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Blues Rock International

Ghalia Volt : une force de caractère [Interview]

Alors que la Bruxelloise, désormais basée à la Nouvelle Orléans, sort son sixième album, c’est depuis le Montana, au cœur des montagnes, où elle allait se produire qu’elle a répondu à quelques questions. La chanteuse et guitariste est encore et toujours sur la route, bouge de concert en concert, avec une envie viscérale de jouer son Blues si varié et incandescent. Avec « Burn The House Down », elle a changé de producteur, histoire d’avoir un regard neuf et différent sur sa musique et ce nouvel opus offre une fois encore une vision nouvelle de son style si insaisissable. D’ailleurs, ce caractère bien trempé se reflète et se révèle dans un Blues Rock vaste, qui trouve son unité dans une multitude de sonorités guidée par une slide sauvage toujours très identifiable. GHALIA VOLT avance avec une rare authenticité et une spontanéité de chaque instant. Entretien avec une passionnée de musique, qui fait fi des barrières et des frontières pour jouer ‘son’ Blues le plus naturellement possible.

– Cela fait un peu plus d’une décennie que tu es aux Etats-Unis et tu es devenue l’une des figures incontournables de la musique roots contemporaine. Est-ce exactement ce vers quoi tu te projetais en arrivant ?

C’est vrai que ça fait plus d’une décennie que je suis ici et je ne suis pas quelqu’un qui planifie les choses, en fait. En arrivant aux Etats-Unis, je n’avais pas l’intention d’y habiter ou même de démarrer une carrière, non plus. Tout a été très spontané et c’est à travers la passion d’une jeune adulte que j’en suis arrivée là. Cela s’est fait au fur et à mesure en me rendant compte que tout pouvait finalement se faire. Au final, j’ai enregistré en Belgique, mais je me suis dit pourquoi ne pas le faire aux Etats-Unis, puisque j’avais les contacts, les connaissances qu’il fallait, ainsi que le groupe. Et ensuite, j’ai déménagé à la Nouvelle Orléans, car cela faisait déjà trois ans que j’y vivais.

– Notre dernière interview date de cinq ans. C’était à la sortie de « One Woman Band », où tu étais seule aux commandes. Que gardes-tu aujourd’hui de cette expérience ? J’imagine qu’elle a été riche en enseignements…

«One Woman Band » est effectivement une expérience qui a changé ma vie. Même si c’est énormément de travail, beaucoup plus que de faire partie d’un groupe car il faut s’occuper de tout, y compris de la logistique, cela a été une expérience enrichissante durant laquelle j’ai beaucoup appris. Ça donne aussi beaucoup de liberté et ça m’a permis de m’améliorer à de nombreux niveaux. Et une fois que j’ai commencé en ‘one woman band’, le Covid est arrivé et je n’ai plus rejoué dans les clubs locaux de la Nouvelle Orléans six fois par semaine comme avant. Ça n’a plus été que de la route et des voyages. Et je le dois à cet album et à cette aventure-là.

– D’ailleurs, depuis tu joues avec assez peu de musiciens dans ton groupe. Es-ce que c’est une façon de conserver cette sonorité brute et authentique que tu avais obtenu seule, ou plus simplement parce que tes compositions ne sont pas forcément destinées à des formations plus importantes ?

Il y a deux réponses à ta question. La première, c’est qu’aujourd’hui avec l’inflation et tout ce qui va avec, il il est très difficile d’avoir un groupe sur la route en raison du prix de l’essence, des hôtels, des voyages, des avions, etc… C’est vraiment très dur de tourner avec plus d’un trio. Après, effectivement, j’aime la musique originale, authentique, pure et pas forcément super-produite. Donc, je préfère quand elle a un côté plus roots et plus organique. Et le trio est parfait pour ça. Maintenant, comme on dit ici, c’est plus un ‘average trio’ qu’un power trio. Par exemple, il n’y a pas de basse dans le trio avec lequel je tourne. Pour l’album, c’est différent, mais sur la route je tourne avec un claviériste et un batteur. Et puis, tu sais, il y a tellement de groupes de nos jours et tout le monde fait à peu près la même chose. Donc, c’est plus facile de se démarquer et de s’amuser avec un projet différent. C’est l’idée du live avec le claviériste qui joue de la basse avec la main gauche, ce qui permet d’avoir deux solistes qui peuvent aussi assumer la partie rythmique. Personnellement, c’est ce qui m’attire le plus pour la guitare, car je peux me concentrer sur la slide, le groove et les licks (enchaînement d’accords – NDR). Et tout ça marche très bien ! En ce qui concerne l’enregistrement, j’ai laissé faire JD Simo (producteur et guitariste – NDR), qui a invité des musiciens hors-pair à jouer dans le groupe. Il y avait donc Chris Powell à la batterie et Brian Allen à la basse, qui sont vraiment incroyables. Ils sentent vraiment la musique et ils se laissent emporter de manière très naturelle et très spontanée pour créer quelque chose d’organique. C’est vraiment comme ça que je conçois la musique.

– Avant de parler de « Burn The House Down », j’aimerais que l’on revienne sur « Shout Sister Shout ! », sorti il y a trois ans, enregistré dans le désert de Mojave et qui était une sorte de manifeste féministe. Est-ce que tu dirais que c’était un album nécessaire au point de vue de son contenu, et est-ce que malgré une présence des femmes plus importante dans le Blues, les choses ont suffisamment évolué, selon toi ?

Non, pour moi, « Shout Sister Shout ! » n’était absolument pas un manifeste féministe, mais plutôt une façon de dire aux femmes de plus s’affirmer. Par exemple, si on me demande si je veux jouer dans un festival de Blues qui s’appelle le ‘Chicken Blues’, je dis non parce que le contraire n’existe pas. Je trouve que faire une différence et de nous mettre dans une catégorie n’est pas normal. Tu vois, quand on dit qu’il y a un style qui s’appelle le ‘Female Blues’, ça me révolte ! Il n’y a pas de ‘Male Blues’ ! Et puis, quand je vois les algorithmes sur Internet comment Spotify, qui agence les différents groupes où toutes les femmes se succèdent : ça me révolte ! Personnellement, je ne suis pas du tout féministe, mais j’ai suffisamment confiance en moi en tant que femme pour réclamer l’égalité des sexes. Je n’ai pas l’impression d’être moins capable ou d’être choisie pour certaines choses, car je n’aime pas ce traitement. Je vais de l’avant !

– Pour ce sixième album, tu es allée à Nashville et, après David Catching, c’est JD Simo qui reprend le rôle de producteur et guitariste. Cette double casquette est-elle importante pour toi ? Et est-ce que la connexion vers l’authenticité de ton Blues passe aussi par cette complicité artistique ?

