah J. Manning du Kris Karras Band. Sachant que tu es aussi auteure et compositrice, qu’est-ce qui a changé à ce moment-là dans ta manière de concevoir ta propre musique ?

Ma rencontre avec Josiah a été un tournant pour moi. J’avais écrit tellement de chansons pour l’album suivant, et Josiah m’a encouragé à oser mes arrangements et à me tourner vers des textures plus naturelles et organiques, qui me plaisaient naturellement. Cela a insufflé une nouvelle énergie à mon écriture et m’a aidé à façonner « State of Mind » en quelque chose d’authentique mais de plus vaste.

– D’ailleurs, de toutes tes réalisations, « State Of Mind » est celle qui possède le son le plus brut et le plus roots. L’album t’a aussi distingué du reste de la scène féminine de l’époque. Etais-tu guidée par le désir d’une sorte de retour aux racines sans fioritures de l’Americana, du Blues et du Rock ?

Absolument. A ce moment-là, je voulais me débarrasser de tout artifice superflu et me concentrer sur l’essentiel des chansons : l’émotion, la narration et la musicalité. Je voulais aussi me démarquer en tant qu’artiste. Avec « State of Mind », je pense que j’ai pu apporter ma touche personnelle au son Blues Rock, et je pense que c’est cette honnêteté qui le distingue.

– On te retrouve donc aujourd’hui avec « Out Of The Dark », qui porte d’ailleurs très bien son nom, puisque ce deuxième album est très lumineux et propose aussi une production plus claire et moderne. L’idée première était-elle de faire sonner un registre intemporel avec un aspect très actuel ?

Oui, c’était vraiment l’objectif. Je voulais créer quelque chose qui conserve la chaleur et la sincérité de mes premiers travaux, mais en les transposant dans un espace plus contemporain. « Out Of The Dark » marque un nouveau chapitre, tant sur le plan personnel que musical. Il était donc naturel de viser un son à la fois intemporel et frais, capable de trouver un écho auprès des auditeurs de longue date comme auprès du nouveau public. Je voulais aussi faire quelque chose de différent pour moi-même : j’ai été profondément inspiré par de nombreuses musiques et sonorités nouvelles, et c’était tellement excitant de créer et de me dépasser avec cet album.

– Cette fois, c’est avec le producteur Ian Barter (Amy Winehouse, Paloma Faith) que tu as travaillé et on te découvre aussi dans d’autres tonalités. Ton talent de conteuse est intact et ta musique offre une autre dynamique et un nouvel élan. Avais-tu besoin d’un nouveau collaborateur pour faire évoluer un peu plus tes chansons ?

Absolument. Je pense qu’il est important d’évoluer et de se remettre en question sur le plan créatif. Travailler avec Ian a apporté une perspective différente à ma musique. Il a une excellente oreille pour mélanger des éléments organiques et modernes, et il m’a vraiment poussé à explorer de nouvelles textures et dynamiques. C’était rafraîchissant d’entrer en studio avec quelqu’un qui avait un parcours musical et une vision différents. Cela a permis aux chansons de se développer de manière inattendue et magnifique.

– La première chose que l’on remarque sur « Out Of The Dark » est ton incroyable performance vocale. Il y a beaucoup plus de liberté et de puissance dans ta voix. Comment as-tu travaillé cet aspect et est-ce que Ian Barter est pour quelque chose dans ce qui ressemble à une véritable éclosion ?

Merci, ça me touche beaucoup. Vocalement, j’ai abordé cet album avec plus d’assurance. Ces dernières années, j’ai beaucoup progressé en tant qu’interprète et j’ai appris à vraiment faire confiance à ma voix. Ian a grandement contribué à créer un environnement, où je me sentais libre d’expérimenter et de repousser mes limites. Il m’a encouragé à abandonner mes idées préconçues et à chanter, et cette liberté transparaît vraiment dans les enregistrements.

– D’ailleurs, « Out Of The Dark » rassemble plusieurs couleurs musicales qui vont du Blues Americana aux ballades plus Soul, en passant par des ambiances plus Pop, Rock, Funky, ainsi que Country et Southern. C’est dans l’assemblage de tous ces styles que tu trouves ta véritable identité artistique et que tu te révèles vraiment ?

Oui, à 100 %. Je ne me suis jamais sentie confinée à un seul genre, et « Out Of The Dark » m’a donné l’occasion de m’y immerger pleinement. Tous ces styles font partie intégrante de mon ADN musical, et les mélanger m’a semblé naturel plutôt que forcé. Pour moi, le fil conducteur est la narration. Quel que soit le style, les chansons sont authentiques. Cet album m’a permis de révéler d’autres facettes de moi-même et, d’une certaine manière, de révéler ma véritable identité artistique.

– On l’a dit, tu écris toutes tes chansons et notamment les textes. Est-ce que tu as voulu installer uns sorte de fil conducteur sur « Out Of The Dark », car il y a une réelle unité dans l’aspect musicale et dans les paroles, et tout s’enchaîne parfaitement ?

