Catégories
Hard'n Heavy International

Hardline : le regard vers l’avenir [Interview]

Souvent sous-estimé, faute sans doute de n’avoir pas bénéficié de la même exposition que ses homologues américains dans les années 90, HARDLINE reste pourtant une référence du Hard Rock. Toujours debout malgré un line-up qui a beaucoup changé au fil du temps, son frontman Johnny Gioeli reste la voix irrésistible d’une formation qui a aujourd’hui une saveur très italienne, au regard de ses débuts en Californie. Avec « Shout », le quintet fait bien plus que d’entretenir le mythe, il l’enrichit et le fait avancer, grâce à des musiciens aussi talentueux que complets. Alessandro Del Vecchio, claviériste, chanteur, compositeur et aussi producteur de ce huitième album, nous parle justement de la démarche et du fonctionnement de l’entité actuelle.

– Alessandro, cela fait maintenant 15 ans que tu joues avec HARDLINE et « Shout » est ton cinquième album avec le groupe. Même si Johnny reste le seul membre originel, comment s’y prend-on pour conserver l’ADN d’une formation créée en 1992 ?

C’est une excellente question, car nous en sommes parfaitement conscients. L’ADN d’un groupe ne réside pas dans sa composition, mais dans son identité. Et chez HARDLINE, cette identité est très claire : elle prend racine chez Johnny. Sa voix, son phrasé, son interprétation émotionnelle, c’est le cœur même de notre musique. Mon rôle, au fil des années, a été de comprendre profondément cette identité et de la préserver, tout en laissant le groupe évoluer naturellement. On ne préserve pas quelque chose en le figeant, on le préserve en comprenant ce qui fonctionne et en s’appuyant dessus. Ainsi, même si la composition du groupe a changé, l’essence demeure, et c’est à cela que les gens s’identifient.

– Vous avez dit vouloir reprendre les choses là où elles en étaient restées sur « Double Eclypse » il y a 34 ans. C’est vrai que c’est l’album le plus marquant de HARDLINE. Sur quelles bases es-tu parti pour garder cet état d’esprit sur les neuf chansons que tu as composé pour « Shout » ?

Le point de départ a toujours été la chanson. On ne s’est pas dit ‘recréons « Double Eclipse »’, on s’est concentrés sur ce qui a rendu cet album intemporel : des compositions solides, des refrains accrocheurs et une forte charge émotionnelle. L’idée était d’écrire des chansons qui se suffisent à elles-mêmes, même dans leur version la plus simple. Si une chanson fonctionne juste avec voix et piano ou guitare, alors on sait qu’on est sur la bonne voie. Tout le reste, c’est-à-dire la production, les arrangements, le son, vient après. C’est comme ça qu’on reste fidèle à cet héritage sans tomber dans la nostalgie.

– « Shout » a évidemment un son plus moderne que « Double Eclypse », mais l’approche est aussi différente. Quatre des cinq musiciens du groupe sont aujourd’hui italiennes et la touche est forcément moins californienne qu’au début. Est-ce à dire que le Hard Rock américain a encore de l’influence sur vous ?

Absolument, cette influence est toujours présente. Le Hard Rock américain, surtout celui de cette époque, fait partie intégrante de l’ADN du groupe et de mon éducation musicale. Parallèlement, nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui, et le groupe possède un bagage culturel différent, ce qui influence naturellement notre son. Je ne le vois pas comme un manque d’authenticité californienne, mais plutôt comme une évolution de ce langage musical. La musique actuelle est bien plus globale, et c’est une bonne chose, tant que l’identité reste forte.

Justement aujourd’hui, en plus du fait qu’on peut réaliser des albums à distance, j’ai l’impression que la différence de style entre l’Europe et les Etats-Unis est moins palpable et évidente qu’auparavant. Est-ce qu’on assiste à une uniformisation des styles et du son surtout, selon toi, qui es aussi producteur ?

Oui, dans une certaine mesure, nous le constatons. La technologie a rendu tout plus accessible, ce qui entraîne naturellement une certaine uniformisation des sonorités et des méthodes de production. Mais je pense aussi que la véritable différence aujourd’hui n’est pas géographique, elle est artistique. Tout se résume à avoir une identité forte, ou non. On peut utiliser les mêmes outils, les mêmes plugins, les mêmes techniques de production, mais si l’on a quelque chose à dire, on gardera sa propre signature sonore.

– Ce huitième album reprend finalement plusieurs éléments musicaux de la carrière du groupe avec un style globalement Hard’n Heavy et quelques touches AOR et même Glam à un moindre degré. Est-ce que HARDLINE joue et fait aujourd’hui des choses qu’il n’a jamais produit auparavant dans sa carrière ?

Je pense que ce que nous faisons aujourd’hui consiste davantage à peaufiner qu’à réinventer. Tous ces éléments, à savoir le Hard Rock, AOR, et même une touche de Glam, ont toujours fait partie intégrante de HARDLINE, d’une manière ou d’une autre. Ce qui change aujourd’hui, c’est notre prise de conscience. Nous savons précisément qui nous sommes, ce qui fonctionne et comment combiner ces éléments de façon plus ciblée. Il ne s’agit donc pas de créer quelque chose de totalement nouveau, mais de faire ce que nous faisons déjà, à un niveau supérieur et avec plus de clarté.

– D’ailleurs, si on entre dans le détail de « Shout », c’est peut-être l’album le plus personnel du groupe, notamment au niveau des textes. Est-ce que l’objectif était de vous dévoiler un peu plus, tout en étant le plus efficace possible dans les mélodies et solides sur les tempos ?

Oui, c’était tout à fait intentionnel. Il faut toujours trouver un équilibre entre l’authenticité et la capacité à créer des chansons qui touchent immédiatement. Nous voulions que les paroles soient sincères, qu’elles ne se contentent pas de thèmes génériques, tout en conservant la force mélodique et les arrangements solides qui caractérisent HARDLINE. L’objectif était d’allier profondeur et immédiateté, et je pense que c’est ce qui donne à l’album son côté plus humain.