Absolument, car on choisit un producteur pour sa vision. Il faut avoir confiance, apprécier et admirer la personne avec qui on travaille. Et cela a vraiment été le cas avec JD Simo. C’est assez dur finalement d’abandonner le contrôle de son art, de ses pensées et de son raisonnement pour les laisser à quelqu’un d’autre. Après, bien sûr que j’avais un avis sur tout, mais il faut savoir s’ouvrir à ceux des autres et à leurs recommandations. Mon intérêt ici était de revenir à un Blues plus roots et plus alternatif. Il a vraiment vu ça en moi et cela a été plus facile de le faire ressortir finalement. Il n’a pas cherché à faire quelque chose d’autre, mais plutôt de mettre en avant les qualités qu’il a vu en moi. Il m’a beaucoup soutenu en studio. Je voulais vraiment axer l’album sur la slide sur presque toutes les chansons. Il en joue d’ailleurs aussi sur deux titres : « Let Your Hair Down » et « Burn The House Down ». Là aussi, c’est important de rester en retrait, car on apprend beaucoup. Le but n’était pas qu’il me montre ce qu’il savait faire, car il n’a rien à prouver ! (Sourires) L’idée était juste de soutenir la rythmique, les mélodies des chansons et la création plus largement. Et c’était bien sûr différent sur chacune d’entre-elles.

– Avec ces très belles parties de slide, « Burn The House Down » reste assez épuré et toujours très spontané. As-tu besoin de te mettre dans des conditions d’urgence pour obtenir le meilleur ? Rappelons que l’album a été enregistré en conditions live lors d’une session de deux jours…

Pour être précise, la session live a duré deux jours avec les quatre musiciens, tous ensemble en studio. Ensuite, il y a des overdubs sur les voix, car la prononciation est quelque chose de très important pour moi. J’ai envie que les gens comprennent bien les paroles et il y en a d’autres que j’ai aussi refaites. Donc, l’ensemble a duré quatre/cinq jours. Mais l’urgence n’était pas vraiment là, parce que j’avais vraiment travaillé ces chansons pendant des mois. On a apprécié la spontanéité et la création en studio, car il y a toujours des choses qui arrivent naturellement. Donc, il n’y avait pas vraiment d’urgence. Après, quand tu as quelqu’un comme JD Simo qui prône l’aspect réel de la musique, on a souvent utilisé la première ou la deuxième prise. Mais on aurait pu en faire plein d’autres. J’ai du lui faire confiance et cela a été un travail très dur à faire sur moi-même pour lui accorder ma confiance. Mais non, nous n’étions pas dans l’urgence.

– Comme toujours, il, y a un beau brassage de genres, qui définissent d’ailleurs ton style. On y retrouve du Shuffle, du Hill Country, des ambiances funky, flamenco et Southern et le tout avec un attitude très Garage. Et il y a « Let Yo Hair Down », où tu laisse s’échapper quelques phrases en français. Est-ce un simple clin d’oeil à ta Belgique natale, ou y a-t-il aussi un brin de nostalgie ?

Bien sûr et bien vu ! C’est vrai que dans « Let Your Hair Down », il y a un clin d’oeil à la Belgique, à la France et à l’Europe. Je ne l’avais jamais fait, ça m’a beaucoup plus et je m’y intéresse d’avantage. Pas dans l’optique d’en faire une chanson entière, mais plutôt un mélange. Je pensais aussi faire quelques paroles en espagnol mais finalement, ça ne s’est pas fait. Mais surtout, ce que j’aimerais dire c’est qu’il y a quelque chose qui m’horripile dans l’industrie musicale : ce sont les genres ! Cela pose des limites en essayant de faire partie d’un genre, car tu ne touches qu’un peu de ton public au final. Pour moi, le terme ‘style de musique’ ne devrait même pas exister. Tout ce que j’écoute, je le vois plutôt comme une boîte à outils où tu vas piocher naturellement. Donc, tous ces styles musique viennent simplement à moi sans mettre de nom dessus. Par exemple, les gammes flamenco, je les ai en tête, on fait du Blues et tout à coup, ça sonne Reggae. C’est très naturel. Que ce soit le côté funky, le Hill Country Blues, tout ça est en moi comme les Doors ou le Garage Punk avec les Cramps. Tout ça fait partie de mon bagage, ça ressort naturellement et j’adore ça ! Et c’est la même chose pour le côté vestimentaire sur scène avec le groupe, je n’ai pas nécessairement envie de ressembler à tel ou tel style. Tout ça reste très naturel pour moi.

– Enfin, au regard de ta discographie, ton Blues est aussi intemporel qu’universel. Est-ce quelque chose d’inconscient que de vouloir embrasser autant de courants, ou est-ce aussi une sorte de quête du Blues ultime ?

Pourquoi tu ne parles pas de style musical ? Moi, je n’ai jamais dit que je jouais du Blues ! (Rires) J’écoute beaucoup de Blues, mais qu’est-ce que c’est finalement ? Quand les gens disent qu’il n’aiment pas le Blues ou que c’est ennuyeux, je me dis de quel Blues parlent-ils ? Il y a le Delta, le Chicago, le Texas, le Hill Country, le Saint Louis, le Memphis et aussi la Soul. Tu vois, il y a tellement de courants dans un genre de musique. Et après, tout change en fonction des années, du son et des régions. Et les lieux ont aussi une influence sur les paroles, tout comme l’époque. Donc mettre une étiquette sur tout ça n’est pas mon truc. Il n’y a pas de quête de Blues ultime, mais plutôt une quête d’authenticité et de naturel. Je ne me force pas à faire quelque chose ou à être quelqu’un que je ne suis pas. Je ne fais pas ça non plus pour l’argent ou la gloire. Je veux faire quelque chose de vrai. Je suis moi-même, je partage des sentiments, des grooves, des émotions et des intentions. Et c’est tout ça qui ressort de ma musique. Et si elle plaît, tant mieux, car si je devais être quelqu’un d’autre sur scène, je pourrais alors aller travailler en cuisine ou ailleurs. Mais ce n’est pas le but. J’aime l’idée d’être intemporelle et universelle, je te remercie.

Le nouvel album de GHALIA VOLT, « Burn The House Down », est disponible chez Ruf Records.

Photos : Alexis Interiano (1, 2), Gilles Gauthier (3) et Doug Hardesty (4).

