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Blues International

Popa Chubby : (quel) chapeau l’artiste ! [Interview]

La dernière année a bouleversé POPA CHUBBY, mais l’a également rendu très créatif… Une constante, certes. C’est avec son chapeau d’aluminium (« Tinfoil Hat »), que le New-Yorkais a composé ce nouvel album entièrement réalisé à la maison. Moqueur, tendre, en colère et toujours plein d’humour, le bluesman passe en revue les sentiments qui l’ont traversé ces derniers mois. Court entretien avant la sortie de l’album prévue le 12 mars chez Dixiefrog.

– Il y a un an, tu célébrais tes 30 ans de carrière avec l’excellent « It’s A Mighty Hard Road ». Quel regard portes-tu aujourd’hui sur l’album, et que ressens-tu de l’avoir si peu défendu sur scène ?

En fait, nous avions tourné en Europe début 2020, et donc réussi à défendre un peu le disque. Ensuite, nous avons terminé en Amérique du Nord le 16 mars, donc cette défense était en fait une attaque ! Et je prévois aussi de revisiter ce disque à mon retour sur scène.

– Sur ce même album, on ressentait un grand sentiment de liberté avec des morceaux très Blues Rock, mais aussi des sonorités latines, Reggae, Funk et une superbe reprise de Prince. Avec « Tinfoil Hat », tu reviens aux fondamentaux du Blues dans un style très épuré. Avant d’entrer dans les détails, on te sent moins insouciant, non ?

Au contraire, « Tinfoil Hat » est plus un cri de bonne santé mentale et de raison. Et c’était aussi un devoir artistique pour moi de commenter tous ces événements. Et je n’oublie jamais le public, non plus. Mais c’est vrai que « Mighty Hard Road » était plus une célébration.

– Parlons de « Tinfoil Hat », qui est autant un cri de colère que d’amour. On sait que tu as été très affecté par cette pandémie et par les événements que nous avons traversés …

Pour être honnête, je pense que le disque illustre toutes les émotions et les histoires que j’ai vécues pendant la pandémie. C’est un large éventail de ressentis formés de rage d’aimer, ainsi que de peur mais avec beaucoup l’humour. C’est toujours la muse qui dicte finalement. Et dans ce cas présent, elle a été gentille.

– Tu as entièrement joué et enregistré l’album chez toi, tout en étant très présent sur les réseaux sociaux. Comment t’es-tu adapté à cette situation inédite ? Rester en contact avec tes fans t’a semblé important compte tenu de l’absence de concerts ?

L’enregistrement chez moi n’est pas nouveau. ‘Chubbyland’ est mon laboratoire depuis de nombreuses années et entièrement équipé avec vraiment tout ce qu’il faut. La pandémie m’a permis d’atteindre de nouveaux niveaux sur tous mes instruments. Je pense que le résultat reflète mon expression la plus authentique. Et c’est vrai que les réseaux sociaux me permettent d’avoir un contact direct avec mes amis et mes fans, et c’est un moyen de partager le processus dans son immédiateté.

– En plus de parler du Covid, l’album évoque aussi très frontalement la situation politique américaine. Décidemment, quelle année chaotique ! Elle est à vite oublier, ou au contraire il y a quelques leçons à en tirer ?

Humm… Honnêtement, je déteste la politique, mais Trump a été une abomination. Cela a également vraiment mis en lumière ce qu’est l’Amérique : une nation raciste. La tendance à oublier a beaucoup à voir avec le maintien des personnes au pouvoir. Biden est le bon gars pour le moment. Uncle Joe ! Et c’est même étonnant de voir de quelle manière il a mis en place tant de choses en si peu de temps. Mais nous avons encore un long chemin à parcourir.

– Malgré de la colère, de la frustration et de la rage, on perçoit aussi beaucoup d’amour sur « Tinfoil Hat ». Comme toujours, tu es très sincère et authentique dans tes propos et tu es vraiment très soutenu par tes fans. C’est essentiel pour toi ? Pour continuer d’avancer ?

J’aime mon peuple, mais je ne peux pas calmer les fans, car cela impliquerait que je suis mieux. Et je ne le suis pas. Et puis, j’en connais tellement personnellement, ainsi que leurs histoires personnelles. Oui, ce sont mes amis et ils me soutiennent.

– Avec le rayon de soleil qu’offre ce nouvel album, quels sont tes souhaits et tes espoirs pour les mois à venir ? Un rapide retour sur scène ?

Je ne peux plus attendre ! Je veux partir tourner au plus vite ! J’espère que nous serons tous vaccinés et que je serai à l’Olympia en octobre 2021 !

« Tinfoil Hat » sera disponible le 12 mars chez Dixiefrog/PIAS.

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Folk/Americana International Stoner/Desert

Tony Reed : une vision positive de l’avenir [Interview]

Producteur reconnu dans le milieu du Stoner Rock et au-delà, le multi-instrumentiste TONY REED a mis entre parenthèse ses groupes Mos Generator et Big Scenic Nowhere pour sortir il ya quelques mois son premier album solo. Acoustique, très épuré et touchant, le compositeur américain a livré un « Funeral Suit » étonnant, sincère et très personnel. Rencontre avec ce monument de Seattle.

– Il y a quelques mois, tu as sorti « Funeral Suit » dans un registre où on ne t’attendait pas forcément. Quel regard portes-tu sur ce premier album solo avec un peu de recul ?

Au cours des dernières années, on m’a demandé de faire un album acoustique à plusieurs reprises. Certaines des chansons de « Funeral Suit » ont été écrites il y a plus de cinq ans. C’est un style dans lequel je suis aussi à l’aise que dans du Rock lourd et, au niveau des paroles, il ne s’éloigne pas trop du contenu des trois derniers albums de Mos Generator. La grande différence ici, c’est que les voix et les paroles sont présentées dans un cadre sans grosses guitares, ni de section rythmique agressive.

– Malgré de multiples productions, on te connait surtout en tant que leader de Mos Generator et plus récemment avec Big Scenic Nowhere. Qu’est-ce qui t’a poussé à réaliser un album Folk et presqu’Americana ? C’est un projet que tu mûris depuis longtemps ?

En fait, chaque chanson a été enregistrée telle qu’elle à l’exception de deux chansons initialement interprétées par Mos Generator. Ce sont presque toutes des démos. Je trouve que dans certains styles de musique, si tu passes trop de temps à améliorer la performance ou les arrangements, tu perds l’énergie et le sentiment de départ. Sur la plupart de ces chansons, j’ai enregistré la guitare très rapidement, puis j’ai enregistré les voix au moment où je les écrivais. Il y a beaucoup d’erreurs sur l’album, mais je ne pense pas que je changerai quoi que ce soit. Cela donne vraiment aux chansons une sensation différente.

– « Funeral Suit » est un album assez sombre et intimiste, presqu’introspectif. C’est la situation due à la pandémie qui a guidé ce choix, ou c’est quelque chose de plus profond ? Et il y aussi ce changement radical de style…

Toutes ces chansons ont été achevées avant la pandémie. Si je me souviens bien, les derniers enregistrements de l’album ont été faits en novembre 2019. Tu as raison de dire que c’est un album intime et introspectif. Je n’ai jamais été aussi transparent dans mon écriture. Au cours des dernières années, j’ai jeté un coup d’œil sur les choses que je n’aime pas chez moi et les choses que j’ai faites et qui ont blessé les personnes que j’aime. De nombreux textes de Mos Generator reflètent également ce type d’auto-analyse. Entre « Funeral Suit » et l’album de Mos Generator « Shadowlands », je pense avoir exorcisé ces sentiments et les avoir remplacé par une vision positive de l’avenir.

