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Mandy Manala : another way for another world [Interview]

Il reste encore aujourd’hui des groupes qui parviennent dès leur premier album à captiver et à fasciner. Comme si celui-ci avait déjà réussi à saisir l’essence de son jeu, de son écriture et du son qu’il souhaite développer dès son coup d’essai. C’est un peu le cas avec MANDY MANALA, dont le premier album éponyme semblait d’une telle évidence dans son contenu. Avec « Something Wicked », les Finlandais poursuivent et entretiennent cette dynamique, grâce une chanteuse magnétique soutenue avec brio par des musiciens qui font corps à travers un concept occulte d’une rare vitalité, naviguant entre un Stoner exalté, un Heavy Rock saisissant et une touche de Hard 70’s, qui prend ici toute sa dimension. Kenneth Norrlin, bassiste, compositeur et producteur du quintet revient sur la démarche et la vision artistique autant qu’imaginaire de sa musique.

– Tout d’abord, j’ai envie de vous demander qui ou qu’est-ce qui est ‘Wicked’ pour vous ? Est-ce un constat sur notre société, ou plus simplement un terme artistique lié à ce nouvel album ?

MANDY est la méchante. Elle symbolise la douleur et l’agonie. Quand j’écris des chansons, je dépose toute ma souffrance et ma tristesse sur ses épaules. Elle est cet être que j’ai créé, celui à qui je peux confier tous mes sentiments négatifs. Ma confidente, mon bouc émissaire, en quelque sorte. Mais MANDY peut représenter autre chose pour quelqu’un d’autre. Elle est ce dont vous avez besoin.

– Avant de parler de « Something Wicked », j’aimerais que l’on revienne sur votre premier album éponyme, qui était d’une incroyable maturité musicale. Et il y a d’ailleurs un côté très naturel dans votre évolution. Aviez-vous déjà en tête le style et aussi le son de MANDY MANALA au moment de la composition de vos premiers morceaux ?

Merci pour le compliment. Pour répondre à ta question, eh bien oui, on y a réfléchi et on l’a imaginé avant même de jouer la première note. Personnellement, j’en avais marre, et j’en ai toujours marre, du son du Metal moderne. Je le trouve trop clinique. Bien sûr, il y a des exceptions, mais en gros, toutes les pistes de guitare et de batterie se ressemblent actuellement, tandis que tous les groupes de Stoner semblent courir après le ‘son de guitare diabolique parfait’, au détriment du reste de la composition. Je voulais aller à contre-courant et créer quelque chose avec des amplis Old School, une batterie authentique et de bonnes compositions et plein de riffs accrocheurs. C’était ma vision dès le départ et je suis très fier de dire qu’on s’y est tenus. Bien sûr, dans un groupe, la vision évolue un peu quand les autres l’interprètent et apportent leurs idées. Mais c’est justement ce qui fait la beauté d’un groupe : la contribution de chacun. C’est alors que l’art de la composition musicale commence véritablement à s’épanouir.

– Justement, après un tel premier album, aviez-vous, ou vous êtes-vous mis, une pression supplémentaire ? Le deuxième est toujours un palier important et quelque chose d’attendu aussi…

Nous ne mesurons pas notre musique à l’aune du succès. Nous ne cherchons pas à devenir des stars du Rock, ni à faire carrière dans la musique. Nous ferions la même musique même si tout le monde détestait ce que nous faisons. Le succès ou l’échec m’importe peu. Il n’y avait donc aucune pression. Nous avons enregistré le deuxième album une semaine après la sortie du premier. Nous n’avons même pas eu le temps de lire les critiques, ni de réagir aux avis des autres, ce que je considère comme une bonne chose. Bien sûr, nous sentions que nous avions créé quelque chose de spécial après l’enregistrement du premier album. Mais ce sentiment serait resté le même même si tout le monde l’avait détesté. Rien ne peut altérer le processus créatif que nous vivons ensemble en tant que groupe lorsque nous composons.

– Par rapport au premier album, « Something Wicked » est plus sombre et l’aspect occulte et mystique est mis plus en avant également. Est-ce un thème, ou l’une de vos facettes, que vous n’aviez pas voulu dévoiler de trop sur « Mandy Manala » ?

Le personnage de MANDY se nourrit de la souffrance des autres, et son histoire se dévoile à mesure que le monde s’assombrit. Nous l’acceptons telle qu’elle vient. A la fin de « Something Wicked », nous racontons comment MANDY est brûlée comme sorcière et nous continuerons à développer cet aspect par la suite.

– D’ailleurs, j’aimerais qu’on parle de votre morceau « Psalm 77 :7 », dont l’introduction m’a immédiatement fait penser à Coven. Même si ce n’est pas votre génération, le groupe a-t-il eu une influence sur MANDY MANALA, ou est-ce que vos références sont plus actuelles ?

L’intro de « Psalm 77:7 » reprend les derniers vers de « L’Enfer » de Dante (prononcés avec la meilleure imitation de Nic Cage que je puisse faire), ce qui m’a beaucoup inspiré pour la composition de cet album. Bien sûr, nous sommes influencés par Coven. Mais il est plus complexe de citer simplement différents artistes comme influences. J’aime à penser que l’art imite davantage la vie que les artistes n’imitent d’autres artistes. Cela dit, je décris parfois MANDY MANALA comme une version de Fleetwood Mac, qui aurait sombré dans l’occultisme et se serait retrouvé à jouer aux échecs avec la mort dans un film d’Ingmar Bergman. N’est-ce pas là une description qui nous correspond aussi, à Coven et à nous-mêmes, à la fois comme imitateurs d’autres artistes et comme imitateurs de la vie elle-même ?

– « Something Wicked » est aussi plus profond dans sa réalisation malgré une dynamique très forte, et MANDA MANALA a aussi pris beaucoup de volume. La production a-t-elle pris plus d’importance sur ce nouvel album ?

Pas vraiment. Quand on décide que je serai le producteur de l’album, je laisse les chansons me guider dès le début. Je ne décide pas que ‘la production sera plus ambitieuse, plus claire, plus compacte’, ou quoi que ce soit de ce genre. Je fais ce que je juge nécessaire pour que la chanson prenne toute sa dimension. Et chacun fait de son mieux pour la ressentir et lui rendre justice.

– Pour qui ne connaîtrait pas votre premier album, vous avez donné une suite à « The Dark Passanger ». Que représente cette chanson pour le groupe, et aviez-vous un sentiment d’inachevé au point de faire durer le plaisir ?

Nous sentions simplement que l’histoire avait un potentiel de suite. Le cerveau reptilien est incontrôlable en cas de faim ou de stress, et il peut parfois prendre le dessus sur notre raisonnement logique. Et si ce cerveau reptilien prenait le contrôle à jamais, nous faisant réagir constamment sous l’impulsion de nos instincts primitifs ? Dans la deuxième partie, il devient évident que la boucle est bouclée et que la ‘victime’ se prépare à vivre avec cette réalité.

