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Folk Metal International Musique traditionnelle

Theigns & Thralls : legends & tradition [Interview]

D’abord à la production du premier album de Skyclad en 1991, Kevin Ridley a intégré le groupe quelques années plus tard en tant que musicien, pour en être aujourd’hui le chanteur et principal compositeur. Toujours très prolifique, le Britannique a multiplié les projets, devant comme derrière la console, avant de constituer en 2022 THEIGNS & THRALLS. Toujours dans une lignée Folk Metal teinté de Rock, le groupe présente aujourd’hui un deuxième album, « The Keep and The Spire », où il explore un univers lié à l’Histoire et aux légendes de la période anglo-saxonne et viking de l’Angleterre. D’une authenticité toute médiévale autant que moderne, il détaille le projet de sa nouvelle formation et revient sur la conception de cette récente réalisation.    

– On a découvert THEIGNS & THRALLS il y a deux ans avec votre premier album éponyme. Au départ, il s’agissait d’un simple projet en marge de tes activités avec Skyclad et finalement, « The Keep And The Spire » sort aujourd’hui. Tu imaginais déjà l’aventure continuer ainsi à l’époque ?

Pas vraiment. Je pense que THEIGNS & THRALLS a dépassé toutes mes attentes. Au départ, j’avais prévu uniquement de faire quelques concerts avec des amis dans des pubs, etc… Mais le Covid a frappé et je me suis impliqué dans l’écriture et l’enregistrement de quelques chansons à la maison. Quand j’ai eu assez de matériel, j’ai pensé à le sortir moi-même, juste en ligne, via Bandcamp ou quelque chose comme ça. Mais ensuite, j’ai fait appel à une maison de disques et un groupe de tournée s’est constitué. Tout est parti de là.

– Tu avais déjà commencé l’écriture des morceaux de ce deuxième nouvel album au moment de la sortie du premier. C’était déjà pour THEIGNS & THRALLS, même peut-être inconsciemment, ou pour un autre projet solo, par exemple ?

Au moment où nous avons pu recommencer à nous produire en concert en 2022, j’avais déjà l’impression que le groupe jouait bien et que les choses semblaient très positives. Il m’a donc été facile de trouver une direction artistique et commencer à écrire des chansons destinées à THEIGNS & THRALLS. Cela a également été facilité par ma collaboration avec le parolier suédois Per Ablinsson.

– Les deux albums sont assez différents l’un de l’autre et « The Keep And The Spire » permet aussi de mieux cerner le groupe. Cette fois, il y a très peu de sonorités acoustiques et l’ambiance est aussi plus sombre. Est-ce que tu y vois tout de même une certaine continuité, ou l’idée était dès le départ de se distinguer du premier et d’élargir le spectre musical ?

Je pense qu’après avoir fait le premier album, j’avais encore quelques pistes à explorer, quelques chemins à suivre, pour ainsi dire. J’en ai parlé avec Per Ablinsson et j’ai eu l’idée de faire une série de chansons basées sur la période anglo-saxonne et viking de l’Angleterre. Cela a en quelque sorte donné le ton de l’album, car j’avais déjà commencé à écrire des chansons comme « The Harrowing » et « The Seeker ». Il ne semblait pas y avoir beaucoup de place pour des chansons plus ‘acoustiques’, ou traditionnelles, sur cet album. Cependant, il y a quelques courts interludes acoustiques et faire d’autres chansons dans cette veine n’est pas quelque chose que j’ai complètement exclu. Et nous avons ajouté quelques ‘chansons de fête’ comme « The Grape And The Grain » et « The Mermaid Tavern » pour équilibrer l’album. Dans l’ensemble, je pense qu’il y a une certaine continuité avec le premier, mais je pense que le nouveau est plus ciblé et constitue une certaine progression également.

– Cette fois, le line-up est également clairement défini. C’était quelque chose d’important aussi de poser de réelles et solides fondations à THEIGNS & THRALLS et d’en définir les contours pour avancer ?

Oui. Comme je te le disais, nous nous sommes réunis après l’enregistrement du premier album. Et nous nous sommes sentis vraiment à l’aise en travaillant ensemble et il nous a semblé tout à fait approprié de progresser sur le nouvel album en tant que groupe. En plus de la batterie, de la basse, des claviers et des guitares, pour poser les bases des chansons, nous avons pu également ajouter du violon, du violoncelle, de la mandoline, du bouzouki, des sifflets, etc… pour aider à compléter les arrangements. Nous n’avions pas vraiment besoin de plus de musiciens. Nous avons décidé d’en inclure tout de même quelques-uns, simplement pour ajouter des textures et des approches différentes. C’est principalement pour les instruments que nous ne jouons pas, comme la vielle à roue par exemple, mais aussi pour certains styles de guitares précis aussi.

– Tu es le principal compositeur du groupe et les paroles, comme souvent avec toi, ont une thématique qui touche l’Histoire et de vieux poèmes celtiques et vikings. Tu ne te vois pas œuvrer dans un autre univers ? Le monde et la société actuelle ne t’inspirent pas plus que ça, même s’il y a parfois quelques parallèles dans ce nouvel album ?

Comme le nom du groupe le suggère, je m’intéresse principalement à l’exploration des histoires anciennes, de la poésie, de la littérature, de la fiction historique, des chansons traditionnelles, etc… Il ne s’agit pas uniquement de l’époque celtique ou viking. Mais j’aime penser que je peux trouver des contes et des chansons, qui ont encore de la pertinence et qui trouvent un écho auprès des gens d’aujourd’hui. Je pense qu’il existe encore des situations et des problèmes similaires dans notre société et que l’Histoire a peut-être quelques leçons à nous donner.

– Comme on l’a dit, il y a essentiellement des sonorités et des atmosphères celtiques et nordiques chez THEIGNS & THRALLS et cela se traduit par un Folk Metal et Rock très intemporel. Etant donné la richesse du sujet à travers les légendes et l’Histoire, le registre paraît inépuisable. Est-ce que tu penses qu’on puisse encore aujourd’hui le moderniser et l’actualiser, notamment avec des textes neufs et inédits, au lieu de puiser dans le passé ?

Comme tu le dis, il existe une richesse ‘inépuisable’ de sources au niveau des chansons traditionnelles et des journaux, en passant par les légendes et les contes populaires, qui peuvent tous être racontés, ou réimaginés. Mais il existe également de nouvelles œuvres de fiction historique, qui peuvent nous inspirer et de nouvelles recherches peuvent aussi élargir notre compréhension de l’Histoire. Nous devrions considérer la tradition populaire comme étant vivante et pertinente pour les gens, même dans le monde moderne d’aujourd’hui.

– Revenons à l’album. S’il est vrai qu’il est plus sombre et plus ‘sérieux’ que le premier, « The Keep And The Spire » contient aussi des chansons festives et joyeuses. C’est important aussi pour toi qu’il y ait cet équilibre ?

Oui, je pense que c’est important. En fait, l’album devenait assez sombre et sérieux et l’un des membres du groupe a fait remarquer qu’il fallait peut-être alléger un peu les choses. J’avais donc depuis un certain temps l’idée d’une chanson sur la Taverne de la Sirène et j’ai décidé de la terminer, puis j’ai composé « The Grape And The Grain ». En plus de cela, j’avais déjà collaboré avec Korpiklanni sur la chanson « Interrogativa Cantilena », et nous avons décidé d’en faire notre propre version sur l’album. Je pense que ces morceaux ont contribué à donner un certain équilibre entre des ambiances.

