De plus en plus personnel, le Melodic Metal d’AUTUMN’S GRIEF devient vraiment convaincant et la prestation, chaque fois plus poussée de sa chanteuse, n’y est sûrement pas pour rien. Cependant, pour ce dernier volet de leur trilogie, les Finlandais se montrent surprenants en n’hésitant pas à alterner des morceaux pêchus et solides avec des ballades suspendues dans le temps. Très bien arrangé et produit, « Dead Among The Living » ne manque ni d’impact, ni de finesse et l’on se laisse porter par un chant envoûtant, aussi délicat que puissant.
AUTUMN’S GRIEF
« Dead Among The Living »
(Inverse Records)
Dès ses débuts, AUTUMN’S GRIEF s’est montré audacieux en se lançant immédiatement dans une trilogie, dont voici le chapitre final. En trois ans seulement sont sortis « The Dead Don’t Smile » (2021), « The Dead By The Dawn » (2022) et voici « Dead Among The Living ». Le concept semble assez évident et la musique du trio (quatuor sur le disque) va bien sûr dans ce sens. Son Metal mélodique est sombre et mélancolique, robuste aussi, et ce malgré la forte présence des claviers consistant surtout à développer des nappes.
Composé de Noora Virtanen (chant), Santtu Rosén (guitare, basse) également membre du combo de Death Metal Melodic ‘Dead End Finland’ et de Ville Skön (claviers) avec la participation du batteur de session Jarno Petterinen, AUTUMN’S GRIEF aborde ce troisième album avec beaucoup de maîtrise et d’expérience. « Dead Among The Living » s’inscrit dans la continuité de ses deux prédécesseurs et on retrouve l’atmosphère et un jeu varié, notamment dans les tempos… Et le groupe a gagné également en précision.
Le voyage des Scandinaves a des allures très cinématographiques et la construction narrative des albums-concepts permet de poser ces ambiances, ici très subtilement, avec des moments contemplatifs et des accélérations plutôt bienvenues. Il faut aussi préciser que la voix de mezzo-soprano de sa frontwoman permet à AUTUMN’S GRIEF s’atteindre des sommets, même si celle-ci évolue librement en restant assez sobre (« The Absolution », « Perfectly Flawed », « Pushing Up The Daisies », « The Skyclad Spell », « The Failure »).
Bien Heavy et pas trop sophistiqué étant donné le registre, NEVER OBEY AGAIN a trouvé le bon équilibre entre des titres où pourraient régner les machines et une dominante Metal bien musclée et massive. Avec « Trust », les Milanais affichent un Modern Metal efficace et racé. Jouant autant sur les émotions que sur le côté rageur de leurs compos, ils occupent le terrain depuis peu de temps et ne semblent pas prêts à lâcher l’affaire de sitôt. Une confirmation à coups de marteau.
NEVER OBEY AGAIN
« Trust »
(Scarlet Records)
Un an presque jour pour jour après la sortie de « The End Of An Era », NEVER OBEY AGAIN revient déjà à la charge et ses intentions sont claires. Encore plus aguerrie, la formation menée par sa charismatique chanteuse Carolina Bestelegni livre un deuxième album explosif, direct et compact. Même si le Modern Metal des Italiens comporte beaucoup d’éléments Electro, ce sont bel et bien les deux guitares et la paire basse/batterie qui occupent l’espace sonore et donne à « Trust » son aspect organique.
NEVER OBEY AGAIN colle à son époque et, malgré les claviers et les boucles synthétiques, on parle encore ici de Metal. Et de ce côté-là, le travail des deux six-cordites offre beaucoup d’intensité et de puissance à ces nouveaux morceaux. Certes, on pense à Halestorm, Evanescence, Spiritbox et In This Moment, mais la frontwoman du quintet apporte justement une touche personnelle, grâce à une palette vocale assez impressionnante. Capable de nous emporter sur de belles harmonies, elle sait aussi montrer les crocs.