– Enfin, MANDY MANALA joue beaucoup sur les contrastes. Il y a la profondeur et la vélocité d’un côté, ainsi qu’un côté vintage mêlé à un Heavy Rock très actuel de l’autre. Est-ce que ce sont tous ces mélanges qui créent finalement votre identité première ?

Oui, probablement. Notre identité première serait d’écrire des chansons et des albums que nous aurions envie d’écouter nous-mêmes, pour nous amuser et nous évader un instant de la dure réalité. Je crois que c’est tout simplement ça….

Le nouvel album de MANDY MANALA, « Something Wicked », est disponible chez Argonauta Records.

Retrouvez aussi la chronique du premier album du groupe :

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Hard Rock Sleaze

Too Hot For Leather : ready to rock

D’une vitalité franchement réjouissante, cela fait maintenant deux ans que TOO HOT FOR LEATHER a émergé de la cité de la Country Music à grand renfort de solides guitares et sur un rythme effréné. Massif et mélodique, « Superhero Wannabes! » nous emporte dans un tourbillon globalement Hard Rock, mais aux multiples variables. Guidé par son intenable chanteuse, le combo se présente avec un nouveau format court, auquel il est bien difficile de résister.

TOO HOT FOR LEATHER

« Superhero Wannabes! »

(Independant)

Enjouée et hyper-Rock’n’Roll, l’aventure du quatuor a réellement commencé en juillet 2024, date à laquelle il a présenté son tout premier single, « Show Me What You’ve Got », un titre entêtant et ravageur. Originaire de Nashville, TOO HOT FOR LEATHER fait partie de cette nouvelle génération qui distille sa musique au compte goutte sur les plateformes, et qui semble peu préoccupée par le fait de sortir un album. Avec « Superhero Wannabes! », c’est donc un EP qu’il propose, lequel inclut d’ailleurs « Beef Stew » et « Doubt », sortis précédemment.

Héritier direct de la scène Hard Rock et Sleaze américaine, et avec un soupçon Punk Rock californien dans l’énergie et l’attitude, le groupe laisse paraître une sensation de légèreté en contraste avec la puissance affichée. TOO HOT FOR LEATHER s’amuse et distille sa bonne humeur à travers des riffs musclés, une rythmique percutante et sa frontwoman porte le tout avec une certaine désinvolture, mais aussi beaucoup de sérieux. Car, les sept chansons de cet EP, le deuxième, sont très en place et l’excellente production ne doit rien au hasard, non plus.

Sur une petite demi-heure, la formation du Tennessee se fait vraiment plaisir et l’aspect très dansant et festif de son Rock est un véritable remède à la morosité. A la fois envoûtante, magnétique et fédératrice, Shannon Sperl se montre irrésistible et surprend même par sa large palette vocale, comme sur la ballade piano-voix, « Father’s Daughter », qui clot « Superhero Wannabes! ». Littéralement taillé pour la scène, le répertoire de TOO HOT FOR LEATHER devient vite addictif (« Super Hero », « Kid Again », « All Talk »). Le Rock est plus vivant que jamais !

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Heavy metal International

Leatherwitch : demonic Metal [Interview]

Rare femme à porter haut l’étendard d’un Heavy Metal traditionnel, Marta Gabriel poursuit son chemin avec une constance artistique, qui la rend assez unique. Après deux décennies passées à la tête de Crystal Viper, puis une embardée avec Moon Chamber et un album hommage de reprises dédié à celles qui l’ont influencé et sous son propre nom, la voici de retour avec LEATHERWITCH. Un nouveau chapitre s’ouvre donc, et même s’il ne trahit pas ses convictions musicales profondes, il apporte de la fraîcheur à un registre qu’elle maîtrise parfaitement. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si elle y joue tous les instruments. La Polonaise continue son aventure métallique avec « First Spell », un album véloce et puissant autour de ses thèmes de prédilection. Entretien avec une artiste multiple restée passionnée par le côté Old School d’un style, qui est loin d’avoir rendu son dernier souffle.

– Après presque 20 ans, tu as mis fin à l’aventure Crystal Viper l’an dernier avec l’ultime « The Live Quest ». Tout d’abord, qu’est-ce qui t’a le plus profondément marqué toutes ces années et est-ce qu’il y a malgré tout quelques regrets ?

Crystal Viper a occupé une place immense dans ma vie. J’avais 19 ans quand je l’ai fondé et il a été mon premier groupe de Heavy Metal sérieux, celui dont j’avais toujours rêvé. Au fil des années, nous avons sorti de nombreux albums, tourné dans différents pays, rencontré des gens incroyables et partagé des moments inoubliables sur scène. Pendant cette période, j’ai réalisé que la musique pouvait véritablement unir des personnes de cultures, d’horizons et de générations complètement différents. Bien sûr, il y a eu aussi des moments difficiles, tout long parcours comporte des hauts et des bas, mais je préfère sincèrement me concentrer sur le positif plutôt que sur les regrets. Chaque erreur a été une leçon, chaque année m’a permis de gagner en expérience musicale. Parfois, on sent simplement au fond de soi qu’une histoire a atteint sa fin naturelle et qu’il est temps d’aller de l’avant sur le plan créatif.

– On te retrouve donc avec LEATHERWITCH, projet où tu joues tous les instruments en dehors des solos de guitare que se partagent Giuseppe Taormina et Ginoir. Ton intention première n’a jamais été de reformer un groupe ? Tu souhaitais vraiment être seule aux commandes ?

Ce n’est pas que je veuille tout contrôler. C’est plutôt une nécessité créative, liée à ma façon de composer. Depuis des années, j’enregistre des démos entièrement seule avant de présenter les morceaux au groupe. Avec LEATHERWITCH, j’ai simplement poursuivi ce processus jusqu’à l’album final. Je n’avais pas à envoyer de fichiers audio aux autres musiciens, à préparer des pistes témoins, à attendre que tout le monde apprenne les morceaux, à organiser les plannings studio, etc… Dès qu’un morceau était composé, il existait sous une forme prête pour le mixage. Cela m’a fait gagner des semaines, voire des mois. De plus, pour la toute première fois, l’album que j’ai composé sonne exactement comme je l’avais en tête en l’écrivant. C’est une expérience formidable. Parallèlement, j’aime toujours autant travailler avec d’autres musiciens, surtout en concert. C’est pourquoi je ne vois pas LEATHERWITCH comme un isolement, mais plutôt comme une autre façon de créer de la musique.

– En 2021, tu avais réalisé « Metal Queen » en solo et qui était un album de reprises. Le considères-tu comme un disque un peu à part, car tu aurais aussi pu sortir « First Spell » sous ton nom ? C’était donc important de créer LEATHERWITCH pour distinguer tes différents projets ?