– Et puis, il y a cette reprise de Scorpions, « When You Came Into My Life », sortie en 1996 et dont vous avez aussi fait un single. On revient à cette touche européenne, mais il possède également la touche HARDLINE. Comment s’est fait l’équilibre pour vous l’approprier tout en respectant l’originale ? Et est-ce qu’il peut y avoir eu une certaine retenue au départ ?

Il y a toujours une petite hésitation lorsqu’on aborde une chanson comme celle-ci, car elle est déjà parfaite en soi. Mais en même temps, c’est précisément pour cela qu’on la choisit. L’essentiel était de respecter l’essence même du morceau, la mélodie, l’émotion, et de construire autour avec notre propre son. Nous ne voulions pas la changer juste pour le plaisir de la modifier. Nous nous sommes demandé à quoi ressemblerait cette chanson si elle était écrite par HARDLINE aujourd’hui, et une fois cet équilibre trouvé, tout s’est mis en place naturellement.

– Enfin, et avant de partir en tournée, qu’est-ce que cela représente pour toi qui a déjà une longue discographie, d’enregistrer et de monter sur scène avec Johnny Gioeli, qui compte plus d’une centaine d’albums à son actif ? C’est le genre de musicien, qu’on ne rencontre pas souvent…

Cela compte énormément pour moi, tant sur le plan professionnel que personnel. Johnny fait partie de ces rares artistes qui ont conservé cette flamme, cette passion, mais aussi une immense expérience et une grande maturité. On se stimule mutuellement, surtout vocalement, car on partage cette même expérience, et on discute souvent de technique, d’approche et de la façon de garantir une performance constante soir après soir. Sur scène, il est une véritable force de la nature. On peut avoir toute l’expérience du monde, mais sans cette énergie et cette connexion avec le public, ça ne sert à rien. Johnny possède tout cela, et partager cette aventure avec lui est un privilège que je mesure pleinement.

Le nouvel album de HARDLINE, « Shout », est disponible chez Steamhammer.

Photos : Alessandro Quadrelli

Catégories
Blues Blues Rock Contemporary Blues

Selwyn Birchwood : passion preacher

Familier des prestations enflammées, SELWYN BIRCHWOOD déclare pourtant avoir longtemps cherché sa voie. En s’émancipant de cette manière sur ce trépidant « Electric Swamp Funkin’ Blues », il rassemble tout ce qui le fait vibrer. De plus, le guitariste et chanteur s’est entouré de cuivres chaleureux, d’un orgue Hammond rassurant et de chœurs scintillants. Le songwriter colle au plus près de ce Blues bigarré et dynamique qu’il affectionne tant pour y plonger profondément. Positif et pointilleux, il libère une énergie communicative.

SELWYN BIRCHWOOD

« Electric Swamp Funkin’ Blues »

(Alligator Records)

Huitième album, cinquième chez Alligator Records et premier en tant que producteur pour SELWYN BIRCHWOOD, qui s’impose de plus en plus comme l’un des meilleurs bluesmen de sa génération. Produit par Tom Hambridge (Buddy Guy, Susan Tedeschi) sur ses deux précédentes réalisations, le Floridien a donc décidé de tout gérer seul et ça commence par l’écriture complète de ce génial « Electric Swamp Funkin’ Blues », dont le titre résume parfaitement l’état d’esprit de l’Américain et le contenu du disque. Entre modernité et un profond respect de la tradition.

Celui qui a remporté en 2013 l’International Blues Challenge et le prix Albert King du meilleur guitariste dans la foulée dévoile ici tout son talent avec sa fraîcheur habituelle et en étant toujours bien accompagné. Et les sept musiciens qui œuvrent à ses côtés sur ce nouvel opus sont aussi chevronnés qu’inspirés. Outre sa grande technicité, SELWYN BIRCHWOOD a particulièrement soigné le songwriting d’« Electric Swamp Funkin’ Blues », tout en s’attardant sur les moindres détails, à savoir des arrangements d’une grande finesse.

L’influence assumée du bayou sur son jeu, comme celle de Jimi Hendrix d’ailleurs, lui donne un aspect sauvage et insaisissable. Grâce à sa voix captivante, sa virtuosité et son incroyable approche de la lap-steel, SELWYN BIRCHWOOD est un artiste vraiment original, dont la touche personnelle est désormais immédiatement identifiable. Très varié dans les atmosphères et les registres empruntés, on se faufile avec délectation dans ces dix chansons qui sont autant de belles surprises (« All That Algorithm », « Talking Heads », « The Church Of Electric Swamp Funkin’ Blues »). Grand !

Photo : Laura Carbone

Retrouvez aussi la chronique de « Living In A Burning House » :

Catégories
Heavy metal International

Metal Church : brand new team [Interview]

Pionnier du Heavy Metal de la côte ouest américaine dans les années 80 et malgré une histoire interne faite de hauts et de bas, METAL CHURCH a su résister au temps et aux modes en imposant un style inimitable et inamovible devenu sa marque de fabrique. Racé et tranchant, la formation continue son chemin et ce sont des renfort de choc qui viennent ici la réalimenter, elle qui était en sommeil depuis les mois qui ont suivi la sortie de « Congregation Of Annihilation » en 2023. Gardien du temple depuis sa création, le guitariste, compositeur et producteur Kurdt Vanderhoof affiche aujourd’hui un large sourire, tant ce « Dead For Rights » vient raviver une flamme devenue chancelante, malgré une constante évolution. Il nous parle avec enthousiasme de son groupe et de ce percutant et flamboyant 14ème album.

– En tant que membre fondateur de METAL CHURCH et dernier représentant de la formation originel, comment regardes-tu ces 46 années d’activités faites de succès, mais aussi de tragédies et de multiples changements de line-up ?

Le première motivation a toujours été de continuer le groupe, même si on a vécu des moments vraiment difficiles, car perdre quelqu’un, par exemple, est une chose très compliqué à accepter. Mais avec le recul, aujourd’hui, je veux avancer en maintenant une certaine qualité et une intégrité dans le groupe. C’est très important. Tu sais, quand tu perds des membres, des amis, ce sont des moments très durs et parvenir à l’admettre n’est pas facile. Mais quelque part, il faut y arriver, car des gens comptent aussi sur toi et c’est d’ailleurs toujours une grande source d’inspiration et de soutien !