Retrouvez aussi la chroniques de son album précédent et l’interview accordée à l’occasion de la sortie de « One Woman Band » :

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Blues Rock

Samantha Fish : born for the stage

La pétillante SAMANTHA FISH passe tellement de temps sur scène qu’il fallait bien qu’elle en garde un trace. Avec « Paper Doll Live », c’est enfin chose faite… et pas à moitié ! La frontwoman y retrace sa belle carrière à travers 16 morceaux triés sur le volet, même si sa dernière production se taille la part du lion. Et on ne s’en plaindra pas. Son chant est passionné et son jeu de guitare tout simplement ébouriffant et renversant ! L’Américaine donne un aperçu magistral de ses incroyables performances.

SAMANTHA FISH

« Paper Doll Live »

(Rounder Records)

Un peu plus créative sur chacun de ses neuf albums studio et réputée pour la qualité et l’explosivité de ses prestations scéniques, SAMANTHA FISH s’est forgée une solide réputation au point de devenir aujourd’hui une figure incontournable de la scène Blues Rock internationale. Il manquait cependant un témoignage live à sa belle discographie. Surfant sur le succès et la puissance de son dernier opus en date, « Paper Doll », c’est lors de cette tournée qu’elle a enregistré son premier disque en public et pas n’importe où.

Parmi les 250 concerts environ qu’elle donne par an, celui offert dans l’historique Bijou Theatre de Knoxville dans le Tennessee a retenu l’attention de la musicienne. Il faut dire que toutes les conditions étaient réunies : une salle pleine à craquer, un groupe dans une forme éclatante et la présence de The McCrary Sisters, génial ensemble Gospel de Nashville. Et au milieu brille SAMANTHA FISH. Histoire de donner du grain à moudre aux puristes, c’est avec « Kick Out The Jams » des MC5 qu’elle ouvre le bal, comme sur sa tournée avec Jesse Dayton.

Alors qu’il s’étend sur 16 morceaux, soit 1h20, « Paper Doll Live » fait bien sûr la part belle au dernier opus de SAMANTHA FISH avec pas moins de huit morceaux sur neuf. La musicienne de Kansas City fait le show, alternant des passages tout en émotion avec des moments qui confirment sa faculté à déferler comme un ouragan avec des chansons d’une énergie phénoménale. Sur la setlist figurent aussi « Bulletproof », « Poor Black Mattie » de R.L. Burnside, « Black Wind Howlin’ » et le brûlant « I Put A Spell On You » de Screamin’ Jay Hawkins. Un live d’anthologie !

Photo : Doug Hardesty

Retrouvez les deux interviews accordées au site :

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Hard 70's Heavy Stoner International

Mandy Manala : another way for another world [Interview]

Il reste encore aujourd’hui des groupes qui parviennent dès leur premier album à captiver et à fasciner. Comme si celui-ci avait déjà réussi à saisir l’essence de son jeu, de son écriture et du son qu’il souhaite développer dès son coup d’essai. C’est un peu le cas avec MANDY MANALA, dont le premier album éponyme semblait d’une telle évidence dans son contenu. Avec « Something Wicked », les Finlandais poursuivent et entretiennent cette dynamique, grâce une chanteuse magnétique soutenue avec brio par des musiciens qui font corps à travers un concept occulte d’une rare vitalité, naviguant entre un Stoner exalté, un Heavy Rock saisissant et une touche de Hard 70’s, qui prend ici toute sa dimension. Kenneth Norrlin, bassiste, compositeur et producteur du quintet revient sur la démarche et la vision artistique autant qu’imaginaire de sa musique.

– Tout d’abord, j’ai envie de vous demander qui ou qu’est-ce qui est ‘Wicked’ pour vous ? Est-ce un constat sur notre société, ou plus simplement un terme artistique lié à ce nouvel album ?

MANDY est la méchante. Elle symbolise la douleur et l’agonie. Quand j’écris des chansons, je dépose toute ma souffrance et ma tristesse sur ses épaules. Elle est cet être que j’ai créé, celui à qui je peux confier tous mes sentiments négatifs. Ma confidente, mon bouc émissaire, en quelque sorte. Mais MANDY peut représenter autre chose pour quelqu’un d’autre. Elle est ce dont vous avez besoin.

– Avant de parler de « Something Wicked », j’aimerais que l’on revienne sur votre premier album éponyme, qui était d’une incroyable maturité musicale. Et il y a d’ailleurs un côté très naturel dans votre évolution. Aviez-vous déjà en tête le style et aussi le son de MANDY MANALA au moment de la composition de vos premiers morceaux ?

Merci pour le compliment. Pour répondre à ta question, eh bien oui, on y a réfléchi et on l’a imaginé avant même de jouer la première note. Personnellement, j’en avais marre, et j’en ai toujours marre, du son du Metal moderne. Je le trouve trop clinique. Bien sûr, il y a des exceptions, mais en gros, toutes les pistes de guitare et de batterie se ressemblent actuellement, tandis que tous les groupes de Stoner semblent courir après le ‘son de guitare diabolique parfait’, au détriment du reste de la composition. Je voulais aller à contre-courant et créer quelque chose avec des amplis Old School, une batterie authentique et de bonnes compositions et plein de riffs accrocheurs. C’était ma vision dès le départ et je suis très fier de dire qu’on s’y est tenus. Bien sûr, dans un groupe, la vision évolue un peu quand les autres l’interprètent et apportent leurs idées. Mais c’est justement ce qui fait la beauté d’un groupe : la contribution de chacun. C’est alors que l’art de la composition musicale commence véritablement à s’épanouir.

– Justement, après un tel premier album, aviez-vous, ou vous êtes-vous mis, une pression supplémentaire ? Le deuxième est toujours un palier important et quelque chose d’attendu aussi…

Nous ne mesurons pas notre musique à l’aune du succès. Nous ne cherchons pas à devenir des stars du Rock, ni à faire carrière dans la musique. Nous ferions la même musique même si tout le monde détestait ce que nous faisons. Le succès ou l’échec m’importe peu. Il n’y avait donc aucune pression. Nous avons enregistré le deuxième album une semaine après la sortie du premier. Nous n’avons même pas eu le temps de lire les critiques, ni de réagir aux avis des autres, ce que je considère comme une bonne chose. Bien sûr, nous sentions que nous avions créé quelque chose de spécial après l’enregistrement du premier album. Mais ce sentiment serait resté le même même si tout le monde l’avait détesté. Rien ne peut altérer le processus créatif que nous vivons ensemble en tant que groupe lorsque nous composons.

– Par rapport au premier album, « Something Wicked » est plus sombre et l’aspect occulte et mystique est mis plus en avant également. Est-ce un thème, ou l’une de vos facettes, que vous n’aviez pas voulu dévoiler de trop sur « Mandy Manala » ?