Oui, il y a clairement un fil conducteur. « Out Of The Dark » parle de croissance, de résilience et de retrouver la lumière après des moments difficiles. Même si les styles musicaux varient, les thèmes ont tous un lien entre eux : c’est un voyage, tant au niveau des paroles que de la sonorité. J’ai voulu créer un album cohérent, où chaque chanson participe à un récit plus vaste.

– Ce deuxième album est très fédérateur et complet. Est-ce l’objectif que tu t’étais fixé dès le départ, et est-il aussi le plus personnel des deux ?

C’est vrai. Dès le départ, je voulais que cet album soit une œuvre complète, un reflet de qui je suis aujourd’hui, en tant qu’artiste et en tant que personne. Il est clairement plus personnel. Beaucoup de chansons sont nées d’expériences réelles et de moments de découverte personnelle. Je pense que c’est ce qui le rend si rassembleur. Il est sincère du début à la fin.

– Enfin, tu es aussi actrice, même si la musique semble passer aujourd’hui au premier plan. Qu’en est-il de ce côté-là ? Accordes-tu définitivement la priorité à ton activité actuelle, au-delà de la sortie de l’album, ou tu ne fermes aucune porte ?

La musique est sans aucun doute ma principale préoccupation en ce moment, surtout avec la sortie de « Out Of The Dark » et tout ce qui va avec. Mais le métier d’acteur a toujours fait partie de moi, et je ne le considère pas comme quelque chose que je vais abandonner. J’aime garder les portes ouvertes et suivre mon énergie créative. Pour l’instant, cette énergie est principalement centrée sur la musique, mais qui sait ce que l’avenir nous réserve ! (Sourires)

Le nouvel album de LAURA EVANS, « Out Of The Dark », est disponible sur le site de l’artiste : https://thelauraevans.com/shop

Photos : Rob Blackham

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Blues Country R&B Soul

Marcus King Band : the great South

Détaché de l’atmosphère très intimiste et assez sombre de son précédent effort solo, « Moon Swings », le natif de Caroline du Sud retrouve la lumière et remet surtout sur les rails le génial MARCUS KING BAND. Si certains tourments demeurent, « Darling Blue » présente une nouvelle dynamique, toujours très sudiste, mais plus festive où sa guitare côtoie les violons, les banjos et les cuivres dans une belle harmonie. Directes et organiques, ces nouvelles chansons sont d’une authenticité absolue et guidées par une voix touchante et sincère. Il n’en finit plus de surprendre et aussi de faire des choix artistiques audacieux.      

MARCUS KING BAND

« Darling Blue »

(American Recordings/Republic Records/Universal)

Il semblerait que l’empreinte de Nashville, où il est installé depuis un moment maintenant, ait une emprise grandissante sur le jeu et surtout les envies musicales de MARCUS KING. On n’en voudra pourtant pas au bluesman de s’imprégner de son environnement direct, puisque cela le mène dans des contrées où il excelle également. Preuve en est que le jeune homme, qui approche la trentaine, est d’une rare polyvalence et a aussi une faculté d’adaptation hors-norme, car « Darling Blue », s’il reste très bluesy, avance dans une lignée Honky Tonk marquée par la Country. D’ailleurs, les guest présents ici sont directement issus du sérail, ou très proches. 

Il faut aussi souligner que « Darling Blue » marque le grand retour du MARCUS KING BAND, que le guitariste avait mis en sommeil depuis 2016 après un excellent album éponyme. Après presque dix ans passés an solo, et qui lui ont tout de même valu ses plus grandes récompenses, il retrouve des musiciens qu’il n’a jamais vraiment quittés et qui restent un socle inamovible de sa musique, quand bien même elle a pu prendre des chemins de traverse souvent surprenants. Pour ce quatrième opus en groupe, la tonalité est donc plus Country-Rock et Blues avec aussi quelques douceurs R&B très touchantes qui surgissent toujours (« Carolina Honey », « No Room For Blue »).

L’entame de « Darling Blue » est très marquée de Country et de Honky Tong, avant de revenir à des chansons plus imprégnées de Blues et de Soul. Il faut dire que les présences de Jamey Johnson et Kaitlin Butts (« Here Today »), puis Jesse Welles (« Somebody Else ») y sont pour beaucoup. On retrouve d’ailleurs aussi Billy Strings plus tard sur une version ‘Nashville’ de « Dirt ». Sur « The Shadows », Noah Cyrus, fille de et sœur de, qui vient poser un beau duo très aérien entouré d’un MARCUS KING BAND rayonnant. Décidemment plein de surprises, ce nouvel opus montre à quel point l’univers du musicien est d’une grande richesse et qu’il ne cesse de se renouveler brillamment.