« Metal Queens » était un album hommage, un projet conceptuellement très spécifique. Parallèlement, je travaille actuellement sur un autre album solo sous le nom de Marta Gabriel, musicalement très différent de LEATHERWITCH. C’est pourquoi il est devenu essentiel pour moi de créer des identités distinctes pour chaque musique. Je n’aime pas tout mettre sous le même nom simplement parce que ça vient de la même personne. Chaque projet a sa propre atmosphère, son style et son identité visuelle. LEATHERWITCH crée immédiatement une ambiance particulière avant même d’entendre la musique. Je pense que les auditeurs apprécient aussi quand un artiste donne à chaque projet sa propre personnalité, plutôt que de mélanger des idées complètement différentes sous un seul nom. Cela pourrait prêter à confusion.

– Pour « First Spell », tu t’es entourée de personnes que tu connais très bien. Bart Gabriel a produit et masterisé l’album, qui a été masterisé par Olof Wikstrand. Avoir un entourage proche qui te mette en confiance t’a-t-il aussi offert plus de liberté dans la composition comme dans ton jeu ?

Absolument. La confiance est primordiale dans le processus créatif, surtout pour un album aussi personnel. Bart et moi collaborons depuis de nombreuses années, tant sur le plan musical que créatif en général. Il existe donc une compréhension naturelle entre nous. Il m’a apporté un soutien incroyable tout au long du projet. C’était la première fois que j’étais entièrement responsable de la prise de son, et Bart m’a beaucoup aidé. Par ailleurs, faire appel à Olof Wikstrand s’est avéré une excellente décision. J’apprécie beaucoup son approche du son : organique et puissante. Il a immédiatement saisi l’atmosphère que je souhaitais donner à l’album, sans chercher à la moderniser artificiellement ni à en altérer l’énergie brute.

– Sans être totalement Old School, le Heavy Metal proposé reste traditionnel, même s’il s’inscrit dans son époque. Selon toi, qu’est-ce qui distingue le plus LEATHERWITCH de tes groupes précédents, et notamment Crystal Viper, car tu es déjà très familière du genre ?

Je pense que la plus grande différence réside dans l’atmosphère émotionnelle générale et la spontanéité de l’album. LEATHERWITCH est plus sombre, plus personnel… Il y a aussi plus d’énergie, plus d’agressivité. Pour autant, je n’ai jamais voulu faire un album rétro. Je souhaitais que « First Spell » ait un esprit classique, mais qu’il soit créé avec des outils modernes et enregistré aujourd’hui, et non une imitation artificielle du passé. Autre différence importante : comme j’ai tout enregistré moi-même, l’album reflète mes sentiments de façon beaucoup plus directe. On a presque l’impression d’écouter mon processus créatif en direct, sans filtre.

– « First Spell » apparaît clairement comme ton album le plus personnel, notamment dans les textes et les thématiques. Est-ce que cela fait longtemps que tu mûris ces morceaux, et y a-t-il des choses que tu tenais absolument à éviter musicalement, ou au niveau de la production, pour offrir vraiment quelque chose de neuf ?

Certaines chansons sont nées très rapidement, presque instantanément. Parfois, j’entends une chanson presque complète dans ma tête et il ne me reste plus qu’à m’asseoir avec mes instruments et à l’enregistrer. D’autres ont évolué plus naturellement au fil du temps. Au niveau des paroles, cet album est sans aucun doute le plus personnel. Même lorsqu’il y a des éléments fantastiques ou d’horreur, des émotions bien réelles se cachent en dessous. « The New Beginning », par exemple, est très directement liée à la fin de Crystal Viper et au chaos émotionnel qui a marqué cette période de ma vie. Concernant la production, je voulais éviter le sur-traitement et une perfection artificielle. La technologie moderne permet très facilement d’éliminer toute émotion humaine de la musique. Je voulais que cet album reste vivant, organique et émotionnel. Parfois, les imperfections ont plus d’âme que la perfection technique.

– A une époque où beaucoup d’artistes prennent leur indépendance et s’autoproduisent, tu gardes le soutien de Listenable Records. C’est important pour toi d’avoir la confiance d’un label, ce qui ne t’oblige donc pas à créer ta propre structure ?

J’entretiens d’excellentes relations avec Listenable Records et poursuivre notre collaboration s’est fait tout naturellement. Ils ont d’ailleurs été les premiers à découvrir LEATHERWITCH et à écouter nos morceaux. Ce que j’apprécie le plus, c’est leur compréhension de la musique et leur respect de la liberté artistique. Ils n’ont jamais cherché à dénaturer l’identité de l’album, ni à l’orienter dans une autre direction. Aujourd’hui, c’est un atout précieux. Bien sûr, les artistes contemporains doivent souvent se débrouiller seuls, mais avoir un label de confiance à ses côtés représente un soutien important, notamment en matière de promotion et de distribution.

– Enfin, on connaît ton amour pour la scène et le contact avec tes fans. Alors, de qui sera constitué le LEATHERWITCH qui se produira en concert ?

Oui, le groupe est au complet et déjà prêt à en découdre ! Sur scène, je me concentrerai uniquement sur le chant. Même si j’ai enregistré tous les instruments sur l’album, je ne compte pas en jouer sur scène. Le travail en studio et la scène sont deux mondes bien différents. On va donc retrouver Giuseppe ‘Tiyris’ Taormina à la guitare, Blaze Grygiel à la basse et Toby Ventura à la batterie. La tournée est déjà annoncée, en tant qu’invité spécial de Fifth Angel, donc le public pourra très bientôt voir LEATHERWITCH en concert. J’ai vraiment hâte de présenter ces morceaux sur scène et de partager enfin ce nouveau chapitre avec le public. Vivement les concerts !

L’album de LEATHERWITCH, « First Spell », est disponible chez Listenable Records.

Photos : Bart Gabriel

Retrouvez aussi les chroniques de son album solo, « Metal Queens », et des deux derniers albums de Crystal Viper :

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Hard 70's International Proto-Metal

Lynx : a vintage claw [Interview]

Epanoui dans un registre 70’s, le style de LYNX peut paraître assez insaisissable. Ne reniant pas des références Hard Rock et proto-Metal, il y a également chez lui des élans progressifs et parfois même psychédéliques, qui offrent beaucoup de profondeur à ses compositions. Porté par une chanteuse et claviériste à la voix envoûtante, le quintet se présente avec un deuxième opus, « Trinity Of Suns », qui le voit encore évoluer dans son approche. Délicate, mais solide, la formation allemande n’a pas fait les choses à moitié et a opté pour un son organique, où le relief de ses morceaux prend toute son ampleur. Il aurait d’ailleurs été difficile de le concevoir autrement, tant l’authenticité sonore est liée à sa profondeur artistique. C’est l’un de ses fondateurs, le bassiste Phil Helm, qui revient sur l’évolution musicale et les changements de line-up qui ont émaillé le groupe entre ses deux albums.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais qu’on évoque le changement de line-up depuis « Watcher Of Skies » sorti en 2021. Il y a eu l’arrivée d’Amy Zine au chant et aux claviers et celle de Janni à la guitare et au chant. Quel orientation cela a-t-il provoqué, notamment au niveau au niveau de la composition de « Trinity Of Suns »?