Le personnage de MANDY se nourrit de la souffrance des autres, et son histoire se dévoile à mesure que le monde s’assombrit. Nous l’acceptons telle qu’elle vient. A la fin de « Something Wicked », nous racontons comment MANDY est brûlée comme sorcière et nous continuerons à développer cet aspect par la suite.

– D’ailleurs, j’aimerais qu’on parle de votre morceau « Psalm 77 :7 », dont l’introduction m’a immédiatement fait penser à Coven. Même si ce n’est pas votre génération, le groupe a-t-il eu une influence sur MANDY MANALA, ou est-ce que vos références sont plus actuelles ?

L’intro de « Psalm 77:7 » reprend les derniers vers de « L’Enfer » de Dante (prononcés avec la meilleure imitation de Nic Cage que je puisse faire), ce qui m’a beaucoup inspiré pour la composition de cet album. Bien sûr, nous sommes influencés par Coven. Mais il est plus complexe de citer simplement différents artistes comme influences. J’aime à penser que l’art imite davantage la vie que les artistes n’imitent d’autres artistes. Cela dit, je décris parfois MANDY MANALA comme une version de Fleetwood Mac, qui aurait sombré dans l’occultisme et se serait retrouvé à jouer aux échecs avec la mort dans un film d’Ingmar Bergman. N’est-ce pas là une description qui nous correspond aussi, à Coven et à nous-mêmes, à la fois comme imitateurs d’autres artistes et comme imitateurs de la vie elle-même ?

– « Something Wicked » est aussi plus profond dans sa réalisation malgré une dynamique très forte, et MANDA MANALA a aussi pris beaucoup de volume. La production a-t-elle pris plus d’importance sur ce nouvel album ?

Pas vraiment. Quand on décide que je serai le producteur de l’album, je laisse les chansons me guider dès le début. Je ne décide pas que ‘la production sera plus ambitieuse, plus claire, plus compacte’, ou quoi que ce soit de ce genre. Je fais ce que je juge nécessaire pour que la chanson prenne toute sa dimension. Et chacun fait de son mieux pour la ressentir et lui rendre justice.

– Pour qui ne connaîtrait pas votre premier album, vous avez donné une suite à « The Dark Passanger ». Que représente cette chanson pour le groupe, et aviez-vous un sentiment d’inachevé au point de faire durer le plaisir ?

Nous sentions simplement que l’histoire avait un potentiel de suite. Le cerveau reptilien est incontrôlable en cas de faim ou de stress, et il peut parfois prendre le dessus sur notre raisonnement logique. Et si ce cerveau reptilien prenait le contrôle à jamais, nous faisant réagir constamment sous l’impulsion de nos instincts primitifs ? Dans la deuxième partie, il devient évident que la boucle est bouclée et que la ‘victime’ se prépare à vivre avec cette réalité.

– Enfin, MANDY MANALA joue beaucoup sur les contrastes. Il y a la profondeur et la vélocité d’un côté, ainsi qu’un côté vintage mêlé à un Heavy Rock très actuel de l’autre. Est-ce que ce sont tous ces mélanges qui créent finalement votre identité première ?

Oui, probablement. Notre identité première serait d’écrire des chansons et des albums que nous aurions envie d’écouter nous-mêmes, pour nous amuser et nous évader un instant de la dure réalité. Je crois que c’est tout simplement ça….

Le nouvel album de MANDY MANALA, « Something Wicked », est disponible chez Argonauta Records.

Retrouvez aussi la chronique du premier album du groupe :

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Alternative Metal post-Rock

A.A. Williams : l’alignement des genres

Avec « Solstice », la Londonienne vient s’inscrire parmi les artistes les plus créatives de sa génération. Si elle est souvent affiliée à la tendance Alternative Metal, son champ d’investigation est bien plus large. De formation classique, elle insuffle à ses compositions des éléments qui dépassent largement le genre et l’aspect cinématographique élève autant la teneur de ses textes que l’ambiance de ce nouvel opus. Inclassable et pertinente.

A.A. WILLIAMS

« Solstice »

(Reigning Phoenix Music)

Malgré son apparition assez récente sur la scène européenne, A.A. WILLIAMS n’a pas mis longtemps à se faire un nom. Dès 2019 avec un EP éponyme aux sonorités acoustiques, l’Anglaise marque les esprits. « Forever Blue » (2020) et « As The Moon Rest » (2022) ont confirmé l’originalité de l’artiste, dont les prestations scéniques ont conquis de plus en plus d’adeptes. Il faut dire que son style à mi-chemin entre post-Rock, Metal et musique classique a de quoi séduire bien au-delà des habituelles chapelles musicales. Un style affirmé !

Mais il n’y a pas que cette touche avant-gardiste qui attire chez elle. Au chant, au piano, à la guitare ou au violoncelle, A.A. WILLIAMS envoûte et électrise. Avec « Solstice », son troisième album, elle franchit un nouveau cap et la production signée Matt de Burgh Daly offre un relief supplémentaire à ses compositions, lui qui officie par ailleurs à la guitare, à la basse et à la batterie. Et le line-up est complété, toujours derrière les fûts, par Wayne Proctor. Précis et d’une élégance rare, le trio impressionne autant par sa finesse que sa puissance.

Si l’on peut faire un rapide parallèle avec l’Américaine Chelsea Wolfe dans le traitement des atmosphères, il faut reconnaître à A.A. WILLIAMS la conception d’un univers très personnel. Intimiste et souvent hypnotique, elle atteint des profondeurs froides et mélancoliques, où sa voix cristalline transcende les émotions entre deux déflagrations. La Britannique bouscule les codes en faisant le lien entre des passages Metal sauvages qui viennent se fondre dans son post-Rock avec une sensation gothique étonnante (« Poison », « Outlines », « Breathe »). Incontournable.

Photo : Jake Owens

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Hard Rock Sleaze

Too Hot For Leather : ready to rock

D’une vitalité franchement réjouissante, cela fait maintenant deux ans que TOO HOT FOR LEATHER a émergé de la cité de la Country Music à grand renfort de solides guitares et sur un rythme effréné. Massif et mélodique, « Superhero Wannabes! » nous emporte dans un tourbillon globalement Hard Rock, mais aux multiples variables. Guidé par son intenable chanteuse, le combo se présente avec un nouveau format court, auquel il est bien difficile de résister.

TOO HOT FOR LEATHER

« Superhero Wannabes! »

(Independant)

Enjouée et hyper-Rock’n’Roll, l’aventure du quatuor a réellement commencé en juillet 2024, date à laquelle il a présenté son tout premier single, « Show Me What You’ve Got », un titre entêtant et ravageur. Originaire de Nashville, TOO HOT FOR LEATHER fait partie de cette nouvelle génération qui distille sa musique au compte goutte sur les plateformes, et qui semble peu préoccupée par le fait de sortir un album. Avec « Superhero Wannabes! », c’est donc un EP qu’il propose, lequel inclut d’ailleurs « Beef Stew » et « Doubt », sortis précédemment.