Retrouvez les chroniques de ces derniers albums précédents :

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Southern Rock

Whiskey Myers : foudroyant de vérité

Pour qui attendrait encore le renouveau d’une classieuse et référentielle vieille garde avec impatience, voire en vain, WHISKEY MYERS vient apporter la plus somptueuse des réponses avec « Whomp Whack Thunder ». Narrative et percutante, sincère et foudroyante, la formation texane est au sommet de son art et s’attèle avec ferveur à perpétuer l’esprit du Southern Rock dans son époque. Sur un groove tourbillonnant, des guitares lourdes et épaisses et un chant habité, le groupe œuvre dans une immédiateté scintillante aux mélodies imparables.

WHISKEY MYERS

« Whomp Whack Thunder »

(Wiggy Thump Records)

Le son est si brut et organique que, pour un peu, on se croirait au beau milieu du studio dans lequel les Texans se sont engouffrés. Alors qu’ils avaient autoproduit leurs derniers albums, dont le génial « Tornillo » il y a trois ans, WHISKEY MYERS a cette fois laissé les manettes au producteur awardisé Jay Joyce (Eric Church, Cage The Elephant) pour faire briller « Whomp Whack Thunder ». Et cette sage décision lui offre une dimension nouvelle, alors même qu’il est devenu incontournable en s’invitant aussi dans des B.O. sur petits et grands écrans.

Mené par son chanteur et compositeur Cody Cannon plus créatif et expressif que jamais, WHISKEY MYERS livre une septième réalisation guidée par le plaisir de jouer et un instinct qui explosent dans une belle débauche d’énergie. Accessible et décomplexé, « Whomp Whack Thunder » incarne l’idée-même du Rock Sudiste, où la Country se joint au Blues et à l’Americana dans une fusion spontanée. Avant tout très Rock’n’Roll, les Américains sont de plus en plus au service de leurs émotions et d’une honnêteté artistique sans faille.

S’il s’est, par le passé, essayé à différentes sonorités Southern, le sextet les englobent toutes sur « Whomp Whack Thunder », révélant ainsi l’audace et l’authenticité de son écriture. Nerveux et entraînant sur « Time Bomb », « Tailspin », « Icarus » ou « Ramblin’ Jones », plus Blues sur « Break These Chains », « Midnight Woman » et profond sur « Born To Do », WHISKEY MYERS fait un pas de côté et se pose en marge d’une industrie musicale, qui renvoie aux stéréotypes. Ce nouvel opus porte généreusement à l’âme et impressionne de volonté.

Retrouvez la chronique de « Tornillo » :

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Heavy Stoner Doom Psychedelic Rock

The Oil Barons : contemporary western

Avec un goût prononcé pour l’improvisation, Lou Aquiler (guitare), Andrew Huber (basse, chant), Jake Hart (batterie) et Matt Harting (orgue, guitare acoustique) s’ouvrent les champs du possible en se distinguant de la scène Stoner Rock classique. Aérien et sauvage, THE OIL BARONS défie les conventions de manière inspirée avec des passages Heavy Psych, Doom et Americana à travers de longues plages instrumentales et un chant qui semble flotter avec une authenticité que l’on doit sûrement à un enregistrement en conditions live. Une exploration dantesque.

THE OIL BARONS

« Grandiose »

(Third Revelation Music)

Il y a des titres qu’il faut oser donner à des albums. Pour autant, pas sûr que THE OIL BARONS parle ici de son travail, mais plutôt de l’univers dans lequel il nous embarque. Il y est question de paysages sonores souvent incroyables pour peu qu’on se laisse porter par la vision des Américains. Il est facile aussi de parler de western avec cette nouvelle partition, tant les atmosphères s’y prêtent et se bousculent. Le spectre est vaste et l’aspect narratif oscille entre moments presque contemplatifs et scènes d’action savamment orchestrées.

Dès son premier album, « The West Is Won » (2019), THE OIL BARONS avait confié la production à Zach Fisher (Weezer, Bad Religion), avant de poursuivre avec l’EP « Grease Up » l’année suivante. Cinq ans plus tard, le quatuor a peaufiné son registre et s’affirme pleinement dans un Psych Rock très DIY avec une démarche très variée dans les ambiances. Les Californiens y livrent des saveurs parfois opposées, mais toujours cohérentes. Sur des bases Stoner Rock, de lourdes chapes Doom viennent aussi ponctuer une certaine sérénité.

Dans un Rock parfois chaotique et souvent Heavy, THE OIL BARONS injectent des touches de Country aux airs cosmiques, façon Sergio Leone sur « The Surrender », avant de se faire oublier sur le tonitruant « Wizard ». Puis, « Gloria », et « John Brown’s Body », presque indissociables, montrent un quatuor qui s’amuse et joue avec les tessitures et les amplis. Insaisissables, « Vivienne » et « Death Hangs » font monter la tension préparant les géniaux « Quetzalacatenango » et « Morning Doom », avant l’apothéose « Grandiose ». Imposant !  