– Le line-up de METAL CHURCH a toujours été, pour diverses raisons, difficiles à stabiliser. Avec « Congregation Of Annihilation », on aurait pu y croire, mais cela n’a pas duré. Sur « Dead For Rights », le légendaire bassiste David Ellefson, l’excellent batteur Ken Mary et Brian Allen au chant viennent renforcer le groupe. Comment est-ce qu’on parvient à conserver une continuité artistique dans de telles conditions ?

Comme j’écris les chansons, c’est sans doute plus facile. Ensuite, quand vous avez des musiciens de ce calibre qui rejoignent le groupe, ça facilite énormément les choses. Et puis, je ne tiens pas forcément à ce que cela ressemble toujours à ce que j’ai en tête. Je respecte le talent et l’intégrité de chacun. C’était donc important qu’ils fassent les choses à leur façon. Quant à Brian, le fait qu’il est lui-même été influencé par le METAL CHURCH des débuts, celui des années 80, lui a permis de faire les choses très naturellement. Il a été très inspiré ! (Sourires)

– A une époque, tu avais entamé une carrière solo. Est-ce qu’avant de travailler sur « Dead For Rights », et alors que le groupe était sur pause, l’idée t’a traversé l’esprit de la reprendre avec un nouvel album, par exemple ?

J’avais en effet d’autres projets sur lesquels je travaille avec Rat Pak Records, mais qui sont toujours restés un peu en stand-by. Il y a Presto Ballet, qui est un groupe de Rock Progressif et Hall Of Flame, qui est juste une formation Rock’n’Roll. J’ai donc toujours eu d’autres projets sur lesquels je bosse d’ailleurs encore. C’est toujours sur le feu et je n’ai pas abandonné l’idée de continuer un jour ou l’autre. Tout ça était actif avant le reformation actuelle de METAL CHURCH. Mais oui, je continue ma carrière solo en dehors du groupe.

Le coffret « Reforged », sorti l’an dernier, regroupe les albums de la période 1999-2013 avec deux chanteurs différents, David Wayne et Ronny Munroe, et pourtant METAL CHURCH conserve son identité musicale. On a presque l’impression qu’aucun chanteur, en dehors du regretté Mike Howe, n’est parvenu à s’imposer sur le long terme. Est-ce un poids trop lourd à porter pour certains, selon toi ? L’héritage de Mike étant conséquent…

Oui, c’est sûr et je suis ravi de de ne pas être le chanteur ! (Rires) Blague à part, c’est beaucoup de pression, même si Brian adore être dans le groupe aujourd’hui ! C’est quelque chose à laquelle j’ai énormément pensé quand on avait un nouveau chanteur. C’est un travail difficile. Tu sais, il doivent imposer leur propre identité, ce qui n’est pas aisé. Mais nous en avons eu de très bons tout au long de notre parcours, de notre histoire. Et Brian est définitivement l’homme de la situation. Il a fait un excellent travail. Mais je ne voudrais vraiment pas le faire, car je n’en serai pas capable ! (Rires) Et je respecte tous ceux qui l’ont fait auparavant, et très bien fait, car c’est un poste franchement très compliqué ! (Sourires)

– Dans l’ordre de ses rééditions, il y a « Masterpeace », qui intervient à l’époque juste après votre reformation. Est-ce qu’il a servi de détonateur, de point de départ pour le suite du coffret, et aussi en 1999 pour le groupe ?

Je ne sais pas si « Masterpiece » a pu être le point de départ de l’idée de « Reforged ». Je pense qu’il y avait un côté ‘archive’ dans la démarche du label dans la mesure où ces albums n’étaient plus disponibles. Mais pour ce qui est du disque en lui-même, marquant notre reformation, il n’a pas permis de fédérer et de souder le groupe. J’ai même un peu de regret de l’avoir fait, tu vois. Je me suis soudainement retrouvé avec tout sur le dos et cela a été beaucoup de pression, car tout dépendait en fait de moi. L’album aurait du être fait différemment, mais on a fait du mieux que l’on pouvait à l’époque ! (Rires)

– Enfin, vu le titre de « Dead For Rights » et la situation mondiale actuelle, on peut y voir un message politique. Doit-on s’attendre à un album engagé de la part de METAL CHURCH ?

Non. C’est vrai qu’il y a un climat politique en ce moment dans le monde, qui a pu sûrement inspirer quelques paroles. Mais ce n’est pas un album politique, pas du tout. Bon, il y a certaines choses auxquelles j’ai pu faire référence indirectement. Mais cela ne va pas plus loin. Bien sûr qu’avec tout ce qui se passe aujourd’hui, on peut retrouver un certain climat et cela peut dépeindre sur quelques textes. Mais, on ne peut pas dire qu’il y ait un traitement politique sur l’album. Il y a juste quelques allusions dans les situations. Nous ne prenons pas partie politiquement, il n’y a aucun message. Il faut juste le prendre comme un clin d’œil Heavy Metal très léger, parce que tout ce qui se passe en ce moment est fou et on a besoin de choses et de textes légers ! Et puis, c’est un truc surtout lié au style musical en général ! (Rires)

Le nouvel album de METAL CHURCH, « Dead For Rights », est disponible chez Reaper Entertainment.

Retrouvez aussi la chronique de « Congregation OF Annihilation » :

Catégories
Heavy Stoner Rock Sludge Southern Stoner

Corrosion Of Conformity : Southern spirit

Percutant, rugueux et fédérateur, ce onzième effort d’un CORROSION OF CONFORMITY encore remanié conserve l’essence-même de l’identité musicale de la formation de Caroline du Nord. Avec une énergie continue, le quatuor déclenche des tempêtes Sludge avant de se montrer électrisant sur des ballades mid-tempos, des titres clairement Hard Rock ou frontalement Heavy Rock. Son Stoner Rock oscille à l’envie, sans jamais se perdre et c’est là toute la magie à l’œuvre depuis plus de quatre décennies. Souple, rebelle et plus enjoué et déterminé que jamais, le combo déroule son jeu sur plus d’une heure.