La mort de mon père en 2019 a également joué un grand rôle dans la création de cet album.  « Funeral Suit », la chanson, parle de son décès et de la façon dont cela affectera le reste de ma vie. Il s’agit aussi des êtres chers qui sont toujours là et qu’ils peuvent partir à tout moment. Alors, chérissez cette vie que vous avez avec eux. J’ai l’impression que mon père comprendrait tous ces sujets sombres sur lesquels je chante, s’il pouvait écouter l’album. Je l’aime beaucoup et je peux honnêtement dire que bon nombre de mes propres défauts de caractère sont ceux que je pouvais voir en lui. Il aurait compris cet album. Il était un grand fan de mon travail et m’appelait régulièrement pour me le dire. Je porte ces mots partout avec moi.

En ce qui concerne le style de musique, j’écris et j’enregistre de la musique acoustique depuis plus de 30 ans. Dans mes archives personnelles, il y a des centaines de chansons que j’ai enregistrées dans de nombreux styles. Certaines ont été publiées ou rééditées au fil des ans, et il pourrait y en avoir d’autres dans un proche avenir. En ce moment, j’ai cinq projets et groupes actifs qui écrivent et enregistrent. Le seul avec des horaires de répétition réguliers est Hot Spring Water. Cela ressemble beaucoup au Rock Country du début des années 70 en Californie du Sud. C’est une sorte de mix Country alternative et sombre. C’est un groupe formidable et c’est très sympa à jouer sur scène.

– Sur cet album, tu es seul aux commandes. « Funeral Suit » est un disque que tu tenais toi-même à mener de bout en bout ?

Je suis un maniaque du contrôle donc, pour moi, ce n’est pas si différent que pour d’autres disques. Je gagne ma vie en tant qu’ingénieur du son et producteur depuis mes vingt ans environ, ce qui me permet également d’avoir le contrôle sur mes chansons. Au fil des ans, j’ai sorti pas mal de disques où je joue de tous les instruments. Cela vient vraiment du fait que je ne suis pas une personne très sociale et que je passe la plupart de mon temps à côté d’un enregistreur avec toute sorte d’instrument de musique à la main. Et j’ai eu la chance de pouvoir en faire l’œuvre de ma vie.

– En plus de cet album très touchant, Il y a également eu « Lavender Blues » avec Big Scenic Nowhere cette année. Finalement, elle aura été assez riche pour toi. Doit-on s’attendre maintenant à un nouvel album de Mos Generator en 2021 ?

Bob (Balch, également guitariste de Fu Manchu) et moi avons une excellente relation musicale. Nous sommes tous les deux mélomanes et essayons de jouer et d’apprendre sans cesse. Big Scenic Nowhere est génial, parce que j’arrive à saisir de longues jams et à les rendre très structurées en studio. C’est un processus que je connais, mais que je n’ai jamais fait avec autant d’intensité. C’est vraiment un défi amusant. En ce qui concerne Mos Generator, j’ai passé l’année dernière à essayer de trouver des morceaux pour maintenir la présence du groupe auprès du public. Actuellement, je suis très heureux de travailler sur de nouveaux morceaux. Le problème est que nous ne vivons pas les uns à côté des autres. Jono (batterie) habite à 3.500 kilomètres de Sean et moi. Et en ce moment, il est très difficile de se réunir et de travailler sur de nouvelles compos. Mais nous prévoyons au moins d’écrire et d’enregistrer un nouvel album (peut-être un double) d’ici la fin de l’année. C’est notre objectif.

Bandcamp : https://ripplemusic.bandcamp.com/album/funeral-suit-blood-and-strings-acoustic-series-ch-2

Retrouvez la chronique de l’album : https://rocknforce.com/tony-reed-la-surprise-folk-du-chef

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Extrême International

Hands of Attrition : une exigence et une motivation sans faille [Interview]

Avec un album de ce niveau, le quintet britannique HANDS OF ATTRITION a fait l’effet d’une bombe à sa sortie en fin d’année dernière. Armé d’un post-Metal HardCore, le combo est d’une efficacité redoutable et d’une énergie débordante. Et « Colder places » n’est qu’un coup de semonce, les Anglais pensent déjà à l’avenir.

– J’aimerais que l’on parle de votre parcours car arriver avec un premier album aussi mature et puissant est une chose inhabituelle et assez rare…

Merci pour cet excellent retour sur notre album, nous sommes vraiment ravis. Pour commencer, tous les membres de HANDS OF ATTRITION ont déjà joué dans des groupes, donc rien de tout cela n’est vraiment nouveau pour nous. Toutefois, la direction sonore et musicale dans laquelle nous nous trouvons est une combinaison des pensées et des sentiments collectifs avec une connaissance musicale solide pour faire exactement comme nous l’entendions. En écrivant les morceaux, les riffs et même les mélodies vocales, chaque membre s’est impliqué pour s’assurer que nous en tirions le meilleur. Si cela signifie réécrire le riff plusieurs fois, alors on le fait. Nous avons tous nos propres préférences, donc être conscients des goûts de chacun facilite l’écriture et nous permet de choisir les meilleures parties pour faire progresser les chansons. C’est une combinaison de groove, de mélodies et de Heavy. Tout le reste est un bonus. Être ensemble depuis maintenant trois ans permet aussi de comprendre plus facilement ce que nous voulions et comment l’album devait sonner.

– Vous présentez sur « Colder Places » un registre novateur et d’une maîtrise totale. C’est le fruit de nombreux mois de travail ?

La plupart des chansons de « Colder Places » sont assez anciennes. Le line-up est complet depuis 2018, et nous avons donc eu le temps de nous assurer que ce que nous faisons est vraiment personnel. Les chansons ont été travaillées, enregistrées, réécrites et finalisées au cours des trois dernières années. « Leap of Faith » est un morceau qui a trois ans et les couplets de « I’m Gone » sont encore plus anciens. Heureusement, nous pouvons enregistrer chez nous et envoyer nos idées à chacun avant de décider qu’une chanson soit complète. Cela donne le contrôle total que tu mentionnes. Les principaux mois de travail ont eu lieu pendant l’été 2020. Nous avons décidé d’enregistrer chaque partie, chaque session et chaque chanson nous-mêmes. Nous avons la chance d’avoir un endroit où nous pouvons enregistrer aussi longtemps que nécessaire. Donc, prendre le temps de planifier un programme nous a aidé à garder une certaine routine et nous assurer que nous étions bien reposés entre chaque session.

– Un mot sur cette production massive. Comment un jeune groupe se retrouve à travailler avec des personnes qui ont parfaitement su mettre en valeur son travail ?