Sur une production massive, « Trust » se déroule façon montagnes russes entre riffs acérés et lourds et une rythmique véloce, qui ne manque pas de férocité. Avec beaucoup de profondeur, la chanteuse du groupe fait une belle démonstration de force entre refrains clairs et mélodiques et de sauvages screams aux accents parfois MetalCore (« Never Feel, Never Fear », « I Wish », « Control », « Lost… »). Le spectre est large et Alessandro Tuvo et Alex Pedrotti imposent un mur su son implacable. NEVER OBEY AGAIN grandit vite !
Si la délicatesse caractérise le jeu de LESOIR, son côté Rock et dynamique vient compléter une palette artistique lumineuse et positive, notamment grâce à des voix souvent doublées et des parties de guitares limpides et entraînantes. Sans faire étalage de leur technique, les Néerlandais sont pourtant extrêmement pointilleux et poussent le souci du détail dans ses retranchements. Avec « Push Back The Horizon », c’est avec beaucoup de maturité et d’inspiration, qu’ils nous invitent à un voyage musical coloré et envoûtant.
LESOIR
« Push Back The Horizon »
(V2 Records)
En l’espace de 15 ans aujourd’hui, la formation de Maastricht a su se faire un nom sur la scène progressive, malgré une trop grande discrétion à mon goût. Avec « Push Back The Horizon », c’est sa sixième réalisation et le style se fait de plus en plus précis. Musicalement d’une grande richesse, grâce à un travail impressionnant sur les textures et les arrangements, LESOIR sort vraiment du lot et le fait même avec beaucoup d’élégance. Et entre Prog soigné et Art-Rock, on est littéralement porté par la fluidité des mélodies.
Guidé par ses deux fondateurs et principaux compositeurs, Maartje Meessen (chant, claviers, flûte) et Ingo Dassen (guitare), le groupe trouve son équilibre sur des riffs efficaces et des orchestrations d’une grande finesse. Dans la continuité de « Mozaic », sorti il y a quatre ans déjà, « Push Back The Horizon » est à nouveau produit par le duo constitué de John Cornfield (Muse, Robert Plant) et Paul Reeve (Matt Bellamy), qui cerne parfaitement l’atmosphère du quintet et offre à LESOIR beaucoup de profondeur.
En ouvrant avec le morceau-titre, les Hollandais captent sans mal l’attention, tant l’harmonie entre le chant, les chœurs, la rythmique et le duo guitare-flûte est évidente. C’est toute la force de ce Rock pointu, qui alterne les ambiances en se faisant tour à tour aérien et mystérieux (« Fireflies », « You Are The World », « What Do You Want From Me ? », « As Long As Your Girls Smile »). Et sur certaines versions, LESOIR nous fait le plaisir des 20 minutes de « Babel », un titre d’anthologie datant de 2022 et son véritable joyau.
Elevée au Gospel dès son plus jeune âge dans l’une des églises de Peachtree Street à Atlanta, DIANE DURRETT chante le Blues et la Soul comme on respire, c’est-à-dire avec instinct et précision. Toute l’âme du sud des Etats-Unis se diffuse dans « Sweet Georgia Blues », sur lequel elle clame toute sa reconnaissance à ses racines dans une chaleur réconfortante et une sincérité plus que palpable. Entourée de virtuoses, la blueswoman oscille entre un style American Roots et un Blues très Soul attachant et très personnel.
DIANE DURRETT
« Sweet Georgia Blues »
(Independent)
Figure incontournable dans sa ville et bien au-delà dans le monde du Blues, DIANE DURRETT est une chanteuse, compositrice et productrice comme on en rencontre peu. Saluée également pour son action avec ‘Women In Blues’, un évènement auquel elle se consacre pleinement, elle nous revient avec un dixième album, « Sweet Georgia Blues », qui fait suite à l’excellent « Put A Lid On It », sorti en 2022. Et une fois encore, on se régale de sa voix de velours et du panache des musiciens qui l’accompagnent, car ils sont venus nombreux apporter un relief saisissant de spontanéité à cette belle réalisation.