– Même si le groupe a dorénavant un line-up fixe et établi, cela ne vous a pas empêché d’inclure aux morceaux une multitude d’instruments comme la mandoline, le bouzouki, le bodhran, la cornemuse, du violoncelle, … J’imagine que cela doit aussi compliquer le mix, et est-ce que la texture des chansons est quelque chose sur laquelle tu travailles plus particulièrement ?

Oui, le groupe peut fournir lui-même beaucoup d’éléments et j’adopte toujours une approche consistant à avoir une base d’instruments Rock/Metal habituels. Puis, j’ajoute des instruments Folk ou traditionnels pour jouer les mélodies et ajouter des harmonies. Il faut donc en tenir compte lors de l’écriture et lors de l’arrangement des chansons, et gérer au mieux les différentes tonalités pour laisser de l’espace aux choses. Cela conduit à des mixages compliqués, car il faut faire attention à ne pas en faire trop. Mais nous pensons que cela en vaut la peine, en particulier pour impliquer le plus grand nombre possible d’instruments et de musiciens et ne pas utiliser de claviers ou d’échantillons.

– Ce nouvel album affiche aussi une production très organique, ce qui le rend très proche et vivant, à l’instar de la musique celtique d’ailleurs. Est-ce à dire que le style de THEIGNS & THRALLS convient autant à un gros festival qu’à l’ambiance d’un pub ?

Oui, je pense que c’est le cas. Nous avons déjà participé à quelques festivals et à des concerts plus importants, ainsi que dans des pubs et à des petits clubs. Et cela fonctionne bien dans les deux cas. Evidemment, il est plus facile de créer une bonne ambiance de fête dans un pub, mais je pense que nous pourrons aussi étendre notre approche dans les festivals. Peut-être qu’en faisant appel à quelques invités et en faisant un peu plus de pré-production, les festivals vous offrent l’opportunité d’explorer des choses à plus grande échelle. C’est quelque chose que nous pouvons espérer réaliser à l’avenir.

– Enfin, car tu n’y échapperas pas, quelles sont les nouvelles de Skyclad ? « Forward Into The Past » date déjà de 2017. La reprise est-elle pour bientôt ?

Comme tu le sais sûrement, les membres de Skyclad ont participé à de nombreux projets ces dernières années, ce qui me donne aussi l’opportunité de faire cette interview pour THEIGNS & THRALLS. Mais nous avons quelques chansons en cours et des idées, et nous espérons nous réunir bientôt pour travailler sur un plan de composition et établir un calendrier pour un nouvel album.

Le nouvel album de THEIGNS & THRALLS, « The Keep And The Spire”, est disponible chez Rockshots Records.

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France Rock

Daran : l’itinérant [Interview]

Insatiable voyageur, c’est dans ce « Grand Hôtel Apocalypse » à l’atmosphère toujours aussi sincère et délicate que DARAN a posé ses valises pour un onzième et très attendu nouvel album, sept ans après « Endorphine ». Aussi discret que sa musique est d’une finesse rare, le musicien se livre sur de nouvelles chansons aux textes forts et aux mélodies limpides. De retour dans une formule en trio, c’est l’aspect Rock qui ressurgit à travers onze morceaux intemporels d’une grande clarté. L’occasion de parler de leur réalisation et de leur création entre la Bretagne, la Californie, Montréal et le Mexique.

– Avec « Grand Hôtel Apocalypse », tu fais un retour à un Rock assez épuré, peut-être pas aussi vigoureux qu’il y a quelques années, mais en tout cas plus électrique que tes derniers albums. Tu avais le besoin et l’envie de retrouver un style plus direct et plus relevé aussi ?

En fait, j’aime bien partir avec un tuyau. Je pense que de la contrainte naît souvent des choses intéressantes. Là, je me suis dit que l’idée de départ était le power trio, c’est-à-dire guitare-basse-batterie. Pas de pédales non plus, en direct sur les amplis et sans overdubs. En fait, un album qu’on peut amener sur scène sans toucher à rien. C’était le but. Quelque chose où l’on fait une balance de cinq minutes et ça marche dans un bar ou dans un stade… ou au Bar du Stade ! (Rires)

– Tu as enregistré l’album seul en studio, ce qui donne une production intime, dont on a l’habitude, et également très dynamique. « Grand Hôtel Apocalypse » a aussi été réalisé en peu de temps. Il te fallait une espèce état d’urgence pour capter aussi une certaine fraîcheur ?

L’autre partie de ma vie professionnelle est de faire de la production en studio pour les autres. Et puis, « Endorphine » datant d’avant le Covid, je ne concevais pas de faire d’album sans faire de la scène. Or, après la pandémie, les salles avaient déjà épongé tout ce qu’elles avaient mis de côté durant cette période et j’avais aussi énormément de travail et plus une minute à moi. Il s’est trouvé qu’un projet s’est déplacé. Un projet de trois semaines. Ça m’a libéré de façon soudaine un peu de liberté et je me suis dit que c’était le moment ou jamais. Tout s’est donc fait durant cette période.

– Plus étonnant, c’est la batterie qui a été enregistrée et jouée à Los Angeles par Norm Block, dont on connaît le travail avec Alain Johannes et Mark Lanegan notamment. Justement, il a un jeu très imprégné de Desert Rock, qui correspond parfaitement à l’album. Il est par ailleurs également producteur. Comment a eu lieu cette rencontre si évidente finalement ?

Je travaille de temps en temps à Los Angeles et il avait été le batteur sur un album que j’avais produit là-bas. J’avais été tellement impressionné que je m’étais dit qu’il fallait le prendre ! C’est vraiment un batteur de Rock avec énormément de finesse et de musicalité. Et comme il est producteur, il a aussi une vision plus globale et il possède un studio incroyable. C’est un fou de matériel et il a des micros hallucinants. J’étais amoureux de son son et il m’a paru évident de faire l’album avec lui.

– Et vous l’avez produit ensemble ?

C’est assez amusant, parce que je savais que je voulais lui demander de faire les batteries. Alors, je lui ai envoyé les morceaux avec tous les instruments, dont la batterie avec ses sons à lui. Je lui ai envoyé tout ça en lui demandant s’il souhaitait refaire en vrai tout ce que j’avais fait en faux ! (Rires). Il a été surpris, honoré et amusé. On s’est mis d’accord et il a fait le travail.

– J’ai lu que tu avais écrit, réalisé et enregistré l’album entre Montréal, la Bretagne, le Mexique et la Californie. Cela peut paraître étonnant compte tenu de la différence supposée des atmosphères, et pourtant il y a une réelle unité sonore et musicale sur l’album. Finalement, dans quel endroit as-tu été le plus inspiré ?

Tout a été fait en Bretagne : guitare, basse, batterie et chant. Ensuite, les voix définitives ont été enregistrées à Montréal, les batteries ont été réalisées à Los Angeles et je l’ai mixé au Mexique. C’est juste que c’était en plein hiver et que, pour mixer l’album et comme j’en avais un autre à mixer aussi, partir au soleil était une bonne idée. C’est pour ça que ça a l’air aussi international, mais tout est parti de Bretagne sur cet album… (Rires)

– Il y a aussi une chose surprenante sur l’album, c’est le déroulé des chansons. Même si elles ne sont pas directement liées entre elles, à l’instar d’un album-concept, le disque donne vraiment l’impression d’avoir un début et une fin. C’est assez rare. Tu avais le désir de raconter une sorte d’histoire, de mener l’auditeur au gré de quelques épisodes ?