C’est une excellente question. Amy figurait déjà sur « Watcher Of Skies » en tant que choriste. Elle était une amie proche du groupe avant même de le rejoindre officiellement, et nous étions ravis de sa participation à ces enregistrements. Comme « Watcher Of Skies » est sorti avant même notre premier concert, nous n’avons commencé à réfléchir qu’après coup à la manière de gérer les synthés en live à quatre. Tim et moi avons fini par partager ces parties, alternant constamment entre nos instruments principaux et les synthés. C’est vraiment à ce moment-là qu’est née l’idée d’ajouter un cinquième membre. Avec Amy, nous avons non seulement accueilli une claviériste, mais aussi une chanteuse incroyable qui s’est progressivement imposée comme la voix principale du groupe. Janni nous a rejoints à la fin de l’été 2025. A ce moment-là, l’album était déjà écrit, et nous avions convenu que Marvin enregistrerait les parties de guitare en studio. Nous souhaitions néanmoins que Janni participe, il a donc contribué aux parties vocales de l’album.

– « Trinity Of Suns » est très différent de son prédécesseur, notamment dans le style, mais aussi dans le fait que le chant soit dorénavant essentiellement féminin. Est-ce qu’avoir une chanteuse a été un tournant pour le groupe, et cela a-t-il été aussi l’opportunité d’y apporter une nouvelle vision ?

Pour nous, la transition entre « Watcher Of Skies » et « Trinity Of Suns » a été très naturelle, car le changement de voix s’est opéré progressivement sur plusieurs années. Mais pour quelqu’un qui écoute les deux albums à la suite, le changement de son peut paraître radical. Grâce à la voix d’Amy, nous avons pu nous concentrer davantage sur les lignes vocales et donner à l’ensemble une dimension plus émotionnelle. Notre objectif était de créer un lien sensible plus profond avec les auditeurs.

– Vos deux albums pourraient presque être ceux de deux groupes différents pour qui ne vous connaîtrait pas bien. Est-ce que vous avez le sentiment que LYNX vit un nouveau départ ?

Comme je te le disais, cela nous semble être une évolution très naturelle et cohérente. Nous avons peaufiné le son que nous avions commencé à développer sur « Watcher Of Skies » et nous avons essayé de donner aux morceaux une plus grande profondeur émotionnelle sur « Trinity Of Suns ». Mais nous n’avons jamais eu l’impression de repartir de zéro.

– D’ailleurs, lors de vos concerts, vos setlists représentent-elles vos deux albums ? Et de quelle manière Amy s’est-elle approprié les anciens morceaux ?

Alors que « Trinity Of The Suns » n’était pas encore sorti, nous jouions déjà des morceaux du prochain album en concert depuis un certain temps. Depuis peu, plus de la moitié de notre setlist est composée de nouveaux titres, tout simplement parce que nous avons une grande confiance en leur qualité. Et nous avions joué « Island Universe » pour la première fois en 2023 à Athènes, lors du festival ‘Up The Hammers’. Les anciens morceaux se marient particulièrement bien avec la voix d’Amy, ils gagnent en profondeur et prennent une nouvelle dimension.

– « Trinity Of Suns » a un son très organique et il me semble que vous l’avez d’ailleurs enregistré en analogique. Etant donné le style de LYNX, j’imagine que le choix vous a paru évident. Et il possède aussi une approche très live. Etait-ce essentiel pour vous de réunir ces deux conditions ?

Il était primordial pour nous que l’album sonne le plus organique possible. C’est pourquoi nous avons choisi de l’enregistrer au Fat & Holy Studio avec René Hofmann, réputé pour ses enregistrements live. Ce processus a donné aux morceaux une dynamique impossible à obtenir dans des conditions de studio classiques. Nous avons aussi passé la majeure partie de ce temps ensemble en studio, ce qui a vraiment renforcé notre cohésion et notre lien avec l’album. C’était presque comme un petit voyage scolaire avec LYNX ! (Sourires)

– Parlons du style de ce nouvel album, qui est moins Metal et beaucoup plus Psych Prog. L’esprit 70’s est très présent et les morceaux sont aussi plus longs. L’idée était-elle d’être plus Rock et surtout de travailler plus sur les atmosphères ?

On adore tous le Rock des années 70, avant que le Heavy Metal ne devienne ce qu’il est devenu. Des groupes comme Blue Öyster Cult, Genesis, Pink Floyd, Jefferson Airplane, Led Zeppelin et, bien sûr, Black Sabbath, nous ont beaucoup influencés. On voulait composer des morceaux plus longs, plus profonds et plus intenses. On aime tous les morceaux Rock courts, mais un titre de huit minutes qui vous emmène en voyage, c’était vraiment notre objectif. Honnêtement, on n’a pas cherché consciemment à sonner moins Heavy, mais c’est en partie comme ça que l’album a pris cette tournure, et c’est très bien comme ça. On connaît tous des albums qui nous touchent profondément, et c’est ce qu’on voulait obtenir avec notre musique.

– LYNX peut aussi compter sur ses deux guitaristes et ses deux claviéristes, ce qui laisse un champ d’action très vaste. Sur quel instrument vous basez-vous pour composer et de quelle manière trouvez-vous l’équilibre, même si la guitare domine les compostions ?

Amy est notre principale claviériste, même si Tim a aussi enregistré quelques parties en studio. Composer est toujours un travail d’équipe pour nous. Parfois, l’un d’entre nous propose une idée de base, mais nous développons toujours les morceaux ensemble, en groupe. Il est important pour nous que chaque instrument puisse s’exprimer pleinement. Par exemple, le morceau-titre est construit autour d’une section rythmique basse-batterie très solide.

– Enfin, « Trinity Of Suns » a vraiment tous les attributs d’un album-concept. Est-ce le cas et sur quelle thématique vous êtes-vous concentrés pour créer l’ensemble ?

Je suis ravi que tu le perçoives ainsi, et oui, dans une certaine mesure, c’était le but. Tout comme dans « Watcher Of Skies », notre protagoniste fictif est le lynx, que nous envoyons en voyage. Dans « Trinity Of Suns », il l’entreprend réellement et vit des aventures qui se transforment également en un voyage intérieur et émotionnel. Nous souhaitions raconter une histoire à laquelle chacun puisse s’identifier, tout en laissant suffisamment de place à l’interprétation pour que chacun puisse se la forger sa propre vision.

Le nouvel de LYNX, « Trinity Of Suns », est disponible chez Dying Victims Productions.

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International Stoner Rock

Waste A Saint : natural fuzz [Interview]

Trois albums et presque autant de facettes pour WASTE A SAINT, qui continue de faire évoluer son Stoner Rock avec beaucoup d’imagination. Toujours aussi brut et organique dans la production, le quatuor se présente avec un nouvel opus très ouvert, fédérateur et d’une grande variété. Les Norvégiens accueillent aussi un nouveau batteur, qui vient apporter un groove particulier à l’ensemble, assez loin des conventions, ce qui offre une approche originale à « …And It’s Evergreen ». Alors que beaucoup de groupes sont très facilement identifiables dans leurs influences, WASTE A SAINT impose sa propre vision du genre et son style avec une liberté, qui reste le maître-mot de la formation scandinave. Rencontre avec quatre musiciens, dont une magnétique frontwoman, qui assument cette indépendance et des choix artistiques forts.