Héritier direct de la scène Hard Rock et Sleaze américaine, et avec un soupçon Punk Rock californien dans l’énergie et l’attitude, le groupe laisse paraître une sensation de légèreté en contraste avec la puissance affichée. TOO HOT FOR LEATHER s’amuse et distille sa bonne humeur à travers des riffs musclés, une rythmique percutante et sa frontwoman porte le tout avec une certaine désinvolture, mais aussi beaucoup de sérieux. Car, les sept chansons de cet EP, le deuxième, sont très en place et l’excellente production ne doit rien au hasard, non plus.

Sur une petite demi-heure, la formation du Tennessee se fait vraiment plaisir et l’aspect très dansant et festif de son Rock est un véritable remède à la morosité. A la fois envoûtante, magnétique et fédératrice, Shannon Sperl se montre irrésistible et surprend même par sa large palette vocale, comme sur la ballade piano-voix, « Father’s Daughter », qui clot « Superhero Wannabes! ». Littéralement taillé pour la scène, le répertoire de TOO HOT FOR LEATHER devient vite addictif (« Super Hero », « Kid Again », « All Talk »). Le Rock est plus vivant que jamais !

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Americana Blues Blues Rock

Gráinne Duffy : bluesy shamrock

Groovy et spontanée, cette nouvelle réalisation de GRÁINNE DUFFY vient confirmer l’étendue de son talent, tout en se distinguant de son prédécesseur « Dirt Woman Blues », sorti il y a trois ans et pour lequel elle s’était livrée au site. Avec « What Am I Supposed To Do », elle joue la carte de la diversité avec la classe naturelle qu’on lui connaît. Blues Rock, mais pas seulement, ses performances vocales et guitaristiques sont assurées et virtuoses et ses nouvelles compositions ont déjà des allures de classique.

GRÁINNE DUFFY

« What Am I Supposed To Do »

(Independant)

C’est depuis le comté de Monaghan où elle est née et a grandi que GRÁINNE DUFFY puise son inspiration. Ayant pris son envol en 2007 avec « Out Of The Dark », elle sort aujourd’hui son sixième album. Au fil des années, son Blues, mâtiné de Rock, de Soul, d’Americana auquel quelques saveurs Country et celtiques s’échappent délicatement, s’est affiné et surtout personnalisé. Avec « What Am I Supposed To Do », l’Irlandaise s’impose comme l’une des meilleures représentantes du genre dans son pays… et bien au-delà.

La musicienne est aussi retourné sous le soleil californien, à Los Angeles, au 64 Sound Studio sous la houlette de Justin Stanley et de Marc Ford à la production pour un résultat toujours aussi sincère et authentique. Analogique et chaleureuse, la musique de GRÁINNE DUFFY reste d’une grande liberté et se tient à distance des sorties actuelles. Farouche et audacieuse, la songwriter évolue dans une intemporalité constante entre respect des traditions et une approche moderne, tout en piochant à la fois dans l’héritage américain et dans sa culture européenne.

Toujours aussi bien entourée, les musiciens présents jouent, ou ont joué, avec John Mellencamp, Gov’t Mule, Blind Boys Of Alabama ou The Black Crowes, sans oublier son guitariste de mari Paul Sherry. C’est dire la qualité d’interprétation des chansons signées GRÁINNE DUFFY. Et la chanteuse et guitariste diffuse une énergie continue à travers des titres qui traversent le temps avec une émotion brute (« Early In The Morning », « Streets Of Love », « Tearing The Apart », « Got To Give It Up », le morceau-titre et « Need Your Love So Bad », immortalisé par Peter Green). Immanquable !

Photo : Barry McCall

Retrouvez aussi l’interview de GRÁINNE DUFFY à l’occasion de la sortie de « Dirt Woman Blues » :

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Heavy metal International

Leatherwitch : demonic Metal [Interview]

Rare femme à porter haut l’étendard d’un Heavy Metal traditionnel, Marta Gabriel poursuit son chemin avec une constance artistique, qui la rend assez unique. Après deux décennies passées à la tête de Crystal Viper, puis une embardée avec Moon Chamber et un album hommage de reprises dédié à celles qui l’ont influencé et sous son propre nom, la voici de retour avec LEATHERWITCH. Un nouveau chapitre s’ouvre donc, et même s’il ne trahit pas ses convictions musicales profondes, il apporte de la fraîcheur à un registre qu’elle maîtrise parfaitement. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si elle y joue tous les instruments. La Polonaise continue son aventure métallique avec « First Spell », un album véloce et puissant autour de ses thèmes de prédilection. Entretien avec une artiste multiple restée passionnée par le côté Old School d’un style, qui est loin d’avoir rendu son dernier souffle.

– Après presque 20 ans, tu as mis fin à l’aventure Crystal Viper l’an dernier avec l’ultime « The Live Quest ». Tout d’abord, qu’est-ce qui t’a le plus profondément marqué toutes ces années et est-ce qu’il y a malgré tout quelques regrets ?

Crystal Viper a occupé une place immense dans ma vie. J’avais 19 ans quand je l’ai fondé et il a été mon premier groupe de Heavy Metal sérieux, celui dont j’avais toujours rêvé. Au fil des années, nous avons sorti de nombreux albums, tourné dans différents pays, rencontré des gens incroyables et partagé des moments inoubliables sur scène. Pendant cette période, j’ai réalisé que la musique pouvait véritablement unir des personnes de cultures, d’horizons et de générations complètement différents. Bien sûr, il y a eu aussi des moments difficiles, tout long parcours comporte des hauts et des bas, mais je préfère sincèrement me concentrer sur le positif plutôt que sur les regrets. Chaque erreur a été une leçon, chaque année m’a permis de gagner en expérience musicale. Parfois, on sent simplement au fond de soi qu’une histoire a atteint sa fin naturelle et qu’il est temps d’aller de l’avant sur le plan créatif.

– On te retrouve donc avec LEATHERWITCH, projet où tu joues tous les instruments en dehors des solos de guitare que se partagent Giuseppe Taormina et Ginoir. Ton intention première n’a jamais été de reformer un groupe ? Tu souhaitais vraiment être seule aux commandes ?