C’est aussi parce que j’aime bien jouer l’album dans son intégralité sur scène. Un peu façon Pink Floyd : il y a un nouvel album, alors on le joue. Je réserve les anciens morceaux à une deuxième partie. Sachant que j’allais jouer tout ça d’une traite, j’ai évidemment pensé aux enchaînements scéniques. Il a été construit comme une setlist de concert finalement. C’est peut-être ce qui créé ce chemin lisible. J’avais déjà fait des albums ‘tout-attaché’ comme « Le Petit Peuple Du Bitume » et « Endorphine » avec un fil conducteur. Ils ont d’ailleurs été joués comme ça sur scène.

– Toujours à tes côtés, on retrouve ton ami et parolier de longue date, Pierre-Yves Lebert. Tout d’abord, j’aimerais savoir de quelle manière vous travaillez ensemble. Le plus évident semble être que tu te bases sur ses textes pour composer les mélodies, le climat et le tempo des chansons. Vous fonctionnez comme ça, ou il n’y a pas de processus fixe entre-vous ?

En règle générale, on travaille comme ça. On a de grandes discussions préalables, où on commence à tomber des textes et ensuite, je démarre. Mais là, comme la période s’est libérée de manière assez soudaine, j’ai fait tout l’album en yaourt ! (Rires) Il a donc du faire des textes sur des mélodies déjà ciselées et faire rentrer tout ça au chausse-pied, ce qui demande beaucoup de travail. Cela dit, je lui apporté des bribes et j’avais aussi couché du texte qu’il a évidemment amené à un niveau poétique que je n’aurais jamais tout seul. Ca a été notre façon de travailler. On fait une sorte d’auteur-compositeur à deux !

– Pour écrire ce genre de textes aussi intimes et dans lesquels tu te reconnais aussi forcément, vous devez très, très bien vous connaître. Est-ce qu’il vous arrive tout de même de faire quelques petits ‘brainstorming’ ensemble autour de la structure de l’album, par exemple, et de son contenu au niveau des paroles ? Ou lui laisses-tu entièrement carte blanche la plupart du temps ?

Il y a toujours un ‘brainstorming’ préalable et il arrive aussi parfois que j’amène un sujet par chanson. J’ai même couché des phrases. Je mets une empreinte. Sur ce nouvel album, j’avais aussi le désir d’abandonner mon côté ‘social’, car rien ne change (Sourires), et de faire des choses dont je suis peut-être plus proche. Il y a de moi dans presque toutes les chansons.

– Justement, tu as eu plusieurs paroliers, dont bien sûr et en premier lieu Alana Filippi, Miossec aussi sur quelques morceaux (« Gala, Gala, Etc… », « Le Hall De L’Hôtel », « Le Monde Perdu ») et donc Pierre-Yves Lebert dernièrement. Comme Alana et lui se connaissaient également, est-ce que tu y vois une certaine continuité, même lointaine ? C’est une sorte de cercle finalement…

Ils se connaissaient et c’est par Alana que j’ai connu Pierre-Yves, car son frère est comédien. Elle avait fait le Conservatoire d’Arts Dramatique à Nantes avec lui. Et c’est lui qui m’avait dit qu’il avait un frère qui faisait de la musique. Et quand on s’est séparé avec Alana, elle ne voulait plus trop continuer à écrire avec moi. Donc, je me suis tourné vers Pierre-Yves, dont j’avais remarqué la plume à une époque où je l’avais aidé à faire des maquettes. Cela a été une transition en douceur. Un jour, je l’ai rappelé en lui demandant s’il faisait toujours des chansons, car il faisait un milliard de choses. Il m’a renvoyé un paquet, dans lequel il y avait à peu près tous les textes de « Pêcheur de Pierres ».

– Et puis, ce qui est une grande chance aussi, c’est qu’au bout de onze albums, on te reconnaît, et on t’a toujours reconnu d’ailleurs, au niveau des textes. Il y a une certaine continuité chez les auteurs…

J’ai un autre exemple comme ça. C’est le nombre de personnes qui ont bossé pour Alain Bashung et c’était toujours du Alain Bashung ! Je pense qu’inconsciemment, on doit projeter quelque chose qui oriente. Je ne sais pas…

– J’aimerais que l’on dise aussi un mot de la pochette de l’album, qui me rappelle celle du « Petit Peuple Du Bitume » (2007). Y a-t-il un petit côté nostalgique ? Et de quelle manière reflète-t-elle l’atmosphère de ce nouvel album pour toi ?

C’est une photo qu’a prise mon père quand j’avais dix ans. On sortait des cartons avec ma grande sœur, où il y avait de vieilles photos. On est tombé là-dessus et elle m’a dit : voilà, tu l’as ta pochette ! Et c’est resté ! (Rires) Oui, il y a une vraie ressemblance avec celle du « Petit Peuple Du Bitume », sauf que ce n’est pas moi sur celle-là. C’est vrai qu’à l’époque, ma mère a eu un doute et m’a demandé si c’était une photo de moi ! (Rires) Ce petit garçon me ressemblait un peu quand j’étais petit. Voilà, maintenant, les gens ont vraiment la tête que j’avais petit.

– Il s’est aussi passé sept ans depuis « Endorphine ». Outre les concerts qui ont suivi, les moments passés aux Rencontres d’Astaffort en tant qu’intervenant, tu travailles aussi avec des artistes au Québec notamment. Comment es-tu venu à cette autre facette du métier ?

Je fais beaucoup de choses en production, oui. J’ai toujours aimé et je n’ai jamais conçu la musique sans toucher aux boutons. Donc, me voilà ingénieur du son, mixeur, arrangeur, producteur artistique… Je fais beaucoup d’albums pour les autres et dans des styles extrêmement variés. C’est ce qui m’amuse le plus ! Et je fais beaucoup d’artistes émergents. D’ailleurs, cela m’ennuierait que, si un jour l’un d’eux marche très fort, on ne vienne plus me chercher que pour un style précis. J’adore faire énormément de choses et le renouvellement est une source de jouvence pour moi.

Le nouvel album de DARAN, « Grand Hôtel Apocalypse », sort le 11 octobre chez Pineapple French Pop/Believe France/Kuroneko Medias.

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Desert Rock Heavy Stoner Psych Stoner Prog

Spirit Mother : beyond the Horizon

Guidé par un violon qui offre à sa musique une sensibilité originale, SPIRIT MOTHER continue sa chevauchée artistique avec beaucoup de délicatesse et un sens de la composition qui se projette au-delà d’un Stoner Psych Progressif parfois lancinant. Dynamique et organique, ce nouvel opus confirme les très belles choses entrevues sur « Cadets », ainsi que sur le live désertique hallucinant livré il y a trois ans déjà. Les Américains se font une place de choix dans un registre très maîtrisé.  