En ce qui concerne l’enregistrement, nous avons pris notre temps et nous avons beaucoup appris en enregistrant de la batterie en direct, en construisant une cabine vocale mobile et en apprenant les techniques d’enregistrement. Nous avons finalement obtenu le son que nous voulions et enregistré chaque partie de l’album nous-mêmes. Un total de quatre mois a été nécessaire les soirs et les week-ends pour obtenir les meilleurs enregistrements et performances possibles. Si quelque chose ne sonnait pas bien, nous la refaisions en voulant tirer tout ce que nous pouvions l’un de l’autre. Nous avons pu nous pousser mutuellement pour nous sentir vraiment au point pour l’enregistrement. Et puis, nous avons pu approcher un fantastique, sinon l’un des meilleurs producteurs de Metal et ingénieurs du son, Justin Paul Hill. Nous lui avons envoyé une démo et notre mix de « They Come at Night ». Sa réaction a été très positive. Il a mixé et masterisé chacun de nos morceaux : « They Come at Night » est sorti en juillet 2019, « I’m Gone » en janvier 2020 et « Threadbare » en octobre 2020. Ce sont nos premiers singles. L’album a été travaillé pendant plus d’un an, donc perfectionner tout ce que nous pouvions était la clef pour que nous puissions construire une relation avec Justin et obtenir cet album, dont nous sommes si fiers aujourd’hui.

– Comment se sont passés la composition et l’enregistrement de « Colder Places » ? J’imagine que tout a été réalisé durant cette année de pandémie ? Cela n’a pas trop contrarié votre démarche ?

En fait, la plupart des chansons était déjà presque prête à l’exception de « Nightingale », « From the Void », « The Only One » et « Subjugation ». Elles ont été écrites lors du premier confinement et finalement retravaillées en juillet, lorsque les restrictions se sont un peu assouplies. Les autres chansons étaient déjà composées, et nous savions exactement comment elles devaient être enregistrées. Quelques paroles et des sessions de batterie ont été modifiées sur quelques chansons, mais à part cela, nous sommes un groupe qui planifie les choses. Nous avons tous convenu que si nous ne sortions pas d’album en 2020, nous attendrions la prochaine opportunité. Mais nous avions le temps et l’énergie. La seule chose que nous savions, c’est que nous avions jusqu’en octobre pour terminer l’album en entier, car c’était le seul créneau dont disposait Justin dans son emploi du temps. Il travaille avec de nombreux groupes, c’était soit en octobre, soit en 2021 …

– Justement, l’année 2021 démarre. Avez-vous réussi à planifier aussi votre promotion et vos concerts normalement en suivant à peu près ce que vous aviez prévu ?

On a beaucoup parlé de la promotion de l’album tout au long du processus d’enregistrement. Le Covid nous a beaucoup perturbé… Travailler avec Purple Sage PR pour mener à bien une campagne de relations publiques entièrement numérique était la voie à suivre et une excellente façon de lancer les choses. D’ailleurs, travailler avec Purple Sage nous a permis de profiter de leur travail acharné et de leurs connaissances. Ils nous ont jusqu’à présent menés vers de nouveaux sommets que nous n’aurions pas atteints seuls. Pour les concerts … Eh bien, nous n’avons jamais pensé que nous n’en aurions joué qu’un seul, c’était le 29 février 2020. Cela nous manque énormément. Nous n’avons pu caler que deux concerts jusqu’à présent pour l’ensemble de 2021. La planification et le lancement de l’album comme nous l’aurions souhaité ont été manqués. Cependant, lorsque le moment sera venu, nous jouerons cet album en live dans son intégralité à tous ceux qui voudront nous rejoindre. HANDS OF ATTRITION ne fait que commencer et nous sommes bien décidés à rester. Qui sait ? Notre deuxième album sera peut être plus proche que nous ne le pensons tous, si les concerts restent annulés pendant un moment…

Bandcamp : https://handsofattrition.bandcamp.com

Retrouvez la chronique de « Colder Places » :

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Blues International

Ghalia Volt : roots, organique et sans fioritures [Interview]

Si le Blues coule dans la peau de la jeune artiste belge GHALIA VOLT, c’est aux Etats-Unis et notamment à la Nouvelle Orléans que son style s’est révélé. Avec déjà trois albums au compteur, elle a joué avec des pointures du genre tout en affirmant un style très personnel. Rencontre avec une artiste qui n’a pas froid aux yeux.

– Tout d’abord, quel a été le déclic qui t’a décidé à traverser l’Atlantique et te poser à la Nouvelle Orléans ? Sachant que la ville compte un grand nombre de talentueux musiciens, tu n’as pas été trop intimidée en arrivant ? Et est-ce que ton adaptation s’est faite facilement ?

En 2014, je pars pour la première fois aux Etats-Unis dans l’idée d’aller visiter les villes dont parlent les chansons que j’écoute. A 21 ans, avec mon sac à dos et mes petites économies construites par une multitude de séries « Busking » au centre de Bruxelles. Je commence par New Orleans, puis je traverse toute la Louisiane, le Texas, le Mississippi, le Tennessee, l’Arkansas le Missouri et enfin l’Illinois. Si je décide de m’installer ici, c’est qu’il n’y pas deux endroits comme cela. Je tombe sous le charme directement. Marcher dans New Orleans, c’est comme marcher dans un recueil de poésie. Oui, l’intégration s’est faite facilement grâce à mes contacts et diverses expériences. Comme d’habitude pendant tout le voyage, je suis vite montée sur scène, j’ai rencontré des groupes, des musiciens et j’ai enregistré… J’ai fait une démo, à la base pour le fun, avec un groupe nommé les « Mama’s Boys », qui a attiré l’attention de mon label, Ruf Records, et qui m’a demandé d’y retourner enregistrer l’album complet. C’est ainsi qu’après quelques aller-retours entre l’Europe et les USA, je me suis installée en 2016. Effectivement à New Orleans, il y a 20.000 musiciens. Ce n’est pas une légende. Avant le Covid, je pouvais facilement faire 5 à 6 concerts par semaine, quand je ne suis pas en tournée. Mais comme dans la vie en général, il faut se démener pour se faire une place.

– J’imagine que tu es arrivée aux Etats-Unis avec des certitudes et surtout une vision personnelle de ta musique. As-tu changé ton jeu, ou est-ce qu’au contraire le contexte l’a fait évoluer ?

Absolument, à tous les niveaux. Je suis arrivée aux USA avec beaucoup de passion pour la musique et un certain bagage culturel. Tout a bien sûr évolué, de mes connaissances à mes compétences. Tu grandis facilement, car tu es entourée de talents dont tu t’inspires et apprends comme de bons amis tels que Watermelon Slim, Sean Bad Apple et bien d’autres. Mais j’ai aussi évolué rapidement car je joue tout le temps. J’ai toujours une guitare en main, une situation qui me pousse à écrire, l’envie de chanter, une jam… Et puis, ces fameux concerts dans les clubs qui durent jusqu’à 4 heures. Si tu fais le compte : 4 heures, cinq fois semaines, ça fait pas mal d’heures de performance. Chaque rencontre, chaque expérience, chaque voyage offre un apprentissage important.

– Tu as sorti rapidement « Let The Demons Out » puis « Mississippi Blend », deux albums que tu as enregistrés avec des pointures du genre. Qu’est-ce qui a été le plus enrichissant humainement et artistiquement ?