CORROSION OF CONFORMITY

« Good God/Baad Man »

(Nuclear Blast Records)

Ces dernières années ont été assez chaotiques pour CORROSION OF CONFORMITY. Après le décès tragique de son batteur Reed Mullin en 2020, puis le départ quatre ans plus tard de son bassiste et cofondateur Mike Dean, plus d’un aurait jeté l’éponge. Mais c’est sans compter sur la ténacité et la force de cette institution bâtie il y a déjà 44 ans et qui semble plus que jamais inébranlable. Derrière son chanteur et guitariste Pepper Keenan et le six-cordiste soliste Woody Weatherman, la nouvelle rythmique ronronne grâce à Stanton Moore derrière les fûts et au nouveau venu, le chevronné Bobby Landgraf, tous deux irréprochables et parfaitement connectés.

Les huit années qui séparent « No Cross No Crown » de ce nouvel opus peuvent laisser planer une incertitude légitime, mais « Good God/Baad Man » la dissipe aussitôt. On retrouve en effet CORROSION OF CONFORMITY dans toute sa splendeur, guidé par la voix inimitable de son frontman, bardé de riffs tranchants et épais et sur un groove massif de son nouveau duo basse/batterie, qui assure un tempo solide d’une grande complicité. Présenté comme un double-album, il y a bien deux parties regroupant les 14 titres, mais il s’agit plus d’une continuité que d’un véritable contraste. On reste naviguer dans l’univers des quatre musiciens.

La production très organique de Warren Riker (Down, Cynic) offre une impression très live à l’ensemble et l’on entend d’ailleurs quelques échanges entre les morceaux. Si l’entame du disque est très brute et axée sur un Heavy Stoner Rock puissant et parfois Metal et Sludge, la suite libère le côté Southern de CORROSION OF CONFORMITY grâce à des envolées Hard Rock, de légers accents Country-Rock, bluesy et même funky. « Good God/Baad Man » est probablement l’œuvre la plus aboutie du groupe, celle qui englobe le plus de composantes. Et il a beau se conclure sur le son d’un encéphalogramme plat, les Américains sont plus vivants que jamais ! Un must !

Catégories
Blues Rock International

Dana Fuchs : so alive [Interview]

Capté sur le vif lors d’une tournée en octobre 2025, « Live In Denmark » est la parfaite expression de l’énergie, de la puissance vocale, mais aussi de toute la délicatesse et la profondeur de DANA FUCHS. Sur scène, entourée d’une formation classique (guitare, basse, batterie), la chanteuse américaine transcende les émotions sans filtre et avec sincérité pour emporter son public vers des sommets Blues Rock. Surtout basé sur son dernier album studio en date, « Borrowed Time », cette prestation de la Floridienne montre à quel point sa voix est unique avec cette tessiture brute, qui la rend si attachante et perçante aussi sur ses textes d’une intense vérité. Rencontre avec une musicienne, qui vit le Blues pour son public avec une passion débordante. 

– Ton dernier album, « Borrowed Time », date de 2022 et est malheureusement sorti en pleine pandémie. J’imagine donc que tu as commencé à tourner dès que tu en as eu la possibilité. Du coup, est-ce que tu as fait une pause dans la composition pour te consacrer tout de suite à la scène ?

Je ne m’accorde jamais de véritable pause dans l’écriture. Même en pleine tournée, les idées fusent. Des chansons surgissent entre les balances et le concert, parfois dans des chambres d’hôtel à deux heures du matin. Mais avec la réouverture progressive du monde, les concerts sont redevenus la priorité. Ce lien avec le public nous avait tous cruellement manqué et nous en avions autant besoin qu’eux. Alors oui, les concerts ont occupé le devant de la scène pendant un temps, mais l’écriture, elle, ne s’arrête jamais complètement. Je suis, de nature, une collectionneuse d’histoires et d’expériences… (Sourires)

– D’ailleurs, sur « Live In Denmark », ce dernier album studio est bien représenté avec six morceaux. Etait-ce une setlist logique, que tu as construite en fonction de ta tournée, plutôt qu’autour de tes chansons les plus emblématiques ?

C’était un peu des deux, en fait. Quand on joue ses nouveaux morceaux depuis un moment, que le groupe les maîtrise et qu’on se sent plus à l’aise pour prendre des risques, ces chansons prennent une dimension particulière sur scène. « Borrowed Time » est un album très personnel pour moi, et après l’avoir joué en tournée, les morceaux ont trouvé leur place dans le setlist. On ajoute d’ailleurs encore des titres de cet album pour la tournée de printemps en Allemagne et en Suisse ! Je pense toujours au déroulement de la soirée. De quoi le public a-t-il besoin ce soir ? Qu’est-ce qui va le faire vibrer ? C’est une question qui me préoccupe constamment pendant un concert, et heureusement, j’ai maintenant un groupe capable de jouer quasiment n’importe quel morceau que je choisis, ou même que le public demande ! (Sourires)

– Tu as expliqué que la décision d’enregistrer ce concert au Godset de Kolding en octobre dernier avait été prise un peu rapidement en accord avec ton management et ton label. A priori, tu avais donc un peu de pression et tu as pourtant livré une prestation incroyable. Dans quel état d’esprit est-on dans ce genre de situation en montant sur scène, sachant que tout est enregistré ?

Une fois sur scène, la musique prend le dessus. J’ai suffisamment d’expérience pour avoir confiance en mon processus créatif et rester pleinement présente. Je suis parfaitement consciente de l’enjeu d’un enregistrement live, mais la pression, pour moi, a plutôt tendance à aiguiser les choses qu’à les bloquer. Je fais confiance au groupe, à l’énergie de la salle, et je me laisse aller. C’est la seule façon pour moi de réussir ! (Sourires)

– Pourtant, lorsqu’on ne le sait pas à l’écoute de l’album, on ne s’en rend absolument pas compte, bien au contraire. Est-ce que, justement, ce n’est pas une bonne manière pour se surpasser ?