SPIRIT MOTHER

« Trails »

(Heavy Psych Sounds)

Depuis ses débuts en 2020 avec le bien-nommé « Cadets », SPIRIT MOTHER ne cesse de convaincre un auditoire toujours plus grand, grâce à un Heavy Stoner Psych aux multiples variations et dont les atmosphères sont si changeantes qu’elles captivent instantanément. Aussitôt détecté par le label italien Heavy Psych Sounds, le groupe s’était vu inviter à se joindre à l’aventure « Live In The Mojave Desert », dont il a signé le volume 3. Une performance si intense qu’elle lui a valu, à juste titre, bien des éloges

Dans la continuité de cette remarquable entrée en matière, le quatuor a quitté la Californie pour le Haut désert de l’Oregon, un lieu qui visiblement ne manque pas de l’inspirer. Une chose est sûre, les grands espaces réussissent plutôt bien à SPIRIT MOTHER qui parvient sans mal à franchir le cap du redouté deuxième album studio avec une créativité incandescente. Son Heavy Rock a pris du volume, se veut aussi plus aérien en empiétant sur des sonorités Desert et post-Rock parfaitement mises en valeur par une production irréprochable.

Avec un line-up inchangé et soudé autour des fondateurs Armand Lance (chant, basse) et SJ (violon, chant), avec Landon Cisneros (batterie) et Sean McCormick (guiatre), SPIRIT MOTHER déploie une énergie constante alimentée de fuzz, de rythmiques hypnotiques et d’un incroyable sentiment de liberté. Et si l’ensemble peut paraître sombre et un rien mélancolique, « Trails » livre des titres très bien arrangés et d’une grande fluidité (« Veins », « Below », « Tonic », « Vessel », « Wolves » et le morceau-titre). Un lyrisme prégnant.

(Photo : Spirit Eye Photography)

Retrouvez la chronique du « Live At The Mojave Desert » :

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Blues International Southern Blues

Devon Allman : son & brother [Interview]

C’est dans la torpeur de Miami que DEVON ALLMAN est allé enregistrer ce nouvel album solo, une production qui reflète d’ailleurs bien la chaleur de la ‘Magic City’. Le chanteur, guitariste et compositeur met de côté le Southern Rock dont il est un héritier direct pour élaborer un Blues plus langoureux et délicat. Pour autant, « Miami Moon » regorge de ces solos qui ont fait sa réputation et il semble littéralement se laisser guider par ces nouveaux morceaux. L’Américain aime surprendre et ce n’est peut-être pas l’album qu’on attendait de lui, tant il paraît loin de la fougue des réalisations du Allman Betts Band notamment. L’occasion de parler avec lui de l’ambiance diffusée ici, de ses sensations sur ce nouveau disque et du lieu symbolique de son enregistrement.

– Cela fait huit ans que l’on attend ce quatrième album solo. Cela dit, tu n’es pas resté inactif puisque tu as sorti deux disques avec Allman Betts Band. A quel moment as-tu ressenti le besoin de te remettre à la composition et à l’écriture ? A moins que ce soit des morceaux que tu avais déjà de côté depuis un moment ?

Une fois que The Allman Betts Band a décidé de faire une pause, j’étais impatient de retourner en tournée et d’enregistrer en tant qu’artiste solo. Je n’avais qu’une seule chanson prête à être jouée… l’instrumental « Sahara ». C’était amusant d’être dos au mur sans aucun autre matériel. Début 2022, j’étais en tournée avec Samantha Fish et mon guitariste Jackson Stokes et j’allais à l’arrière du bus pour écrire les chansons qui sont devenues « Miami Moon ». La seule chose que je voulais vraiment, c’était des chansons qui me donnent l’impression de passer un bon moment.

– D’ailleurs, « Miami Moon » dénote clairement d’avec les albums du Allman Betts Band, qui sont clairement inscrits dans la lignée de l’héritage laissé par vos pères respectifs. Avais-tu aussi besoin d’un changement d’ambiance, de laisser un temps le Southern Rock de côté pour quelque chose de plus Blues ?

J’avais déjà huit autres albums avant même que The Allman Betts Band ne se forme. J’ai donc toujours aimé montrer différentes facettes de mes goûts musicaux. J’aime toujours changer de style… du Blues au Rock, en passant par l’Americana et le R&B. Je m’ennuie facilement ! (Rires)

– Pourtant, tu n’as pas complètement coupé les ponts, puisque « Miami Moon » a été enregistré dans les studios Criteria où ton père a réalisé « Eat A Peach » avec Allman Brothers Band et où ton oncle Duane et Eric Clapton ont enregistré le célèbre « Layla ». J’imagine qu’il y avait une atmosphère assez spéciale. Justement, est-ce que tu y as trouvé une sorte de réconfort et de familiarité, ou plutôt un peu de pression ?

Les studios Criteria m’ont offert une atmosphère agréable pour travailler. Aucune pression du tout… Juste un groupe de musiciens fantastiques, qui donnent vie à des chansons. Cela signifie beaucoup pour moi de travailler dans un espace où ma famille et mes héros ont travaillé… c’est un honneur d’avoir travaillé là-bas.

– A priori, l’ambiance était plutôt à la détente, puisqu’on te retrouve dans un registre très Soul, Funky, un peu Pop et parfois aussi latino et sur un groove assez vintage de temps en temps. Il en ressort un album très chaleureux et passionné. Est-ce que tu aurais pu l’enregistrer ailleurs qu’à Miami pour obtenir cette ambiance, et est-ce que les saveurs de la ville t’ont aussi inspiré ?

Je pense que cette ambiance est en grande partie due aux excellents musiciens, mais oui, Miami elle-même s’est retrouvée dans le groove et les sensations de l’album. Je pense toujours que le lieu peut ajouter à l’art, c’est sûr. Mais ces musiciens ont tout simplement cartonné.

– La production est elle aussi très organique et on imagine facilement que tout a été enregistré sur bandes en analogique. Pourtant, « Miami Moon » dégage beaucoup de modernité dans les morceaux comme dans le son d’ailleurs. De quelle manière as-tu trouvé cet équilibre et quel est ton rôle au niveau de la production ?

Tom Hambridge et moi avons travaillé côte à côte sur trois projets jusqu’à présent. Nous avons tout gravé pendant l’enregistrement de départ sur des bandes analogiques, comme on le faisait pour les albums classiques. Il a supervisé le découpage de la bande et j’ai pris le relais avec Chris Turnbaugh, ingénieur du son à St. Louis, pour les overdubs, afin de réaliser les percussions, les chœurs, la section de cordes, les cuivres, les guitares et tous ces autres petites douceurs pour les oreilles. Tom a ensuite travaillé avec moi sur les voix à Nashville. J’étais satisfait du mélange de tout ce travail et je suis retourné à Nashville pour le mixage… tout cela a été un très long processus.

– En dehors de tes albums solos, tu as toujours accordé beaucoup d’importance aux collaborations et aux réalisations en groupe comme avec Royal Southern Brotherhood, Honeytribe et bien sûr Allman Betts band. Depuis « Turquoise » en 2013, considères-tu ces productions sous ton propre nom comme quelque chose de plus personnel, voire intime, à savoir un environnement dans lequel tu peux t’exprimer pleinement et plus librement ?

Oui, j’aime collaborer avec d’autres musiciens, comme le reflète ma discographie, mais faire les choses seul permet de s’épanouir davantage. Les autres groupes ont généralement un cadre et un son dans lesquels travailler… Le faire seul me permet d’aller au-delà.