Photo : Molly Perez

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International Southern Rock

Robert Jon & The Wreck : the road is the source [Interview]

En choisissant de quitter la Californie pour se délocaliser en Georgie et en faisant le choix d’un producteur multi-awardisé, ROBERT JON & THE WRECK a bousculé ses habitudes et le résultat s’entend sur ce « Heartbreaks & Last Goodbyes » d’une folle énergie, d’une fluidité incroyable et surtout d’une créativité de chaque instant. Ce nouvel album des Américains est complet et sobre tout en étant d’une grande richesse musicale. Le groupe a franchi une à une les étapes, et près de 15 ans après sa création, il se montre épanoui dans un Southern Rock devenu très personnel. Robert Jon Burrison, guitariste et chanteur du quintet, revient sur ce dixième album et les efforts accomplis ces dernières années par sa formation.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne sur ces cinq dernières années, car « Last Light On The Highway » semble vraiment avoir été un déclic dans votre carrière. En l’espace de cinq ans, vous avez sorti cinq albums studio et deux live, sans compter un nombre impressionnant de concerts. Est-ce que, pour vous aussi, tout s’est soudainement accéléré à ce moment-là ?

Oui, je dirais que depuis « Last Light On The Highway », nous n’avons jamais été aussi occupés. Avant l’album, nous n’avions pas de réel représentant aux Etats-Unis. Après notre partenariat avec Journeyman Records et Intrepid Artists ici, et notre collaboration de longue date avec Teenage Head Music pour l’Europe, il était donc naturel de travailler davantage et surtout de faire davantage ce que nous aimons.

– « Heartbreaks & Last Goodbyes » est votre troisième album chez Journeyman Records, le label de Joe Bonamassa. Est-ce que cette signature aussi a changé le quotidien du groupe et pu ouvrir les portes que vous escomptiez ?

Cela nous a surtout permis de bénéficier d’une véritable équipe sur laquelle nous pouvons compter pour presque tout. Cela nous a aussi permis de continuer à progresser tout en faisant tout le reste en même temps. Notre relation est excellente, car les deux parties s’entraident en poursuivant l’effort dans la direction que nous jugeons la plus appropriée au bon moment.

– Sans remettre bien sûr en cause le travail de Kevin Shirley sur « Red Moon Rising » et celui de ses prédécesseurs, c’est cette fois le grand Dave Cobb qui signe la production de l’album. Vu son incroyable parcours, il apparaît comme l’homme de la situation. Comment a eu lieu la première prise de contact et votre rencontre ? Et est-ce vous qui êtes allés vers lui ?

Il était dans le collimateur du groupe depuis longtemps, sachant qu’il avait produit des artistes comme Rival Sons dès 2009. On avait donc toujours ce nom en tête, tout en continuant à avancer dans la vie, à faire de la musique, à rencontrer des gens et à trouver le bon soutien. Puis le moment est arrivé et on a enregistré deux morceaux avec lui pour le double EP « Ride Into The Light ». On a super bien travaillé ensemble, donc on savait qu’on voulait renouveler l’expérience avec lui sur un album complet un jour ou l’autre. Après « Red Moon Rising », l’opportunité s’est présentée et ça a marché !

– D’ailleurs, la production sonne très live et organique et est vraiment le reflet du groupe sur scène. Avez-vous l’impression, comme moi, qu’il a parfaitement su saisir votre identité artistique et musicale ?

Oui, je pense que cet album reflète parfaitement qui nous sommes. Nous avons pu rester ensemble tout au long du projet, nous y consacrer pleinement, sans trop de distractions, et nous avons tout donné. Nous travaillons en cohésion sur de nombreux aspects de l’écriture, qu’il s’agisse des paroles ou des parties instrumentales. Si quelqu’un a une idée, nous la développons tous ensemble. Je pense donc que cet album reflète vraiment l’identité artistique de ROBERT JON & THE WRECK.

– Pour l’enregistrement de l’album, vous avez aussi quelque peu changé vos habitudes puisque vous êtes restés à Savannah en Georgie durant tout le processus. J’imagine que cela renforce aussi la cohésion d’un groupe et peut-être également votre modèle de composition. En quoi cette immersion complète a pu vous faire évoluer ?

J’en ai un peu parlé, mais oui, c’était différent pour nous. Avant, quand on enregistrait à Los Angeles, on allait au studio le matin et on rentrait chez nous tous les soirs. C’est toujours agréable d’être en famille, et aussi difficile d’être loin d’elle aussi longtemps. Mais c’est également une bonne chose de se concentrer uniquement sur l’album et d’en faire son seul objectif pendant une semaine environ. De plus, en étant tous réunis, on avait l’impression d’être tous sur la même longueur d’onde pendant l’enregistrement, ce qui, je pense, a contribué à la cohésion du son de l’album.