Ce n’est pas que je veuille tout contrôler. C’est plutôt une nécessité créative, liée à ma façon de composer. Depuis des années, j’enregistre des démos entièrement seule avant de présenter les morceaux au groupe. Avec LEATHERWITCH, j’ai simplement poursuivi ce processus jusqu’à l’album final. Je n’avais pas à envoyer de fichiers audio aux autres musiciens, à préparer des pistes témoins, à attendre que tout le monde apprenne les morceaux, à organiser les plannings studio, etc… Dès qu’un morceau était composé, il existait sous une forme prête pour le mixage. Cela m’a fait gagner des semaines, voire des mois. De plus, pour la toute première fois, l’album que j’ai composé sonne exactement comme je l’avais en tête en l’écrivant. C’est une expérience formidable. Parallèlement, j’aime toujours autant travailler avec d’autres musiciens, surtout en concert. C’est pourquoi je ne vois pas LEATHERWITCH comme un isolement, mais plutôt comme une autre façon de créer de la musique.

– En 2021, tu avais réalisé « Metal Queen » en solo et qui était un album de reprises. Le considères-tu comme un disque un peu à part, car tu aurais aussi pu sortir « First Spell » sous ton nom ? C’était donc important de créer LEATHERWITCH pour distinguer tes différents projets ?

« Metal Queens » était un album hommage, un projet conceptuellement très spécifique. Parallèlement, je travaille actuellement sur un autre album solo sous le nom de Marta Gabriel, musicalement très différent de LEATHERWITCH. C’est pourquoi il est devenu essentiel pour moi de créer des identités distinctes pour chaque musique. Je n’aime pas tout mettre sous le même nom simplement parce que ça vient de la même personne. Chaque projet a sa propre atmosphère, son style et son identité visuelle. LEATHERWITCH crée immédiatement une ambiance particulière avant même d’entendre la musique. Je pense que les auditeurs apprécient aussi quand un artiste donne à chaque projet sa propre personnalité, plutôt que de mélanger des idées complètement différentes sous un seul nom. Cela pourrait prêter à confusion.

– Pour « First Spell », tu t’es entourée de personnes que tu connais très bien. Bart Gabriel a produit et masterisé l’album, qui a été masterisé par Olof Wikstrand. Avoir un entourage proche qui te mette en confiance t’a-t-il aussi offert plus de liberté dans la composition comme dans ton jeu ?

Absolument. La confiance est primordiale dans le processus créatif, surtout pour un album aussi personnel. Bart et moi collaborons depuis de nombreuses années, tant sur le plan musical que créatif en général. Il existe donc une compréhension naturelle entre nous. Il m’a apporté un soutien incroyable tout au long du projet. C’était la première fois que j’étais entièrement responsable de la prise de son, et Bart m’a beaucoup aidé. Par ailleurs, faire appel à Olof Wikstrand s’est avéré une excellente décision. J’apprécie beaucoup son approche du son : organique et puissante. Il a immédiatement saisi l’atmosphère que je souhaitais donner à l’album, sans chercher à la moderniser artificiellement ni à en altérer l’énergie brute.

– Sans être totalement Old School, le Heavy Metal proposé reste traditionnel, même s’il s’inscrit dans son époque. Selon toi, qu’est-ce qui distingue le plus LEATHERWITCH de tes groupes précédents, et notamment Crystal Viper, car tu es déjà très familière du genre ?

Je pense que la plus grande différence réside dans l’atmosphère émotionnelle générale et la spontanéité de l’album. LEATHERWITCH est plus sombre, plus personnel… Il y a aussi plus d’énergie, plus d’agressivité. Pour autant, je n’ai jamais voulu faire un album rétro. Je souhaitais que « First Spell » ait un esprit classique, mais qu’il soit créé avec des outils modernes et enregistré aujourd’hui, et non une imitation artificielle du passé. Autre différence importante : comme j’ai tout enregistré moi-même, l’album reflète mes sentiments de façon beaucoup plus directe. On a presque l’impression d’écouter mon processus créatif en direct, sans filtre.

– « First Spell » apparaît clairement comme ton album le plus personnel, notamment dans les textes et les thématiques. Est-ce que cela fait longtemps que tu mûris ces morceaux, et y a-t-il des choses que tu tenais absolument à éviter musicalement, ou au niveau de la production, pour offrir vraiment quelque chose de neuf ?

Certaines chansons sont nées très rapidement, presque instantanément. Parfois, j’entends une chanson presque complète dans ma tête et il ne me reste plus qu’à m’asseoir avec mes instruments et à l’enregistrer. D’autres ont évolué plus naturellement au fil du temps. Au niveau des paroles, cet album est sans aucun doute le plus personnel. Même lorsqu’il y a des éléments fantastiques ou d’horreur, des émotions bien réelles se cachent en dessous. « The New Beginning », par exemple, est très directement liée à la fin de Crystal Viper et au chaos émotionnel qui a marqué cette période de ma vie. Concernant la production, je voulais éviter le sur-traitement et une perfection artificielle. La technologie moderne permet très facilement d’éliminer toute émotion humaine de la musique. Je voulais que cet album reste vivant, organique et émotionnel. Parfois, les imperfections ont plus d’âme que la perfection technique.

– A une époque où beaucoup d’artistes prennent leur indépendance et s’autoproduisent, tu gardes le soutien de Listenable Records. C’est important pour toi d’avoir la confiance d’un label, ce qui ne t’oblige donc pas à créer ta propre structure ?

J’entretiens d’excellentes relations avec Listenable Records et poursuivre notre collaboration s’est fait tout naturellement. Ils ont d’ailleurs été les premiers à découvrir LEATHERWITCH et à écouter nos morceaux. Ce que j’apprécie le plus, c’est leur compréhension de la musique et leur respect de la liberté artistique. Ils n’ont jamais cherché à dénaturer l’identité de l’album, ni à l’orienter dans une autre direction. Aujourd’hui, c’est un atout précieux. Bien sûr, les artistes contemporains doivent souvent se débrouiller seuls, mais avoir un label de confiance à ses côtés représente un soutien important, notamment en matière de promotion et de distribution.

– Enfin, on connaît ton amour pour la scène et le contact avec tes fans. Alors, de qui sera constitué le LEATHERWITCH qui se produira en concert ?

Oui, le groupe est au complet et déjà prêt à en découdre ! Sur scène, je me concentrerai uniquement sur le chant. Même si j’ai enregistré tous les instruments sur l’album, je ne compte pas en jouer sur scène. Le travail en studio et la scène sont deux mondes bien différents. On va donc retrouver Giuseppe ‘Tiyris’ Taormina à la guitare, Blaze Grygiel à la basse et Toby Ventura à la batterie. La tournée est déjà annoncée, en tant qu’invité spécial de Fifth Angel, donc le public pourra très bientôt voir LEATHERWITCH en concert. J’ai vraiment hâte de présenter ces morceaux sur scène et de partager enfin ce nouveau chapitre avec le public. Vivement les concerts !