– Durant ta carrière, tu as joué un peu partout et notamment en Europe avec même une collaboration assez longue avec Javier Vargas, que j’ai aussi eu le plaisir d’interviewer. Y a-t-il un aspect ou une approche sonore et musicale du Blues ici qu’on ne retrouve pas aux Etats-Unis et qui te séduit ?

Le Blues appartient à l’Amérique… Nous sommes un jeune pays, nous n’avons pas grand-chose à revendiquer, car l’Europe a beaucoup plus d’Histoire que l’Amérique… mais le Blues et le barbecue sont à nous ! (Rires)

– Parmi tous tes projets, Allman Betts Band est probablement le plus attrayant pour le grand public, car il perpétue une sorte de mythe à travers une transmission et une continuité familiale. « Bless Your Hearts » est sorti il y a quatre ans maintenant. Est-ce que vous avez déjà avec Duane un troisième album en tête, ou vos carrières solos respectives occupent toute votre attention pour l’instant ?

…Reste connecté ! (Sourires) – (J’aurais essayé ! – NDR)

– Pour conclure, j’aimerais que tu nous parles de la magnifique tournée d’Allman Betts Family Revival en fin d’année aux Etats-Unis. Le casting est exceptionnel et j’imagine que les setlist le seront tout autant. Tout d’abord, comment se prépare une telle réunion, et enfin peut-on espérer vous voir tous ensemble (ne serait-ce que toi en solo !) un jour en France ?

C’est une tournée très agréable et le plan directeur est quelque chose que j’ai pris de l’incroyable film-concert « The Last Waltz »… Allman Betts Band est notre groupe-maison et nos invités viennent célébrer le catalogue intemporel de mon père et du Allman Brothers Band. C’est comme une grande réunion de famille et c’est toujours tellement agréable de retrouver tout le monde et de jouer ensemble. Et là, je viens de jouer à Megève et j’ai également passé mes vacances avec ma femme à Saint-Tropez… J’attends toujours avec impatience mon retour en France !

L’album de DEVON ALLMAN, « Miami Moon », est disponible chez Create Records, le propre label du musicien.

Photo : Emma Delevante (2)

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Blues Rythm'n' Blues Soul / Funk

Bette Smith : une gourmandise acidulée

Brute et authentique, la Soul hyper-punchy proposée par la New-Yorkaise ravive avec talent l’esprit des pionnières comme Mavis Staples et résonne même comme une version féminine d’Otis Redding. Terriblement Funky, un brin roots et doté d’un charme rétro irrésistible, BETTE SMITH livre l’un des disques les plus palpitants du style depuis un moment. Aussi intense que tendre, « Goodthing » révèle une force créative et bouillonnante avec un pied dans chaque millénaire.

BETTE SMITH

« Goodthing »

(Kartel Music Group)

Les débuts de BETTE SMITH remontent maintenant à presque 20 ans. Originaire de Brooklyn, la chanteuse et compositrice est d’abord passée par la chorale de son père avant d’éclore sous le nom de Bette Stuy avec un premier opus suivi d’un EP. C’est à partir de 2017 et « Jetlagger » qu’elle prend véritablement son envol et se produit aux côtés de Kenny Wayne Shepherd et Drive-By Truck, tout en participant à de multiples enregistrements studio. « Goodthing » est donc son quatrième album et il en impose !   

Il y a quelque chose d’iconique et d’intemporel dans la voix de BETTE SMITH. Nourrie de Gospel, de Soul, de Rock de Funk et de Blues, la frontwoman dépoussière les codes très 70’s du genre et, tout en les respectant, leur offre une couleur et une fraîcheur très contemporaines. En jouant aussi sur un côté vintage savoureux, elle fait sonner ses morceaux avec énergie et se montre très actuelle dans leur interprétation. « Goodthing » est une sorte de concentré de douceurs acidulées, dont il est difficile de se défaire.

Après avoir travaillé sur ses compositions, l’Américaine a traversé l’Atlantique pour entamer une collaboration avec le producteur Jimmy Hogarth réputé pour son travail avec Amy Winehouse et Tina Turner notamment. Et le duo fait des étincelles sur les 13 pépites que compte « Goodthing », le bien-nommé. Le chant de BETTE SMITH y est électrique (« Eternal Blessings », « M.O.N.E.Y. », « Whup ‘Em Good », « More Than A Billionaire », « Cave »  et le morceau-titre). Ce disque fait un bien fou et s’écoute en boucle !

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Rock/Hard

Mine Road : rockin’ way

Tout en se frottant au Hard Rock et à un Rock un peu plus rugueux, les Irlandais restent très accessibles et mélodiques. Avec ce premier long format qui aura mis plus d’une décennie à voir le jour, MINE ROAD montre beaucoup de maîtrise grâce, notamment, à de bonnes guitares et un chant bien en place. « Tomorrow’s Sky » affiche une diversité un peu déroutante, mais au final très efficace et accrocheuse. Une bonne entrée en matière.

MINE ROAD

« Tomorrow’s Sky »

(Independant)

L’histoire de MINE ROAD n’est vraiment pas banale. Fondé par les frères Cash, Stuart (guitare) et Steve (batterie), avec Ken Carthy (chant) et Dave Flood (guitare), le groupe avait sorti « Satellite », un EP en 2021, avant que la fratrie ne se disperse en Australie pour l’un et à New-York pour l’autre, mettant tout le monde en stand-by. Après un travail de composition à distance, c’est au retour des musiciens dans leur ville de Dublin que les choses se sont accélérées en 2019 avec une série de concerts et l’élaboration de « Tomorrow’s Sky ».

Avec le soutien de Donnacha Neary à la basse sur tout l’album, MINE ROAD livre enfin son premier effort sur la longueur et le résultat est convaincant avec onze titres aux accents Hard Rock et aux teintes Soft Rock typiques de leur île. On peut y déceler quelques influences des Ecossais de Gun, de Def Leppard et de leur compatriotes de feu-Something Happens. Les sonorités de « Tomorrow’s Sky » sont donc résolument britanniques et un brin nostalgiques dans un ensemble costaud et fédérateur.

Ce premier opus est donc l’occasion pour le quatuor de montrer l’étendu de son savoir-faire, tant il se montre varié dans son approche du Rock. Musclé sur « Snowplow », « Tomorrow’s Sky » et « Feeling », plus acoustique sur « I’ll Be Home », mid-tempo sur « American Dream », décalé avec l’interlude au piano « Recall », MINE ROAD révèle une énergie live très positive. On regrettera peut-être une production qui aurait mérité plus de coffre et de relief, mais le job est fait.

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Manu Lanvin : l’histoire d’une amitié [Interview]

13 ans après sa disparition, la musique de Calvin Russell résonne toujours chez les amateurs de Blues aux saveurs Folk, Country et Rock. Ayant trouvé l’Eldorado en France dans les années 90/2000, le Texan n’a bien sûr pas manqué de créer de solides liens d’amitié, parmi lesquels on retrouve MANU LANVIN. Le leader des ‘Devil Blues’ avait d’ailleurs enregistré avec lui « Dawg Eat Dawg » en 2009, un moment fort dans sa carrière. Aujourd’hui, le chanteur et guitariste lui rend un magnifique hommage avec ce « Tribute », qui voit se succéder des artistes au horizon divers pour redonner vie à des chansons pour beaucoup inoubliables et dans tous les cas toujours très touchantes. Entretien avec ce ‘Frenchy’, qui redonne toutes ses lettres de noblesse au musicien d’Austin.