Oui, je le crois. Il y a quelque chose de magique dans la spontanéité, et quand on n’a pas de filet, un instinct primitif se réveille. Il faut arrêter de se poser des questions et se laisser guider par ses sensations. Et c’est là que surviennent les meilleurs moments, ceux qu’on ne peut jamais prévoir.

– On sait que tes concerts sont toujours des moments forts et intenses. Et en tant qu’artiste, tu es bien sûr dans ton élément sur scène, mais éprouves-tu le même plaisir à sortir un album studio et un live, qui est le témoin d’un court moment ?

J’ai constaté qu’un album studio se construit au fil du temps… même en seulement dix jours, comme celui qu’il nous a fallu pour enregistrer « Borrowed Time » ! (Sourires) « Live in Denmark » est un véritable témoignage, un document qui raconte ce qui s’est passé dans cette salle, ce soir-là. Impossible de revenir en arrière et de corriger ce qui n’a pas fonctionné. Tout est capturé, y compris les imperfections, les moments spontanés, ces instants où la musique prend une dimension inattendue. J’aime les deux, mais pour des raisons différentes… (Sourires)

– Pour rester sur les albums live, tu n’en es pas à ton coup d’essai, puisque tu en as déjà sorti trois, si l’on prend en compte « Broken Down – Acoustic Sessions » en 2008. « Live In Denmark » retranscrit parfaitement toute ta force, mais aussi ta vulnérabilité. Est-ce que, finalement, la scène ne reste-t-elle pas le seul endroit où l’on ne peut pas tricher ? Ou l’on doit être absolument authentique, car ‘retoucher’ les albums comme on pouvait le faire il y a quelques années a complètement disparu ?

La scène a toujours été pour moi le lieu de l’authenticité. On ne peut pas tricher devant un public. Il ressent tout, et il est essentiel pour moi d’être pleinement présente et de laisser les chansons prendre vie sur le moment, et pas seulement de les interpréter. Certes, la technologie a transformé les possibilités en studio, mais je n’ai jamais été attiré par cette forme de perfection. Je veux que les gens entendent un être humain partager une expérience humaine.

– Si tu avais une certaine pression cette soirée-là, le disque quant à lui est d’une grande proximité et ton jeu d’une belle vivacité. Est-ce que le choix de la salle a aussi joué ? As-tu choisi un endroit pas trop grand pour développer cette communion et cette intimité aussi avec le public, qui était d’ailleurs particulièrement attentif ?

Je ressens toujours une forme d’intimité avec n’importe quel public, quelle que soit sa taille. C’est une forme d’authenticité essentielle. On ne peut pas se cacher derrière une mise en scène ou un spectacle, il faut juste la musique et les gens devant soi. Godset (la salle de la ville où a été enregistré l’album – NDR) était parfait pour ça. Le public était là, pleinement présent, et cela m’a apporté tout ce dont j’avais besoin ! (Sourires)

– Avec cette setlist savamment choisie, tu donnes aussi l’impression de beaucoup de certitudes sur ton jeu, sur ta voix et bien sûr tes compositions. Est-ce que ce sont des émotions qui peuvent être difficile à retrouver en studio par la suite, car c’est un contexte forcément très différent ?

C’est l’une des tensions centrales du métier d’artiste en studio. Ce qui se passe en live, c’est-à-dire la spontanéité, l’improvisation, cette volonté d’explorer des territoires inconnus, est très difficile à reproduire en studio. En studio, on est conscient du temps qui passe et des choix que l’on fait. Sur scène, on peut oublier tout ça ! Bien sûr, j’essaie de recréer cette ambiance en studio autant que possible. J’enregistre en live avec le groupe dès que c’est faisable. Et capturer cette énergie, c’est ce qui distingue un album comme « Live in Denmark ».

– En fin d’album, tu reprends « Sympathy For The Devil » des Rolling Stones et il prend une tout autre résonance avec ta voix. Qu’est-ce que ce tube a de particulier pour toi, car on te sent littéralement habitée dans son interprétation ?

C’est une chanson d’une profondeur magistrale ! La façon dont elle parcourt l’histoire de l’humanité et met en lumière notre penchant pour les ténèbres me touche toujours autant. Elle refuse de mentir. Elle affronte la douleur et le mal de front et continue de chanter. Quand je chante cette chanson, je ne me contente pas d’interpréter un classique des Rolling Stones. Je me laisse guider par les paroles. Je crois que le public le ressent parce que cela émane d’une expérience authentique, et non d’une simple imitation.

– Enfin, tu seras de retour en Europe au printemps pour une autre série de concerts. Est-ce qu’entre-temps, tu t’es un peu penchée sur la composition d’un nouvel album ? Et peut-on savoir si tu as déjà planifier quelque chose dans ce sens ?

J’écris sans cesse, je rassemble constamment de la matière. Est-ce que ça deviendra mon prochain album, ou autre chose ? Je ne peux pas encore le dire. Ce que je sais, c’est que chaque tournée m’apprend quelque chose sur ce qui touche le public, sur ce que je n’ai pas encore exprimé, sur la direction que prend ma musique. En ce moment, je suis impatiente de retrouver les publics allemands et suisses. C’est ce qui m’occupe l’esprit aujourd’hui. La nouvelle musique sortira quand elle sera prête ! (Sourires)

« Live In Denmark » de DANA FUCHS est disponible chez Ruf records.

Photos : Bobby Harlow (1), John Loreaux (2) et Merri Cyr (3).

Retrouvez aussi la chronique de son dernier album studio, « Borrowed Time » :

Catégories
Doom Post-HardCore Post-Metal

Neurosis : une résurrection pleine de douleur

Pierre angulaire du post-Metal depuis la fin du siècle dernier, la formation d’Oakland a montré la voie à un grand nombre de groupes, qu’ils évoluent dans un registre similaire, post-HardCore, Sludge ou même d’obédience Punk. Toute sa carrière, NEUROSIS n’a eu de cesse d’expérimenter et de repousser les limites de son imaginaire. Après de (trop) longues années d’absence, « An Undying Lover For A Burning World » marque la fin d’une pause globalement subie et d’une régénération audacieuse et solide.