Et ce somptueux groove sur lequel DIANE DURRETT chante avec une passion non-dissimulée, on le doit à son groupe, le ‘Soul Suga’, composé de la batteuse Melissa Junebug, du claviériste Yoel Yehuda et du bassiste Fuji Fujimoto. Et si « Sweet Georgia Blues » atteint un tel niveau d’émotion et d’authenticité, c’est qu’il est solidement ancré dans la culture musicale de Georgie. Et c’est donc en voisins que Tinsley Ellis, Eddie 9V, Joey Sommerville et Mike Mattison sont venus lui prêter main forte avec un extraordinaire feeling pour atteindre des sommets de délicatesse et de souplesse.
Dès « Child Of The Blues » qui rend un hommage très positif à son ancien compagnon de route Yonrico Scott, DIANE DURRETT éblouit par sa voix d’une grâce absolue, toute en nuances et capable de balancer un Blues soutenu comme de s’élever dans des sphères plus Soul (« Sweet Georgia Blues », « Chasing Sunsets », « Black Cat In New Orleans » avec le trombone de Craig Klein). On se laisse bercer et envoûter par des mélodies pleines de feeling (« The River Sings To Me ») jusqu’à « Amazing Grace » a cappella et de toute beauté, qui surgit avant un « Look For Me », plein de sensualité.
Un peu plus de deux ans après sa remise sur de bons rails, VOODOO KISS a retrouvé de la régularité et la flamme des débuts. Très Heavy avec quelques touches de Hard Rock, le style vintage des Allemands est un brin nostalgique, mais l’envie affichée fait plutôt plaisir à entendre. Avec derrière les fûts, le fondateur de l’un des plus grands rassemblements Metal annuel de Bavière, la formation dispose d’une belle visibilité et montre sur « Feel The Curse » beaucoup d’ardeur et de volonté.
VOODOO KISS
« Feel The Curse »
(Reaper Entertainment)
Avec son étonnant parcours, VOODOO KISS continue d’écrire son histoire près de 30 ans après sa création. Fondé par le batteur Achim Ostertag en 1995, le groupe lui doit son existence, bien sûr, et sa renommée par la même occasion. Car, faute de concert, le musicien avait dans la foulée mis sur pied le légendaire festival ‘Summer Breeze’ pour pouvoir y jouer. On connait la suite… Seulement, le combo retomba dans l’oubli jusqu’en 2022 après une très longue hibernation.
Aux côtés des autres fondateurs, Martin Beuther (guitare) et Klaus Wieland (basse), Gerrit Hutz (Sacred Steel) et Steffi Stuber (Mission In Black) vont venus compléter le line-up tous les deux au chant. Suivront un premier opus éponyme et « Conquer The World ! », un split-album avec leurs compatriotes de Tankard. La machine VOODOO KISS avait ainsi retrouvé un second souffle, et avec « Feel The Curse », son Heavy Metal très teuton est de nouveau en fusion.
Clairement estampillé 80’s, le quintet distille un Heavy classique et le fait de se présenter avec deux vocalistes distinctifs, femme et homme, donne du coffre à « Feel The Curse » et une certaine originalité aussi. Enregistré au printemps et sorti à l’été, VOODOO KISS n’a donc pas traîné, mais il aurait peut-être du s’arrêter un plus longuement sur la production qui manque cruellement de puissance. Cela dit, cette deuxième réalisation ravive de bons souvenirs et tient plutôt bien la route.
Jeune artiste complète basée à Nashville, JAX HOLLOW est une musicienne dont la musique délivre une folle énergie et, par-dessus tout, une réelle et palpable sincérité. Authentique et directe, la guitariste et chanteuse écume les scènes américaines comme européennes depuis un moment déjà. Pointilleuse et perfectionniste, elle se trouve actuellement en studio pour l’enregistrement de son troisième album à paraître dans quelques semaines. L’occasion de faire un point avec elle sur ses nouvelles compostions et plus largement sur sa vision artistique. Entretien.
– Tout d’abord, parlons de ce moment un peu particulier, puisque tu es actuellement en studio pour l’enregistrement de ton troisième album, qui sera terminé fin-septembre. Alors comment cela se passe-t-il pour le moment ?