Photo : Tamara Pienko

– On connait la genèse de l’album qui date donc de ce concert donné il y a deux ans à ‘La Traverse’ de Cléon, près de Rouen. De là à vouloir ensuite réaliser un disque, il y a un pas à franchir. Quel a été le déclic ? Y a-t-il eu une demande particulière, ou cela reste personnel ?

Non, il n’y a eu aucune demande. Cela aurait d’ailleurs pu être orchestré par des maisons de disques ou des éditeurs, mais ce n’est pas le cas. Cela fait suite à ce concert, qui m’avait été demandé, à ‘La Traverse’ qui est une salle que j’aime beaucoup. Il y a une programmation  très qualitative avec beaucoup d’artistes anglo-saxons de Classic Rock, notamment, et de grands bluesmen. Ils m’ont demandé si je voulais faire revivre, le temps d’une soirée, la musique de Calvin Russell. J’ai accepté en leur disant que je souhaitais le faire avec des invités. On a la chance en France d’avoir des artistes très intéressants et qui sont américains. Ils sont donc plus légitimes pour défendre ce répertoire. Je pense à Neal Black, Beverly Joe Scott, qui est à côté en Belgique, Janet Martin… J’avais envie de personnes qui partagent ce langage-là et je voulais aussi que sa femme et sa belle-famille soit là et se sentent concernées. C’était une soirée très, très émotionnelle, en plus d’afficher complet. Il s’est passé quelque chose de très fort et c’est là que je me suis rendu compte que la musique de Calvin était encore inscrite dans le cœur des gens qui l’avaient connu. D’ailleurs, lors de mes concerts quand je vais au merchandising signé des albums, il n’y a pas une seule fois où on ne me parle pas de sa musique. Elle est toujours là et elle m’accompagne. Je trouvais que c’était un peu frustrant pour les gens qui n’avaient pas pu assister à ce concert-là de ne pas leur proposer une nouvelle lecture de certaines de ses œuvres. C’est donc ce que je me suis mis en tête de faire après ce concert. Je suis entré en studio avec mes musiciens, en reprenant d’ailleurs plus ou moins la même setlist qu’à ‘La Traverse’ et j’ai commencé mon petit casting dans ma tête.

– Tu avais un lien très fort et spécial avec Calvin Russell, qui était aussi un personnage atypique et attachant. Est-ce qu’il t’a fallu prendre un peu de recul lors de l’enregistrement pour mieux contrôler et canaliser ce flux d’émotion, ou au contraire l’immersion a-t-elle été totale ?

Je pense que le temps a joué en notre faveur. Je n’aurais pas pu faire cet album juste après sa disparition. Là, on a pu se détacher d’une forme d’emprise émotionnelle. Cela dit, bizarrement, cela m’est arrivé plusieurs fois pendant l’enregistrement. Juste à côté du studio ‘La Chocolaterie’, j’ai une petite maison de ville mitoyenne, où j’ai accueilli Calvin juste avant et pendant l’enregistrement de « Dawg Eat Dawg ». Ensuite, il y a eu la tournée et il dormait ici. Il y avait malgré tout son fantôme qui était là ! (Sourires) Il m’a d’ailleurs laissé quelques plumes qui sont toujours là, elles aussi. Ensuite, le travail est différent, car je suis le directeur artistique du projet. La question s’est donc posée de faire ou non du plagiat de Calvin Russell, ou est-ce qu’on allait essayer d’aller plus loin ? Ce qui était intéressant, c’était de moderniser certaines versions, de leur offrir une deuxième lecture et aussi de prendre certaines choses à contre-pied. Par exemple, personne ne s’attendait à ce que ce soit une femme (Beverly Joe Scott – NDR) qui chante « Crossroads », qui est le morceau emblématique de Calvin. Il fallait faire une sorte de passage de relais, car il a laissé un super catalogue. Il était très fort au niveau du songwriting et en me replongeant dans tout ça, j’ai retrouvé des trésors que je ne connaissais même pas à l’époque où je le côtoyais. Il y a vraiment des pépites ! Et les faire interpréter par d’autres artistes, c’est vraiment ça qui me plait dans ce genre d’hommage.

Photo : AFP

– La tracklist contient 14 chansons. Certaines s’imposaient comme bien sûr « Crossroads », « Trouble » ou « Soldier ». Pour les autres, comment s’est effectué le choix ? Certains artistes ont-ils proposé des morceaux qui les touchaient plus particulièrement, par exemple ?

En fait, je me suis beaucoup inspiré de la magie qui avait opérée à ‘La Traverse’. La tracklist n’a pas tellement bougé. Parfois, ce sont les circonstances qui décident. Il y a un équilibre avec des passages plus lents, d’autres plus Folk qu’on connait bien chez Calvin. Et puis, c’est aussi très Rock’n’Roll, car il avait vraiment ça en lui. Il aimait les morceaux avec de grosses guitares un peu sales, le Boogie aussi… Et c’est un aspect que je connais bien de lui, car j’ai eu la chance de l’accompagner sur scène. Il vibrait littéralement lorsque tu commençais à envoyer des décibels. J’aime aussi ce côté-là chez lui, ainsi que l’aspect très dépouillé, très acoustique, très intimiste et très introspectif finalement, tout comme des choses beaucoup plus brutes de décoffrage qui font bouger les gens. C’est ce que j’ai essayé de faire pour avoir cet équilibre sur l’album.

– Parlons des interprètes et d’abord des Américains qui, comme Calvin, ont aussi un lien très fort avec la France. C’est apparu comme une évidence dans le choix, car ils le connaissaient tous ?

Beaucoup de choses ont pesé dans la balance, en fait. J’ai d’abord trouvé ça intéressant que ce soient des amis de Calvin qui lui rendent hommage comme Beverly Joe Scott. Nous avions d’ailleurs donné son dernier concert ensemble dans le Sud, près de Manosque, sur les hauteurs. Elle était venue chanter le tout dernier morceau, « Ain’t Leaving Your Love », dont je me rappelle très bien, puisque c’était moi qui l’avait accueilli sur scène. C’était important pour moi qu’elle accepte de venir sur cet hommage. Pareil pour Popa Chubby, qui est un autre ‘exilé’ des Etats-Unis comme il le dit très bien. Ils auraient d’ailleurs tous voulu avoir la même carrière chez eux qu’ils ont eus en Europe, mais les circonstances ont fait que c’est ici que ça leur a souri. C’est ce qui s’est passé pour Calvin, qui a été ‘star’ sur le tard. Et contrairement à chez lui, c’est chez nous que ça a pris, et c’est exactement pareil pour Popa Chubby. C’est vrai aussi qu’on doit beaucoup à Patrick Mathé (fondateur du label New Rose – NDR), qui était un véritable découvreur de talents qui ne prenaient pas aux Etats-Unis et qu’il ramenait en France sur son label. Et ça fonctionnait plutôt pas mal. J’ai donc pris des gens qui le connaissaient et qui font aussi partie de mon réseau. Et puis, ça raconte une histoire. Si j’avais pris des artistes anglo-saxons, qui ne connaissaient pas l’histoire de Calvin, ça ne m’aurait pas paru intéressant pour cet hommage. Mais c’était aussi important d’avoir des gens qui ne connaissent pas forcément très bien son répertoire comme Théo Charaf, Craig Walker, Haylen et même Hugh Coltman. Et comme Calvin était une voix, il me fallait vraiment des chanteurs à voix. Je ne pouvais pas m’amuser avec des guignols ! (Rires) Il fallait que ce soit séduisant et il y ait certaines évidences aussi.