– « … And It’s Evergreen » est votre troisième album et il présente quelques changements au sein de WASTE A SAINT à commencer par un nouveau batteur, puisque l’ancien a quitté le groupe en pleine composition. Comment l’avez-vous vécu, car vous ne semblez pas avoir été si déstabilisés ?

Eh bien, il y a eu pas mal de changements au sein de la section batterie ces dernières années. On dirait que le poste de batteur est maudit chez nous… (Sourires) On finit par s’y faire, je suppose. On avait enregistré quelques morceaux pour le nouvel album et, aux alentours de Noël, notre cher batteur Øivind nous a annoncé qu’il souhaitait explorer d’autres horizons. Ole (Nogva, basse, synthés, chœurs – NDR), Bogey (Stefansdottir, chant – NDR)  et Alex (Skomakerstuen, guitare, chœurs – NDR) sont les membres fondateurs de WASTE A SAINT. Et on a toujours eu une structure assez horizontale où chaque membre contribue à façonner l’univers de WASTE A SAINT. Alors, quand Trym (Solan Renolen, batterie, chœurs – NDR) a rejoint le groupe, on a d’abord dû apprendre à le connaître et tâter le terrain. On le connaissait déjà un peu, car Tronheim n’est pas une si grande ville, mais on n’avait jamais joué avec lui. Le courant est passé tout de suite, musicalement et humainement. C’est un excellent batteur et un type super. Ensuite, il a fallu que son style et son flow s’intègrent aux nôtres, ce qui est essentiel pour notre son et notre processus créatif.

– D’ailleurs, vous avez aussi modifié vos habitudes jusqu’à changer d’environnement et même d’instruments. Est-ce que vous vivez ce nouvel album comme un nouveau départ ?

Bogey : Oui, je dirais même plus. Le batteur est un élément essentiel de notre son, et l’a toujours été. Son jeu, son influence sur les morceaux et la composition… Nous sommes un groupe où l’improvisation est importante et en tant que quatuor, chaque membre contribue énormément au résultat final. Parallèlement, nous avons dû changer de local de répétition au pied levé, nous avons utilisé un nouveau studio pour l’enregistrement et nous avons davantage intégré le synthétiseur à notre musique. L’intégration de tous ces éléments, ainsi que les idées et la vision de Trym pour les chansons et le groupe, ont été une véritable renaissance.

– C’est vrai qu’il se dégage de « … And It’s Evergreen » un sentiment de liberté et peut-être même d’un peu plus d’insouciance, comme l’indique aussi le titre de l’album. Aviez-vous besoin d’une nouvelle respiration pour trouver de nouvelles inspirations ?

Oui, c’était un peu le but. Les changements nous amènent à découvrir de nouvelles façons de travailler et de penser, et ces perspectives ont assurément influencé le groupe. L’album précédent était inspiré par notre soif insatiable de création, qui nous anime toujours. Mais cette fois-ci, nous avons dû intégrer tous ces changements de membres et de logistique dans notre flux de travail en un temps record. Le titre de l’album fait aussi référence à la pression liée à la diffusion de la musique, à son partage avec le public. On a toujours envie de changer des choses, de se remettre en question, de peaufiner son art jusqu’à l’épuisement. C’est très humain. Mais à un moment donné, il faut bien sortir son truc pour que les gens puissent le voir et l’entendre. Et après, impossible de revenir en arrière, impossible de changer quoi que ce soit. C’est publié, c’est là, dans le monde entier… et c’est intemporel.

– La première chose qui transparaît de l’écoute de ce troisième album, c’est toujours cette volonté de repousser les limites de votre Stoner Rock en explorant d’autres contrées musicales. Et cette fois, vous imposez une signature forte. Est-ce que c’est le travail sur le groove surtout qui vous a permis de trouver cet équilibre ?

Bogey : J’ai toujours eu l’impression qu’on flirtait avec le Stoner Rock depuis des années, sans jamais s’y consacrer pleinement. Sur cet album, je pense qu’on s’est davantage investis dans les morceaux Stoner Rock et qu’on a exploré plus en profondeur les autres. On n’avait pas trop réfléchi au groove, notamment à la batterie, mais je suppose que ça vient naturellement avec un nouveau batteur. Petite précision : Trym n’avait aucune expérience du Stoner Rock. C’est un musicien plutôt Indie/Punk, enfin, c’est comme ça que je le vois ! (Rires) Je pense que son approche novatrice du genre pousse l’expérimentation encore plus loin.

– L’album est aussi plus aéré, votre spectre sonore s’est élargi et ton chant, Bogey, est également plus libre et assuré. Est-ce à dire que vous étiez un peu à l’étroit dans un Stoner Rock trop classique ?

Bogey : En fait, notre ancien batteur, Vebjørn Svanberg Numme, à l’époque de l’album « Hypercarnivore », était aux manettes en studio, et on avait passé un super moment. Bien sûr, le temps d’enregistrement était limité, mais ça nous avait permis d’avoir une session très ouverte et exploratoire. Je pense qu’on a abordé celle-ci avec un état d’esprit différent de nos albums précédents. Cette fois-ci, on était plus détendus et on s’est concentrés sur le plaisir et l’expérience. Travailler avec un ancien membre comme producteur était aussi un avantage, du moins pour moi, car ça m’a offert une plus grande liberté pour expérimenter vocalement.

Alex : Ouais, je suis d’accord. ‘Expérimenter et voir ce que ça donne’ était peut-être le mot d’ordre de cette session. On a aussi reçu la visite du fabricant norvégien de pédales Bråk, qui nous a prêté plein de matériels géniaux et originaux. Un grand merci à Torje !

– WASTE A SAINT véhicule encore mieux la puissance du Stoner en laissant aussi beaucoup de place aux mélodies. D’ailleurs, comment procédez-vous lorsque vous composez ? Commencez-vous par une ligne de chant, ou par un riff comme c’est souvent le cas dans le registre ?

L’improvisation est notre principal moyen de création. Bien sûr, ça varie, mais souvent on commence par s’échauffer avec des riffs qu’Ole et Alex sortent de nulle part. Parfois c’est bon, parfois c’est nul ! (Sourires) A partir de là, on pose la base d’un morceau, puis Bogey et Trym y ajoutent leur touche magique et voilà, une chanson prend vie. Même maintenant que l’album est terminé, on continue à s’échauffer avec de nouveaux riffs en répétition et on peut dire qu’on a même déjà quelques morceaux en préparation.

– Votre son est également plus massif et plus ample que sur « Hypercarnivore » et « Ravenous », et vous accordez toujours beaucoup d’importance au narratif. Le côté Psych de l’album ouvre aussi de nouveaux horizons au groupe, et l’ensemble est encore très nordique dans l’atmosphère. Est-ce quelque chose que vous travaillez spécifiquement, ou cette touche scandinave est-elle inconsciente ?