Tout d’abord merci de m’avoir invité ! Nous en sommes à peu près à la moitié de l’enregistrement du nouvel album et ça se passe très bien jusqu’à présent. Il est en préparation depuis un peu plus d’un an maintenant. Beaucoup de chansons ont été écrites, mais seule une poignée d’entre-elles ont émergé. Et même certaines, qui sont encore en cours de préparation, ne sont pas garanties de parvenir jusqu’aux oreilles des gens.
– Pour « Only The Wild One », tu étais accompagnée de musiciens brillants et expérimentés. A priori, tu as changé d’équipe pour ce nouvel album. Est-ce que tu peux nous les présenter et nous expliquer un peu de quelle manière tu as choisis le groupe qui joue à tes côtés cette fois ?
Bien sûr, j’essaie une nouvelle approche pour le nouvel album et il met en vedette mon groupe de tournée cette fois. J’ai emmené ces gentilshommes autour du monde avec moi et je voulais capturer l’alchimie que nous avons sur scène, en studio. Il y a donc Michael Lupo, qui est diplômé du Berklee College Of Music de Rhode Island et qui, non seulement joue de la batterie, mais compose aussi de la musique. Puis, j’ai Taylor Tuke aux claviers et aux chœurs. C’est un artiste incroyable, ainsi qu’un instrumentiste accompli, jouant du piano, de la guitare et de la basse. Il est originaire du Colorado. Ensuite, j’ai aussi les meilleurs de Nashville pour d’autres parties, notamment Tim Marks à la basse, Smith Curry à la Steel et Ross Holmes au violon, et encore d’autres à venir !
– On l’a dit, tu vas bientôt terminer les sessions d’enregistrement de ce nouvel album. Comment est-ce que tu procèdes ? Y a-t-il encore une part de créativité, d’écriture et peut-être d’imprévu en studio, ou est-ce que tout est soigneusement calé à l’avance avec une idée bien précise de ce que tu souhaites obtenir ?
J’avais soigneusement planifié chaque étape de ce disque et j’ai depuis tout jeté par la fenêtre. Il n’y a tout simplement pas de bonne façon d’aborder l’art. Vous pouvez tout guider, vous pouvez travailler sur une chanson pendant des mois, l’aimer inconditionnellement, puis l’abandonner totalement pour des raisons imprévues. J’ai laissé tomber le contrôle, je m’accroche maintenant aux rênes et je vois dans quelle direction elles bougent naturellement. Puis, j’essaie d’attraper cette étincelle. Je la suis, j’essaie de rester fidèle à l’intention originale de chaque chanson lors de la création. Ensuite, je mets les meilleurs créatifs que je connais au premier plan et nous comptons tous activement sur notre instinct et notre talent pour créer le bon espace pour que chacun puisse respirer.
– Tu viens de sortir un premier single, « Don’t Call Me Baby », qui est une belle ballade. Pour ton album précédent, c’était « Wolf In Sheepskin », une chanson également très calme. Tu aimes bien dévoiler les aspects peut-être les plus tendres, tranquilles et les plus sensibles de tes albums au public avant des titres plus nerveux et plus Rock ?
Ce ne sont peut-être que des coïncidences, mais je vois tout à fait ce que tu veux dire. Je me suis dit que le premier single de ce nouvel album devait être rythmé et entraînant. Puis j’ai réfléchi un peu plus et je suis arrivée à la conclusion : je ne suis pas sur un label. Rien de ce que je fais n’est jamais conforme aux habitudes de toute façon. Je n’ai donc pas à me conformer à l’idée qu’on ne publie jamais une ballade pour une premier single. Alors, j’ai encore suivi mon instinct. J’avais un fort sentiment à propos de « Don’t Call Me Baby ». C’est tellement brut, réel et intime. Je crois en cette chanson dans son ensemble.
– D’ailleurs, je crois que tu n’as pas encore dévoilé le titre de ce troisième album. Est-ce que l’on peut savoir comment il s’appellera et surtout quand est-ce que sa sortie est prévue ?