NEUROSIS

« An Undying Love For A Burning World »

(Neurot Recordings)

Surprise de taille il y a quelques jours avec l’inattendu retour de NEUROSIS suite à une décennie de silence. Trois ans après « Fires Within Fires » en 2016, le groupe s’était également séparé de son leader Scott Kelly en raison de l’attitude inadmissible et condamnable de son guitariste et vocaliste envers ses proches. C’est dorénavant l’ancien frontman et six-cordiste d’Isis, Sumac et quelques autres, Aaron Turner, qui a pris le relais et de quelle manière ! Le combo semble prendre un nouvel élan, même si son jeu reste d’une noirceur et d’une obscurité inchangées, sorte d’abîme de la douleur. Et on retrouve toujours cet aspect viscéral et cathartique dans sa musique.

Le propos des Californiens n’est donc pas plus positif que jadis et se développe autour du sens à donner à une existence naviguant dans un monde aussi déconnecté que le nôtre. Sous cet angle, le point de vue vient alimenter l’univers déjà torturé de NEUROSIS et « An Undying Love For A Burning World » se révèle être un instantané de notre époque. Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est que les dix ans passés et le changement majeur de line-up ont apporté encore plus de puissance et de profondeur à ce post-Metal très Doom, captivant et quasi-obsédant, le propulsant bien au-dessus du lot de très nombreuses productions actuelles.

Musicalement, ce douzième album commence sur des cris de détresse avec « We Are Torn Wide open », ouvrant l’espace sonore au monde si original de NEUROSIS. Devenu au fil du temps une influence incontournable dans le monde du Metal au sens large, le quintet n’a rien perdu de cette créativité unique et de cette facilité à exprimer des sentiments entremêlés qu’il est à peu près le seul à maîtriser à ce point. Bien sûr, on retiendra les mastodontes « First Red Rays », « Blind » et « Setting And Scattered », et le travail effectué sur les textures sonores, les combinaisons de guitares et des parties vocales qui restent une marque de fabrique si personnelle. Une claque !

Catégories
Blues Rock Soul

Eliza Neals : l’émotion pure

Grâce encore à neuf titres solaires, ELIZA NEALS nous revient avec « Thunder In The House », un opus qui lui ressemble tellement et surtout qui l’a démarque aujourd’hui d’une scène Blues de plus en plus vaste. Sachant se faire très Rock, tout en laissant une empreinte Soul, notamment dans sa prestation vocale, l’Américaine se distingue de bien des manières, grâce aussi à des collaborations artistiques qui portent avec beaucoup d’élégance et de profondeur un songwriting personnel de plus en plus pertinent.

ELIZA NEALS

« Thunder In The House »

(E-H Records LLC)

Sur son disque précédent, « Colorcrimes », la chanteuse avait profité de sa tournée pour faire escale là où elle se produisait pour enregistrer, ce qu l’avait conduit à Nashville, dans le New-Jersey et bien sûr dans le Michigan. Née à Detroit, ELIZA NEALS est donc imprégnée de la culture Blues, Blues Rock et Soul de sa ville à laquelle ses origines arméniennes viennent s’ajouter pour former un mix original et assez unique. Sur « Thunder In The House », elle revient à Acacia Street, où elle a grandi en périphérique de la grande ville américaine.

Même si elle signe ici son treizième album, c’est surtout depuis « Black Crow Moan » (2020), puis « Badder To The Bone » (2022) et « Colorcrimes » (2024) qu’ELIZA NEALS s’est taillée une solide réputation de frontwoman, bien sûr, mais aussi de musicienne, compositrice et de productrice reconnue. Et son autre force réside dans un entourage de grande qualité, notamment son partenaire Michael Puwal, qui a œuvré avec Kenny Wayne Shepherd et Alberta James. Un duo de haut vol auquel viennent s’ajouter des musiciens aussi renommés que talentueux.

Toujours animée par ses thèmes de prédilection que sont la connexion entre chacun de nous, l’amour de l’humanité et de son prochain, ELIZA NEALS sait poser les mots sur ses compositions et et s’adapter avec brio à leurs thématiques. Entraînantes, plus enveloppantes et toujours très accrocheuses, les mélodies de ces nouveaux morceaux sont aussi réconfortants que résilients, avec pour seul guide une énergie très positive (« Speedy Beady », « Love Will », « Blues Bombspell », « Wicked Hear », « One Monkey »). Une fois encore, sa voix nous porte avec maestria.

Retrouvez l’interview accordée à l’occasion de la sortie de « Colorcrimes »…

et la chronique de son album « Badder To The Bone » :

Catégories
Hard Rock Hard'n Heavy Heavy metal Old School

Stainless : explosif

Electrisant et dynamique, ce premier opus de STAINLESS est une belle surprise en plus d’être une réussite complète. Aguerris depuis des années au sein de formations Metal underground aux Etats-Unis, ses membres affichent maîtrise et complémentarité, et l’ensemble donne un Hard’n Heavy convaincant. Compact et accessible, « Lady Of Lust & Steel » est aussi sensuel que rugueux et aussi assez surprenant dans sa démarche. Tranchant et vif, il est déjà l’un des plus pertinents de l’année.

STAINLESS

« Lady Of Lust & Steel »

(High Roller Records)

S’ils se présentent à cinq sur scène et sur le line-up officiel, c’est bel et bien à trois qu’a été enregistré « Lady Of Lust & Steel », premier album des Américains. Fondé dans l’Oregon en 2022, STAINLESS compte déjà un single et un EP à son actif et ce n’est pas un hasard si Larissa Cavacece (chant), Jamie Byrum (guitare, batterie, chant) et Clifton Martin (basse) se sont attelés en studio pour donner une suite à cette belle aventure. Très actuel dans sa production, c’est pourtant dans les années 80 et 90 que se nichent les références de ce premier long format.