– Je ne sais pas si Dave Cobb vous a permis d’avoir un regard neuf sur votre travail en vous délivrant ses précieux conseils, mais on vous sent beaucoup plus libérés, plus spontanés aussi et surtout vous offrez différentes facettes du groupe avec la même intention dans le jeu. Est-ce que le maître-mot de « Heartbreaks & Last Goodbyes » a été d’être plus le plus brut, direct et authentique possible ?

Oui, nous voulions être aussi authentiques que possible. Et comme nous progressons aussi constamment en tant qu’auteurs-compositeurs et musiciens, il faut vraiment avoir cette volonté d’être bruts et directs, car ce n’est pas toujours si facile.

– Peut-être est-ce l’effet combiné de votre collaboration avec Dave Cobb, et aussi Greg Gordon pour le mix, et le fait que vous soyez restés en Georgie tout l’enregistrement, mais vos racines Southern ressortent beaucoup plus avec des sonorités Country plus présentes et un côté Classic Rock moins visible. Est-ce que tu penses que tout cela est lié d’une certaine manière ?

Je pense qu’il est difficile de ne pas ressentir ces racines sudistes et ces sonorités Country quand on est, en fait, dans le Sud et à la campagne. Pour moi, c’est assez simple : l’endroit où l’on se trouve influence vraiment nos décisions, la sonorité de notre musique et les décisions que nous prenons. Tout est donc lié, et si nous avions enregistré le même disque à Los Angeles, il aurait sonné différemment. C’est indéniable.

– Et il y a aussi cette collaboration avec John Oates que l’on connait pour son légendaire duo avec Daryl Hall, qui a coécrit « Long Gone » avec vous. C’est l’un des moments forts de l’album et il raconte une belle histoire. Comment cela s’est-il passé au niveau de l’écriture ? Avez-vous travaillé le texte et la musique ensemble ?

Nous avons rencontré John lors d’une des nombreuses croisières de Joe Bonamassa, ‘Keeping The Blues Alive At Sea’, auxquelles nous avons participé. De là, nous avons discuté de l’idée d’écrire quelque chose ensemble et le timing était parfait pendant l’un de nos séjours à Nashville. Nous nous sommes donc retrouvés et nous avons travaillé sur quelques idées. J’adore le résultat qu’on a obtenu, car la chanson a connu de nombreuses évolutions, en passant du Swing bluesy au Rock pur et dur, et l’incroyable esprit de Dave (Cobb – NDR) l’a amenée là où elle est aujourd’hui.

– Pour « Heartbreaks & Last Goodbyes », vous avez à nouveau présenté la moitié de l’album avec plusieurs singles avant la sortie officielle. C’est vrai que les plateformes numériques ont changé la donne et les réseaux sociaux aussi, mais ne regrettez-vous pas l’époque où l’on découvrait l’ensemble d’un disque à sa parution ? Aujourd’hui, est-ce que cette présence constante est devenue presque obligatoire, selon toi ?

C’est une question d’essais et d’erreurs. Avec l’industrie musicale actuelle, je ne pense pas qu’il y ait franchement une ‘bonne’ façon de procéder. On a testé cette nouvelle idée de sortir des singles, à cause du fonctionnement d’Internet, avec tous ces algorithmes et ces trucs que je ne comprends pas vraiment. Mais bon, il faut essayer, sinon on ne saura jamais. Le prochain album sera-t-il livré de la même manière ? Peut-être, ou peut-être pas. On le saura quand on y sera. Je pense qu’il y a tellement de gens dans le monde que chacun a une idée différente de la façon dont la musique devrait être diffusée, ou consommée. Notre espoir est que les gens se connectent à notre musique et ressentent quelque chose en l’écoutant.

– Enfin, avec ce rythme effréné entre les concerts et les enregistrements, avez-vous pris dorénavant l’habitude de composer surtout en tournée ? Finalement, cette énergie n’est-elle pas la meilleure source d’inspiration pour vous ?

Je pense que la route est une source d’inspiration majeure pour le groupe, mais je crois que nous composons la plupart de nos morceaux à la maison. Nous avons bien sûr profité des balances avant les concerts pour lancer des idées et voir ce qui colle, puis nous rentrons à la maison pour tout mettre en place. On n’a pas autant de temps qu’on le pense sur la route pour se poser et réfléchir. Mais nous aurons bientôt un peu de repos bien mérité cet automne grâce à l’arrivée de nouveaux membres dans nos familles, alors nous avons hâte de nous remettre à l’écriture.

ROBERT JON & THE WRECK

« Heartbreaks & Last Goodbyes »

(Journeyman Records)

En faisant appel à Dave Cobb pour la production de son nouvel album, le quintet s’est adjoint les services de celui qui lui manquait sûrement le plus depuis ses débuts. Reconnu pour son travail avec Chris Stapleton, Brandi Carlile, John Prine, Sturgill Simpson, Whiskey Myers pour le côté Country et Southern, mais aussi Rival Son, Halestorm, Slash, Sammy Hagar ou Greet Van Fleet dans des registres plus musclés, il est le producteur dont avait besoin ROBERT JON & THE WRECK, dont les derniers disques étaient peut-être un peu lisses.