Je pense que je l’appellerai « Come Up Kid ». C’est une biographie des deux dernières années de ma vie. De la standing-ovation en ouverture de Melissa Etheride au ‘Ryman Auditorium’ de Nashville jusqu’à la nuit à dormir dans ma voiture.
– J’aimerais qu’on fasse un petit flashback sur ton premier disque « Underdog Anthems », qui était très Rock. « Only the Wild One » avait une toute autre sensibilité et un aspect plus travaillé peut-être sur les arrangements et plus produit aussi. Est-ce que, justement, cela correspondait à des moments très différents en termes d’intensité dans ta vie personnelle et qu’on a retrouvé à travers tes chansons ?
J’avais une certaine colère sur « Underdog Anthems ». Depuis, j’ai été un peu humiliée par la vie, par l’industrie de la musique, par le monde… Chaque album est le reflet de l’endroit où se trouve un artiste à ce moment-là, mais celui-ci est différent. Cette fois, je n’ai pas peur de creuser certaines choses jusqu’ici désordonnées. Je ne suis pas opposée à prendre le long chemin du retour, je n’ai plus peur de ce qu’ils pensent. J’ai été sauvage trop longtemps. J’ai été sur la route à travers le monde, j’ai eu le cœur détruit et puis j’ai eu des aperçus de l’amour le plus incroyable que je n’ai jamais trouvé… il y a beaucoup de choses à creuser dans la vie de nos jours à travers la musique.
– « Only The Wild One » avait apporté un véritable vent de fraîcheur avec un style désormais identifiable fait de Classic Rock, de Blues et d’Americana sur un chant très personnel. Doit-on s’attendre à une certaine continuité avec ce nouvel album ?
La continuité est l’objectif, mais je me laisse davantage aller sur les chansons cette fois-ci. Je ne vais pas écrire un morceau Classic Rock juste pour en avoir un. Il faut que cela me plaise. J’ai déjà écrit des chansons de Heavy Rock pour cet album qui ne verront pas le jour, car elles ne m’ont pas donné cette confiance à 100 % pour que je croie réellement en elles.
– Tu es musicienne, chanteuse et compositrice. De quelle manière est-il plus naturel pour toi de faire passer des émotions à travers ta musique ? Plutôt par la voix, ou avec ta guitare ?
J’ai eu la chance d’étudier cette forme d’art dans des conditions intenses et de poursuivre ce voyage au-delà des murs du Berklee College Of Music et dans le monde réel. Celui-ci ne se soucie pas du fait que vous puissiez écrire à des moments inhabituels, ou jouer des gammes diminuées en ‘sweep picking’ sur le manche de votre guitare. Je pense que ce dont le monde a besoin aujourd’hui, c’est d’un sentiment d’unité, peut-être d’un certain soulagement dans le contexte d’une impression moins solitaire. Lorsque quelqu’un s’ouvre à une vulnérabilité totale, ou dit quelque chose sans s’excuser, je pense que cela inspire une réaction en chaîne. J’aimerais inviter les gens à aller à contre-courant et dans tous les aspects de la vie.
– Sur « Don’t Call me Baby », il y a le violon de Ross Holmes, qui apporte une touche légèrement Country. Etant originaire et résidente de Nashville, j’imagine que la tentation est grande tant la Country Music y est présente. Est-ce un domaine musical que tu as envie d’explorer, car il y a beaucoup d’effervescence dans le style depuis un moment déjà aux Etats-Unis et qui se propage ailleurs ?
La Country/Americana est un genre que j’explore, c’est vrai. Je suis à Nashville depuis un certain temps et je l’ai certainement intégré à mon style Et puis, cette fois-ci, je ne m’en tiens pas strictement au Rock. Je ne me suis jamais vraiment limité au Rock de toute façon, même sur « Underdog Anthems ». J’avais sorti une chanson Country toute simple sur l’album, « Drift Together », et je pense qu’il était facile de me mettre dans cette catégorie à ce moment-là. C’était Michael Wagener qui avait produit ce disque et il ressemble à ses disques de Hard Rock emblématiques. Cela dit, mes héros suivent de toute façon des chemins différents à travers les genres, donc tout ça peut être un peu flottant de toute façon.