L’album de LEATHERWITCH, « First Spell », est disponible chez Listenable Records.

Photos : Bart Gabriel

Retrouvez aussi les chroniques de son album solo, « Metal Queens », et des deux derniers albums de Crystal Viper :

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Blues Soul

Samantha Martin & Delta Sugar : sunny souls

Rodée depuis plus de vingt dans les clubs de Toronto, SAMANTHA MARTIN s’est essayé à plusieurs formations avant de trouver la bonne formule avec le DELTA SUGAR, où elle manie à la fois l’élégance d’un Blues originel et d’une Soul vibrante dans un mix très contemporain aussi entraînant qu’émouvant. « A Beautiful Buzz » nous replonge dans une soirée, dont on devine aisément la magie et, entre titres originaux et quelques reprises bien senties, la blueswoman navigue entre douceur Southern et rythmiques actuelles, et entre puissance et virtuosité. Et rien ne vaut un témoignage live pour saisir pleinement le talent à l’état pur.

SAMANTHA MARTIN & DELTA SUGAR

« A Beautiful Buzz »

(Gypsy Soul Records/Bertus)

La Canadienne compte déjà cinq albums à son actif que ce soit en solo, avec The Haggard et avec Delta Sugar pour trois d’entre-eux. Le dernier en date, « The Reckless One » est sorti en 2020 et c’est lors de cette tournée, sur la côte ouest du pays, qu’a été capté « A beautiful Buzz ». Le 26 novembre 2022, SAMANTHA MARTIN & DELTA SUGAR a fait monter la température du théâtre Maple Ridge en Colombie Britannique d’un cran. Car, lorsqu’une formation de dix musiciens monte sur scène, ça chauffe et ça groove !

Alors qu’on aurait pu s’attendre à un nouvel effort studio, c’est avec ce live captivant que la chanteuse et son ‘Big Band’ confirment que la scène est leur jardin. Et d’ailleurs, le public ne s’y est pas trompé, se délectant de cette atmosphère bienveillante. Forcément, à l’époque, SAMANTHA MARTIN & DELTA SUGAR avait mis l’accent sur le dernier opus, dont on retrouve pas moins de cinq morceaux, en plus de trois reprises magnifiquement réarrangées de Buddy Miles, The Band et The Rolling Stones. Une setlist savoureuse et Soul à souhait.

Ancré dans la tradition et aux saveurs Gospel, le Blues du groupe se diffuse cependant via un spectre moderne que la chaleur des cuivres, les chœurs radieux et ce groove magnétique ne font qu’embellir. A onze à l’œuvre, SAMANTHA MARTIN & DELTA SUGAR ronronne et livre une performance où le moindre détail se fait saisissant. Quant au chant, difficile de ne pas tomber sous le charme d’une frontwoman aux capacités multiples et dont la voix un brin éraillée et puissante est incroyablement solaire. Un disque à écouter dans son entier !

Photo : Renan Yildizdogan

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Blues Rock Contemporary Blues

Jennifer Lyn & The Groove revival : l’intensité de la scène

Indépendante et inspirée, JENNIFER LYN est devenue une blueswoman qui compte dans le paysage musical actuel des Etats-Unis. Désormais basée dans le Dakota du Nord avec THE GROOVE REVIVAL, elle franchit de nouveaux caps et le Blues de sa formation passe de moments Rock musclés à des passages Soul avec une fluidité et une maîtrise rafraîchissantes. « Electric Eden » est l’album Live qui manquait à une déjà belle discographie très contemporaine, qui fait aussi le lien avec un héritage aux très nombreuses branches.

JENNIFER LYN & THE REVIVAL

« Electric Eden »

(J & L Collective)

Un an tout juste avec « Retrograde », son troisième album qui a vu se concrétiser une formidable collaboration avec Richard Torrance, son guitariste et co-auteur, JENNIFER LYN revient déjà avec « Electric Eden », qui se présente comme un témoignage scénique remarquable de ce groupe désormais soudé. THE GROOVE REVIVAL est plus jamais le bien-nommé, tant il porte haut un Blues Rock très contemporain, toujours mâtiné de Classic Rock, de Soul et de saveurs 70’s. L’exactitude du jeu et le feeling à l’œuvre font de ce Live un bel instant suspendu.

Aux côtés du duo, on retrouve Jim Anderson derrière les fûts, Barb Jiskra aux claviers et Nolyn Falcon à la basse et les cinq musiciens parviennent à transmettre au public tout le plaisir qu’ils ont à jouer ces neuf morceaux. Aujourd’hui plus encore, JENNIFER LYN & THE GROOVE REVIVAL est une machine bien huilée et cette prestation, faite d’émotion et tout en percussion, est d’une incroyable sensibilité. La connexion se fait autant sur scène que dans la salle et c’est très palpable. Le groupe comme les spectateurs surfent sur une même et électrisante énergie.

Forcément, « Retrograde » est bien représenté avec cinq chansons (« Light the Fire », « Sucker For The Pain », « Baggage », « ‘59 Cadillac » et « Refuge »). De plus en plus irrésistible vocalement, l’Américaine forme également un très bon tandem guitaristique avec Richard Torrance et leurs échanges sont à la fois complices et intenses. En ce sens, « Electric Eden » capture à merveille l’instantanéité de la performance live de JENNIFER LYN & THE GROOVE REVIVAL. Grâce à un songwriting créatif, l’interprétation du quintet est littéralement brillante.

Photo : Wyatt Ell

Retrouvez l’interview accordée par la chanteuse et guitariste à la sortie de « Retrograde » :

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Hard 70's International Proto-Metal

Lynx : a vintage claw [Interview]

Epanoui dans un registre 70’s, le style de LYNX peut paraître assez insaisissable. Ne reniant pas des références Hard Rock et proto-Metal, il y a également chez lui des élans progressifs et parfois même psychédéliques, qui offrent beaucoup de profondeur à ses compositions. Porté par une chanteuse et claviériste à la voix envoûtante, le quintet se présente avec un deuxième opus, « Trinity Of Suns », qui le voit encore évoluer dans son approche. Délicate, mais solide, la formation allemande n’a pas fait les choses à moitié et a opté pour un son organique, où le relief de ses morceaux prend toute son ampleur. Il aurait d’ailleurs été difficile de le concevoir autrement, tant l’authenticité sonore est liée à sa profondeur artistique. C’est l’un de ses fondateurs, le bassiste Phil Helm, qui revient sur l’évolution musicale et les changements de line-up qui ont émaillé le groupe entre ses deux albums.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais qu’on évoque le changement de line-up depuis « Watcher Of Skies » sorti en 2021. Il y a eu l’arrivée d’Amy Zine au chant et aux claviers et celle de Janni à la guitare et au chant. Quel orientation cela a-t-il provoqué, notamment au niveau au niveau de la composition de « Trinity Of Suns »?