Les deux albums sont deux expériences tout à fait différentes. « Let The Demons Out » enregistré à New Orleans avec les Mama’s Boys était magique. Ils sont devenus comme ma famille et ils le sont d’ailleurs toujours. Nous nous retrouvons encore pour fêter Thanksgiving, ou lors de simples occasions pour boire une bière. On a vécu de très beaux moments ensemble. L’un des souvenirs mémorables a été la Norvège pendant l’une des tournées européennes. Avec l’album « Mississippi Blend », c’est un autre rêve qui s’est réalisé. On a enregistré au Zebra Ranch Studio, dans le Hillcountry du Mississippi, fondé par Jim Dickinson qui a accueilli des pointures allant de Bob Dylan à Robert Plante ou aux Cramps, en passant par R.L Burnisde ou Othar Turner. J’ai coproduis l’album et j’ai invité mes comparses des Mama’s Boys, Smokehouse Brown et Dean Zucchero, mais aussi mes chers amis Watermelon Slim et Lightnin’ Malcolm qui m’ont fait l’honneur de quelques morceaux. Collaborer avec Cedric Burnside et Cody Dickinson a été magique. Le Mississippi n’est pas très grand et tout le monde se connaît. Depuis 2014, je parcours toutes les villes et festivals de la région. J’ai vite rencontré Cedric qui m’a toujours fasciné. C’est un honneur de l’avoir sur l’album et un réel plaisir de travailler avec lui. Son groove a donné une autre dimension à mes compositions, et je suis heureuse d’avoir pu capter ça en studio.

– Alors que sur les albums précédents tu jouais en groupe, sur « One Woman Band », tu es seule aux commandes. Comment la transition s’est-elle passée et cela t’a-t-il obligé à changer certaines choses dans ton jeu et dans l’approche des morceaux ?

Disons que c’est un challenge différent, mais l’approche créative des morceaux est plus ou moins identique. J’écris les paroles, les mélodies et les grooves, et puis je les répète. Il a fallu énormément de pratique et de répétitions pour pouvoir enregistrer ce set-up live en studio.  Se rappeler des paroles, les chanter, faire attention à la prononciation tout en jouant de la guitare et battre le rythme avec les deux pieds sur trois éléments de batterie différents était un vrai défi à relever !

– Justement, ton jeu est très roots avec un son de guitare très rugueux et massif. On n’a pas vraiment l’impression d’écouter une Européenne. Comment t’es-tu appropriée cette façon si singulière de jouer ? Tu l’avais déjà en arrivant en Louisiane ?

Non effectivement, j’ai appris sur le tas. Je n’ai jamais été une élève très assidue. Mon jeu de guitare s’inspire des vinyles que j’écoute et de mes voyages. Au niveau du son, j’adore le son traditionnel d’un bon Elmore James ou Magic Sam : simple, gras et efficace. Pas de pédales nécessaires, juste un bon vieil ampli dont tu peux faire craquer la membrane. Au niveau du jeu de guitare, cela s’est effectivement fait en me baladant à droite à gauche, en regardant pendant des heures des musiciens passionnants et en allant à leur rencontre. Ce n’est pas mon style de regarder des vidéos sur YouTube ou d’apprendre des partitions… A travers mes voyages, j’ai pu observer, rencontrer, échanger et partager avec des personnes qui ont eux-mêmes appris de cette façon-là. Par exemple, Sean Bad Apple, qui est devenu un ami proche ou Jimmy Duck Holmes, m’ont montré des licks et tricks, qu’eux-mêmes ont appris par Jack Owens qui a appris aux côtés de Skip James. C’est cette approche que j’aime dans mon apprentissage.

– D’ailleurs, peux-tu parler de ton jeu de slide, qui est presque saturé et omniprésent ? C’est d’autant plus surprenant car la slide est habillement utilisé de manière limpide et cristalline. Ton Blues est finalement très Rock en plus d’être roots…

Oui, il y a deux écoles pour la slide. Il y a le son clean comme les Allman Brothers, Derek Truck, etc… Que j’aime beaucoup et dont j’admire la technique. Et puis, il y a le côté plus Delta Blues avec des personnes comme Son House, Fred McDowell, Robert Johnson, Elmore James, Muddy Waters, etc… qui au contraire se veut dirty, gras et pas bichonné. Je pense que, pour l’instant, c’est ce qui me parle le plus, mais ça pourrait changer d’un morceau à l’autre.

– Tu as composé ce nouvel album en parcourant une grande partie des Etats-Unis en train. Cela t’a inspiré au niveau musical ou plutôt dans le contenu des textes avec des thèmes que tu n’abordais pas auparavant ?

Je dirais surtout dans le contenu des textes. Il était facile de se retrouver dans un rêve éveillé à la vue tous ces paysages. 18 états, un bon paquet de villes, des déserts, des montagnes, l’océan, etc… Puis, les aventures et les expériences vécues pendant le trajet ou le fait aussi et surtout d’être un mois toute seule, confrontée à mes pensées, ma solitude et ma créativité. Et puis beaucoup d’heures de train, où je me suis retrouvée face à mon cahier et collée à ma guitare.

– Pour conclure, comment qualifierais-tu le son de « One Woman Band » ? Plutôt américain ? Européen ? Ou à mi-chemin entre les deux ?

Cela ne ferait pas partie de ma définition. Peu importe. Je crois que même si j’y travaille, ma prononciation laisse entendre que je suis Européenne. Pour parler du son de « One Woman Band », comme sur mes autres albums, j’aime aller vers quelque chose d’organique sans fioritures. Le son se veut ’raw’ avec une distorsion naturelle et une voix chaleureuse mise en avant. L’album a été enregistré en grande partie en live et sans multipiste. Je chante, je joue de la guitare et de la batterie, le tout simultanément et cela s’entend. Je cherche une approche traditionnelle tout essayant d’innover. La seule chanson enregistrée en deux étapes est « Espiritu Papago ». J’ai enregistré la guitare rythmique et la batterie en une fois et suis revenue enregistrer la voix séparément, car c’était plus excitant pour moi de me concentrer uniquement sur la partie vocale. Sur cet album, j’ai aussi invité Dean Zucchero et Monster Mike Welch, qui ont fait des overdubs sur deux chansons chacun… C’est la cerise sur le gâteau !

www.ghaliavolt.com

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International Stoner/Desert

Ikitan : le son des pierres

IKITAN

Suffisamment originale pour être remarquée, la démarche du trio italien IKITAN sur son premier EP est une réussite totale. Son Stoner Psych Rock rayonne sur un seul et même morceau, « Twenty-Twenty », dont les solides fondations permettent aux Transalpins de belles évasions sonores. Rencontre avec des musiciens libres et décomplexés…

– Avant de parler de « Twenty-Twenty », j’aimerais que vous nous présentiez le groupe en quelques mots…

IKITAN est un un trio instrumental de Gênes en Italie, et nous jouons un genre qui peut être défini comme du post-Rock lourd avec une pincée de Stoner et de Progressif. Le groupe est né en septembre 2019, et est composé de Luca Nash Nasciuti (guitares), Frik Et (basse) et Enrico Meloni (batterie). Notre nom vient d’une source non-certifiée trouvée par Luca sur le Net un peu par hasard. Ca signifie « Le Dieu du son provenant des pierres ». Il a vraiment adoré et c’est une source d’inspiration depuis, et il sonne parfaitement pour le groupe. Depuis, nous avons appris que cette signification n’existait pas… Mais cela n’a plus vraiment d’importance. IKITAN est le Dieu du son des pierres, point final. (Rires)

– « Twenty-Twenty » est votre premier EP. Pourquoi avez-vous décidé de ne proposer qu’un seul morceau, même s’il dure 20 minutes ? Et rassurez-moi, vous en avez d’autres dans votre répertoire ?