– On le sait, tu es vraiment dans ton élément lorsque tu es sur scène et on a vraiment l’impression que c’est le lieu de toutes les émotions pour toi et ta musique. Est-ce que pour ce nouvel album, tu te projettes déjà sur le rendu scénique au moment de la composition, ou c’est quelque chose qui arrive plus tard ?
J’adore être sur scène, c’est vrai ! J’ai eu la chance de jouer dans quelques grands festivals cet été et mes préférés ont été ceux de Blues en Belgique et aux Pays-Bas ! Faire une tournée avec les garçons a ouvert de nombreuses portes sur le plan créatif et nous voulons maintenant capturer un peu de cette magie en studio. Nous testons les nouvelles chansons depuis environ un an maintenant, elles sont donc presque prêtes à être enregistrées. Mais nous sommes aussi catégoriques sur le fait que chacune d’entre elles doit être parfaite. Donc, nous les réenregistrerons donc autant de fois que nécessaire.
– Tu enchaînes les concerts toute l’année, y compris en Europe où tu es venue à plusieurs reprises. D’ici, on imagine le terrain de jeu américain gigantesque et surtout peut-être plus réceptif à ta musique, qui n’est pas réellement notre culture. Y a-t-il des choses spéciales lors de tes tournées en Europe au niveau du public notamment ? Est-ce que ta musique est perçue de la même manière des deux côtés de l’Atlantique ?
Nous sommes mieux reçus à l’étranger. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Nous ADORONS le public européen : il est très attentif et il n’a pas peur de s’amuser ! Je ne connais pas les raisons pour lesquelles le marché européen est meilleur pour nous. Peut-être que le public apprécie davantage la vraie musique, les gens qui jouent de leurs instruments, sans pistes enregistrées… ?
– Pour conclure, j’aimerais que tu me dises pour quelles raisons tu restes une artiste indépendante. Est-ce que c’est un désir de pouvoir contrôler ton processus créatif dans son entier et parce qu’aujourd’hui un label a moins d’impact qu’auparavant, ou plus simplement parce qu’il est plus difficile d’être signé en raison d’une situation devenue peut-être saturée ?
C’est une bonne question. J’ai ma petite idée là-dessus… Je vais en poser juste une : je peux être difficile à cerner en termes de genre ou de style. Les labels n’aiment plus prendre de risques. C’est vraiment dommage. J’ai beaucoup d’amis à Nashville qui composent de la bonne musique et il y a 30 ans, je parie que tous auraient été signés. C’est franchement un acte solitaire d’essayer de tout faire soi-même, mais je ne suis plus seule maintenant. J’ai rassemblé des gens formidables autour de moi. Et nous avons trouvé la solution de manière très simple : saisir la vie par les couilles au lieu d’attendre que quelque chose se passe. J’ai eu un label qui m’observait pendant que les gens tapaient sur les bancs du ‘Ryman Auditorium’ pendant deux minutes d’affilée pour une standing-ovation. C’était en première partie de Melissa Etheridge. Et ils m’ont TOUJOURS laissé tomber. Donc s’ils attendent juste que je devienne ‘rentable’, alors je passerai mon tour…
Le single « Don’t Call Me Baby » du prochain album de JAX HOLLOW est déjà disponible sur les plateformes et retrouvez-la aussi sur son site :
Même si elle ne déboussolera pas ses fans de la première heure, SIMONE SIMONS sort quelque peu des sentiers balisés d’Epica. Très symphonique pour l’essentiel, « Vermillion » affiche des ambiances franchement Electro, assez Prog même et résolument Metal. Composé en collaboration avec le maître à penser d’Ayreon, ce premier envol sous son nom oscille entre des moments calmes et des impacts plus musclés, où la frontwoman distille une prestation à la fois épique et aérienne.
SIMONE SIMONS
« Vermillion »
(Nuclear Blast Records)
Emblématique chanteuse d’Epica depuis plus de deux décennies et figure incontournable de la scène Metal Symphonique, SIMONE SIMONS se présente cette fois en solo avec un premier album très complet et plutôt convaincant. A l’instar de ses consœurs Floor Jansen et Charlotte Wessels, on découvre un univers plus personnel et assez différent de ce à quoi elle nous a habitué jusqu’à présent, tout en restant fidèle à son style. Cela dit, on connait ses grandes qualités vocales et dans ce domaine, elle reste incroyable.