Manu Lanvin & Calvin Russell en 2009 – Photo :Eric Martin

– Pour rester sur la France, il y a aussi des choix chez les interprètes qui peuvent surprendre, car ils ne viennent pas directement de l’univers du Blues. Je pense bien sûr à CharElie Couture, Axel Bauer et à ton père Gérard. C’est une manière de dire que Calvin ne touchait pas seulement les amateurs de Blues ?

Oui, je pense. Ce serait dommage de le classer comme un artiste destiné à quelques ‘happy fews’ et aux ayatollahs du Blues. D’ailleurs, Calvin n’aimait pas le Blues plus que ça. Il avait fait sa propre recette avec ce mélange de Rock, de Folk et de Blues. Le plus important pour moi était d’avoir des personnalités et des grains de voix, et peu importe le style musical d’où ils viennent. Après, il y a quand même beaucoup de similitudes. Quant à mon père, il a écrit « 5m² ». Ils étaient amis et, même s’il vient du cinéma, c’est une chanson qui raconte beaucoup de choses. C’est l’histoire de Charlie Bauer (militant révolutionnaire d’extrême gauche et ancien complice de Jacques Mesrine – NDR) que mon père a rencontré quand il a été consulté pour le film sur Mesrine. On sait très bien les années de prison que Calvin a fait de son côté et il y avait donc une belle histoire qui s’écrivait en enregistrant ce « 5m² » ensemble.

– D’ailleurs, « 5m² » qui est chanté par ton père et toi, et « Soldier » par Axel Bauer, le sont en français. C’est assez inattendu. D’où l’idée est-elle venue de traduire le texte de Calvin ?

C’est vraiment Axel Bauer qui m’a soufflé cette idée. Je ne pensais pas enregistrer « Soldier » en français. Et puis, face à ce qu’il m’a balancé le lendemain, j’ai trouvé ça bien et je me suis dit que cela pouvait ouvrir l’album à d’autres gens sans s’enfermer et qu’il ne soit pas écouté uniquement par celles et ceux qui connaissent déjà Calvin. Cela peut aussi ouvrir la porte au public d’Axel Bauer, par exemple, qui pourrait peut-être s’intéresser à qui est derrière tout ça. Ca remet en lumière l’artiste, mais aussi le songwriter qu’il était.

Photo : Patrick Swirk

– L’album est donc très varié dans les ambiances avec même trois duos, ce qui le rend très collégial d’ailleurs. L’intention était-elle de dévoiler le plus possible l’univers de Calvin, qui était assez vaste, malgré certaines apparences ?

Oui, c’est ce que je pense avoir décodé chez lui. Il y a aussi tous les aspects de sa musique telle qu’elle était présentée. Je voulais être fidèle à ça, à ce côté collégial également qui apporte beaucoup de puissance à cet hommage quand tu as plusieurs interprètes qui échangent sur un titre. Cela dit, les chansons de Calvin ont déjà fait leur travail en termes d’émotion, bien avant cet album. On peut en récréer une autre, intacte, avec une nouvelle histoire, puisqu’elle est interprétée par plusieurs personnes. Je trouve que cela apporte une richesse de plus à l’album.

– Pour rester sur l’héritage laissé par Calvin Russell, ce qui me surprend vraiment, c’est de ne pas entendre souvent son nom revenir dans les influences de certains artistes, surtout américains d’ailleurs. Comment est-ce que tu l’expliques ? Il n’était pourtant pas si ‘confidentiel’ que ça…

Il l’était en tout cas aux Etats-Unis. J’allais souvent le voir là-bas à Austin. Quand je me baladais le soir sur la ‘5th Street’, on me demandait ce que faisait un Français ici. Quand je disais que je produisais et que j’étais le collaborateur artistique de Calvin Russell, on me répondait : ‘Ah oui, c’est le Texan qui fonctionne bien en France et en Europe !’. Ca s’arrêtait à ça. Il faisait quand même partie de cette communauté de musiciens des années 70/80 qui ne tournaient qu’à Austin, mais ça n’allait pas plus loin que les frontières de la ville. C’est vrai que c’est étonnant. Pour tout te dire, il y a une chose que j’ambitionne, ou que j’adorerai, c’est que l’histoire de cet album, qui fait lumière sur Calvin, puisse donner envie à la création d’un film ou d’un documentaire. On peut continuer l’histoire musicale d’un artiste après sa disparition. C’est peut-être jouable. J’ai beaucoup fait écouter l’album à des musiciens américains avec qui je travaille en ce moment. Ils sont sidérés et ils se demandent comment ils ont pu louper ça ! Et ils s’intéressent maintenant à l’original. Je ne suis qu’un relai avec ce disque. D’ailleurs, je pars jouer à New-York fin juillet et j’ai trois titres de Calvin dans ma setlist. Je continue à jouer sa musique dans son pays d’origine, qui ne le connait même pas. C’est insensé !

Nicolas ‘Nikko‘ Bonnière, Calvin Russell et Manu Lanvin en 2009 – Photo : Eric Martin

– Tu chantes également sur trois morceaux (« Wild Wild West », « Ain’t Leaving Your Love » en duo avec la chanteuse Haylen et « 5m² » avec Gérard). C’était important aussi pour toi d’interpréter tous ces titres de ce projet que tu portes depuis le début ?

Au début, mon équipe pensait que j’allais chanter tout l’album ! Comme l’idée était de faire un hommage, tout le monde avait imaginé que ce serait ‘Manu Lanvin chante Calvin Russell’. Pour moi, ça n’avait pas beaucoup de sens. A mon avis, plus il y a de participants, plus l’hommage est beau ! Et c’est ce qui m’a plu dans ce projet, que ce soit quelque chose de collectif. C’est ce qui me semblait intéressant. Pour l’anecdote, j’ai fait toutes les voix témoins des morceaux avant de les envoyer aux artistes. Quand Beverly Joe Scott a écouté « Crossroads », elle m’a dit que je devais le chanter, que c’était à moi de le faire ! Il y a eu une gentille petite bataille ! Il a fallu négocier ! (Rires)

– Un mot enfin au sujet de Popa Chubby qui livre d’ailleurs une version incroyable de ce « All We Got Is Rock And Roll », qui lui va si bien, et avec cette trompette quasi-cosmique et incroyable de Boney Fields. On le sait actuellement malade. Est-ce que tu as des nouvelles rassurantes sur son état de santé ?

On s’est vu récemment lors de son dernier Olympia (le 17 mars – NDR), où il m’a invité à monter sur scène avec lui pour un titre. Il répond moins depuis quelques temps, bien sûr. En tout cas, l’opération s’est bien passée. Maintenant, il faut que les résultats soient bons et que la convalescence aille bien aussi. Cela dit, Ted (son prénom – NDR) est très présent sur les réseaux sociaux et tant que je le vois poster des choses, je suis rassuré. Et puis, c’est un mec balaise. Il n’en donne peut-être pas l’impression avec ce poids imposant et sa béquille, mais c’est quelqu’un de très vif dans le regard. Il a malgré tout une énergie de dingue, il y a le feu chez lui dans les yeux et dans le regard. Il fait partie des guerriers et je pense qu’il va s’en sortir. J’ai toute foi. C’est quelqu’un qui a envie de vivre, il n’a pas envie de se laisser tomber. Ce n’est pas du tout le caractère de ce mec-là ! (Sourire)

« Tribute To Calvin Russell », orchestré par Manu Lanvin est disponible chez Gel Prod/Pias.