« Heartbreaks & Last Goodbyes » incarne littéralement cette nouvelle vague sudiste dont les Californiens sont devenus en peu de temps des fers de lance. Plus bruts et organiques, les nouvelles compositions sont resplendissantes, accrocheuses, vivifiantes et l’osmose entre les musiciens est encore plus palpable. Si les singles ont déjà offert un bel aperçu de ce nouvel opus, les autres titres à découvrir sont autant de belles surprises, qui s’imbriquent parfaitement dans un ensemble rayonnant et finalement très attachant et chaleureux.

Photos : Rob Bondurant (1, 2, 3, 4) et Denis Carpentier (5)

Retrouvez les anciennes interviews du groupe…

… et quelques chroniques de leurs albums :

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Southern Rock

Brent Cobb & The Fixin’s : Southern forever

Décontractés et solaires, le songwriter et ses musiciens apportent du grain à un Rock Sudiste, qui peut étonner de prime abord tant il s’éloigne parfois des standards habituels. Direct et enveloppant, « Ain’t Rocked In A While » a un côté marécageux qui libère un volume incroyable dans des atmosphères très variées. C’est le style de BRENT COBB & THE FIXIN’S et il est aussi riche qu’attachant. Une pierre de plus à un édifice Southern Rock, qui se renouvelle encore et toujours.

BRENT COBB & THE FIXIN’S

« Ain’t Rocked in a While »

(Ol’ Buddy Records/Thirty Tigers)

Originaire d’Ellaville en Georgie, BRENT COBB est profondément ancré dans une culture sudiste, dont il maîtrise tous les contours. Auteur-compositeur, il a travaillé pour Luke Combs, Miranda Lambert, Whiskey Myers, Little Big Town, Kenny Chesney et bien d’autres. Cette fois avec son groupe THE FIXIN’S, il engage une parenthèse Rock, mettant entre parenthèse son bagage Country pour des sentiers plus bruts et rugueux. Et dans ce domaine aussi, il excelle en s’engouffrant dans des sonorités d’une réelle authenticité.

Et cette sincérité qui émane de « Ain’t Rocked In A While », on la doit tout d’abord à la production de ce septième album très roots. Réalisé en collaboration avec le très réputé Oran Thornton, BRENT COBB & THE FIXIN’S ont immortalisé ce nouvel opus lors d’un enregistrement en condition live au Black Palace de Springfield dans le Missouri. Fusionnel et incandescent, le quatuor développe une saveur très 70’s irrésistible. Sans complexe, il salue ses racines à sa façon et avec beaucoup de diversité.

En ouvrant avec une version lointaine et presque psychédélique au piano de « Beyond Measure » (qu’on retrouve électrifié en toute fin), BRENT COBB amorce un développement très chaleureux et une narration captivante. Le Sud reste présent tout au long de « Ain’t Rocked In A While » sur un groove très Soul et épais, qui va même flirter avec des ambiances Garage Fuzz. Honorant un héritage assumé, THE FIXIN’S surprend en restant assez classique (« Bad Feelin’ », « Do It All The Time », « Even It’s Broken », « Take Your Neds »).

Photo : Jace Kartye

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Alt-Country Blues Rock International Soul

Samantha Fish : bluesy adventures [Interview]

Affichant désormais neuf albums à son actif, SAMANTHA FISH n’en finit plus de surprendre en empruntant des voies la menant là où on ne l’attend pas. Plus éclectique que jamais, elle se présente avec « Paper Doll », un disque dans lequel son fougueux jeu de guitare fait toujours autant d’étincelles, mais surtout avec une confiance vocale aussi étonnante qu’attendue. S’il est toujours question d’un Blues très Rock, son vagabondage musical nous mène cette fois aussi dans des contrées Alt-Country, Folk et Soul. Entretien avec une artiste qui ne lève que très rarement le pied, et qui s’épanouit en musique.

– Notre dernière interview date de la sortie de « Death Wish Blues », ton album en duo avec Jesse Dayton. Quel souvenir en gardes-tu et surtout de la tournée qui a suivi ? Tes fans ont-ils été un peu surpris ?

J’ai beaucoup appris de cette expérience. Travailler avec Jesse et notre producteur, Jon Spencer, nous a permis de comprendre comment nous démarquer tout en nous soutenant mutuellement. C’est une dynamique intéressante quand on se produit en duo. Jesse et moi avons tous les deux beaucoup travaillé sur cet album et nos concerts étaient vraiment passionnants. Je pense que nous sommes tous les deux connus pour nos styles musicaux particuliers, donc c’était une collaboration un peu inattendue. Cette expérience a réuni de nombreux fans de musique différents. Lorsque nous avons reçu une nomination aux Grammy, nous avons été à la fois surpris et touchés. C’était une expérience formidable à tous les niveaux et quelque chose qui, je le sais, a changé nos vies.