Nous avons commencé à jouer dès notre première rencontre début octobre 2019. Et certains riffs de « Twenty-Twenty » proviennent même de ces jams ! Nous enregistrons toujours ce que nous jouons, car chaque note est importante et peut devenir une chanson à part entière. Les erreurs sont particulièrement cruciales et peuvent parfois mener à quelque chose de complètement nouveau. En ce qui concerne le morceau, au printemps 2020, nous avions suffisamment de matériel pour sortir trois chansons différentes. Mais compte tenu de la situation causée par le Covid, nous nous sommes dit que c’était une chance de mettre le mot fin à cette première partie de l’histoire du groupe. Et comme personne ne savait ce qui allait se passer par la suite, nous avons voulu inscrire ce moment sur CD. Au final, la chanson dure 20 minutes et 20 secondes. L’album est intitulé « Twenty-Twenty » et il est sorti le vendredi 20 novembre 2020. Ca fait beaucoup de 20 ! (Rires)

Pour rendre le projet encore plus spécial et aller au bout de notre effort, nous l’avons sorti sous forme de digipack en édition limitée avec une affiche et un autocollant. L’ensemble a été réalisé par Luca Marcenaro qui a fait un travail formidable. Et puis, nous ne nous soucions pas beaucoup de tout ce qui est commercial ou adapté pour la radio. Mais nous avons pris les choses au sérieux en décidant de nous en tenir à nos premières intentions.

Nous voulions faire quelque chose d’unique, nous différencier dans cet océan de groupes et faire nos débuts avec cette chanson difficile à approcher, mais totalement écoutable, et c’est sûrement la chose dont les gens se souviendront d’IKITAN ! De plus, nous sommes de grands fans du post-Rock et de Progressif, où si votre chanson ne dure pas au moins 10 minutes… vous n’êtes vraiment personne ! (Rires) L’idée vient aussi de là.

Et bien sûr que nous avons plus de chansons ! Beaucoup de riffs sympas ont dû être laissés de côté quand nous nous sommes concentrés sur cette idée de 20 minutes 20 secondes. Ils trouveront donc leur place dans de futures versions.

– Ce qui ressort d’IKITAN est ce très fort esprit Jam qui règne dans le groupe. Ca vient votre façon de composer ? D’être complètement libre ?

Jammer est une chose très naturelle pour nous. Nous avons tous eu beaucoup de groupes dans nos vies, et il y a toujours eu cette approche dans l’apprentissage d’une chanson. De fait, la phase de composition est totalement libre et axée sur le jam. Quand nous entrons en  répétition, aucun de nous n’offre de chansons complètes ou d’idées définitives aux autres. Nous laissons toujours la musique nous guider et l’improvisation joue donc un rôle-clé. Et puis, nous nous amusons beaucoup. (Rires)

N’oublions pas, quand on parle de liberté, que nous sommes un groupe instrumental. Ne pas avoir de chanteur nous donne une totale latitude dans l’approche intro-couplet-refrain. Nous avons donc une belle opportunité, avec IKITAN, d’expérimenter et de rassembler une large gamme de styles. Ce qui est cool, c’est que nous avons appris à nous écouter attentivement. De cette façon, nous parvenons à avoir un son cohérent.

Nous partageons aussi l’amour de certains groupes, le plus important étant probablement Tool. Mais à part cela, nous avons des antécédents variés et tout cela se mélange dans un mix un peu dingue de post-Rock, de Progressif, de Metal, de Stoner et de Desert Rock. C’est tout ce que nous aimons et nous essayons de varier notre musique le plus possible.

– Sur « Twenty-Twenty », vous alternez les ambiances passant d’un Stoner Psych à des moments plus Heavy et presque Desert Rock. Ce morceau était aussi l’occasion de montrer toutes les facettes d’IKITAN ?

Cet album n’a pas été construit avec la ferme intention de mettre en valeur la variété de ce que nous jouons, certainement pas. Il se trouve que nous jouons de cette manière, car nous avons un fond artistique commun. « Twenty-Twenty » peut être considéré en trois chapitres que nous avons voulu simplement assembler en une chanson. Nous visons à être aussi différents dans nos futurs morceaux. Il n’y a pas de limite.

Sans prétention, nous aimons que notre musique ait du caractère, et soit même surprenante si possible. Nous voulons créer des paysages et des voyages sonores. Parfois ça vient du post-Rock, d’autres fois c’est plus Progressif ou alors totalement Stoner… En gardant cet esprit de liberté, nous pourrions avoir des chansons plus courtes ou même avec des voix à l’avenir… qui sait ! (Rires)

– Depuis quelques temps maintenant, l’Italie occupe une place de choix en ce qui concerne le Stoner en général avec de très bons groupes et labels. Qu’en pensez-vous et quel regard portez-vous sur cette scène émergeante et même très installée ?

L’Italie a en effet une scène Stoner formidable et dynamique. Ce que vous pouvez voir de l’étranger n’est que la pointe émergée de l’iceberg. En Italie même, certaines choses sont de véritables joyaux cachés. Beaucoup de groupes sympas sont autoproduits, donc ils ne sont pas couverts par les médias grand public, ou même par des blogs ou des sites Web gérés par des fans.

Nous sommes de Gênes et ici la scène Stoner et Rock (sans parler d’autres scènes comme celle du Prog qui est également très active) compte d’excellents groupes, tels que Isaak, CRTVTR, Stalker, Burn the Ocean, Kurt Russhell, NAAT et beaucoup d’autres. Rassurez-vous, l’Underground est incandescent par ici !

« Twenty-Twenty » d’IKITAN est disponible en édition limitée (200 copies) sur Bandcamp : https://linktr.ee/ikitan

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International Progressif Rock

Pure Reason Revolution : un processus créatif sans limite [Interview]

Pour ce quatrième album de PURE REASON REVOLUTION, Jon Courtney (chant, guitare, claviers) et Chloë Alper (chant, basse, claviers) reviennent à un Rock Progressif épuré aux frontières du Metal. « Eupnea » est d’une richesse musicale incroyable, et le duo signe là probablement l’un des ses meilleurs albums.

Après huit ans d’absence, c’était l’occasion de faire le point avec Jon Courtney sur le retour de PRR, le processus de composition de ce nouvel album et parler aussi un peu de l’avenir du groupe qui est plus motivé que jamais… mais pour le moment à l’arrêt.

– PURE REASON REVOLUTION est de retour après huit ans de silence, et « Hammer And Anvil » il y a dix ans. Pourquoi une si longue absence ?

Revenons un peu en arrière. En 2011, nous pensions que le groupe allait continuer sur sa lancée. Et nous avions aussi tous envie de nous investir dans différents projets, et c’est ce que nous avons fait. J’ai alors déménagé à Berlin, et j’ai commencé à travailler sur Bullet Height. Une fois ce cycle achevé, j’ai d’abord fait une pause et je suis retourné en studio. Ce qui s’est passé, c’est que ce qui ressorti des démos ne ressemblait pas à Bullet Height. C’était beaucoup plus Progressif et très proche de PRR. Et au fur et à mesure que j’avançais sur le matériel et que je le développais, je me suis rendu compte que cela ressemblait vraiment à PRR. J’ai donc contacté Chloë en lui demandant ce qu’elle pensait de l’idée de reformer le groupe. Elle avait aussi travaillé avec Tiny Giant et fait des concerts entre temps. Elle a trouvé l’idée excellente, et nous revoilà… entre autre !

– « Eupnea » vient de sortir et vous effectuez un brillant come-back. Depuis combien de temps est-ce que vous travailliez sur cet album ?

Je dirai que ça nous a pris environ un an, depuis les premières démos jusqu’au mix final. Et nous sommes désormais décidés à prendre un bon rythme et faire des dates dès que possible. Et cette fois, nous n’attendrons pas dix ans !