Entre Heavy Metal et Hard Rock, le style de STAINLESS semble éviter les chapelles pour mieux profiter d’une liberté artistique totale. Si l’importance des guitares, tant au niveau des riffs que des solos est manifeste, le groupe possède en sa chanteuse un argument de poids. Puissante et profonde, la voix de Larissa Cavacece a ce côté brut et ce timbre légèrement rauque, qui en imposent. Solide sur les couplets, elle se montre très accrocheuse et fédératrice sur les refrains. Sans conteste, sa forte personnalité est le fil rouge de « Lady Of Lust & Steel », qu’elle guide.

Sur huit morceaux, STAINLESS offre un beau panel de ses inspirations, le tout délivré avec une énergie très live. Avec le concours de son guitariste, la frontwoman s’approprie les titres avec fougue dès l’entame avec « Restless An’ Ready », puis « Whorefrost » qui offre une dimension clairement Metal. Mélodique et musclé, le combo avance avec percussion et virtuosité. Rompu à l’exercice, il saisit l’auditeur pour ne plus le lâcher (« Danger In The Night », « Take A Listen Mama », « Rough Justice »). Un premier essai transformé avec classe.

Catégories
Heavy metal Proto-Metal Sleaze Speed Metal

Total Maniac : full sleaze

Fondé sur les cendres encore brûlantes de Nux Vomica, Deathammer et Raw Filth, les membres de TOTAL MANIAC connaissent bien les méandres de l’underground du Maryland. Quatre ans après un premier album éponyme, ils remettent ça et leur proto-Speed Metal est clairement bien aiguisé. Old School et percutant, le quintet avance sans trembler et avec le sourire sur ce « Love Overdrive » pêchu et puissant. Les clins d’œil sont multiples et assumés, et la surchauffe est délicieusement addictive.

TOTAL MANIAC

« Love Overdrive »

(Independant)

La formation de Baltimore qualifie elle-même son style de ‘Thrash And Roll’ et on y trouver son compte, c’est vrai. Cela dit, TOTAL MANIAC évolue plus précisément dans un Street Metal tranchant et racé directement inspiré des années 80 et avec un petit côté Sleaze que n’aurait pas renié Mötley Crüe à ses débuts. Le combo ne s’interdit donc pas grand-chose et l’on retrouve même l’aspect brut de Motörhead enrobé de la précision du Judas Priest de la grande époque. « Love Overdrive » concentre ainsi une sacrée dose d’énergie et d’explosivité prête à l’emploi.

Niveau efficacité, TOTAL MANIAC n’est pas en reste et expédie ses huit nouveaux morceaux en 27 petites minutes. Pour autant, « Love Overdrive » n’oublie pas d’être accrocheur et très fédérateur, grâce à des titres entêtants aux riffs acérés et à l’humour décapant. Car, dans toute cette agréable sauvagerie musicale, les Américains sont diablement irrévérencieux et costauds, un état d’esprit que l’on retrouvait sur la côte ouest au siècle passé. Et entre des références rappelant Riot et d’autres le Sunset Strip de jadis, le pont est solidement construit et même inébranlable.

Un bâton de dynamite à la main, TOTAL MANIAC se défend de faire dans la dentelle et c’est justement cette fraîcheur et cet élan très instinctif qui fait tout son charme. Il y a même un côté Punk dans la dynamique de ses brûlots hyper-Rock’n’Roll. Le frontman harangue, chante à tue-tête et entraîne ses camarades dans des chœurs rageux et même ironiques à l’occasion. Festif et Heavy Metal, ce deuxième effort ne se perdre pas en conventions et balance des claques à tout-va (« Just Another », « Devil In Plain Sight », « Drinkin’ Our Way To Hell », « Blooze » et le morceau-titre).

Photo : Marie Machin

Catégories
Blues Blues Rock International

Neal Black & The Healers : worldwide blues [Interview]

Le plus français des Texans revient avec « Number 3 Monkey », un nouvel album où l’on retrouve l’éclectisme du guitariste, chanteur et songwriter américain. Car ce baroudeur du Blues ne cesse d’évoluer dans son style, dans son regard sur celui-ci et peut-être un peu aussi sur sa façon de jouer et de composer. Au fil des albums, NEAL BLACK & THE HEALERS a vu son approche s’européaniser, s’éloignant de l’aspect roots et un peu rugueux de son Etat natal pour embrasser une version et une vision sans doute plus globales et moins marquées de ce Blues Rock devenu si identifiable. Avec ce nouvel opus, l’Américain continue de se réinventer avec une fraîcheur qui ne le quitte pas et un universalisme du genre qu’il incarne avec talent.

Avant de parler de « Number 3 Monkey », j’aimerais qu’on revienne sur ton étonnant parcours. Tu as plus de 30 ans de carrière et cela fait aussi plus de 20 ans que tu vis en France. Quelle est la raison profonde pour laquelle un bluesman quitte son Texas natal, alors que son style préféré y est omniprésent et très apprécié ?

En réalité, la scène musicale aux Etats-Unis et au Texas, surtout pour ce genre de musique, a commencé à changer et à perdre le soutien et l’intérêt du public vers l’an 2000. Beaucoup de musiciens que je connaissais et avec qui j’ai travaillé ont été contraints de se reconvertir, car ils ne pouvaient plus faire de la musique qu’à temps partiel. C’était inacceptable pour moi, alors je suis parti au Mexique pour tourner dans les Hard Rock Café avec des musiciens mexicains, avant de finalement m’installer en Europe en 2004. Venir en France était un avantage, car ma carrière était déjà bien établie grâce aux disques que j’avais sortis chez Dixiefrog Records, avec un premier album sorti en 1993, et j’avais déjà fait plusieurs tournées et concerts en Europe. La transition s’est donc faite très naturellement et je suis extrêmement heureux en tant que musicien en France. Le public français et européen apprécie toujours la culture, l’art, la musique, etc… Et c’est quelque chose qui s’est perdu aux États-Unis.