– Ton dernier album studio et en solo « Faster », remonte déjà à quatre ans. Quand as-tu vraiment commencé à te plonger dans l’écriture de « Paper Doll » ? Avais-tu déjà une trame en tête au moment de « Death Wish Blues » ?

Je savais qu’après « Death Wish Blues », j’aurais besoin d’un album qui mette vraiment en valeur mes ‘super-pouvoirs’. Je me pousse constamment à me dépasser, mais j’avais l’impression que celui-ci marquait un retour en forme, d’une certaine manière. En écrivant, les paroles se sont imposées naturellement. J’écris sur ce que je connais, mais j’aime aussi collaborer et écrire avec d’autres. Je voulais créer un album avec des sons de guitare vraiment excellents. Je voulais que le Blues soit la racine et le fondement de tout l’album, mais je voulais aussi m’aventurer dans des contrées captivantes et dépasser les frontières des genres. Et puis, je voulais aussi mettre en valeur mon chant. Mais avant tout, l’essentiel dans les chansons consiste à avoir de bonnes accroches et de belles mélodies.

– On le sait, tu n’es jamais aussi bien que sur scène. Tu es même l’une des rares artistes de Blues à te produire autant. C’est assez rare de donner des concerts de manière aussi soutenue. C’est de là que vient ta créativité ? C’est une manière d’entretenir ton flux artistique ?

Parfois, des idées me viennent sur scène. Je crois que ma méthode personnelle d’écriture la plus efficace est de me promener en voiture. Il suffit de laisser sa concentration vagabonder. Des mélodies me viennent à l’esprit par moments, et il faut les capturer à l’instant où elles sont présentes dans ma tête.

– D’ailleurs, « Paper Doll » a été enregistré en pleine tournée, à la fois à Austin au Texas et à Los Angeles en Californie. Tu n’avais pas envie de te donner un peu de répits et te concentrer sur la scène ? D’attendre la fin des concerts et de te poser plus tranquillement en studio ensuite ?

Bien sûr, mais notre emploi du temps ne le permettait pas. Je savais que je voulais enregistrer un nouvel album. Il s’agissait donc simplement de faire le nécessaire pour y parvenir. Le fait de faire les choses comme il fallait le faire, c’est-à-dire par séquence, a contribué à donner à l’album un côté live et une énergie particulière. Je pense donc que cela a joué en notre faveur.

– On peut aussi y voir une certaine continuité de cette tournée, dans l’esprit en tout cas, avec beaucoup d’énergie et surtout avec les musiciens qui t’accompagnaient à ce moment-là sur scène. L’idée était-elle de garder cette vibration très live ?

Oui et c’est comme ça que cela s’est passé. Le groupe de tournée que j’accompagne est phénoménal, donc c’était agréable d’explorer leur créativité. Je pense que le temps passé sur scène nous a permis de nous entendre assez rapidement.

– Un mot aussi sur la production signée Bobby Harlow de Detroit et avec la collaboration ponctuelle de Mick Collins de The Gories, tous deux issus du Garage Rock. On vous retrouve d’ailleurs en duo sur « Rusty Razor ». Après Jesse Dayton, tu t’aventures à nouveau hors du monde du Blues. C’est une façon aussi de quitter une certaine zone de confort ?

Je pense que tout ce que je fais est ancré dans le Blues. C’est comme ça que j’ai appris à jouer et à chanter. Chaque chanson commence par un hommage à un riff ou à une idée qui vient de là. C’est agréable aussi de pouvoir intégrer d’autres styles pour enrichir ma vision du Blues. Je me sens à l’aise pour créer ma propre version des choses. Je veux écrire des chansons qui définissent mon son, tout en étant ouverte à d’autres influences.

– Et il y a aussi la chanson « Sweet Southern Sounds » que tu as composé avec ton fougueux voisin de la Nouvelle Orleans, Anders Osborne. C’est un morceau incroyablement intense et chaleureux. Vous n’avez pas eu l’envie de le chanter ensemble ? Là encore, cela aurait été un beau duo…

Anders est génial. On a écrit cette chanson ensemble en sachant qu’elle finirait sur mon nouvel album. D’ailleurs, je ne pense pas qu’il ait eu l’intention de la chanter. Mais je suis sûre qu’on le fera ensemble un jour sur scène.

– Vocalement, on te sent très libre et forte à la fois. Tu as dit avoir trouvé ta voix en studio. Que voulais-tu dire ? Que c’est exercice différent de celui de la scène, et qui demande peut-être un placement plus précis et un peu opposé aux concerts, où l’énergie prime ?

Les performances live ont un avantage : elles permettent d’être plus libre. Je cherche à créer une connexion avec le public, donc je ne me concentre pas tant sur la précision et la perfection. Le studio peut être complexe, car il n’y a pas grand-chose à exploiter, si ce n’est sa propre inspiration. Il m’a fallu du temps pour trouver comment me détendre et me concentrer naturellement sur ma voix.