(Rires) Le style nordique n’a jamais été notre priorité. Peut-être est-ce juste parce que nous le sommes tout simplement ? (Sourires) Pour cet album, Alex et Bogey se sont partagés une grande partie de l’écriture des paroles. Et il est clair que nous avons des approches très différentes. L’album présente donc une certaine dualité : le côté décalé d’Alex et le côté plus dramatique de Bogey.

– Pour conclure, j’aimerais qu’on dise un mot du morceau « Brother, I Am Starving », qui résume assez bien l’album, je trouve, et qui le conclue aussi d’ailleurs. Il évolue sur un groove langoureux avec un saxophone pour ensuite accélérer vers un rythme frénétique et puissant. Est-ce le genre de titre qu’on compose en toute fin, histoire de clore un chapitre ?

Oui, un grand bravo à David Brüggermann au saxophone ! Un gars super ! Je crois qu’on l’a fait inconsciemment pour chaque album. On n’a jamais l’intention d’écrire un morceau de clôture spécifique pour chaque disque, mais une fois la production et le mastering terminés, ça semblait être le choix évident pour conclure « ...And It’s Evergreen ».

Le nouvel album de WASTE A SAINT, « …And It’s Evergreen », est disponible chez All Good Clean Records.

Photos : Yvind Ha Enes (1, 4) et Silje Marie Svendsen (2, 3).

Et retrouvez aussi la chronique de « Ravenous », le précédent album :

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Hard 70's Psych Prog

The Neptune Power Federation : crazy world

Les Australiens ne font rien comme les autres et « Mondo Tomorrow » vient confirmer la liberté qui les anime. Toujours aussi inventifs, ils se fondent cette fois dans une ambiance Sci-Fi explosive et déroutante. D’une grande richesse instrumentale et reposant sur des arrangements minutieux, ce septième effort est toujours aussi entraînant, planant et incisif. La maturité artistique de THE NEPTUNE POWER FEDERATION est à son apogée et pourtant un large champ d’instigation lui tend encore les bras.

THE NEPTUNE POWER FEDERATION

« Mondo Tomorrow »

(Cruz Del Sur Music)

Deux ans après « Goodnight My Children », THE NEPTUNE POWER FEDERATION refait surface avec « Mondo Tomorrow », son septième album. Et il est toujours aussi enthousiasmant, tant l’univers du combo semble vaste. Et si sauvage et étrange sont les adjectifs qui reviennent avec évidence à chaque réalisation, on peut affirmer sans mal qu’ils s’appliquent encore une fois à celle-ci. Enregistré dans son antre, le Pet Food Factory de Marrickville à Sydney, ce nouvel opus nous plonge dans une vision rétro-futuriste et très personnelle de nos technologies.

Le Hard 70’s teinté de Psych et nappé d’un voile occulte prend ici une autre dimension, une façon pour le groupe d’explorer toujours plus et de repousser les limites de son registre. Et pour se faire, on peut compter sur la très magnétique ‘Screamin’ Loz Sutch’, dont la voix et la présence sont une composante essentielle de THE NEPTUNE POWER FEDERATION. Pour autant, son très bon duo de guitaristes mènent le jeu, soutenu de main de maître par une rythmique aussi rodée que créative. Quant à la production, elle est délicieusement organique.

Les premiers mots parlés par la ‘Prêtresse Impériale’ sur le morceau-titre qui ouvre « Mondo Tomorrow » donne le ton. Imprévisible et ensorceleur, le quintet reste une machine à riffs imparable, qui libère avec exaltation des mélodies entêtantes. Multipliant des approches musicales différentes à chaque disque, THE NEPTUNE POWER FEDERATION navigue entre Fuzz, Prog et dans une ambiance qui rappelle même à l’occasion Zodiac Mindwarp. Imposant, « Mondo Tomorrow » captive (« The Grip Of Death », « And The Bones Decay », « Cybernetic Times »). Puissant !

Retrouvez la chronique de l’album « Le Démon De L’Amour » :

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Cinematic Metal Metal Progressif Post-HardCore

No Terror In The Bang : sous tension

Sur la longueur, les Normands se sont déjà montrés redoutables à deux reprises (« Eclosion » et « Heal »), alors les voir surgir avec un premier EP peut étonner. Pourtant, avec autant d’assurance et une fluidité incroyable, « Existence » pourrait bien annoncer le début d’une nouvelle ère pour NO TERROR IN THE BANG, celle d’une identité indéfectible et affirmée. A travers un Metal résolument moderne, aux teintes progressives et post-HardCore, le quintet déploie un large panel d’émotions, souvent sombres et torturées, mais à l’esthétisme très raffiné.

NO TERROR IN THE BANG

« Existence »

(Klonosphere)

Depuis cinq ans, c’est un parcours sans faute pour les Rouennais. Depuis « Eclosion », leur premier opus, ils ne cessent de repousser leurs limites, tout en offrant une fusion entre l’impact Metal violent et la recherche d’une profondeur plus cinématique, qui vient libérer un peu de douceur sur leur planète musicale. Avec « Heal » (2024), NO TERROR IN THE BANG avait imposé sa touche sur la scène hexagonale, grâce à une technicité exacerbée au service de compositions structurées et saisissantes et d’une frontwoman, Sofia Bortoluzzi, dont le registre vocal se fait plus polymorphe que jamais. Et « Existence » vient sceller un style unique, personnel et original avec brio.

Après deux albums, la formation crée donc un peu la surprise avec un cinq titres, qui se fait vite trop court, avouons-le. Pour autant, NO TERROR IN THE BANG se montre peut-être encore plus précis qu’à l’habitude avec un souci d’efficacité et une immédiateté, qui témoignent d’une grande maturité artistique. Malgré sa durée, « Existence » est une sorte de quintessence de l’esprit du groupe, de son registre et même aussi de son univers. Fluctuants et chirurgicaux, les riffs tranchent dans le vif, portés par une rythmique massive et virevoltante, tandis que le chant est plus jamais impressionnant de maîtrise. Imprévisibles et puissants, les Français déroulent.

Parfaitement servi par une production qui libère beaucoup d’amplitude à ses nouveaux morceaux, NO TERROR IN THE BANG alterne et joue avec une force sonore démesurée et une mélancolie presque étouffante, sans laisser le moindre moment de répit. Loin de toute contemplation, il enfonce le clou sur des passages sonores vertigineux, tantôt éthérés, tantôt fracassants (« Moon », « Goat », « Human Race Kills »). Progressif et brutal, le combo ne choisit pas et avance sur une ligne musicale toujours contrastée, en rupture constanteet constituée de choix forts (« Heroine » et le génial « Chasm »). Une immersion d’une richesse frappante et d’une exigence permanente.