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Classic Rock Pop Rock Rock

Trigger King : happy days

Ne vous fiez pas au grand coq de la pochette, le Rock de TRIGGER KING est clairement anglo-saxon avec même une petite touche américaine. Assez imprévisible dans son contenu, « The Giant Rooster EP » est le premier effort des musiciens de l’Est et il se présente comme une sorte de carte de visite. Si on comprend vite l’intention, c’est plus compliqué qu’en saisir le fond, tant l’ensemble s’éparpille sans révéler de véritable identité musicale à travers cinq titres finalement peu homogènes.

TRIGGER KING

« The Giant Rooster EP »

(Independant)

TRIGGER KING est la parfait illustration de ce pourquoi je déteste à ce point les EPs, sorte de format bâtard qui, lorsqu’il est bon, laisse systématiquement sur sa faim. Certes, je suis d’un autre temps où se contenter de singles et d’EP n’était même pas envisageable. Donc il faut reconnaître que « The Giant Rooster EP » a quelque chose de frustrant. Cela dit, c’est aussi une façon comme une autre de mettre le pied à l’étrier, alors prenons ainsi ce premier et encore toujours frais enregistrement du quatuor français.

Trois ans après sa formation et après avoir écumé quelques scènes, le groupe a décidé de franchir les portes du studio White Bat Records en compagnie de Rémi Gettliffe (Dirty Deep, Undervoid) pour y graver cinq de ses compositions. Et le résultat est plutôt bon et aussi surprenant, puisque TRIGGER KING présente un panel musical peu banal. Si les bases sont Rock, légèrement Heavy, bluesy et teintées de Classic Rock, on perçoit aussi quelques notes de Brit Pop pour le moins désarmantes.

Malgré quelques refrains mielleux façon Oasis, le combo de Mulhouse en a sous le pied, comme en témoigne son guitariste, jamais avare d’un bon riff. Cependant, on attend que le groupe décolle, ce qui rendrait son jeu plus ample, pertinent et tranchant… A moins que TRIGGER KING ne garde cet aspect pour ses concerts. Entre des sonorités très Pop (« Take Me By Surprise », Rock vintage (« Riding High », « Season Of The Sun ») et une longue ballade (« Reaching For the Moon »), on peine à trouver une unité dans ce si court format.

Photo : Sébastien Koch
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Alternative Rock Rock Hard

Collateral : melody maker

Après un premier album éponyme en 2020 très remarqué en Angleterre et qui a bénéficié d’une version remixée il y a deux ans (« Re-Wired ») avec des guests comme Jeff Scott Soto, Phil X et Joel Hoekstra, COLLETERAL apporte beaucoup de fraîcheur au Rock anglais. Très américain dans l’approche et dans le son, le combo réunit avec une touche très moderne tous les ingrédients à même de réunir les fans de Rock au sens très large du terme. Avec son côté très ’stadium’, il devrait rassembler les fans d’une époque estampillée FM comme ceux de l’actuel Alternative Rock.

COLLATERAL

« Should’ve Known Better »

(Big Shot Records)

A en croire la presse spécialisée d’outre-Manche, ce nouvel album de COLLATERAL retranscrit parfaitement toute l’énergie déployée en live par le groupe. On est donc en droit d’attendre un disque costaud et déterminé. Et il faut reconnaître que la formation du Kent est séduisante à bien des égards. Dans un Alternative Rock à la Nickelback et un Hard Rock soft façon Def Leppard ou Bon Jovi, les mélodies sont mises à l’honneur, ce qui n’empêchent nullement son guitariste, très en verve, et son frontman notamment d’apporter un souffle très véloce à un « Should’ve Known Better », séduisant et accessible.

Et si la rythmique basse/batterie (Jack Bentley-Smith et Ben Atkinson) n’est bien sûr pas en reste, COLLATERAL doit beaucoup à son chanteur, Angelo Tristan, au timbre très personnel et à la puissance vocale remarquable. Mais le frontman n’est pas le seul garant de l’identité musical du quatuor. Son guitariste, Louis Malagodi, imprime littéralement de son jeu les compositions de ce « Should’ve Know Better » très varié et entraînant. Et enfin, le relief de ce deuxième opus prend toute sa dimension grâce à la production de Dan Weller (Enter Shikari, Kris Barras, Bury Tomorrow). Un  travail d’orfèvre.

Visiblement, les nombreuses tournées des deux dernières années ont fait beaucoup de bien à COLLATERAL, dont les nouveaux morceaux sont très fédérateurs. Les Britanniques imposent leur marque sur des refrains entêtants et une redoutable efficacité dans le songwriting. On peut déjà imaginer l’impact sur scène de chansons comme « Glass Sky », « Original Criminal », Teenage Dream », « No Place For Love » et « Final Stand ». Parfois un peu convenu et attendu sur certains passages, « Should’ve Known Better » s’adresse à un vaste public sans se perdre dans le côté émotionnel du genre.

Photo : Blackham
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Glam Rock Rock 70's

Gyasi : une sauvage intensité

Il est exubérant, flamboyant et il respire l’âge d’or du Rock’n’Roll à pleins poumons malgré sa jeunesse. Totalement débridé, le songwriter aura attendu seulement un EP et deux albums avant de réaliser son premier live. C’est dire la témérité et l’exaltation de GYASI, homme de spectacle et musicien accompli. Avec « Rock n’Roll Sword Fight », il expose une identité musicale hors-norme et explose les codes établis.

GYASI

« Rock n’Roll Sword Fight »

(Alive Naturalsound Records)

Il y a deux ans, j’avais eu le plaisir de poser quelques questions au très électrique GYASI à l’occasion de la sortie de son deuxième album, « Pronounced Jay-See ». Dorénavant basé à Nashville, le natif de Virginie Occidentale poursuit son périple et ce n’est pas très surprenant de le voir surgir avec « Rock n’Roll Sword Fight », un live qui se trouve être le parfait reflet de l’intense énergie qu’il déploie et surtout du son qui émane de son travail en studio. Une sorte de prolongement, en somme. 

C’est donc dans son élément de prédilection, la scène, que l’Américain a capté les émotions et l’intensité de son jeu. GYASI nous fait le plaisir de se livrer sur près d’une heure d’un Rock’n’Roll fougueux, où il ne prend d’ailleurs guère le temps de lever le pied. Dans une atmosphère très 70’s et porté par un public restreint mais tout acquis, le guitariste et chanteur fait le show… et il le fait même très bien ! La tempête décibélique fait son œuvre et devient même addictive.

Théâtral et incandescent, GYASI incarne littéralement le renouveau du Glam Rock perçu sur « Pronounced Jay-See », et apporte beaucoup de fraîcheur à un registre où l’on se délecte des références à Led Zeppelin, T-Rex et aux Stooges avec un soupçon de Bowie et de Slade. Il se les est accaparé et, très bien soutenu part un groupe efficace, il laisse parler un univers très personnel. A noter en fin d’album les versions survoltées du medley « All Messed Up » et le génial « Sugar Mama ». Un vent de liberté !

Retrouvez l’interview de l’artiste :