– Est-ce que vous étiez dans un état d’esprit différent pour ce nouvel album, car beaucoup de monde, notamment les fans, attendaient votre retour ?

Pas vraiment, car nous savons que nous avons une superbe et fidèle fan-base, qui était très impatiente d’écouter de nouveaux morceaux. Je pense que la direction très naturelle prise sur « Eupnea » a été une belle surprise pour les fans, et nous sommes très touchés par l’accueil reçu.

– Sur ce nouvel album, on a le sentiment que vous avez épuré votre registre en le rendant aussi plus tranchant, plus incisif et même assez Metal dans les guitares. Vous avez cette impression d’avoir durci le ton ? 

Nous avons toujours eu des influences allant de NIN à Tool ou Bring Me The Horizon. J’ai d’ailleurs travaillé sur quelques remixes pour eux. Pour « Eupnea », on voulait quelque chose de plus massif, de plus heavy, de plus extrême… et on espère que vous aimez ! 

– Il y a un travail incroyable effectué au niveau vocal. Vous semblez avoir trouvé votre propre espace tous les deux et votre complicité est évidente. Tu as le même sentiment ?

Merci beaucoup ! Sur ce nouvel album, je me suis vraiment efforcé de faire ressortir nos particularités vocales respectives. C’est quelque chose qui manquait sur l’album précédent. Les voix sont plus « solos » par moment avec une piste centrale qui donne la direction. On obtient du coup plus d’harmonies tout en gardant un aspect très brut, ce qui est très important. Nous sommes très influencés par Fleetwood Mac, les Beach Boys et Crosby, Stills, Nash and Young pour ce qui est des harmonies vocales. Et personnellement, j’aime beaucoup les chanteurs Brian Wilson et Billy Corgan.

– PRR reste toujours aussi mélancolique et aérien, et c’est encore évident sur vos nouveaux titres. C’est définitivement la signature du groupe ?

Nous avons juste suivi notre processus créatif sans nous fixer de limites, ni de frontières et sans restriction. Dans notre musique, il y aura toujours des choses qui prévalent sur d’autres. Les harmonies vocales, la structure et les mélodies inhabituelles de nos chansons sont quelque chose que l’on retrouve sur tous nos albums. C’est peut-être notre signature, en effet. La mélancolie des textes se glisse aussi dans une certaine mesure, mais toujours en équilibre avec la positivité, la passion et l’espoir.

– « Eupnea » est sorti au début de la crise du Covid-19. Comment vivez-vous la situation et le fait que vous ne pourrez pas défendre votre album sur scène dans l’immédiat ?

Nous sommes heureux que l’album soit sorti juste à temps, et j’espère qu’il apporte un peu de réconfort durant ce confinement. Pour le moment, je vais au studio tous les jours mais j’ai beaucoup de mal à me concentrer. L’incertitude actuelle provoque un sentiment d’étrange décomposition. J’ai aussi du annuler des sessions d’enregistrement en avril, et je devais également m’envoler pour Portland, Oregon, quelques semaines. On se sent vide. Tous nos festivals de cet été ont été annulés et c’est une grande déception. Pour le moment, cela n’a pas encore d’impact sur nos dates d’octobre, mais attendons de voir…

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Extrême International Progressif

Mekong Delta : une technicité en orbite !

Fondateur de MEKONG DELTA en 1985, Ralf Hubert, immense bassiste et tête pensante du groupe, m’a fait le plaisir de répondre à quelques questions suite à la sortie du nouvel album « Tales Of A Future Past ». Avec l’Allemand, rien n’est jamais simple en matière de musique, ce qui est peut-être du à une recherche perpétuelle et un perfectionnisme poussé à l’extrême.

– Six ans se sont passés depuis « In a Mirror Darkly », pourquoi avoir attendu si longtemps ?

C’est vrai que ça fait long, quatre ans environ pour le composer. Le truc, c’est que je compose tous les morceaux avant de les envoyer au reste du groupe. L’idée d’un album survient lorsqu’à court terme j’accumule plusieurs riffs qui s’assemblent bien. Ca ne veut pas dire qu’ils forment une chanson, juste qu’ils sont compatibles. Si après deux à quatre semaines, je les aime toujours, alors je commence à développer. C’est la base des compositions, et ça prend environ un an. Et si les éléments tiennent toujours la route, je travaille la structure finale, ce qui peut prendre encore un an. Ce n’est que lorsque tout cela est fait que les musiciens reçoivent les titres. Ensuite, la dernière étape commence avec la préparation de l’enregistrement. Cette dernière phase a pris environ deux ans, car les arrangements étaient plus complexes cette fois-ci.

– « Tales Of A Future Past » est vraiment brillant. Quel est le concept de ce nouvel album ?

Le concept est le suivant : des chercheurs retrouvent les restes d’une civilisation passée inconnue, puis découvrent les textes d’une personne qui décrit les problèmes qui ont conduit à leur chute. Quant à la pochette peinte par l’artiste David Demaret, elle était à l’origine pour une histoire de Lovecraft « Mountains of Madness ». Je l’ai découvert par hasard, en cherchant sur le Net une édition spéciale et illustrée d’un livre de l’histoire mentionnée. J’ai été tout de suite fasciné, et j’ai immédiatement pensé à l’idée de base de l’album que la peinture représentait en fait assez bien.

– Tu as dit avoir rencontré des difficultés lors de l’enregistrement, notamment concernant les parties de basse. Qu’est-ce qui était différent cette fois ?

Ce sont surtout la guitare et la basse qui m’ont posé quelques difficultés. Pour comprendre cela, vous devez savoir que tous les riffs de MEKONG DELTA sont basés sur l’upstroke/downstroke pour assurer le flux legato du riff. On peut le faire facilement sur une guitare ou une basse, mais si vous basculez entre deux cordes, ça se complique. Le premier thème de « Mental Entropy » est un bon exemple. L’accent est parfois mis sur le downstroke, et parfois sur l’upstroke. C’est assez lourd, mais c’est toujours possible, car nous avions déjà des riffs sous une forme simplifiée avec ce genre d’attaque. Mais les modulations à la baisse qui suivent, via des figures combinées parfois sur trois cordes, sont plus complexes. Et Peter et moi sommes partis dans cette folie sur nos instruments. Cela m’a pris près d’une semaine pour enregistrer ce stupide début de l’un de mes riffs. Et de tels heurts parcourent tout l’album. (Je laisse le soin aux spécialistes de m’éclairer, merci ! – NDR)

– « Tales Of A Future Past » est techniquement excellent et toujours aussi complexe. On a l’impression que tu repousses toujours tes limites…

Quel genre de musicien faut-il être pour ne pas essayer d’avancer encore plus dans les capacités de jeu et de composition, pour finalement franchir les limites musicales et techniques sur chaque nouvel album?

– Pas faux ! Depuis 2008, le line-up de MEKONG DELTA s’est stabilisé. Tu dois être content que le groupe reste enfin le même, non ?

Il y a eu un petit changement cette fois, car Erik n’a pas eu assez de temps pour s’occuper suffisamment des riffs, alors j’ai demandé à Peter Lake s’il avait du temps et il l’a fait. Personnellement, je crois aujourd’hui que chaque album de MEKONG DELTA est à la recherche de ses propres musiciens. Je sais que cela semble étrange, mais les trois derniers albums, en particulier pour les guitaristes, ont connu des changements et ils ont été positifs pour les albums par la suite. C’est un peu la même chose sur « Tales Of A Future Past ». Mais le reste du groupe est toujours le même : Martin au chant et toujours en pleine forme, Alex qui domine sa batterie, et puis ce bassiste… (Rires)

– Parlons de « Landscape », et ses 18 minutes, qui l’une des pièces majeures de l’album. Cela fait longtemps que tu mûris ce morceau ?