« Vermillion » ne ressemble donc pas à une production de son groupe, car SIMONE SIMONS parait ici plus libre et se montre également plus sobre au niveau du chant. Les embardées lyriques sont par conséquent moins systématiques et elle évolue dans des contrées très électroniques, légèrement progressives, mais toujours aussi Metal. Cette diversité fait aussi ressortir toute l’étendue du panel de la voix de la Hollandaise. D’ailleurs, cet éclectisme soudain doit beaucoup à la présence d’Arjen Lucassen à ses côtés.
C’est avec son complice de longue date et leader d’Ayreon que SIMONE SIMONS a conçu ce premier effort et cela s’entend sur quelques morceaux aux reflets cinématographiques et même Indus (« Red », « Dystopia », « Fight Or Flight »). Par ailleurs, si « Vermillion » est assez synthétique dans la production, il offre une collection de riffs impressionnante (« Aeterna » et ses sonorités orientales, « Cradle To The Grave » en duo avec Alissa White-Gluz d’Arch Enemy, « The Weight Of My World »). Une émancipation réussie.
Avec « Blueprints », CAITLIN KRISKO & THE BROADCAST semble franchir un cap et même si on devra se contenter de six titres, on reste sous le charme de ce nouvel, et bien trop court, effort. Avant une tournée anglaise à la rentrée, le quatuor se présente au meilleur de sa forme et la performance vocale de sa chanteuse est tout simplement époustouflante. Avec beaucoup de force et d’authenticité, elle captive grâce à des variations toute en puissance et terriblement mélodiques.
CAITLIN KRISKO & THE BROADCAST
« Blueprints »
(Independant)
Après l’excellent « Lost My Sight » paru en 2020 et qui avait déjà posé les solides fondations de THE BROADCAST, c’est avec l’EP « Blueprints » que les Américains font leur retour. Cette fois, leur chanteuse et parolière CAITLIN KRISKO y a ajouté son patronyme, peut-être pour mieux marquer de son empreinte ce nouveau format-court, mais pas seulement. Il faut préciser que les six morceaux ont un côté très personnel et introspectif dans la mesure où la frontwoman a récemment perdu sa mère et nombre des émotions traversées ici y font directement référence, rendant ce Blues teinté de Soul et de Rock plus émouvant encore.
Si le premier album avait une couleur peut-être plus roots et brute avec un jeu plus direct, sur « Blueprints », CAITLIN KRISKO & THE BROADCAST joue la carte de l’émotion et la chanteuse est réellement au centre de toute l’attention. Née à Détroit et ayant grandi à New-York, c’est désormais dans la ville d’Asheville en Caroline du Nord qu’elle est basée et sans tomber dans un registre clairement Southern, des sonorités et des intentions très Soul se dégagent du EP, notamment sur les très bons « Haunted By You », Have To Say Goodbye » « Blue Monday », les chansons les plus touchantes.
Déchirante souvent, CAITLIN KRISKO fait parler la puissance de sa voix tout en faisant preuve de beaucoup de sensibilité et d’une folle énergie, comme sur le très funky et enthousiasmant « Devil On Your Side », qui ouvre cette nouvelle réalisation. Et que dire de ses camarades qui élèvent THE BROADCAST sur chaque titre ! Sur une production limpide, le groove et les arrangements très soignés prennent une dimension enchanteresse, comme sur le dynamique « Piece Of You » et l’entêtant « Operator ». Très moderne dans son approche, « Blueprints » montre un large spectre musical, et on attend la suite rapidement.
Les réalisations des Suédois sont de plus en plus attendues, tant leur style s’affine au point de devenir addictif au fil des années. Même s’ils ont laissé échapper quelques singles avant sa sortie, « Birthday » est loin d’avoir dévoilé tous ses secrets. Authentique et organique dans le son, il fait preuve d’autant de sensibilité que d’aplomb et BLUES PILLS se fait de plus en plus incontournable. Avec une chanteuse engagée et élégante, les Scandinaves frappent fort et s’affirment avec talent.