Photo : Aurélien Cardot

Retrouvez les deux interviews du groupe…

et la chronique de son premier album « Eclosion » :

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Blues Rock International

Dana Fuchs : so alive [Interview]

Capté sur le vif lors d’une tournée en octobre 2025, « Live In Denmark » est la parfaite expression de l’énergie, de la puissance vocale, mais aussi de toute la délicatesse et la profondeur de DANA FUCHS. Sur scène, entourée d’une formation classique (guitare, basse, batterie), la chanteuse américaine transcende les émotions sans filtre et avec sincérité pour emporter son public vers des sommets Blues Rock. Surtout basé sur son dernier album studio en date, « Borrowed Time », cette prestation de la Floridienne montre à quel point sa voix est unique avec cette tessiture brute, qui la rend si attachante et perçante aussi sur ses textes d’une intense vérité. Rencontre avec une musicienne, qui vit le Blues pour son public avec une passion débordante. 

– Ton dernier album, « Borrowed Time », date de 2022 et est malheureusement sorti en pleine pandémie. J’imagine donc que tu as commencé à tourner dès que tu en as eu la possibilité. Du coup, est-ce que tu as fait une pause dans la composition pour te consacrer tout de suite à la scène ?

Je ne m’accorde jamais de véritable pause dans l’écriture. Même en pleine tournée, les idées fusent. Des chansons surgissent entre les balances et le concert, parfois dans des chambres d’hôtel à deux heures du matin. Mais avec la réouverture progressive du monde, les concerts sont redevenus la priorité. Ce lien avec le public nous avait tous cruellement manqué et nous en avions autant besoin qu’eux. Alors oui, les concerts ont occupé le devant de la scène pendant un temps, mais l’écriture, elle, ne s’arrête jamais complètement. Je suis, de nature, une collectionneuse d’histoires et d’expériences… (Sourires)

– D’ailleurs, sur « Live In Denmark », ce dernier album studio est bien représenté avec six morceaux. Etait-ce une setlist logique, que tu as construite en fonction de ta tournée, plutôt qu’autour de tes chansons les plus emblématiques ?

C’était un peu des deux, en fait. Quand on joue ses nouveaux morceaux depuis un moment, que le groupe les maîtrise et qu’on se sent plus à l’aise pour prendre des risques, ces chansons prennent une dimension particulière sur scène. « Borrowed Time » est un album très personnel pour moi, et après l’avoir joué en tournée, les morceaux ont trouvé leur place dans le setlist. On ajoute d’ailleurs encore des titres de cet album pour la tournée de printemps en Allemagne et en Suisse ! Je pense toujours au déroulement de la soirée. De quoi le public a-t-il besoin ce soir ? Qu’est-ce qui va le faire vibrer ? C’est une question qui me préoccupe constamment pendant un concert, et heureusement, j’ai maintenant un groupe capable de jouer quasiment n’importe quel morceau que je choisis, ou même que le public demande ! (Sourires)

– Tu as expliqué que la décision d’enregistrer ce concert au Godset de Kolding en octobre dernier avait été prise un peu rapidement en accord avec ton management et ton label. A priori, tu avais donc un peu de pression et tu as pourtant livré une prestation incroyable. Dans quel état d’esprit est-on dans ce genre de situation en montant sur scène, sachant que tout est enregistré ?

Une fois sur scène, la musique prend le dessus. J’ai suffisamment d’expérience pour avoir confiance en mon processus créatif et rester pleinement présente. Je suis parfaitement consciente de l’enjeu d’un enregistrement live, mais la pression, pour moi, a plutôt tendance à aiguiser les choses qu’à les bloquer. Je fais confiance au groupe, à l’énergie de la salle, et je me laisse aller. C’est la seule façon pour moi de réussir ! (Sourires)

– Pourtant, lorsqu’on ne le sait pas à l’écoute de l’album, on ne s’en rend absolument pas compte, bien au contraire. Est-ce que, justement, ce n’est pas une bonne manière pour se surpasser ?

Oui, je le crois. Il y a quelque chose de magique dans la spontanéité, et quand on n’a pas de filet, un instinct primitif se réveille. Il faut arrêter de se poser des questions et se laisser guider par ses sensations. Et c’est là que surviennent les meilleurs moments, ceux qu’on ne peut jamais prévoir.

– On sait que tes concerts sont toujours des moments forts et intenses. Et en tant qu’artiste, tu es bien sûr dans ton élément sur scène, mais éprouves-tu le même plaisir à sortir un album studio et un live, qui est le témoin d’un court moment ?

J’ai constaté qu’un album studio se construit au fil du temps… même en seulement dix jours, comme celui qu’il nous a fallu pour enregistrer « Borrowed Time » ! (Sourires) « Live in Denmark » est un véritable témoignage, un document qui raconte ce qui s’est passé dans cette salle, ce soir-là. Impossible de revenir en arrière et de corriger ce qui n’a pas fonctionné. Tout est capturé, y compris les imperfections, les moments spontanés, ces instants où la musique prend une dimension inattendue. J’aime les deux, mais pour des raisons différentes… (Sourires)

– Pour rester sur les albums live, tu n’en es pas à ton coup d’essai, puisque tu en as déjà sorti trois, si l’on prend en compte « Broken Down – Acoustic Sessions » en 2008. « Live In Denmark » retranscrit parfaitement toute ta force, mais aussi ta vulnérabilité. Est-ce que, finalement, la scène ne reste-t-elle pas le seul endroit où l’on ne peut pas tricher ? Ou l’on doit être absolument authentique, car ‘retoucher’ les albums comme on pouvait le faire il y a quelques années a complètement disparu ?

La scène a toujours été pour moi le lieu de l’authenticité. On ne peut pas tricher devant un public. Il ressent tout, et il est essentiel pour moi d’être pleinement présente et de laisser les chansons prendre vie sur le moment, et pas seulement de les interpréter. Certes, la technologie a transformé les possibilités en studio, mais je n’ai jamais été attiré par cette forme de perfection. Je veux que les gens entendent un être humain partager une expérience humaine.

– Si tu avais une certaine pression cette soirée-là, le disque quant à lui est d’une grande proximité et ton jeu d’une belle vivacité. Est-ce que le choix de la salle a aussi joué ? As-tu choisi un endroit pas trop grand pour développer cette communion et cette intimité aussi avec le public, qui était d’ailleurs particulièrement attentif ?

Je ressens toujours une forme d’intimité avec n’importe quel public, quelle que soit sa taille. C’est une forme d’authenticité essentielle. On ne peut pas se cacher derrière une mise en scène ou un spectacle, il faut juste la musique et les gens devant soi. Godset (la salle de la ville où a été enregistré l’album – NDR) était parfait pour ça. Le public était là, pleinement présent, et cela m’a apporté tout ce dont j’avais besoin ! (Sourires)

– Avec cette setlist savamment choisie, tu donnes aussi l’impression de beaucoup de certitudes sur ton jeu, sur ta voix et bien sûr tes compositions. Est-ce que ce sont des émotions qui peuvent être difficile à retrouver en studio par la suite, car c’est un contexte forcément très différent ?