– Au lieu d’évoluer sous ton seul nom, tu as créé The Healers. Cela peut paraître surprenant dans la mesure où le groupe a vu passer de nombreux musiciens. Tu avais besoin d’une entité qui te permette de conserver un son et une approche originale, même si tu restes le principal compositeur ?

La composition initiale des Healers a beaucoup changé, principalement en raison de mes nombreux déménagements aux Etats-Unis. J’ai quitté le Texas pour New York en 1989, puis je suis retourné au Texas en 1998. Ensuite, j’ai vécu au Mexique de 2000 à 2004, avant de m’installer en France en 2004. Il était donc impossible de maintenir une équipe stable. Cependant, depuis mon installation en France, les musiciens avec lesquels je travaille sont restés relativement constants. Mike Lattrell (ancien pianiste de Popa Chubby, originaire de New York) collabore avec moi depuis plus de 15 ans, tout comme Abder Benachour (ancien bassiste de Fred Chapellier) depuis 15 ou 16 ans. Nous avons également la chance de travailler avec plusieurs excellents batteurs, tels que Guillaume Destarac, Denis Palatin et Clément Febvre. En tant que principal compositeur du projet, je m’efforce de conserver une identité musicale constante, avec comme influence principal : le Blues, ses racines et sa musique.

– Tu as fait l’essentiel de ta carrière sur le fameux label français Dixiefrog avec une quinzaine d’albums marquants. Pourtant, avec « Number 3 Monkey », on te retrouve sur celui de ton ami Manu Lanvin, Gel Production. C’est un changement de structure qui peut étonner. Il te fallait de nouveaux objectifs, quelques défis pour retrouver un certain élan ?

La sortie de ce nouvel album sur Gel Productions était une suite logique, et je suis ravi de faire partie de l’équipe. Manu et moi avons collaboré sur de nombreux projets et nous partageons un style et une approche musicale similaires. Manu est l’un des musiciens les plus travailleurs que je connaisse, et c’est un autre point commun : nous aimons tous deux œuvrer pour atteindre un objectif commun : créer la meilleure musique possible et satisfaire le public.

– Aujourd’hui, ton nouvel album sort donc sur le label de Manu Lanvin, dont tu as écrit l’essentiel de « Man On A Mission », son dernier disque. Ce n’est pas la première fois que tu collabores avec d’autres artistes, loin de là. Qu’est-ce qui te plaît autant dans cet exercice ? Te permets-tu des choses que tu n’oserais pas en solo avec The Healers ?

J’adore collaborer avec des artistes de tous styles musicaux. Récemment, j’ai travaillé en studio avec Joyce Tape (chanteuse et bassiste africaine), Laly Meignan (actrice française), Enzo Cappadona (jeune guitariste de Blues français), Sand & Folks (musique roots avec Sandy Goube à la guitare et au chant), et bien sûr avec de grands noms du Blues et du Rock : Manu Lanvin, Fred Chapellier, Phil Vermont et bien d’autres musiciens. C’est passionnant et cela me permet d’explorer d’autres horizons, de sortir de ma propre mentalité. Il s’agit avant tout de mettre son ego de côté et de se mettre au service de la chanson et de la musique pour obtenir le meilleur résultat possible pour l’artiste en question.

– On parlait de nouveau challenge avec ce changement de label. Est-ce pour cette raison que « Number 3 Monkey » est aussi électrique ? Est-ce que tu as ressenti le désir d’explorer au maximum la planète Blues ?

Nous essayons toujours d’utiliser un maximum de nuances du genre ‘Blues & Roots’, lorsque nous sommes en studio, afin de proposer une expérience intéressante pour les auditeurs et pour nous aussi ! Ce genre musical offre une grande liberté si l’on comprend ses origines.

– Ce qui est également étonnant dans la conception de ce nouvel album, c’est qu’il a été enregistré en pleine tournée, lors de vos jours de repos, et dans trois studios différents en France et en Belgique. Avais-tu besoin de cette dynamique du live ?

Je pense que c’est simplement l’énergie que nous avions en tournée et en allant en studio les jours de repos. Nous avions une cohésion qui n’est facilement transposée de la scène au studio.

– En plus de tes compositions, tu présentes deux reprises un peu étonnantes sur l’album, puisqu’il s’agit de deux chansons traditionnelles immortalisées par Skip Jones pour « Devil Got My Woman » et Robert Wilkins pour le Gospel « No Way To Get Mad ». Ce sont deux chansons que tu joues depuis longtemps ? Ou es-tu allé fouiller dans l’héritage profond du Blues ?

Ces chansons ont été choisies parce qu’elles sont un peu obscures et que nous essayons de reprendre des morceaux de Blues moins connus du public, mais ce sont des chansons que j’apprécie depuis longtemps et c’était donc un voyage intéressant que d’essayer de les reprendre avec notre propre interprétation.

– Un mot enfin sur les amis que tu as invité à se joindre à toi. On retrouve Nico Wayne Toussaint, Janet Martin et Flo Bauer. C’est important pour toi de les avoir à tes côtés, d’autant que cela s’inscrit aussi dans cette notion de partage, chère au Blues ?

Je travaille avec Nico depuis de nombreuses années, et sur sur différents projets, et il est mon harmoniciste préféré. C’est un musicien exceptionnel, capable de répondre à tous mes besoins musicaux, que ce soit en studio ou en concert. Je suis honoré de l’avoir comme collègue et ami proche depuis tant d’années. Quant à Flo Bauer, il fait partie de la nouvelle génération d’artistes de Blues que je respecte énormément. Extrêmement talentueux comme guitariste, chanteur et compositeur, il est un artiste essentiel pour l’avenir de ce genre musical. Quant à Janet Martin, c’est une bonne amie et nous avons collaboré à de nombreuses reprises lors de tournées en Europe. C’est une excellente guitariste slide et une chanteuse formidable.

Le nouvel album de NEAL BLACK & THE HEALERS , « Number 3 Monkey », est disponible chez Gel Production.

Retrouvez aussi la chronique de « Wherever The Road Takes Me », magnifique recueil de 30 ans de carrière :