BLUES PILLS
« Birthday »
(Throwdown Entertainment/BMG)
La décennie largement passée et la maternité de sa frontwoman aurait pu calmer les ardeurs de BLUES PILLS, mais à y regarder de plus près, il n’en est rien. Pourtant enregistré durant la grossesse d’Elin Larsson, « Birthday » ne propose pas vraiment le climat de tendresse auquel on aurait pu légitimement s’attendre. De plus, en le sortant en pleine période estivale, le quatuor montre qu’il n’a pas froid aux yeux. Et tous ces éléments mis bout à bout confirment une belle envie et surtout une assurance évidente.
Pour son quatrième album, auquel il faut ajouter un live et trois EPs, BLUES PILLS se présente avec son très reconnaissable Blues Rock où psychédélisme, élans sauvages et légères sonorités Pop se fondent dans une unité musicale que le combo élabore depuis ses débuts. Toujours portés par une voix envoûtante, les morceaux de « Birthday » s’envolent souvent, tout comme ils libèrent d’intenses émotions comme sur « Somebody Better », l’un des sommets de ce nouvel effort.
Toujours aussi bien produit, le morceau-titre, qui ouvre les festivités, donne le ton. Enjoué et volontaire, ses nouvelles compositions se veulent ouvertement féministes et la situation d’Elin Larsson au moment de l’enregistrement vient confirmer une force palpable (« Piggyback Ride », « Holding Me Back », « Don’t You Love It », « Back On That Horse Again »). Varié et inspiré, BLUES PILLS livre un opus complet et fait vibrer son Blues Rock avec beaucoup de profondeur et de charme. Personnel, convaincant et soigné !
Brute et authentique, la Soul hyper-punchy proposée par la New-Yorkaise ravive avec talent l’esprit des pionnières comme Mavis Staples et résonne même comme une version féminine d’Otis Redding. Terriblement Funky, un brin roots et doté d’un charme rétro irrésistible, BETTE SMITH livre l’un des disques les plus palpitants du style depuis un moment. Aussi intense que tendre, « Goodthing » révèle une force créative et bouillonnante avec un pied dans chaque millénaire.
BETTE SMITH
« Goodthing »
(Kartel Music Group)
Les débuts de BETTE SMITH remontent maintenant à presque 20 ans. Originaire de Brooklyn, la chanteuse et compositrice est d’abord passée par la chorale de son père avant d’éclore sous le nom de Bette Stuy avec un premier opus suivi d’un EP. C’est à partir de 2017 et « Jetlagger » qu’elle prend véritablement son envol et se produit aux côtés de Kenny Wayne Shepherd et Drive-By Truck, tout en participant à de multiples enregistrements studio. « Goodthing » est donc son quatrième album et il en impose !
Il y a quelque chose d’iconique et d’intemporel dans la voix de BETTE SMITH. Nourrie de Gospel, de Soul, de Rock de Funk et de Blues, la frontwoman dépoussière les codes très 70’s du genre et, tout en les respectant, leur offre une couleur et une fraîcheur très contemporaines. En jouant aussi sur un côté vintage savoureux, elle fait sonner ses morceaux avec énergie et se montre très actuelle dans leur interprétation. « Goodthing » est une sorte de concentré de douceurs acidulées, dont il est difficile de se défaire.
Après avoir travaillé sur ses compositions, l’Américaine a traversé l’Atlantique pour entamer une collaboration avec le producteur Jimmy Hogarth réputé pour son travail avec Amy Winehouse et Tina Turner notamment. Et le duo fait des étincelles sur les 13 pépites que compte « Goodthing », le bien-nommé. Le chant de BETTE SMITH y est électrique (« Eternal Blessings », « M.O.N.E.Y. », « Whup ‘Em Good », « More Than A Billionaire », « Cave » et le morceau-titre). Ce disque fait un bien fou et s’écoute en boucle !