C’est l’une des tensions centrales du métier d’artiste en studio. Ce qui se passe en live, c’est-à-dire la spontanéité, l’improvisation, cette volonté d’explorer des territoires inconnus, est très difficile à reproduire en studio. En studio, on est conscient du temps qui passe et des choix que l’on fait. Sur scène, on peut oublier tout ça ! Bien sûr, j’essaie de recréer cette ambiance en studio autant que possible. J’enregistre en live avec le groupe dès que c’est faisable. Et capturer cette énergie, c’est ce qui distingue un album comme « Live in Denmark ».

– En fin d’album, tu reprends « Sympathy For The Devil » des Rolling Stones et il prend une tout autre résonance avec ta voix. Qu’est-ce que ce tube a de particulier pour toi, car on te sent littéralement habitée dans son interprétation ?

C’est une chanson d’une profondeur magistrale ! La façon dont elle parcourt l’histoire de l’humanité et met en lumière notre penchant pour les ténèbres me touche toujours autant. Elle refuse de mentir. Elle affronte la douleur et le mal de front et continue de chanter. Quand je chante cette chanson, je ne me contente pas d’interpréter un classique des Rolling Stones. Je me laisse guider par les paroles. Je crois que le public le ressent parce que cela émane d’une expérience authentique, et non d’une simple imitation.

– Enfin, tu seras de retour en Europe au printemps pour une autre série de concerts. Est-ce qu’entre-temps, tu t’es un peu penchée sur la composition d’un nouvel album ? Et peut-on savoir si tu as déjà planifier quelque chose dans ce sens ?

J’écris sans cesse, je rassemble constamment de la matière. Est-ce que ça deviendra mon prochain album, ou autre chose ? Je ne peux pas encore le dire. Ce que je sais, c’est que chaque tournée m’apprend quelque chose sur ce qui touche le public, sur ce que je n’ai pas encore exprimé, sur la direction que prend ma musique. En ce moment, je suis impatiente de retrouver les publics allemands et suisses. C’est ce qui m’occupe l’esprit aujourd’hui. La nouvelle musique sortira quand elle sera prête ! (Sourires)

« Live In Denmark » de DANA FUCHS est disponible chez Ruf records.

Photos : Bobby Harlow (1), John Loreaux (2) et Merri Cyr (3).

Retrouvez aussi la chronique de son dernier album studio, « Borrowed Time » :

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Blues Rock Soul

Eliza Neals : l’émotion pure

Grâce encore à neuf titres solaires, ELIZA NEALS nous revient avec « Thunder In The House », un opus qui lui ressemble tellement et surtout qui l’a démarque aujourd’hui d’une scène Blues de plus en plus vaste. Sachant se faire très Rock, tout en laissant une empreinte Soul, notamment dans sa prestation vocale, l’Américaine se distingue de bien des manières, grâce aussi à des collaborations artistiques qui portent avec beaucoup d’élégance et de profondeur un songwriting personnel de plus en plus pertinent.

ELIZA NEALS

« Thunder In The House »

(E-H Records LLC)

Sur son disque précédent, « Colorcrimes », la chanteuse avait profité de sa tournée pour faire escale là où elle se produisait pour enregistrer, ce qu l’avait conduit à Nashville, dans le New-Jersey et bien sûr dans le Michigan. Née à Detroit, ELIZA NEALS est donc imprégnée de la culture Blues, Blues Rock et Soul de sa ville à laquelle ses origines arméniennes viennent s’ajouter pour former un mix original et assez unique. Sur « Thunder In The House », elle revient à Acacia Street, où elle a grandi en périphérique de la grande ville américaine.

Même si elle signe ici son treizième album, c’est surtout depuis « Black Crow Moan » (2020), puis « Badder To The Bone » (2022) et « Colorcrimes » (2024) qu’ELIZA NEALS s’est taillée une solide réputation de frontwoman, bien sûr, mais aussi de musicienne, compositrice et de productrice reconnue. Et son autre force réside dans un entourage de grande qualité, notamment son partenaire Michael Puwal, qui a œuvré avec Kenny Wayne Shepherd et Alberta James. Un duo de haut vol auquel viennent s’ajouter des musiciens aussi renommés que talentueux.

Toujours animée par ses thèmes de prédilection que sont la connexion entre chacun de nous, l’amour de l’humanité et de son prochain, ELIZA NEALS sait poser les mots sur ses compositions et et s’adapter avec brio à leurs thématiques. Entraînantes, plus enveloppantes et toujours très accrocheuses, les mélodies de ces nouveaux morceaux sont aussi réconfortants que résilients, avec pour seul guide une énergie très positive (« Speedy Beady », « Love Will », « Blues Bombspell », « Wicked Hear », « One Monkey »). Une fois encore, sa voix nous porte avec maestria.

Retrouvez l’interview accordée à l’occasion de la sortie de « Colorcrimes »…

et la chronique de son album « Badder To The Bone » :

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Hard Rock Hard'n Heavy Heavy metal Old School

Stainless : explosif

Electrisant et dynamique, ce premier opus de STAINLESS est une belle surprise en plus d’être une réussite complète. Aguerris depuis des années au sein de formations Metal underground aux Etats-Unis, ses membres affichent maîtrise et complémentarité, et l’ensemble donne un Hard’n Heavy convaincant. Compact et accessible, « Lady Of Lust & Steel » est aussi sensuel que rugueux et aussi assez surprenant dans sa démarche. Tranchant et vif, il est déjà l’un des plus pertinents de l’année.

STAINLESS

« Lady Of Lust & Steel »

(High Roller Records)

S’ils se présentent à cinq sur scène et sur le line-up officiel, c’est bel et bien à trois qu’a été enregistré « Lady Of Lust & Steel », premier album des Américains. Fondé dans l’Oregon en 2022, STAINLESS compte déjà un single et un EP à son actif et ce n’est pas un hasard si Larissa Cavacece (chant), Jamie Byrum (guitare, batterie, chant) et Clifton Martin (basse) se sont attelés en studio pour donner une suite à cette belle aventure. Très actuel dans sa production, c’est pourtant dans les années 80 et 90 que se nichent les références de ce premier long format.

Entre Heavy Metal et Hard Rock, le style de STAINLESS semble éviter les chapelles pour mieux profiter d’une liberté artistique totale. Si l’importance des guitares, tant au niveau des riffs que des solos est manifeste, le groupe possède en sa chanteuse un argument de poids. Puissante et profonde, la voix de Larissa Cavacece a ce côté brut et ce timbre légèrement rauque, qui en imposent. Solide sur les couplets, elle se montre très accrocheuse et fédératrice sur les refrains. Sans conteste, sa forte personnalité est le fil rouge de « Lady Of Lust & Steel », qu’elle guide.

Sur huit morceaux, STAINLESS offre un beau panel de ses inspirations, le tout délivré avec une énergie très live. Avec le concours de son guitariste, la frontwoman s’approprie les titres avec fougue dès l’entame avec « Restless An’ Ready », puis « Whorefrost » qui offre une dimension clairement Metal. Mélodique et musclé, le combo avance avec percussion et virtuosité. Rompu à l’exercice, il saisit l’auditeur pour ne plus le lâcher (« Danger In The Night », « Take A Listen Mama », « Rough Justice »). Un premier essai transformé avec classe.