Les parties qui le composent ont une longue histoire. Je travaille depuis des années pour mettre en musique la nouvelle de Joseph Konrad, « Heart of Darkness ». Et cette tentative me plonge régulièrement dans la folie. Tous les titres qui composent « Landscape » sont en fait des études préliminaires d’un possible thème musical de la nouvelle. Tous les titres sont donc importants pour moi, car c’est la seule bonne façon de créer une bonne version musicale de la nouvelle de Konrad.

– Alors que de plus en plus de groupes utilisent des samples, MEKONG DELTA compose et joue comme au début. Vous n’avez jamais été tenté d’en inclure dans votre musique ?

Pour l’enregistrement, tu as raison. Nous jouons de tous nos instruments sans utiliser de samples. En revanche, pour la composition, tout ce que je joue à la basse est répertorié dans mon ordinateur. Pour les arrangements, j’utilise beaucoup les ordinateurs… depuis les premiers Atari ! Par exemple, pour le morceau « When all Hope is Gone », il a été enregistré sur 200 pistes avec huit bibliothèques différentes. Il nous aurait fallu un soi-disant grand orchestre, c’est-à-dire plus de 100 personnes, et cela dépasse tout budget !

Une grand merci à l’immense bassiste Ralf Hubert, maître d’œuvre de MEKONG DELTA pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Retrouvez le groupe :

https://www.facebook.com/mekongdeltagermany/

http://www.mekongdelta.eu/

Albums et merchandising dispos :

mekongmerch@zedmedia.de

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International Stoner/Desert

Un rocher dans le désert

DOZER

Il y a des artistes qu’on n’est pas peu fier d’interviewer, soit par goût, soit parce qu’ils ont marqué leur époque ou carrément créé un style… Et c’est le cas pour les Suédois de DOZER, piliers et fondateurs du Stoner/Desert Rock avec Kyuss et quelques autres. Alors que leurs trois premiers albums ressortent chez Heavy Psych Sounds Records, Tommi Holappa, guitariste du quatuor, a eu la gentillesse de répondre à quelques questions et sans les éluder…  

Vous venez juste de signer chez Heavy Psych Sounds Records. Pourquoi ce choix, et est-ce que la réédition de vos trois premiers albums (« In The Tail Of A Comet », « Madre De Dios » et « Call It Conspiracy ») était la condition ?

En fait, ça faisait un bon moment que nous réfléchissions à ressortir nos trois premiers albums. Ils sont épuisés depuis longtemps, et il y avait aussi une forte demande pour des éditions vinyles. Mais pour être honnête, nous ne sommes pas un groupe très speed quand il s’agit de faire les choses. Maintenant, nous sommes vieux avec une famille et des enfants ! On ne cherchait pas vraiment de label, et c’était trop de travail pour les sortir nous-mêmes.

Nous avons eu plusieurs offres ces dernières années, mais rien de vraiment intéressant. Alors, quand mon vieil ami Rajko de Heavy Psych Sounds Records m’a contacté sur Messenger à propos d’autre chose, nous avons commencé à discuter d’éventuellement sortir quelque chose avec DOZER et, de fil en aiguille, nous avons décidé de commencer par la sortie de nos trois premiers albums. 

Nous sommes ravis d’avoir signé sur Heavy Psych. Ils ont un tas de gars sympas et c’est un label qui sort beaucoup de trucs cool… du très bon Stoner, du Doom, du Rock’n’Roll, quoi !

Depuis le puissant « Beyond Colossal » en 2008, puis « Vultures » en 2013, tout le monde n’a qu’une question en tête, et promis on en restera là : quand est-ce que vous sortez un nouvel album ?

(Rires) Tout le monde nous pose la question ! Bon, nous n’avons pas le projet d’enregistrer un nouvel album ou quoique ce soit pour le moment. Mais je ne vais pas te dire que nous ne le ferons pas, on ne sait jamais. Ce serait sympa d’essayer d’écrire au moins une ou deux chansons et les enregistrer, histoire de voir ce que ça donne.

Ca fait environ 13 ans que nous n’avons rien enregistré ensemble, ce serait donc une bonne expérience. Mais c’est aussi une question de temps, car DOZER est un peu devenu un ‘side-project’ pour nous maintenant. Johan joue avec BESVÄRJELSEN, Fredrik a un nouveau projet qui s’appelle AMBASSADORS OF THE SUN et de mon côté, j’ai GREENLEAF.

En l’espace de cinq albums, DOZER est devenu un pilier et même un fondateur du Stoner Rock en Europe et à travers le monde. Quels souvenirs gardes-tu de vos débuts, des premiers concerts ?

Au début, on s’est bien marré ! Oh oui ! Nous étions des gamins qui s’amusaient à jouer avec des grosses basses, des guitares avec des pédales Fuzz et on adorait des groupes comme Kyuss, Monster Magnet, Fu Manchu et d’autres. Je me rappelle de notre premier concert ! C’était le 25 décembre 1995 dans notre ville à Borlänge. On n’avait pas assez de matos, juste quelque chose comme cinq ou six morceaux et on a fait quelques reprises. Je me souviens qu’on avait joué « Dopes to Infinity » de Monster Magnet et « Supa Scoopa and the Mighty Scoop » de Kyuss !

D’ailleurs, est-ce que tu trouves que la communauté du Rock’n’Roll Underground a changé ces dernières années ?

Je ne pense pas qu’elle ait beaucoup changé, elle est juste plus importante par rapport au début des années 2000. Il y a plus de monde à jouer du Heavy bien Fuzz, et c’est tant mieux ! Je pense aussi que ces dix dernières années beaucoup de festivals comme ‘Desertfest’ ou ‘Stoned From The Underground’ y ont beaucoup contribué, car il y a eu de très bons groupes !

Cette année, vous allez commencer une série de concerts et une tournée en Australie un peu plus tard. Vous devez être impatients de remonter sur scène tous les quatre ensembles ?

Oui, nous avons quelques festivals bookés cet été et en novembre, nous partons en Australie ! Nous avons déjà joué là-bas en 2004 et c’était génial ! Alors, quand on a proposé de venir, on n’a pas pu dire non ! Oui, nous sommes très excités !

Tu peux nous dire un mot de la tracklist que vous jouerez ? Peut-être un ou deux inédits… ?

Ces dernières années, lorsque nous avons joué en concert, on jouait principalement nos trois derniers albums, et quelques anciens titres. Je ne sais pas encore ce que nous jouerons en festival, ni en Australie mais en général, dès que nous commençons à répéter, on se décide rapidement.

Mais je suis certain que nous jouerons « Big Sky Theory », parce que c’est le pied sur scène ! De nouveaux morceaux ? Qu’est-ce que c’est qu’ça ! (rires) Comment je te l’ai dit, nous n’avons encore rien écrit, mais on ne sait jamais…

Pour conclure, j’espère vraiment que les rééditions de ces trois albums magiques vont marquer une nouvelle ère pour DOZER ! Comment vois-tu le futur du Stoner/Desert Rock ?

L’avenir est prometteur ! Et avec des groupes comme Elder, nous n’avons rien à craindre.