– Musicalement aussi, « Paper Doll » est une fois encore un album très varié, où l’on retrouve ton Blues avec ses côtés Rock et Soul et teinté de Country et de Folk. Justement, est-ce que tu cherches un certain équilibre au moment de la composition, ou c’est seulement ton inspiration qui te guide ?

J’ai parfois une idée en tête quand j’écris une chanson, mais quand on va en studio, quelque chose d’autre prend souvent le dessus. Il faut parfois laisser la chanson se développer toute seule.

– Pour tout le monde, tu es la très électrique guitariste à la cigarbox. Dans quelle mesure cet instrument trouve-t-il sa place dans la composition et dans l’enregistrement de tes morceaux sur ce nouvel album ?

J’essaie de l’intégrer de temps en temps en studio. Mais si ça ne convient pas à la chanson, je ne vais pas l’imposer de force. J’aime bien lui donner une place en concert, mais je ne veux pas qu’un instrument dicte le potentiel d’une chanson. Il faut être ouvert à la nouveauté. J’ai toujours cette idée en tête et je saute sur l’occasion de l’utiliser quand c’est le bon moment.

– Une dernière question plus personnelle pour conclure. Ta sœur Amanda a sorti un très bel album dans un style différent du tien l’année dernière. Evidemment, on imagine qu’une collaboration artistique serait incroyable. Avez-vous déjà évoqué le sujet toutes les deux ?

Amanda et moi avons toujours été assez indépendantes. Je pense qu’étant donné notre âge très proche, il est important pour nous d’être autonomes et libres dans notre musique et nos carrières. Mais peut-être plus tard. Qui sait ? Cela dit, en ce moment, nous aimons nous soutenir mutuellement et faire notre propre musique séparément.

« Paper Doll », le nouvel album de SAMANTHA FISH, est disponible chez Rounder Records.

Photos : Aries Photography (2, 3) et Doug Hardesty (4).

Retrouvez la précédente interview de l’artiste et la chronique de son album avec Jesse Dayton :

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Blues Blues Rock Boogie Blues Contemporary Blues Soul Southern Blues

Carolyn Wonderland : une grande dame

L’intensité, qui se retrouve dans le mordant de son approche tant vocale que guitaristique, semble être une seconde nature chez CAROLYN WONDERLAND. La musicienne, qui avait véritablement pris son envol en solo il y a quatre ans avec le génial et audacieux « Tempting Fate » sur lequel elle jonglait avec sa Gibson et sa lap-steel, monte encore en émotion et en virtuosité dans un équilibre musical, qui doit beaucoup à une confiance acquise au fil du temps. « Truth Is » est une sorte d’apothéose, tant au niveau de l’écriture que de cette voix, où la puissance n’a d’égal que sa douceur. Monumental.

CAROLYN WONDERLAND

« Truth Is »

(Alligator Records)

CAROLYN WONDERLAND est une fine gâchette, cela n’aura échappé à personne, et sur ce deuxième effort chez l’institution Alligator Records, on prend pleinement conscience de ses talents de chanteuse et de compositrice. Une reconnaissance qui arrive peut-être un peu tard, mais qui est aujourd’hui incontestable. Elle qui a joué avec presque toutes les légendes Blues du Texas et qui a aussi effectué un beau et assez long passage au sein des Bluesbreakers de John Mayall, semble littéralement épanouie sur ce « Truth Is », marqué de son empreinte. Car la musicienne est loin de manquer de personnalité, bien au contraire.   

D’une rare polyvalence, elle fait un beau tour d’horizon des courants dans lesquels elle se retrouve… et il y en a ! Forcément très sudiste dans le jeu, on retrouve chez la Texane des notes de Soul, de Gospel, de Jazz, de Country et de Roots Rock, qui font de son Blues un refuge éclectique pour des saveurs chaleureuses et sincères. CAROLYN WONDERLAND a de nouveau confié la production de « Truth Is » à Dave Alvin, lequel sublime des compositions entraînantes, mais aussi très touchantes et toujours authentiques. On passe de sa ville natale de Houston à la Nouvelle Orleans, avec un crochet par Memphis, en un clin d’œil.   

Avec son inimitable picking, elle signe l’essentiel de cette nouvelle réalisation, tout en coécrivant quelques titres avec son producteur et Shelley King, et en s’offrant la liberté de reprendre « Wishful Thinking » (Greg Wood/Eddie Hawkins) et « Orange Juice Blues » (Richard Manuel pour The Band). Mais le plus beau et surtout le plus réjouissant vient de ses propres compositions et elles sont franchement renversantes (« Sooner Or Later », « It Should Take », « I Ain’t Going Back » avec Ruthie Foster et Marcia Ball, l’ensoleillé « Deepest Ocean Blue », le bouleversant « Blues For Gene » et la somptueuse chanson-titre. Incontournable.   

Photo : Mary Bruton

Retrouvez la chronique de « Tempting Fate » :