C’est une excellente question. Amy figurait déjà sur « Watcher Of Skies » en tant que choriste. Elle était une amie proche du groupe avant même de le rejoindre officiellement, et nous étions ravis de sa participation à ces enregistrements. Comme « Watcher Of Skies » est sorti avant même notre premier concert, nous n’avons commencé à réfléchir qu’après coup à la manière de gérer les synthés en live à quatre. Tim et moi avons fini par partager ces parties, alternant constamment entre nos instruments principaux et les synthés. C’est vraiment à ce moment-là qu’est née l’idée d’ajouter un cinquième membre. Avec Amy, nous avons non seulement accueilli une claviériste, mais aussi une chanteuse incroyable qui s’est progressivement imposée comme la voix principale du groupe. Janni nous a rejoints à la fin de l’été 2025. A ce moment-là, l’album était déjà écrit, et nous avions convenu que Marvin enregistrerait les parties de guitare en studio. Nous souhaitions néanmoins que Janni participe, il a donc contribué aux parties vocales de l’album.

– « Trinity Of Suns » est très différent de son prédécesseur, notamment dans le style, mais aussi dans le fait que le chant soit dorénavant essentiellement féminin. Est-ce qu’avoir une chanteuse a été un tournant pour le groupe, et cela a-t-il été aussi l’opportunité d’y apporter une nouvelle vision ?

Pour nous, la transition entre « Watcher Of Skies » et « Trinity Of Suns » a été très naturelle, car le changement de voix s’est opéré progressivement sur plusieurs années. Mais pour quelqu’un qui écoute les deux albums à la suite, le changement de son peut paraître radical. Grâce à la voix d’Amy, nous avons pu nous concentrer davantage sur les lignes vocales et donner à l’ensemble une dimension plus émotionnelle. Notre objectif était de créer un lien sensible plus profond avec les auditeurs.

– Vos deux albums pourraient presque être ceux de deux groupes différents pour qui ne vous connaîtrait pas bien. Est-ce que vous avez le sentiment que LYNX vit un nouveau départ ?

Comme je te le disais, cela nous semble être une évolution très naturelle et cohérente. Nous avons peaufiné le son que nous avions commencé à développer sur « Watcher Of Skies » et nous avons essayé de donner aux morceaux une plus grande profondeur émotionnelle sur « Trinity Of Suns ». Mais nous n’avons jamais eu l’impression de repartir de zéro.

– D’ailleurs, lors de vos concerts, vos setlists représentent-elles vos deux albums ? Et de quelle manière Amy s’est-elle approprié les anciens morceaux ?

Alors que « Trinity Of The Suns » n’était pas encore sorti, nous jouions déjà des morceaux du prochain album en concert depuis un certain temps. Depuis peu, plus de la moitié de notre setlist est composée de nouveaux titres, tout simplement parce que nous avons une grande confiance en leur qualité. Et nous avions joué « Island Universe » pour la première fois en 2023 à Athènes, lors du festival ‘Up The Hammers’. Les anciens morceaux se marient particulièrement bien avec la voix d’Amy, ils gagnent en profondeur et prennent une nouvelle dimension.

– « Trinity Of Suns » a un son très organique et il me semble que vous l’avez d’ailleurs enregistré en analogique. Etant donné le style de LYNX, j’imagine que le choix vous a paru évident. Et il possède aussi une approche très live. Etait-ce essentiel pour vous de réunir ces deux conditions ?

Il était primordial pour nous que l’album sonne le plus organique possible. C’est pourquoi nous avons choisi de l’enregistrer au Fat & Holy Studio avec René Hofmann, réputé pour ses enregistrements live. Ce processus a donné aux morceaux une dynamique impossible à obtenir dans des conditions de studio classiques. Nous avons aussi passé la majeure partie de ce temps ensemble en studio, ce qui a vraiment renforcé notre cohésion et notre lien avec l’album. C’était presque comme un petit voyage scolaire avec LYNX ! (Sourires)

– Parlons du style de ce nouvel album, qui est moins Metal et beaucoup plus Psych Prog. L’esprit 70’s est très présent et les morceaux sont aussi plus longs. L’idée était-elle d’être plus Rock et surtout de travailler plus sur les atmosphères ?

On adore tous le Rock des années 70, avant que le Heavy Metal ne devienne ce qu’il est devenu. Des groupes comme Blue Öyster Cult, Genesis, Pink Floyd, Jefferson Airplane, Led Zeppelin et, bien sûr, Black Sabbath, nous ont beaucoup influencés. On voulait composer des morceaux plus longs, plus profonds et plus intenses. On aime tous les morceaux Rock courts, mais un titre de huit minutes qui vous emmène en voyage, c’était vraiment notre objectif. Honnêtement, on n’a pas cherché consciemment à sonner moins Heavy, mais c’est en partie comme ça que l’album a pris cette tournure, et c’est très bien comme ça. On connaît tous des albums qui nous touchent profondément, et c’est ce qu’on voulait obtenir avec notre musique.

– LYNX peut aussi compter sur ses deux guitaristes et ses deux claviéristes, ce qui laisse un champ d’action très vaste. Sur quel instrument vous basez-vous pour composer et de quelle manière trouvez-vous l’équilibre, même si la guitare domine les compostions ?

Amy est notre principale claviériste, même si Tim a aussi enregistré quelques parties en studio. Composer est toujours un travail d’équipe pour nous. Parfois, l’un d’entre nous propose une idée de base, mais nous développons toujours les morceaux ensemble, en groupe. Il est important pour nous que chaque instrument puisse s’exprimer pleinement. Par exemple, le morceau-titre est construit autour d’une section rythmique basse-batterie très solide.

– Enfin, « Trinity Of Suns » a vraiment tous les attributs d’un album-concept. Est-ce le cas et sur quelle thématique vous êtes-vous concentrés pour créer l’ensemble ?

Je suis ravi que tu le perçoives ainsi, et oui, dans une certaine mesure, c’était le but. Tout comme dans « Watcher Of Skies », notre protagoniste fictif est le lynx, que nous envoyons en voyage. Dans « Trinity Of Suns », il l’entreprend réellement et vit des aventures qui se transforment également en un voyage intérieur et émotionnel. Nous souhaitions raconter une histoire à laquelle chacun puisse s’identifier, tout en laissant suffisamment de place à l’interprétation pour que chacun puisse se la forger sa propre vision.

Le nouvel de LYNX, « Trinity Of Suns », est disponible chez Dying Victims Productions.