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Hard Rock International Rock Stoner/Desert

Clutch : Une année bien remplie

CLUTCH

Groupe incontournable de la scène Stoner et beaucoup plus largement Rock et Hard, CLUTCH a vécu comme nous tous une année très spéciale. Faute de concert, le quatuor du Maryland n’a pas pour autant rompu le contact avec ses fans. Une compilation, des concerts en streaming, un album de reprises avec des duos et des réenregistrements, les Américains ne sont pas restés les bras croisés. Rapide retour sur cette année très particulière…

– En mars dernier, en plein confinement, vous avez sorti une compilation uniquement en format numérique (« Monsters, Machines, And Mythological Beasts »). Qu’est-ce qui vous a incité à revenir si rapidement avec un nouvel enregistrement, même s’il ne s’agit pas de nouvelles chansons ?

2019 a été une année très chargée en concerts, et 2020 devait être plus ou moins pareille. Nous ne pensions pas avoir beaucoup de temps disponible pour écrire et enregistrer un album entier avec de nouvelles chansons. Du coup à la place, nous sommes allés en studio régulièrement pour enregistrer des reprises et retravailler aussi de vieux morceaux. Au départ, on voulait les mettre un par un sur les plateformes de streaming. Finalement, nous en avons eu assez pour sortir un disque physique que nous avons intitulé « Weathermaker Vault Series Vol. 1 ».

– Ce nouveau disque sort également sur votre propre label WM. Créé en 2008, il vous apporte beaucoup de liberté, non ?

Weathermaker Music nous permet de sortir tout ce qui concerne le groupe depuis 2008. Nous avons également un groupe instrumental appelé The Bakerton Group, dont deux albums sont sortis sous WM, ainsi que plusieurs albums de formations qui incluent d’ailleurs plusieurs membres de CLUTCH.

– Parmi ces chansons, il y a des réenregistrements, des reprises et des duos. Comment avez-vous effectué le choix de la tracklist ?

Les reprises que nous avons choisies sont juste des morceaux qui ont été une source d’inspiration, ou simplement nos préférés depuis des années. Ces originaux de CLUTCH, qui ont été réenregistrés, ont été sélectionnés parce que nous sentions d’une manière ou d’une autre que nous pouvons mieux les jouer. Et puis, ça nous fait du bien de les écouter dans des versions améliorées !

– Quelques mots à propos de Randy Blythe de Lamb Of God qui partage avec vous « Passive Restraints ». Comment est née l’idée de ce duo ?

Randy est un ami. Nous avons tourné avec Lamb of God à plusieurs reprises ces dernières années. Lors de notre dernière tournée aux États-Unis avec eux, on a voulu que Randy nous rejoigne sur scène. Nous lui avons demandé quelle chanson il voudrait chanter, et il a choisi « Passive Restraints ». Ce n’était pas une chanson qui faisait partie de notre setlist à l’époque. C’était donc excitant de la jouer. L’énergie et l’enthousiasme de Randy nous ont incité à retourner en studio et à la réenregistrer avec lui. Personnellement, c’est l’une de mes préférées parmi ces nouveaux enregistrements.

– Ces nouvelles versions vous ont-elles permis de vous recentrer sur votre son et votre démarche artistique ?

Bien sûr ! Certains des enregistrements originaux avaient plus de dix ans, et nous avons estimé que nous pouvions les jouer beaucoup mieux aujourd’hui. Parfois, il faut des années de tournées pour jouer correctement une chanson !

– J’imagine que ces longs mois sans concert vous ont permis de réfléchir, d’écrire et de composer. Avez-vous déjà des idées, des chansons ou même des prémices de votre prochain album ? Et peut-être même une date de sortie ?

Cette année a vraiment été difficile pour se projeter sur du long terme, et je dirais même que le côté créatif de l’écriture en a été affecté. Nous avons passé la majeure partie de notre temps à nous concentrer sur la diffusion d’une série de concerts en direct sur le Net que nous avons appelé « Live From The Doom Saloon ». On a d’ailleurs fait notre dernier concert le 18 décembre dernier. Le Doom Saloon est notre salle de répétition et notre studio ici chez nous, dans le Maryland.

C’est là que nous nous réunissons pour élaborer de nouveaux morceaux et répéter. Avec l’aide de nos amis des productions My Good Eye et LiveFrom, nous diffusons en streaming et en direct régulièrement des concerts complets. En 2021, nous allons passer plus de temps à écrire de nouvelles chansons. Et avec un peu de chance, nous reprendrons la route pour les partager avec vous. Une chose est sûre, nous enregistrerons un nouvel album cette année.

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Extrême International

Body Count : une faim de loup

A l’occasion de la sortie début mars de « Carnivore », le nouvel album de BODY COUNT et avant la venue du groupe en France, un p’tit coup de fil à Ernie C. s’imposait, histoire de prendre le pouls du gang de Los Angeles. En grande forme, le lead guitariste et fondateur du mythique groupe de Rap Metal revient sur la carrière du groupe, son évolution et la tournée à venir.

– La première fois que je t’ai vu, c’était à Paris en octobre 1994. Et après une belle carrière, BODY COUNT est plus que jamais là. Ce groupe est une vraie cure de jouvence ?

Si BODY COUNT est une cure de jouvence ? (rire) Je ne sais pas… C’est vrai que le groupe est de nouveau populaire, et je n’ai pas vraiment d’explication à ça. Une chose est sûre, nous sommes bel et bien de retour!

– « Carnivore » va bientôt sortir. Selon toi, quelle est la principale différence d’avec « Bloodlust » ? Peut-être plus Heavy, non ?

« Carnivore » est probablement plus tranchant que « Bloodlust ». Mais je pense que l’écart le plus frappant est entre notre premier album et aujourd’hui. Le groupe est totalement différent. Nous étions beaucoup plus Punk lorsque nous avons commencé, alors que maintenant nous sommes vraiment un groupe de Metal. Cela se ressent dans le son du nouvel album et dans son contenu.

– C’est toujours Will Putney qui produit « Carnivore », il semble avoir parfaitement cerné le son de BODY COUNT. C’est le producteur idéal ?

On adore vraiment Will ! Il est véritablement devenu un membre du groupe. C’est même notre troisième guitariste ! (sourire)

– Sur l’album, vous rendez hommage à votre ami Lemmy de Motörhead en reprenant « Ace Of Spades ». Pourquoi ce choix, vous auriez vous distinguer avec un morceau moins connu ?

Nous avons tout naturellement choisi « Ace Of Spades », car nous pensions vraiment que nous pourrions en faire une bonne version. Tu sais, je respecte énormément Lemmy, et ça me paraissait être un bon choix. Et puis, lorsque nous avons repris des morceaux de nos potes de Slayer et de Suicidal Tendencies, on a aussi repris leurs titres les plus populaires.

– Cette année, BODY COUNT fête ses 30 ans d’existence. Tu imaginais en 1990 que le groupe durerait si longtemps, et surtout en gardant la même intensité qu’à ses débuts ?

Ouais, 30 ans c’est vrai, tu as raison ! (rire) Et nous sommes excités comme au premier jour. Je suis vraiment heureux de cette longévité, car nous éprouvons toujours le même plaisir. Alors venez nous voir dans quelques mois, nous allons vraiment passer un bon moment ! Et puis, nous sommes vraiment heureux de venir jouer en France, on a toujours adoré se produire chez vous : le public est génial !

Un grand merci à Ernie C. pour sa gentillesse et sa disponibilité… et ce très bon album !